L’A.S. Béziers, ancien « grand » du rugby français

Parmi les clubs qui ont marqué l’histoire du rugby amateur en France, il y a l’A.S. Béziers, dont les équipes ont remporté, entre 1961 et 1984, onze fois le Bouclier de Brennus. C’est même le troisième club le plus titré (11 titres) après le Stade Toulousain, recordman absolu (19 titres dont 12 depuis 1985) et le Stade Français (13 titres dont 5 entre 1998 et 2007), mais devant le S.U. Agen et le F.C. Lourdes (8 titres). En outre, tout autant que le F.C. Lourdes dans les années 50 ou le Stade Toulousain depuis une vingtaine d’années, l’A.S. Béziers a dominé les années 70 et même le début de la décennie 80 (10 de ses 11 titres furent acquis entre 1971 et 1984) autant qu’il fut possible de le faire, la seule différence se situant au niveau de l’apport à l’équipe de France.

Celui-ci, en effet, fut très faible en regard de la main mise biterroise sur le championnat, ce que de nombreux aficionados du rugby n’ont pas compris à l’époque, l’A.S. Béziers étant considérée d’abord comme une terrible machine de guerre avec son pack surpuissant, et sa paire de demis Astre-Cabrol, sans que cela soit suffisant pour laisser croire aux sélectionneurs qu’une ossature biterroise puisse s’imposer dans le Tournoi des 5 Nations, ou devant les grandes nations de l’hémisphère Sud. On ne peut d’ailleurs leur donner tort a posteriori, puisqu’en 1977, en pleine domination biterroise et avec seulement 2 joueurs de l’A.S. Béziers (Palmié et Paco), le XV de France était sur le toit du monde.

Faisons à présent un petit récapitulatif des grands moments vécus par ce club qui, par parenthèse, se débat de nos jours en queue de classement du championnat Pro D2…après être tombé en Fédérale 1, un destin que l’on peut rapprocher de celui du F.C. Lourdes, un peu meilleur toutefois, mais éloigné de celui du S.U. Agen ou du Stade Montois, autres clubs prestigieux, qui arrivent à survivre entre la Pro D2 et le Top 14.  Première chose à noter, la finale du championnat de France en 1921 qui opposait l’USA Perpignan au Stade Toulousain (5-0) eut lieu au Parc des Sports de Sauclières, précisément le stade où a évolué très longtemps  l’AS Béziers.

Cela étant, la gloire sportive du club a réellement commencé au début des années 60, très précisément le 22 mai 1960 quand l’AS Béziers perdit en finale contre le F.C. Lourdes (14-11). Rien d’infamant à cela, parce qu’à l’époque le F.C. Lourdes restait une très grande équipe, même s’il avait fallu remplacer les deux frères Prat partis à la retraite, F. Labazuy et Rancoule qui avaient changé de club (respectivementTarbes et Toulon), et Lacaze et Barthe passés à XIII…ce qui faisait beaucoup, les Lourdais ayant toutefois récupéré les Racingmen Crauste et Marquesuzaa et Roland Crancée, l’immense deuxième-ligne. Les Biterrois étaient les favoris pour le titre, parce qu’ils avaient battu les Lourdais deux fois en poule, mais en finale les rouge et bleu lourdais battirent les Biterrois, eux aussi habituellement en rouge et bleu, mais qui pour l’occasion étaient en jaune, grâce aux deux essais marqués par les Lourdais, contre un seul à Béziers.

Cette défaite sema la désolation dans les rangs héraultais, au point que le seconde ligne Gayraud, le dur des durs du pack biterrois pleura comme une madeleine, s’écriant : « C’est fini, je ne serai jamais champion de France ». Il se trompait, puisque l’année suivante (le 28 mai 1961) l’AS Béziers battit l’US Dacquoise des frères Albaladejo, Lasserre, Othats, Cassiède et Bérilhe, sur le score de 6 points à 3, à l’issue d’un match à la fois terne et violent qui contrastait hélas avec la période lourdaise que l’on venait de vivre. Il fallut un drop génial de son demi de mêlée Danos dans les dernières minutes pour départager les deux équipes. Dans cette équipe de Béziers, outre Danos et Gayraud, on citera l’arrière Dedieu (12 sélections), un arrière à l’ancienne c’est-à-dire dans le cas présent se contentant d’être parfait sur le plan de la défense individuelle et du coup de pied, Lucien Rogé (16 sélections), trois-quart aile à la classe folle qui aurait fait une grande carrière à Lourdes dans un cadre plus propice à l’offensive, et les avants entraînés par un expert reconnu à l’époque, Barthès, parmi lesquels on citera les troisièmes ligne Arnal et Rondi, le deuxième ligne Salas et le pilier Raoul Barrière, international lors de la tournée en Afrique du Sud (1958), qui allait remplacer Barthès en 1968, comme entraîneur du club.

En attendant l’ASB sera de nouveau en finale du championnat l’année qui suivit son premier titre, le 27 mai 1962 à Toulouse, contre le SU Agen qui l’emporta 14-11, à l’issue d’une finale qui réconcilia tous les amoureux du rugby, y compris les journalistes britanniques qui avaient fait le déplacement. Les finales, les Bitérrois commençaient à s’y habituer, puisqu’en 1964 ils affrontaient la Section Paloise pour s’attribuer de nouveau le Bouclier de Brennus. Mais là il n’y eut guère de match, et l’AS Béziers s’inclina lourdement (14-0) face à Moncla et ses copains, notamment Piqué et Capdouze, et dans le pack, Saux et Etcheverry. C’était presque le chant du cygne de ce qui restait de la génération Danos-Dedieu, et si je dis presque c’est parce que l’AS Béziers prit sa revanche quelques jours plus tard sur ces mêmes Palois dans la finale du Challenge du Manoir, qui était l’équivalent à l’époque de la Coupe de France dans le football.

Mais très vite une nouvelle génération d’une qualité et plus encore d’une densité exceptionnelle allait se révéler, et ce dès 1971 contre le RC Toulon de Gruarin et des frères Herrero, premier titre de champion de France de cette génération, avec Cantoni à l’arrière, Lavagne, Navarro, Sarda et Séguier en trois-quart, la paire de demis Astre-Cabrol, plus devant Christian Pesteil, Buonomo, Saisset, Estève, Sénal Hortoland, Lubrano et Vaquerin.  Nombre de ces joueurs allaient en effet marquer la décennie 1970, notamment Cantoni l’arrière feu-follet, Cabrol et Astre qui formèrent une paire de demis incomparable sur le plan national, les avants Estève, Saisset et Vaquerin, auxquels étaient venus s’ajouter un peu plus tard J.P. Pesteil chez les trois-quarts et devant Palmié, Martin et Paco. En 1971, l’ASB l’emporta à Bordeaux (15-9) contre Toulon après prolongations, les Biterrois ayant été sauvé de la défaite par un exploit de Cantoni peu avant la fin du temps règlementaire. L’année suivante ils confirmèrent leur emprise sur le rugby français contre le CA Brive (9-0), puis de nouveau en 1974 contre le R.C. Narbonne (16-14), dans un derby qui fit énormément de bruit, avec un drop de Cabrol à la dernière minute suite à une prise de balle en touche de Palmié, ce qui empêchera deux des plus grands noms du rugby français, Walter Spanghero et Jo Maso, d’être (au moins une fois) champion de France. Un nouveau titre qui sera confirmé l’année suivante contre Brive de nouveau (13-12), à l’issue d’une finale qui tint les spectateurs en haleine jusqu’au bout.

En 1976, l’AS Béziers fut battue par Agen en finale (13-10), mais l’emporta de nouveau en 1977 contre l’USA Perpignan (12-4), grâce à un essai de Richard Astre, et deux pénalités et une transformation de Cabrol, que l’on appellera plus tard « Monsieur Finale » tellement il faisait montre d’une remarquable régularité dans ce type de match. Et comme il faut toujours choisir une rencontre référence dans une période aussi faste, et bien je choisirais la finale de 1978,  gagnée contre l’AS Montferrand de Droitecourt, Dubertrand, Romeu, Cristina et Gasparotto. Cette finale, les Biterrois l’emportèrent sur le score de 31 points à 9 contre des Montferrandais qui, pourtant, avaient réalisé un excellent match. Jamais les Biterrois n’ont semblé plus maître de leur sujet que ce jour-là, marquant 5 essais contre un seul à Montferrand. Un vrai chef d’œuvre pour la dernière finale de la paire Cabrol-Astre !

Mais le départ de sa charnière vedette, ainsi que du troisième ligne Olivier Saisset, n’allait pas empêcher l’AS Béziers de remporter de nouveau le titre en 1980, contre le club qui allait lui succéder peu après à la tête du rugby français, le Stade Toulousain. Le club biterrois l’emporta de justesse (10-6) à l’issue d’un très beau match que les Héraultais ont quand même dominé, marquant deux essais contre aucun au Stade Toulousain, qui comptait dans ses rangs des joueurs comme Rives et Skrela en troisième ligne, mais aussi G. Martinez le demi de mêlée, Gabernet l’arrière et les trois-quarts aile Harize…et Guy Novès. Une année plus tard, 1981, les vieux guerriers biterrois battront nettement (22-13) en finale une valeureuse équipe de Bagnères, où la classe d’Aguirre et de Bertranne fut insuffisante pour compenser l’énorme supériorité du pack biterrois sur celui du Stade Bagnérais.

En 1983, l’AS Béziers, qui avait de moins en moins de ressemblance avec celle que l’on avait découverte une dizaine d’années auparavant, remportait le titre en battant le R.R.C. Nice (14-6), dans une finale cent pour cent méditerranéenne. Les Biterrois dominèrent assez facilement la rencontre grâce à leur paquet d’avants, marquant deux essais par Vachier et Escande, les demis qui avaient succédé à Astre et Cabrol. Cette équipe commandée par Lacans, grand espoir de notre rugby trop tôt disparu, qui avait perdu la quasi-totalité des éléments qui lui avaient permis de dominer le rugby français depuis 1971 (seuls restaient les inamovibles Palmié, Martin et Vaquerin), allait s’emparer à nouveau du Bouclier de Brennus l’année suivante (26 mai 1984) en battant Agen en finale sur le score de 21-21, les deux équipes étant départagées par une épreuve de tirs au but, ce qui fit entrer cette finale dans l’histoire. Elle aurait d’ailleurs mérité d’y entrer plutôt par la qualité de la rencontre entre deux équipes qui nous gratifièrent d’attaques de très bonne facture, les arrières agenais (Bérot, Sella, Mothe et Lavigne) trouvant à qui parler avec ceux de l’AS Béziers (Fabre, Joguet, Fort et Médina). Hélas pour les Biterrois, ce titre arraché dans ces conditions exceptionnelles sera le dernier d’une longue série, avant que peu à peu cette merveilleuse épopée pour les supporters biterrois se dilue dans une nuit de plus en plus profonde au fil du temps.

Michel Escatafal

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10 commentaires on “L’A.S. Béziers, ancien « grand » du rugby français”

  1. 34330 asbh-co dit :

    bravo !

  2. petitot dit :

    ayant joué contre cette équipe en 1977 avec le c.o.Creusot,serait possible d’avoir une photo ci-dessus.Je me souviens encore d’avoir mangé du Mioch,Saisset,Palmié et les autres sans oublié l’insaisissable Cantoni.Quelle belle époque,je leur souhaite bon vent et toute mon amitié.

  3. redtorso dit :

    Michel Escatafal réussit le tour de force de résumer en quelques lignes la saga de ce Monumental Club : l’A.S.B ….. le rugby d’avant avant que le roi pognon ne s’infiltre, là aussi dans tous les rouages de cette magnifique discipline ….
    un homme : Raoul Barrière
    un article : le rugby des villages de Robert Barran paru dans un no de Miroir du Rugby… ????? ( circa 74 je crois ???)
    une photo : lors de la 1/2 finale de 71 ASB/S.U.Agen …. la première ligne agenaise satellisée, explosée réduite à jouer les hôtesses de l’air par Vaquerin,Lubrano,Hortoland & consorts .. 🙂
    un match de rêve : impossible à dire j’en ai vus tellement …..

    Là aussi une époque révolue …….

    J’ai croisé Mimile Bolzan il y a quelques semaines….puis Georges Senal ( que je vois souvent faire du …. vélo ).leur disant que s’ils jouaient de nos jours ils seraient millionnaires ….. En souriant ils n’envient pas les joueurs d’aujourd’hui en aucune façon !!!!! question d’état d’esprit ….

    • msjsport dit :

      Et oui, vous avez raison, mais c’est une évolution irréversible! Pour ma part, comme vous avez pu le lire, le club de mon coeur était plutôt le F.C. Lourdes. C’est à la fin de la grande époque de ce club que j’ai eu mon premier ballon ovale dans les mains…et je me prenais pour Roger Martine. C’était il y a bien longtemps, mais j’en ai un souvenir ému. Cela dit, je me rappelle comme si c’était hier du drop de Cabrol en finale contre Narbonne, un drop dont les Narbonnais ne se sont jamais remis.

      • redtorso dit :

        D’autant plus hallucinant que c’était sur la SEULE ou du moins une rarissime prise de balle des biterrois ( Palmié en l’occurence) en touche !!!! en sport ( je ne vous l’apprendrai pas ) comme dans le reste d’ailleurs le facteur chance est important ….

  4. redtorso dit :

    Avant le titre de 1961 ……il y a eu la finale perdue de 1960 contre le F.C.Lourdes au Stadium de Toulouse . Cette rencontre est disponible sur You-Tube ( lien : Rugby Union 1960 French Champioship final FC Loundres vs AC beziers ) …..Une autre époque & 2 Belles équipes !!!!! idéal pour passer un bon moment pour les nostalgiques …..mais aussi les plus jeunes !!!!

  5. redtorso dit :

    Jean Moulin le plus célèbre des Biterrois fait la une de l’actualité, cette année ….un autre très connu quant à lui de la planète rouge & bleue vient de nous quitter : Jack Cantoni ……. Ses fulgurants crochets resteront à jamais gravés dans la mémoire de tous ceux qui passèrent leurs dimanches à Sauclières il y a ( déjà ) plus de 40 ans ….. 😦


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