Le temps des confessions dans le vélo

Aujourd’hui nous sommes de nouveau dans le temps des confessions pour le cyclisme. Et il est d’autant plus facile de se confesser que les faits datent de nombreuses années, parce que de nos jours (évidemment) les choses ont changé. Voilà en gros ce qu’on peut lire ça et là à propos de cette affaire Armstrong et du rapport de l’USADA (l’agence américaine antidopage), qui n’a pas fini de faire des vagues et qui va toucher le cyclisme, l’éclabousser même, comme peut-être il ne l’a jamais été. A présent l’information circule en temps réel, et comme toute information elle n’est pas que factuelle, donc soumise aux considérations ou aux croyances de chacun de ceux qui discourent sur le sujet. Et je ne parle pas seulement des forumers qui croient avec naïveté détenir la vérité, alors que dans la plupart des cas leurs remarques sont sans intérêt ou carrément ridicules. Mais le jugement des journalistes est-il meilleur ? On voudrait le croire, mais là aussi on s’aperçoit que ce jugement est sujet à caution dans la mesure où il est évolutif. Il suffit de lire ce qu’écrit le docteur J.P. de Mondenard (auteur de nombreuses études sur le dopage) dans son livre la Grande Imposture pour s’en convaincre si l’on avait des doutes, en notant au passage que lui n’a jamais été naïf sur le sujet du dopage dans le sport.

D’ailleurs que lit-on dans la première page de ce livre ? Que dès 1896, « le Gallois Arthur Lindon décède deux mois après sa participation au mythique Bordeaux-Paris, en raison d’une surconsommation de caféine ». Et sur la seconde ? Que « 63 ans plus tard, le plus grand journaliste de cyclisme du vingtième siècle, Pierre Chany, évaluait le nombre de coureurs chargés pendant le Grand Prix des Nations (championnat du monde c.l.m. à l’époque) à 22 sur 25 » ! Et sur la troisième page ? « Qu’analysés rétrospectivement, les échantillons urinaires des coureurs de la Grande Boucle 1997 révèlent un taux de positifs aux corticoïdes de 80% lors de la deuxième semaine de course », mais aussi qu’en 1998, « les analyses d’échantillons prélevés lors du Tour de France, avaient montré a posteriori que sur 70 flacons d’urine, 40 étaient positifs à l’EPO ». J’espère à ce propos qu’on gardera suffisamment longtemps les prélèvements effectués cette année ou les précédentes pour avoir une idée plus précise de l’évolution dans le domaine du dopage. Si je formule ce souhait, c’est tout simplement parce que les tests positifs dans les grandes épreuves sont extrêmement rares ou contestés pour ne pas dire contestables.

C’est cela qui me gêne dans cet immense déballage à propos d’Armstrong et son équipe, une équipe qui était celle de plusieurs coureurs (11) ayant témoigné sous serment contre « le boss ». Le dopage existe et a toujours existé, comme tricher au jeu, comme le fait de « marcher » sur son collègue de travail pour obtenir un meilleur poste, du moins pour ceux qui peuvent aspirer à des fonctions plus importantes et valorisantes, ou dénigrer systématiquement ceux qui font des choses que l’on est incapable de réaliser, bref, autant de défauts majeurs inhérents à la nature humaine. Et c’est la raison pour laquelle je souris, même si cela me rend très triste parce que cela touche le vélo, sport pour lequel j’ai toujours avoué une affectation particulière, quand je lis « qu’Armstrong et l’US Postal utilisaient le programme de dopage le plus sophistiqué et le plus professionnalisé » qui ait existé. Quand je lis aussi que d’après Leipheimer, « le dopage n’était pas l’exception, mais était la norme », et plus encore en prenant connaissance de cette déclaration de Slipstream Sports (Garmin dans le Worl Tour) : « Nous pouvons regarder derrière et dire : jamais plus »…ce qui ne met nullement en cause la bonne foi de celui qui a écrit ce communiqué.

Tout cela pour dire que le fameux système mis en place par Armstrong l’a été parce qu’il disposait de moyens techniques que n’avaient pas les coureurs des années 50 et après. Les champions de l’époque utilisaient les armes dont ils disposaient pour améliorer leur rendement, en espérant que cela s’avèrerait décisif pour remporter la victoire. C’était même tout un art pour un coureur comme Rivière, sans doute le meilleur rouleur de l’histoire, qui avouait après son record de l’heure : « Le jour de mon record de 1958, je me connaissais bien, je savais exactement ce qu’il me fallait. Cinq minutes avant le départ, au vestiaire, le soigneur m’a fait une forte injection d’amphétamines et de solucamphre. Juste avant de monter en selle, j’ai avalé encore cinq comprimés d’amphétamines, car l’effet de la piqûre ne me durait que 40 minutes. Les comprimés devaient faire le reste ». C’était bien étudié !

Un dernier mot enfin, et je vais le laisser au coureur belge Nico Mattan qui, en 2007, interrogé sur les aveux de Johan Museeuw, posait la question : « Qui ne s’est encore jamais comporté de façon incongrue dans sa vie » ? Tout est dit dans cette réponse-question. C’est la raison pour laquelle, je le répète encore une fois, cette curée vis-à-vis d’Armstrong me dégoûte profondément, ce qui ne veut pas dire que le plains et qu’il ne faille pas dénoncer les pratiques dopantes, celles-ci étant à proscrire, même si chacun sait bien qu’on n’éradiquera jamais complètement le dopage. Tout au plus le fera-t-on reculer dans ses aspects les plus contraignants et les plus dangereux, surtout pour les jeunes. Cela étant, je voudrais ajouter qu’il est quand même très surprenant, et surtout très choquant, que le sport le plus en pointe dans la lutte contre les pratiques dopantes soit constamment mis à l’index, alors que tout le monde sait que le dopage touche peu ou prou le sport dans son ensemble.

Michel Escatafal

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2 commentaires on “Le temps des confessions dans le vélo”

  1. El Ladrón del Agua dit :

    Bel exposé, Michel, comme d’habitude, mais tu aurais pu t’éviter tous ces mots que les aficionados et les connaisseurs du cyclisme savent depuis belle lurette! Maintenant, le vrai problème est de savoir qui sont les responsables du système Armstrong?

    Comment était-il possible que Bruyneel savait une heure à l’avance que ses coureurs de l’US Postal allaient être contrôlés? Qui a financé tout ce système depuis le début? Comment se fait-il que l’UCI et Verbruggen n’ont pas intervenu en temps voulu et qu’ils ont admis et pris une attitude de laisser-faire devant tout ce manège?

    ASO et Leblanc n’ont rien fait pour stopper le ‘Boss’ dans sa course aux sept victoires alors qu’ils devaient savoir de quoi il en revenait, comme tous les journalistes accrédités sur le Tour!
    Pourquoi ont-ils agi de la sorte et n’ont-ils pas tiré la sonnette d’alarme en temps voulu?

    C’est ces questions qu’il faut se poser, Michel, en tant que aficionados et pour que à l’avenir, il y ait moins de mensonges et d’hypocrisie dans le sport en général et dans le cyclisme en particulier! Et pour que les jeunes qui sont disposés à souffrir sur un vélo de course n’aient pas honte du passé de leur sport!


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