Rugby : ces charnières qui m’ont marqué…Partie 2

Après la période des Camberabero, une autre paire de demis, composée de Fouroux et Romeu, déclencha un peu les mêmes controverses entre 1974 et  1977 qu’en 1967-68, dans la mesure où à l’époque Béziers dominait le rugby français avec une paire de demis célèbre, Astre et Cabrol. Celle-ci n’a toutefois n’a jamais fait ses preuves en match international…faute d’avoir connu la sélection ensemble, y compris lors d’un match contre l’Irlande à Colombes,  où les sélectionneurs avaient convoqué 7 joueurs de l’AS Béziers, dont 5 dans le pack.  Quelle occasion manquée, si les sélectionneurs voulaient réellement construire du solide avec une ossature biterroise, qui ne pouvait l’être sans ses demis, Astre et Cabrol ! Peu importait cependant, puisque le 16 février 1974, dans un match contre le Pays de Galles à Cardiff,  une blessure de Max Barrau (demi de mêlée très doué) allait donner au sélectionneur l’occasion de tester, avec Fouroux à la mêlée et Romeu à l’ouverture, une paire qui faisait un peu penser à celle composée des frères Camberabero.

Si je dis cela, c’est parce que ni Romeu, et sans doute encore moins Fouroux, n’étaient des surdoués du rugby, mais l’un comme l’autre étaient…solides. Et l’un, Fouroux, allait même devenir un des plus grands capitaines qu’ait connu le XV de France, pendant que l’autre devenait un buteur redouté et redoutable. D’ailleurs, lors de ce premier match contre les Gallois, Romeu marqua 12 des 16 points de l’équipe de France qui l’emporta à Cardiff (16-12). Deux semaines plus tard Romeu fera encore mieux, toujours associé à Fouroux, en marquant tous les points français du match nul contre l’Angleterre (12-12). Une nouvelle paire de demis était née, et cela allait durer jusqu’au 18 janvier 1975, où le XV de France s’inclina lourdement face aux Gallois (25-10 et surtout 5 essais à 1), ce qui entraîna la mise en sommeil de l’association Fouroux-Romeu, jusqu’en octobre 1975, contre l’Argentine à Lyon (29-6 pour la France), qui marquait le début d’une nouvelle aventure pour les deux hommes, laquelle dura en gros jusqu’en décembre 1977 (France-Roumanie 9-6).

Une aventure inoubliable pour eux et pour tous les amateurs de rugby, car, plus encore qu’à l’époque des Camberabero, le XV de France allait devenir une machine à gagner presqu’unique dans son histoire, avec pour point d’orgue la victoire dans le Tournoi 1977, en faisant le grand chelem, marquant  8 essais sans en encaisser un seul. Il est vrai qu’à ce moment l’Equipe de France avait un pack extraordinaire (Skrela, Bastiat, Rives, Imbernon, Palmié, Papremborde, Paco, Cholley), magnifiquement commandé par  Captain Fouroux, un Fouroux qui savait comme personne motiver ses avants, et dont l’entente avec Romeu se faisait les yeux fermés. Oh certes on a connu plus brillant, plus pétillant que ce XV de France, mais jamais une équipe de France ne parut aussi invulnérable grâce à son terrible paquet d’avants . Résultat, la victoire était toujours au bout, une victoire austère, sobre et rigoureuse, mais une victoire qui avait quelque chose d’inexorable, d’autant que les lignes arrières comptaient dans leurs rangs quelques joueurs de grand talent, comme l’arrière Aguirre et les centres Bertranne et Sangalli, sous-utilisés aux yeux de beaucoup par la faute de la paire de demis.  Un peu le même débat qu’à l’époque des Camberabero !

Peu après, c’est une autre charnière qui me fit rêver, même si elle disputa infiniment moins de rencontres que celle dont je viens de parler. Elle était composée de deux merveilleux manieurs de balle, Jérôme Gallion le demi de mêlée et Alain Caussade le demi d’ouverture. Ils n’ont certes pas laissé l’empreinte sur la durée de Fouroux et Romeu, ni même celle des Camberabero, mais les passionnés de rugby, du jeu d’attaque, n’oublieront jamais cette association de deux joueurs au talent prodigieux, extraordinairement habiles ballon en main, et dotés de jambes de feu. Quel dommage qu’ils n’aient pas été servis par un pack comme celui de 1977 ! Et oui, le monde du rugby est mal fait parfois : la preuve, au cours des huit rencontres que disputa la paire Gallion-Caussade, une fois, une seule, le pack français fut réellement conquérant. Ce fut lors du fameux match du 14 juillet 1979, quand les Français terrassèrent les All Blacks chez eux, avec un match fantastique de Gallion et Caussade, les deux hommes marquant chacun un essai  et réussissant le match parfait. Le pire pour ces deux joueurs, c’est qu’ils avaient réussi précédemment d’excellents matches, notamment en Irlande (9-9) et contre Galles à Paris (14-13), où les Français ne durent qu’à leurs lignes arrières de sauver ce qui pouvait l’être, le pack ne ressemblant en rien à celui du grand chelem de 1977. Voilà pourquoi on se rappelle moins de cette paire de demis que de celles composées des frères Camberabero ou de Romeu et Fouroux, les uns et les autres étant pourtant loin en classe pure de Gallion et Caussade. En fait si je devais vraiment comparer la paire Gallion-Caussade , je penserais plutôt à le faire avec  Danos-Martine.

Enfin, je ne saurais terminer ce petit récapitulatif à la fois nostalgique et émotionnel sans parler d’une charnière beaucoup plus présente à l’esprit des plus jeunes, la paire toulousaine Kelleher-Elissalde. Certains me feront remarquer que ces deux joueurs étaient demi de mêlée, ce qui est vrai, mais je reste persuadé qu’en recrutant Kelleher, demi de mêlée de l’équipe de Nouvelle-Zélande, en pleine Coupe du Monde 2007, les dirigeants et techniciens toulousains ne se faisaient aucun souci quant à la concurrence qui pourrait s’installer entre deux des meilleurs numéros 9 de la planète rugby. Ce ne fut apparemment pas le cas de Jean-Baptiste Elissalde, dont certains dirent qu’il prit un peu ombrage de ce recrutement, mais cela ne dura pas très longtemps dans la mesure où celui que j’ai appelé dans un article précédent  le Mozart du rugby a tout naturellement repris la place de ses débuts, à l’ouverture, ce qui nous permit d’apprécier, en 2008 et 2009, une paire de demi de très haut niveau formée d’un joueur très puissant appelé  Le Bison, ce qui se passe de commentaires, premier attaquant et premier défenseur de son équipe, et donc d’un Mozart du rugby, ce qui là aussi veut tout dire, considéré comme le roi de la chistéra (passe dans le dos), sans parler de son extraordinaire sens de l’anticipation. Oui, une bien belle association entre deux joueurs qui auraient au contraire dû s’opposer !

Voilà, j’arrête-là mon propos, en ayant bien conscience que tout ce que j’ai pu écrire était parfaitement subjectif, mais ce sont des choses que j’ai ressenties dès ma plus tendre enfance, en fait dès l’âge de onze ans, où j’ai commencé à apprendre à maîtriser un ballon de rugby. C’est la raison pour laquelle j’ai un souvenir aussi ému de Danos-Martine, que de Gallion-Caussade ou de Kelleher-Elissalde. J’aurais aussi pu évoquer la magnifique paire galloise Edwards-John, peut-être la plus brillante de l’histoire du rugby, ou encore chez nous les frères Labazuy, qui ont eu toute leur part dans la grande période lourdaise des années 50, mais aussi Puget-Roques qui ont tellement contribué à faire du C.A. Brive un des meilleurs clubs de l’hexagone, sans oublier Mesnel-Martinez, excellents animateurs de l’équipe du « Show-Bizz » du Racing Club de France, qui parvint en finale du championnat de France en 1987.

Michel Escatafal

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