Femmes contre hommes dans le ski : est-ce bien réaliste ?

La championne du monde et olympique de ski, Lindsey Vonn a jeté un beau pavé dans la mare en demandant à courir avec les hommes à Lake Louise…en sachant très bien  que cela lui serait refusé, puisqu’il y a deux Coupes du Monde, l’une féminine et l’autre masculine. Pourquoi a-t-elle fait cela ? Certains disent qu’elle a subi la pression de son sponsor, d’autres pensent que son ego est vraiment démesuré pour en arriver à faire cette demande, quelques uns enfin affirment qu’elle en a assez de gagner des courses et d’écraser la concurrence. Qu’y-a-t-il de vrai  dans tout cela ? Un peu de tout peut-être, opinion que l’on est obligé d’avoir si l’on ne regarde ce sport qu’à l’occasion des championnats du monde ou des Jeux Olympiques…seules périodes où il fait la une des journaux. Et encore, dans notre pays, faut-il qu’il y ait une Française ou un Français qui ait une chance de médaille, contrairement à ce qui se passait dans les années 60 ou 70, où les épreuves de ski étaient souvent retransmises à la télévision, et pas seulement les compétitions mondiales et olympiques. Je pense en particulier au Hahnenkamm ou au Lauberhorn ou encore au Kandahar. Il est vrai qu’à ce moment la France possédait les meilleurs skieurs et les meilleures skieuses, comme en témoignent les résultats des championnats du monde de Portillo (1966), et même des Jeux Olympiques de Grenoble.

Pour mémoire, à Portillo (Chili) l’équipe de France avait remporté 7 médailles d’or sur 8 possibles, et 16 médailles sur 24 possibles. Marielle Goitschel, par exemple, gagna la descente, le géant et le combiné (à l’époque classement combiné de la descente, du slalom et du géant), et la médaille d’argent en slalom, ratant de très peu le grand chelem de Sailer (J.O. Cortina d’Ampezzo en 1956) et Killy (J.O. Grenoble en 1968). Killy de son côté commençait à s’affirmer sur le plan international, et enleva la médaille d’or en descente  et au combiné, Périllat en slalom géant et  Annie Famose en slalom spécial (comme on disait autrefois) complétant la razzia française sur les médailles d’or. Et oui, à cette époque les Français étaient les meilleurs, et la concurrence était rude et souvent française. Il suffit de se rappeler le doublé Killy-Périllat dans la descente aux J.O. de Grenoble en 1968, les deux hommes étant départagés de 14 centièmes, ou celui des sœurs Goitschel aux J .O. d’Insbruck en 1964, les deux jeunes femmes faisant le doublé chacune à son tour en slalom et en géant. Et puisque je parle de Marielle Goitschel, je rappellerai que le ski étant loin d’être professionnel à l’époque, Marielle se retira de la compétition à l’âge de 23 ans avec 2 titres olympiques et 5 titres de championne du monde. A titre de comparaison, Lindsey Vonn (28 ans) n’a remporté à ce jour qu’un seul titre olympique, aux J.O. de Vancouver en 2010, et deux titres mondiaux en descente et super-G en 2009, le super-G n’existant pas du temps de Marielle Goitschel.

Certains me diront que Marielle Goitschel, c’était il y a plus de quarante ans. Certes, mais dans les années 60 le ski vivait son âge d’or d’une certaine manière, un peu comme le cyclisme dans les années 50, même s’il n’était pas mondialisé comme aujourd’hui. En outre, comme je l’ai précisé précédemment, le super-G n’existait pas à cette époque. Or connaissant les qualités de Marielle Goitschel, à la fois une des meilleures descendeuses, sinon la meilleure, et la reine du slalom, on imagine aisément  qu’elle aurait gagné aussi les supers-G. Bref, Marielle Goitschel était, plus encore que Lindsey  Vonn de nos jours, la meilleure skieuse de son temps, et beaucoup plus complète. Et pourtant elle n’a jamais revendiqué de confrontations avec les hommes, pour la bonne raison qu’elle savait bien n’avoir aucune chance de battre non seulement les Killy, Périllat ou Schranz, mais tout simplement les hommes qui participaient aux diverses grandes compétitions, sauf peut-être des juniors ou des skieurs issus de pays où le ski n’est pas un sport majeur. En disant cela je ne fais que répéter ce que pensent les techniciens (que je ne suis pas du tout) interrogés au sujet de la demande de Lindsey Vonn.

A ce propos, cela me fait penser au débat pour savoir ce que valait Martina Navratilova par rapport aux meilleurs joueurs de tennis, certains disant qu’elle pourrait battre nombre de joueurs…avec une seule balle de service. En réalité Martina Navratilova n’a jamais voulu entrer dans ce débat, parce que pour elle un homme était un homme et elle était une femme. Il est vrai qu’en athlétisme ou en natation, le chronomètre tranche la question, et clairement en faveur des hommes, sans que cela ne soulève quelque problème que ce soit, pas plus qu’au tennis où les femmes ont l’avantage de jouer contre les hommes en double-mixte, et d’avoir une idée précise du niveau de jeu des hommes. D’ailleurs comment imaginer une seconde que Serena Williams, la meilleure joueuse actuelle, puisse battre un homme qui figure dans les 50 ou 100 premiers mondiaux ? Certes, son service peut dépasser les 200 kmh, mais cette vitesse est très habituelle chez les hommes. Bref, tous cela pour dire que cette prétention de Lindsey Vonn à affronter des hommes est sans doute une bonne manière de faire parler d’elle en dehors des pistes…ce qui est de bonne guerre sur le plan commercial.

En tout cas, il y a quelqu’un en France qui n’a guère apprécié la supplique de Lindsey Vonn, l’entraîneur de l’équipe de France féminine de vitesse, Nicolas Burtin, qui considère que c’est « un manque de respect » par rapport aux autres concurrentes. Il ajoute d’ailleurs avec justesse que Lindsey Vonn ne gagne pas toutes les courses, ce qui est vrai même en descente et super-G où elle domine, sans parler du slalom où elle ne figure pas parmi les 10 premières de la Coupe du Monde. Il souligne  toutefois ses qualités physiques exceptionnelles…pour une femme, mais pour dire aussitôt  que le ski féminin et le ski masculin sont deux sports différents, ne serait-ce que parce que les pistes ne sont pas les mêmes en descente, celle des hommes exigeant « plus de puissance ». Ce n’est pas moi qui le contredirait, mais s’il le dit je le crois volontiers, comme quand il affirme que si Lindsey Vonn utilise des skis d’hommes, ceux-ci « n’ont pas la même dureté à l’intérieur ». En un mot, Nicolas Burtin ne croit pas un instant que Lindsey Vonn puisse rivaliser avec les hommes en descente, et encore moins sans doute dans les autres disciplines.

Cela étant, pourquoi ne pas clore le débat et prendre au mot Lindsey Vonn en lui faisant servir de dernière ouvreuse pour une descente hommes de Coupe du Monde, en chronométrant sa descente, ce que la Fédération Internationale de Ski n’interdit pas si le Comité organisateur de la course est d’accord ? Soit elle a effectivement les capacités de rivaliser avec les hommes, soit elle se couvrirait de ridicule, et dans ce cas ne revendiquerait plus la possibilité de se mettre hors concours avec les femmes. Alors que fera Lindsey Vonn? Utilisera-t-elle cette possibilité, ce qui démontrerait à la fois de l’obstination et du courage? Hélas, je crains que cela ne soit beaucoup trop simple comme solution. Et pourtant, je suis persuadé que cela intéresserait beaucoup plus de monde que connaître les résultats chaque semaine d’une manche de Coupe du Monde, laquelle n’en finit pas de s’étirer d’octobre à avril…dans une indifférence qui devient croissante, du moins en France, et sans doute ailleurs, au fur et à mesure que l’on avance dans la saison. Qui sait si ce ne serait pas un bon moyen de faire enfin la une des journaux sportifs, et redonner l’envie de s’intéresser à un sport dont on a l’impression qu’il est en train de sombrer dans l’anonymat, après avoir été un des sports de référence en hiver il y a quelques décennies?

Michel Escatafal

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2 commentaires on “Femmes contre hommes dans le ski : est-ce bien réaliste ?”

  1. Je pense que c’est surtout un bon coup de buzz de sa part de son sponsor… mais si elle va au bout de son idée ce serait une bonne chose…
    Après, l’entraineur de l’équipe de France a raison, si j’étais son concurrent je le prendrais évidemment un peu mal…
    Mais qu’elle fasse le test et si elle se plante… au moins elle aura mis en avant la discipline.

  2. Ali Sarjeant dit :

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