L’Atlético de Madrid, un autre grand d’Espagne

Si l’on demande au premier venu en France de citer des clubs de football espagnols, il répondra sans hésiter : le Real Madrid et le F.C. Barcelone. En revanche peu évoqueront l’Atlético de Madrid qui, pourtant, est lui aussi un grand d’Europe, comme en témoigne son palmarès, qui vient d’être enrichi par une victoire dans la Supercoupe de l’UEFA vendredi soir à Monaco, en battant le vainqueur de la Ligue des Champions, Chelsea F.C., sur un score (4-1) qui en dit long sur la supériorité des vainqueurs de la dernière Ligue Europa (ex- Coupe de l’UEFA). Une épreuve que l’Atletico avait déjà gagnée en 2010, réalisant comme cette année le doublé Europa Ligue et Supercoupe de l’UEFA.

Cela étant le palmarès européen de l’Atlético de Madrid compte aussi une victoire dans feu la Coupe des Coupes (1962), mais aussi dans la Coupe Intercontinentale (1974), remplacée par la Coupe du Monde des clubs depuis 2005. En outre, comment ne pas parler de cette finale de Coupe d’Europe (en 1974) contre le grand Bayern Munich (Beckenbauer, Muller, le gardien Maier, Breitner, Hoeness) qui formait l’ossature de l’équipe qui allait enlever la Coupe du Monde quelques semaines plus tard contre les Pays-Bas de Cruyff, où les Madrilènes furent crucifiés à la dernière minute de la prolongation sur un tir lointain de Schwarzenbeck, comme il n’en a sans doute plus réalisé un seul dans sa carrière, après que Luis Aragones (futur sélectionneur espagnol vainqueur de l’Euro 1988) ait marqué le premier but 5 minutes auparavant. Ensuite l’histoire sera cruelle, puisqu’à l’époque on faisait rejouer la finale deux jours après, l’Atlético s’inclinant lourdement dans le deuxième match (4-0), dans un stade à moitié vide, les Espagnols n’ayant pas récupéré de la déception du premier match. Il est vrai que n’être pas champion d’Europe pour quelques secondes et quelques centimètres a de quoi donner des regrets éternels ! A ce propos on notera que le Bayern Munich est un véritable bourreau pour les clubs espagnols, puisqu’il battit en finale de la Ligue des Champions en 2001 le F.C. Valence dans la séance des tirs au but (5-4).

Sur le plan purement espagnol les Colchoneros, comme on appelle les joueurs de l’Atletico, ont remporté 9 titres de champion d’Espagne (le dernier en 1996) et autant de Coupes d’Espagne (la dernière également en 1996). Pour l’anecdote, le club fut fondé en 1903 par trois étudiants basques qui ont voulu donner à leur nouveau club le même nom que celui de Bilbao, et le maillot rouge et blanc serait dû au fait que ces maillots coûtaient moins chers à confectionner que dans une autre couleur, parce que le rouge et le blanc étaient utilisés en literie pour faire des matelas (matelas se dit colchón en espagnol). Et puisque nous sommes dans l’histoire de l’Atlético de Madrid, il faut noter que l’essentiel de sa gloire est due au fait que ce club luttait presque d’égal à égal avec le Real Madrid et le F.C. Barcelone dans les années 60, même si le Real n’était plus le grand Real et si le Barça n’avait pas digéré sa défaite (injuste) en finale de la Coupe d’Europe 1961 contre Benfica.

Ce grand Real à l’époque avait encore de beaux restes, même s’il avait perdu quelques joueurs importants comme l’arrière Marquitos, le demi Zarraga, sans oublier Raymond Kopa qui avait quitté le club à la fin de la saison 1958-1959, et même si les Santamaria, Puskas, Di Stefano commençaient à ressentir le poids des ans. Quant au Barça, sa finale perdue en mai 1961 contre Benfica avait quelque peu disloqué l’équipe, notamment l’arrêt, le départ ou le déclin de quelques joueurs comme le gardien Ramallets, l’avant-centre brésilien Evaristo et le meneur de jeu Suarez qui quittèrent le club respectivement pour le Real Madrid et l’Inter de Milan, les milieux Verges et  Garay ou les attaquants anciennement hongrois comme Kubala, Kocsis et Czibor. Cependant cette équipe était malgré tout une des meilleures en Europe, ce qui n’empêcha pas l’Atlético de Madrid de remporter 3 Coupes d’Espagne entre 1960 et 1965, plus le championnat en 1966.

C’est à cette époque, en 1962, que l’Atlético remporta la deuxième édition de la Coupe des Coupes en battant en finale la Fiorentina (1-1 et 3-0) qui était tenante du titre. Cette finale fut jouée en deux temps, d’abord le 10 mai à Glasgow où les deux équipes ne parvinrent pas à se départager, Peiro et le remarquable Suédois de la Fiorentina, Kurt Hamrin, marquant chacun un but, les prolongations n’y changeant rien.  Ensuite les deux clubs se mirent d’accord pour jouer le second match en septembre à Stuttgart. Cette fois les « colchoneros » l’emportèrent aussi facilement qu’ils le firent vendredi soir contre Chelsea, s’imposant par 3 buts d’écart (3-0) , avec des buts de Jones, Mendoza et l’inévitable Peiro.

En revanche, l’année suivante, l’Atlético ne réussit pas à conserver son trophée face à Tottenham qui écrasa les Madrilènes sur le score de 5-1, avec deux doublés de Jimmy Greaves (un des meilleurs joueurs anglais de l’histoire) et Dyson, plus un de White, Collar marquant pour l’Atlético sur pénalty. Au passage on notera que c’était la première victoire d’un club anglais dans une Coupe d’Europe. Il y en aura bien d’autres ! Cela dit, malgré le départ de son meilleur joueur, Peiro, qui partit en 1962  pour le Torino (deuxième club de Turin) avant de rejoindre le grand Inter de Milan, club où il remportera tous les trophées possibles, malgré le départ de Peiro dis-je, l’Atlético remportera en 1966 le titre de champion d’Espagne, comme je l’ai dit précédemment, au nez et à la barbe du grand rival madrilène qu’était le Real qui, cette année-là, gagna sa sixième Coupe d’Europe des clubs champions (ancêtre de la Ligue des Champions), avec comme vedettes le gardien Araquistain, et les attaquants Amancio, Grosso et…Gento, seul survivant de la grande équipe de la décennie 50.

Parmi les meilleurs joueurs de l’Atlético à ce moment, on citera des noms connus comme le gardien Madinabeytia, les arrières Rivilla, Griffa, Rodriguez, le demi Glaria et son compère brésilien Ramiro, ancien coéquipier de Pelé à Santos (jusqu’en 1959), et les attaquants Jones (originaire de la Guinée Equatoriale), Chuzo, Mendoza et le plus emblématique de tous Collar, sans oublier Adelardo qui a joué 511 matches pour le club, soit 41 de plus que Collar (470). Tous ces joueurs sont les prédécesseurs les plus glorieux des héros d’aujourd’hui qui ont emballé avant hier soir et au mois de mai dernier l’Europe du football, depuis le gardien belge Courtois, jusqu’à l’ancien joueur du PSG Rodriguez, en passant par Juanfran, Koké ou Lopez, et surtout par  la star de l’équipe, le Colombien Falcao, surnommé le Tigre,  qui a inscrit avant hier soir 3 buts, ce qui portait son total à 12 en 10 matches européens pendant l’année 2012. On imagine que dès l’année prochaine, les plus grands clubs européens vont faire la cour à ce Falcao, qui porte le même nom que l’ancienne star brésilienne des années 70 et 80, ce qui a déjà commencé cette année, puisque Chelsea et le PSG notamment se sont intéressés à lui.

Au passage, cela me fait penser aux remarques faites par de nombreux Français sur les forums (où tellement de bêtises sont écrites par des gens ignorant l’histoire du sport), qui pensent généralement que si la France est presque absente des palmarès européens (seuls l’OM et le PSG ont remporté une coupe européenne), c’est uniquement à cause d’un manque de moyens. Et bien, comme je l’avais déjà évoqué dans un article précédent avec le F.C. Porto, la preuve est faite qu’on peut dominer les grands d’Europe…sans être très riche. N’oublions pas que l’Atlético de Madrid était tombé en deuxième division au début des années 2000, en raison de multiples problèmes, notamment financiers. Cela ne les a pas empêché de rebondir, alors qu’en France des clubs comme Reims, Nice, Saint-Etienne, qui ont dominé le championnat de France pendant des périodes plus ou moins longues, n’ont jamais retrouvé le niveau qu’avaient ces clubs à l’époque où ils faisaient de bons résultats en Coupe d’Europe (2 finales de C1 pour le Stade de Reims en 1956 et 1959, une finale de C1 pour l’ASSE en 1976, et un quart de finale de C1 pour l’OGC Nice en 1960).

Un dernier mot enfin, j’espère que les Français cesseront de répéter un peu partout que le championnat d’Espagne (la Liga) est moins intéressant que le notre, parce qu’en Liga il n’y a que deux clubs qui dominent tous les autres. Peut-être qu’il y a domination sur le plan national du Real et du Barça, mais sur ces cinq dernières années le palmarès européen de l’Atlético est supérieur à celui du Real Madrid, club qui pourtant se permet de payer des sommes considérables pour des joueurs comme Carvalho et plus encore Kaka… pour les garder sans les faire jouer. Pour ma part j’aimerais bien que nous ayons en France un club jouant entre la troisième et la cinquième place de la Ligue 1 être capable de s’offrir 2 Europa Ligues et 2 Supercoupes de l’UEFA. Espérons que le nouveau Paris-Saint-Germain, version qatarie, puisse tirer vers le haut les autres clubs de notre championnat, pour ne pas être les seuls parmi les grands pays de football à ne jamais gagner une épreuve européenne (dernière victoire en 1996 dans la Coupe des vainqueurs de coupe). Allez Paris !

Michel Escatafal

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