Le cyclisme et ses guerres picrocholines

Le cyclisme professionnel, et même amateur, vit une époque difficile, et pas seulement à cause de l’affaire Armstrong. Si je dis cela, c’est parce que nombre de ceux qui vont voir défiler le peloton sur le bord des routes italiennes, belges, françaises ou espagnoles sont déjà passés à autre chose. Peu leur importe qu’on ait destitué de la plupart de ses titres celui que l’on appelait le « boss ». Pour eux, Armstrong reste le recordman des victoires dans le Tour de France, d’autant qu’ils savent  que nombreux sont les vainqueurs à avoir avoué des pratiques dopantes dans leur carrière et plus particulièrement dans le Tour. Cela signifie que pour les sponsors, ce qui compte, tout autant que l’éthique,  c’est l’image du cyclisme avec ses centaines de milliers de spectateurs sur les pentes des cols mythiques des courses à étapes, avec les retombées publicitaires que cela procure…sans débourser des sommes folles comme dans le football ou la Formule1. En revanche, si le cyclisme est malade, c’est parce que ses règles sont à géométrie variable, et que plus personne n’y comprend rien. Voilà où est le problème du vélo, et pas ailleurs. Est-ce uniquement de la faute de l’UCI (Union Cycliste Internationale) ? Je ne le pense pas, dans la mesure où tout le monde participe à dévaloriser le vélo, et à le rendre peu visible dans son développement.

Certes l’UCI, dans son désir de mondialiser le vélo, essaie d’imposer des épreuves auxquelles les équipes World Tour doivent participer, mais cela relève d’une démarche maladroite, car le cyclisme est né en Europe occidentale, et cette région du globe est pour de nombreuses années encore la place forte de ce sport. Même les Etats-Unis et l’Australie, malgré l’apparition chaque année de champions en provenance de leur pays, sont bien conscients que le développement du cyclisme chez eux ne peut se faire que pas à pas. Cela signifie que pour la Chine et le Japon, le chemin sera encore plus long, puisque ces nations n’ont pas (encore) eu la chance de découvrir un champion de haut calibre, comme le furent Le Mond et Armstrong pour les Etats-Unis ou Cadel Evans pour l’Australie. C’est pour cela que cette marche forcée vers la mondialisation a ses limites, ce qu’apparemment l’UCI n’a pas compris, parce qu’elle ne voit que le côté commercial de ce développement.

Cela étant l’UCI n’est pas la seule fautive, dans la mesure où il n’y a aucune entente entre des protagonistes importants du vélo, et là je veux parler des organisateurs et des dirigeants des équipes professionnelles. Des organisateurs, parce que l’arrivée dans le milieu d’une organisation professionnelle, comme on essaie à intervalles réguliers de la constituer, serait un considérable manque à gagner pour eux. Des dirigeants, parce que ceux-ci sont incapables de s’entendre pour promouvoir des règles simples, applicables à tous les participants. Qu’est-ce qui fait en partie le succès de la Formule1 ? Sa simplicité. En effet, il y a 20 grands prix, et le champion du monde des pilotes comme celui des constructeurs est désigné par le nombre de points glanés au cours de la saison. Pourquoi ne pas imaginer la même chose pour le vélo, avec un certain nombre d’épreuves réservées servant à désigner le champion du monde?

On peut imaginer un système comme celui que j’ai appliqué dans le palmarès des grandes épreuves, à savoir 120, 100, 80, 50 et 40 points pour un certain nombre d’épreuves par étapes, et 60 et 40 points pour les classiques les plus importantes, en fonction de leurs difficultés, plus 60 points pour une course c.l.m. sur le modèle de feu le Grand Prix des Nations ou du Chrono des Herbiers. Ainsi chacun des amateurs de vélo s’y retrouverait facilement, d’autant plus que ces épreuves seraient accessibles aux équipes regroupant les meilleurs coureurs, avec une montée et une descente en fin d’année en fonction des résultats. Cela aurait le mérite d’être à la fois simple et clair, ce qui n’empêcherait pas le développement du cyclisme ailleurs dans le monde en introduisant ça et là une épreuve figurant dans ce championnat, quitte à la pérenniser en cas de gros succès commercial.

Mais me direz-vous, pourquoi les équipes et les sponsors n’imposent-ils pas leurs desiderata à l’UCI, comme aux organisateurs ? Réponse : parce qu’ils sont totalement désunis, et parce que cette désunion est basée à la fois sur les différences de budget…et sur les moyens de lutter contre le dopage. Différences de budget considérables entre par exemple des équipes comme Sky (Wiggins, Froome), Katusha (Rodriguez), RadioShak (Cancellara et Schelck), OPQS (Boonen, Martin, Chavanel), BMC (Evans, Gilbert), Movistar (Valverde), Canondale (Basso), Saxo-Bank (Contador, Kreuziger), et les équipes françaises comme Cofidis, Saur-Saujasun, AG2R, FDJ ou Europcar. Les unes, j’en suis sûr, sont très favorables à ce circuit professionnel, ne serait-ce que pour les retombées publicitaires que cela pourrait apporter aux sponsors, alors que les autres (les équipes françaises) ne cessent d’insister sur l’éthique ou si l’on préfère des règles encore plus drastiques sur le dopage…qu’elles sont presque les seules à demander.

C’est d’ailleurs à ce niveau que proviennent les principales difficultés, chacun faisant sa propre police dans son coin, avec des signatures ou non de charte, alors que d’autres veulent créer une commission indépendante…très difficile à mettre en place, ce qui retarde  d’autant sa mise en oeuvre. Comme si avec une commission on allait régler définitivement le problème du dopage ! Il est vrai que parler sans cesse du dopage  fait d’autant plus de mal au vélo, que c’est le sport qui a les règles les plus sévères en la matière, avec des délais en cas de problème excessivement longs. Combien de temps a-t-il fallu pour obtenir un jugement pour Alberto  Contador ? Presque deux ans, pendant lesquels le Pistolero a été autorisé tout à fait légalement  à courir et à gagner (Giro, Volta etc.), avant de voir l’UCI lui enlever ces victoires acquises proprement, après un jugement où on n’a pas pu apporter la preuve qu’il y avait eu intention de dopage. Deux ans pour en arriver là ! Comment les gens peuvent-ils réagir après un tel jugement ? En fait, ils s’en moquent, car pour eux le vainqueur du Giro ou du Tour de Catalogne en 2011 s’appelle Alberto Contador. Cela dit, pendant ces deux ans, le cyclisme sur route a été pollué par cette affaire, le coureur lui-même ayant sans doute été plus atteint qu’on ne l’imagine.

Mais ce que subit un autre coureur espagnol, Ezequiel Mosquera, que tout le monde a oublié depuis septembre 2010, est pire encore, puisqu’il y a eu des résultats d’analyse anormaux lors de la Vuelta 2010, qu’il a terminé à la deuxième place, pour la prise d’un produit  qui serait autorisé en cas d’ingestion par voie orale, mais interdit par injection intraveineuse. Pour ma part je ne suis pas compétent, mais finalement il a fallu plus d’un an pour que Mosquera soit suspendu pour une durée de deux ans à compter du 16 novembre 2011, soit en fait trois ans sans possibilité de courir, puisque son équipe l’avait suspendu provisoirement en attente du jugement de son affaire. Certes les gens ne se sont pas passionnés pour ce contrôle anormal, d’autant qu’on était en plein dans le déroulement de l’affaire Contador, mais tout cela fait vraiment désordre dans le milieu du cyclisme…et lui porte un grave préjudice. Et personne ne s’indigne dans le milieu, comme si on refusait de regarder ce qui est gênant.

Autre chose, toujours à propos des règles de l’UCI : la participation ou non des équipes dans le World Tour, qui permet « théoriquement » aux meilleures équipes et aux meilleurs coureurs d’avoir accès aux plus grandes courses. Or que voit-on en ce mois de novembre 2012 ? Tout simplement que l’équipe Saxo-Bank, celle de Contador, pourrait ne pas faire partie du World Tour, et donc ne serait pas inscrite d’office aux grandes courses du calendrier, par manque de points UCI, Contador ne pouvant inscrire les siens à cause de sa suspension. Pire même, par les temps qui courent suite à l’affaire Armstrong, il serait même très possible que l’équipe du meilleur coureur à étapes de ces cinq dernières années (7 victoires dans les grands tours remportées sur la route)  ne figure pas parmi les engagées, faute d’invitation des organisateurs du Tour de France. On croit rêver, mais c’est tout à fait envisageable, ce qui obligerait Contador à courir le Giro…avant toute décision des organisateurs du Tour de France. Oui, c’est aberrant, d’autant que dans l’équipe Saxo-Bank, il y a aussi Kreuziger, vainqueur d’un Tour de Suisse (2008) et d’un Tour de Romandie (2009) et cinquième du Giro 2011, mais aussi Nicolas Roche, Breschel et le sprinter italien Bennati, vainqueur de 11 étapes dans les trois grands tours, et à deux reprises du Tour du Piémont et du Tour de Toscane, deux des semi-classiques italiennes les plus prisées. En revanche il y aura quatre équipes françaises à coup sûr. Tant mieux pour elles, mais tant pis pour le sport si Contador ne peut pas affronter Froome, Andy Schleck et Evans dans le prochain Tour de France, confrontation dont salivent déjà tous les amateurs de vélo.

Oui, le vélo a vraiment besoin d’un sérieux lifting, sous peine de perdre la place prééminente qui est la sienne parmi les grands sports. Oui le vélo doit se réformer, en misant sur la qualité de ses épreuves, et sur un professionnalisme renouvelé, ce qui n’est nullement incompatible avec la lutte contre le dopage. Mais de grâce, essayons de faire en sorte que le sport reprenne ses droits, afin que tous les amoureux de cyclisme aient le bonheur d’assister aux compétitions où se retrouvent les meilleurs coureurs. C’est ce que demande le public, qui n’a que faire des querelles picrocholines entre les uns et les autres, et qui font la joie des chroniqueurs qui ont chaque année de quoi alimenter leur rubrique cyclisme…à travers des affaires qui ne devraient pas en être ou qui n’en sont plus. Et le pire est que toute cette énergie dépensée en vain, est aussi un frein au développement de la piste, pourtant si importante à l’âge d’or du vélo (dans les années 50), où 20.000 spectateurs se déplaçaient pour voir un match France-Italie ou pour assister à une poursuite avec Fausto Coppi. C’était le bon temps, et même si j’étais trop jeune pour y assister, j’en ai quand même un grand souvenir, grâce à mon père qui m’a raconté, et grâce aussi aux multiples lectures que j’en ai faites, au point que Coppi est devenu ma grande idole…alors que je ne l’ai jamais vu courir..

Michel Escatafal

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5 commentaires on “Le cyclisme et ses guerres picrocholines”

  1. aficionado dit :

    Muy bien escrito, Miguel, llevas toda la razón del mundo y tu análisis del ciclismo actual es
    muy buena y seria. Se ve que te gusta la bici y que eres un aficionado de toda la vida. Y claro,
    hoy día, con el dopage, el mundillo de la bici se resiente mucho de ese hecho y muchos quieren matarlo contándonos tonterías de que sí éso o lo otro… Sabemos demasiado lo que se pasa y para mí, personalmente, el Boss ganó 7 Vueltas a Francia y basta… En la foto, creo ver la bandera española de la República y como soy hijo de republicano español, pues claro, me gusta mucho verla en el público ciclista…
    Pues Coppi es también mi ídolo y me acuerdo que estaba sentado en los hombros de mi padre, en 1952, cuando lo vi en un curva durante el Tour con su jersey verde, en la ciudad de Nogaro (Gers)! Tenía 5 años y nunca lo olvidaré!
    Un abrazo amigo.

  2. aficionado dit :

    El análisis en castellano es una palabra masculina por lo que tienes que leer: « y tu análisis del ciclismo actual es muy bueno y serio ». Discúlpame amigo.

    • msjsport dit :

      Hablo español. Estoy muy feliz de tener lectores españoles. Buenas tardes

      • aficionado dit :

        Buenas tardes, Miguel, me alegro que hables castellano y me gusta también leerte porque tú entiendes de ciclismo y sabes muy bien lo que escribes. No como los otros gilipollas que están criticando todo el santo día y no se han subido nunca encima de una bici. Sigue escribiendo así sobre el ciclismo que lo estás haciendo muy bien.
        Hasta luego, amigo.


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