Contador est bien un campionissimo!!!

Quelle est la différence entre un champion et un super champion ? Si je pose la question de cette manière, c’est évidemment suite à l’exploit fantastique d’Alberto Contador hier dans la 17è étape du Tour d’Espagne, à l’issue d’une échappée où se sont manifestés son savoir-faire en course, son envie irrésistible de gagner…et son immense classe. Le Pistolero est bien de retour, et c’est tant mieux pour le cyclisme qui n’a pas besoin de grandes courses où tout est aseptisé et sous contrôle d’une formation, comme dans le dernier Tour de France. Au passage, on aura remarqué l’ennui qui a caractérisé cette année le Giro, comme la Grande Boucle, courses auxquelles n’a pas pris part Alberto Contador, pour les mauvaises raisons que l’on connaît. Oui, Alberto Contador nous a terriblement manqué cette saison, et heureusement qu’il a pu participer à cette Vuelta, épreuve qui enthousiasme depuis le départ tous les aficionados du cyclisme, du moins les vrais. En disant cela je pense évidemment aux restrictions, en France,  que l’on peut lire ça et là sur les performances du coureur de Pinto, mais aussi sur ses principaux rivaux. Dans notre pays, en effet, quand un Français ne gagne pas (ce qui arrive très souvent), c’est parce que les autres sont dopés ou qu’ils bénéficient d’avantages des organisateurs ou des instances sportives.

Passons sur ce travers bien de chez nous, qui fait honte aux vrais amateurs de sport, mais qui en dit long sur le degré de sportivité du peuple français. La preuve d’ailleurs, nous la retrouvons dans le fait qu’aucune chaîne publique ne retransmet le Giro ou la Vuelta, pas plus que Melbourne, Wimbledon et Flushing Meadow en tennis…parce que les Français n’y brillent pas ou trop peu. Quant au hand-ball, sport où notre Equipe de France est la meilleure de l’histoire, il n’est pas retransmis sur les chaînes publiques françaises (sauf les J.O.) parce qu’on a décrété que cela ne ferait pas suffisamment d’audience. Résultat, ceux qui n’ont pas la chance d’être câblés  deviennent aigris et accusent les sportifs étrangers de tous les maux, pour le simple fait qu’ils ont été privés d’un magnifique spectacle. Et si j’insiste là-dessus, c’est parce que si davantage de Français avaient pu assister hier après-midi à la représentation grandiose que nous ont livré Contador et son équipe,  Valverde et Rodriguez, mais aussi tous les autres, peut-être auraient-ils enfin reconnu que le Pistolero est bien de la lignée des plus grands champions de l’histoire du cyclisme sur route. D’ailleurs son palmarès en témoigne, même si l’UCI l’a amputé injustement d’un Tour de France, d’un Giro et d’une Volta (Tour de Catalogne).

Et cela m’amène à revenir sur la première phrase de cet article, à savoir ce qui différencie un champion d’un super champion, notamment en cyclisme. La première idée qui vient à l’esprit c’est la classe intrinsèque du super champion. Trop facile comme réponse…parce qu’un coureur peut-être un surdoué et ne pas faire la même brillante carrière qu’un autre qui l’est un peu moins. Louison Bobet était-il réellement plus doué que nombre de ses adversaires qu’il a dominés dans les années 1954 et 1955? Sans doute pas. Tous les amateurs de vélo reconnaissent que le coureur breton était loin de posséder les dons d’un Fausto Coppi, aussi fort sur la route que sur piste, ni la puissance naturelle d’un Jacques Anquetil ou l’extraordinaire facilité d’un Roger Rivière à pousser les plus effarants braquets, mais cela n’empêcha pas Bobet de faire une très grande carrière, avec un palmarès plus diversifié par exemple que celui de Jacques Anquetil, surtout au niveau des classiques. En revanche, bien qu’ayant été lui aussi très doué, le palmarès de Raymond Poulidor est nettement inférieur à celui de Jacques Anquetil…par manque d’ambition ou d’orgueil, mais aussi de  caractère, ces deux ou trois qualités étant l’indispensable complément de la classe naturelle.

Prenons quelques exemples dans la légende du vélo pour démontrer à quel point les super champions ont un orgueil surdimensionné par rapport aux autres coureurs. Le premier auquel je pense appartient à l’histoire de Fausto Coppi. Comment et pourquoi a-t-il gagné Paris-Roubaix en 1950? Tout simplement, parce qu’il était sorti profondément accablé d’un Milan- San Remo où il s’était fait flouer par son ennemi intime Bartali, qui avait été plus malin que Van Steenbergen et Kubler, beaucoup plus rapides que lui au sprint. Mais le campionissimo avait surtout été affecté par les commentaires des journaux italiens, qui n’hésitaient pas à affirmer que Coppi était surtout à son affaire dans les semi-classiques italiennes  ou sur les parcours du Giro et du Tour, son style semblant peu adapté aux courses classiques belges ou françaises. Bien d’autres coureurs n’auraient pas prêté attention à ces critiques, mais pas un campionissimo. Résultat, Coppi prépara Paris-Roubaix comme jamais, et il s’imposa avec presque trois minutes d’avance sur le second, Maurice Diot.

C’est un peu de cette manière qu’Anquetil enleva Liège-Bastogne-Liège en 1966, après que l’on ait fait dans le dithyrambe à propos de Felice Gimondi, qui venait de remporter détaché Paris-Roubaix et Paris-Bruxelles, après sa victoire dans le Tour de France l’année précédente. Du coup, Anquetil se décida à participer à Liège-Bastogne-Liège pour le gagner. Et il triompha avec plus de 5 minutes d’avance sur le second (Van Schil), en précisant aux journalistes à sa descente de vélo que « quand on est le meilleur, il faut le montrer ». Tout était dit dans cette phrase ! De la même manière, n’est-ce pas son orgueil démesuré qui poussa Bernard Hinault à remporter un Paris-Roubaix de légende (1981), devant De Vlaeminck et Moser (7 victoires à eux deux !), malgré une chute à 13 km de l’arrivée. Qu’est-ce qui avait poussé  le Blaireau à vouloir s’adjuger à tout prix la Reine des classiques qu’il détestait? L’orgueil, et l’ambition de prouver qu’il était le meilleur partout, sur les grandes épreuves à étapes comme sur les courses d’un jour. Et que dire de la réaction d’Eddy Merck dans le Tour de France 1971, où il imposa à Ocaña, qui venait de l’écraser sur les pentes d’Orcières-Merlette (près de 9 minutes d’avance pour l’Espagnol), une  poursuite de plus de deux cents kilomètres dans l’étape suivant la journée de repos , où fut mise en place une stratégie offensive, peut-être un peu désespérée, mais suffisante pour faire très peur à Ocaña  et régaler les suiveurs d’une étape d’anthologie. J’ai dit les suiveurs, parce que nombre de spectateurs furent pris de court par la vitesse effrayante imposée par l’équipe Molteni d’Eddy Merckx, l’arrivée ayant lieu plus d’une heure avant l’horaire le plus optimiste !

Et ceci nous amène à parler d’Alberto Contador. Ceux qui me lisent savent l’admiration que j’ai pour le crack espagnol, que je mets au niveau des plus grands champions du vingtième siècle. Il a tout pour lui, le coureur de Pinto : c’est un extraordinaire grimpeur, mais aussi un remarquable rouleur, ce qui explique sa supériorité dans les courses à étapes sur tous les coureurs de sa génération ou celle d’avant. Mais, plus que tout peut-être, c’est son immense volonté et son orgueil qui font de Contador l’égal des plus grands. Qui n’a pas remarqué hier que le Pistolero a réalisé hier un coup qui rappelait par certains côtés celui d’Eddy Merckx entre Orcières et Marseille. Certes la stratégie était différente, mais l’ambition était la même, pour un résultat identique ou presque. Je dis presque parce que, contrairement à Merckx, Contador a gagné l’étape et pris le maillot de leader à Rodriguez,avec toutefois une différence de taille : Rodriguez n’avait que 28 secondes d’avance et non pas 9 minutes comme Ocaña. Il n’empêche, dans les deux cas, Merckx dans le Tour 1971 comme Contador hier ont montré qu’avec des champions de ce calibre une course n’est jamais perdue. Le Pistolero n’avait pas suffisamment de compétition dans les jambes pour lâcher son rival dans les grands cols ou les pentes les plus raides, et bien il a attaqué Rodriguez là où ce dernier n’aurait jamais imaginé qu’il puisse le faire, dans un col de deuxième catégorie à 50 km de l’arrivée.

Voilà la différence entre un coureur comme Contador et les autres, notamment celui que chacun considère comme son principal rival dans les grands tours, Andy Schleck. Outre le fait que le Luxembourgeois soit nettement inférieur contre-la-montre au super champion espagnol, c’est surtout au niveau de l’ambition et de l’orgueil que la différence se fait entre les deux hommes, ce qui explique l’énorme écart de palmarès entre ces deux coureurs. C’est un constat certes cruel pour Andy Schleck, mais c’est ainsi. D’ailleurs il suffit de voir la manière dont les deux hommes se comportent sur la durée d’une saison, l’un (Contador) essayant de gagner chaque épreuve à laquelle il participe, alors que l’autre (A. Schleck) se contente de viser une victoire dans les Ardennaises et le Tour de France. Bref, l’un a beaucoup d’ambition et pas l’autre, comme en témoigne l’attitude d’Andy Schleck en 2010 sur cette même Vuelta, où, après avoir perdu 14 minutes dès la troisième étape, il quitta l’épreuve sans gloire au départ de la dixième étape, interdit de départ par son équipe.

Michel Escatafal

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