Contador, chevalier Bayard du cyclisme !

Avant de parler de Contador, je voudrais quand même rendre hommage à mon tour à David Moncoutié qui, à 37 ans, a décidé de raccrocher son vélo de compétition. C’est un coureur unanimement apprécié qui arrête la compétition au bout de 15 années au service du vélo, un sport qui lui a donné beaucoup et à qui il a beaucoup rendu. Avec lui, point de polémiques, une carrière faite de hauts et de bas, les bas étant surtout des chutes (la dernière cette année dans le Tour de France), parce que ce n’était pas le meilleur acrobate sur un vélo. Oh certes, son palmarès n’est pas énorme, mais il est quand même assez joli, avec quelques belles courses comme la Route du Sud ou le Tour Méditerranéen, sans oublier deux victoires d’étapes dans le Tour de France et quatre dans la Vuelta, une épreuve qui lui réussissait particulièrement bien, puisqu’il y a aussi remporté à deux reprises le Grand Prix de la Montagne. Et pour une fois, ou plutôt deux, ce Grand Prix de la Montagne revenait à un authentique grimpeur…ce qui n’est plus très courant de nos jours, ce trophée étant plutôt considéré comme celui des baroudeurs, qui savent marquer des points en haut des cols. Oui, Moncoutié mérite bien l’hommage de tous ceux qui aiment et apprécient le vélo, et nul doute qu’il saura transmettre aux plus jeunes son savoir et sa manière d’appréhender les courses, pour arriver à tirer le maximum de leurs possibilités…sans dépasser certaines limites, ce qui fut toujours son cas.

Parmi les coureurs qui savent tirer le maximum de leurs possibilités, il en est un qui plane au-dessus des autres depuis 2007, année de sa première victoire dans le Tour de France, Alberto Contador. Là, nous avons affaire à un véritable phénomène, comme il y en a seulement un tous les dix ou vingt ans. D’ailleurs, avec ses 7 victoires* dans un grand tour, alors qu’il n’a que 29 ans, il appartient à la catégorie des plus grands, à égalité sur le plan du palmarès des trois  grandes épreuves par étapes avec Coppi, Indurain et Armstrong (du moins pour le moment), juste derrière Jacques Anquetil (8 victoires), Bernard Hinault (10 victoires) et Eddy Merckx (11 victoires). En tout cas, sa dernière victoire il l’a obtenue dans la douleur, faute d’avoir pu préparer la Vuelta comme chaque coureur doit pouvoir le faire pour une grande épreuve comme le Tour d’Espagne. Il a même sans doute souffert comme jamais, à part peut-être lors de sa première victoire dans le Giro 2008…qu’il ne devait pas courir, puisqu’il a appris sa participation à la grande course italienne seulement quelques jours avant le départ, alors qu’il était en vacances. Alberto Contador avait déjà à ce moment prouvé qu’il était un champion hors normes, en l’emportant dans ce Giro devant Ricardo Ricco, assurant sa victoire dans les étapes chronométrées, mais sans gagner d’étapes. Et à ce moment Ricco était vraiment très fort, trop fort même quand on connaît la suite des évènements.

Certains affirment que cette Vuelta n’a pas couronné le meilleur. Ce n’est pas l’avis en tout cas de Joaquim Rodiguez, le coureur qui a donné le plus de fil à retordre à Contador, sans doute parce qu’il a conscience que ce dernier a su parfaitement contenir ses moments de faiblesse, alors que lui a été incapable de s’en sortir le seul jour où il ne fallait surtout pas faiblir, sans parler du fait qu’il aurait pu et dû avoir une attitude plus offensive, qui lui aurait sans doute donné la victoire. A tout le moins il aurait terminé second, car dans la première semaine il s’est contenté de suivre Contador, lors des multiples attaques du Pistolero, alors qu’en collaborant quelque peu il aurait déjà mis Valverde loin de lui. En revanche Contador n’a pas eu peur dans la dix-septième étape de prendre le risque de perdre cette Vuelta, en se lançant dans une folle offensive à près de 50 km de l’arrivée, une opération que lui-même a qualifié de « kamikaze ». Dit autrement, c’était ça passe ou ça casse…et c’est passé, tout juste, tellement la fin de l’étape a été pénible pour lui, au point de perdre 1mn 30s sur Valverde en une dizaine de kilomètres.

Cela dit, à présent la Vuelta est gagnée pour Alberto Contador, qui va pouvoir, sur sa lancée, se consacrer à la préparation aux championnats du monde, même s’il a fini l’épreuve espagnole très éprouvé. Il aura quand même une grosse semaine pour décompresser, et finalement c’est très bien qu’il soit inscrit au chrono par équipes dimanche, ce qui est une manière idéale pour se remettre rapidement dans le grand bain. Et qui sait ce qui peut arriver sur le chrono individuel sans la présence de Cancellara et Wiggins ? On aura d’ailleurs une grosse équipe espagnole à ces Mondiaux avec, en plus de Contador, Valverde et Rodriguez…si ce Tour d’Espagne n’a pas laissé trop de traces physiquement et psychologiquement, avec ces maillots récupérés in extrémis par Valverde au détriment de Rodriguez. C’est quand même beaucoup pour un coureur de passer si près de la victoire, et par-dessus le marché de perdre le classement par points et le combiné dans la dernière étape !

Mais au fait, y-a-t-il des précédents dans l’histoire du vélo où un coureur remporte un grand tour après un arrêt d’un an, car en fait Contador s’est arrêté de fin juillet 2011 à début août 2012 ? Tout le monde parle de six mois d’interruption, mais il faut reconnaître que le Tour de San Luis en janvier était surtout un gros entraînement. Ensuite, il a repris à l’Eneco Tour, ce qui fait au total à peine 12 jours de course en 12 mois. Oui, a-t-on vu pareille victoire pour une rentrée après une aussi longue absence ? Quand Bernard Hinault s’est fait opérer du genou (voir mon article sur ce site Hinault le campionissimo français) après une Vuelta victorieuse qu’il avait mal préparée, il a repris à Paris–Nice au début de la saison suivante…et il ne fut réellement lui-même qu’en fin de saison (victoire au Grand Prix des Nations et au Tour de Lombardie). Certes il n’est jamais facile de revenir après une opération, et la comparaison avec un retour de suspension n’est pas forcément judicieuse, mais l’absence dans les pelotons est dans tous les cas préjudiciable.

Et Hinault le sait mieux que personne, parce qu’il fut écrasé par Laurent Fignon dans le Tour 1984, après avoir été battu au Dauphiné par un Colombien peu connu, Ramirez, qui le domina même contre-la-montre. Je pourrais multiplier les exemples de cet ordre, avec des coureurs comme Fignon (opération au tendon d’Achille en 1985), Le Mond (accident de chasse en 1987), mais aussi Zoetemelk, qui était parti en 1974 pour menacer sérieusement Eddy Merckx lui-même avant de chuter lourdement dans le Midi-Libre, qui tous mirent très longtemps pour revenir à leur niveau antérieur. Et même si l’on ne parle pas de blessures, les exemples récents de Basso et Valverde (suspendus pendant deux ans) témoignent qu’il faut beaucoup de temps pour retrouver une condition suffisante pour remporter ou jouer la victoire dans une grande course à étapes. Combien de temps s’est-il passé entre le retour de Basso à la Japan Cup en octobre 2008 et son arrivée victorieuse au sommet du Zoncolan dans le Giro 2010 qu’il a remporté ? Presqu’un an et demi. C’est ce qui arrive à Valverde en ce moment, qui n’a vraiment retrouvé le coup de pédale que lors de ce Tour d’Espagne qu’il vient de terminer à la deuxième place, et qu’il aurait gagné si Contador n’avait pas ce tempérament qu’ont tous les plus grands champions, avec pour seule idée la victoire, toujours la victoire et rien que la victoire.

En disant cela, j’ai une transition toute trouvée pour ceux qui me trouvent trop admiratif pour Contador, car, comme je l’ai écrit précédemment, même Joaquim Rodriguez n’hésite pas à dire que  « c’est le meilleur qui a gagné », ce qui montre que si Contador n’était pas le plus fort, c’était bien effectivement le meilleur. Pas plus qu’il n’était le meilleur en montagne au Giro 2008, n’étant jamais capable d’accélérer dans les ascensions pour lâcher ses adversaires comme il sait si bien le faire en d’autres circonstances. Et pour certains qui ont condamné trop vite Contador à propos de son contrôle anormal dans le Tour de France 2010, où et quand avait-on l’impression que Contador avait bénéficié des avantages d’une aide illégale ? Au contraire, sa montée dans le Tourmalet derrière A. Schleck ne laissait pas l’impression de quelqu’un de dominateur. Et que dire de sa performance dans le contre-la-montre de Pauillac?

Voilà pourquoi je pense qu’Alberto Contador a eu raison de lever les bras en marquant que c’était sa septième victoire dans un grand tour. En outre, qui oserait affirmer, surveillé comme il l’était, qu’il n’a pas remporté « proprement » le Tour d’Italie 2011 qu’on lui a enlevé, alors qu’il avait le droit de courir en attendant le jugement du Tribunal Arbitral du Sport ? Non vraiment, il y a eu trop d’injustices vis-à-vis de ce coureur qui, en plus, a l’énorme mérite d’être le seul à faire le spectacle partout où il court. Qui oserait comparer l’engouement qu’a suscité le Tour d’Espagne par rapport au Giro et plus encore au Tour de France ? Et tout cela par la seule présence du Pistolero qui a attaqué 22 fois dans les ascensions, avant de porter l’estocade la vingt-troisième fois sur un coup de folie. Voilà une histoire que se raconteront ses valeureux équipiers pour distraire leur ennui quand ils seront très vieux, un peu comme l’ont fait tant de soldats à propos du chevalier Bayard.

Michel Escatafal

*En comptant évidemment les deux victoires qu’on lui a retiré (Tour 2010 et Giro 2011) en début d’année

Publicités

One Comment on “Contador, chevalier Bayard du cyclisme !”

  1. Jona dit :

    Definitely, what a great blog and informative posts, I will bookmark your blog.Best Regards!


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s