Année de tennis 2012 : Une femme et quatre hommes

Le tournoi des Masters, dont j’ai déjà parlé sur ce site, est le dernier tournoi de l’année, une année de tennis d’ailleurs très longue, trop longue. Il y a, en effet, tellement de tournois à travers le monde qu’on finit par ne plus s’intéresser qu’à ceux comptant pour le grand chelem, c’est-à-dire Melbourne, Roland-Garros, Wimbledon et Flushing-Meadow. Reste le Masters, censé désigner le meilleur joueur de l’année, puisqu’il  oppose les huit premiers joueurs mondiaux…qui ne sont pas nécessairement tous présents au rendez-vous, parce que très fatigués par une saison harassante ou blessés. Elle est d’autant plus harassante pour ces joueurs, qu’ils arrivent presque toujours en finale ou en demi-finales des tournois auxquels ils participent, ce qui d’ailleurs les oblige à lever parfois le pied avant un rendez-vous important.

C’est le cas précisément du Tournoi de Bercy, qui figure parmi les Masters 1000, c’est-à-dire juste derrière les tournois du Grand chelem, mais qui a beaucoup de mal à faire venir les meilleurs (du moins pour gagner)…parce que ceux-ci se préservent pour le Masters. En fait, à Bercy depuis quelques années, certains des  meilleurs sont soient forfaits, soient éliminés au premier ou au second tour (cas cette année de Murray et Djokovic), ce qui explique par parenthèse que les organisateurs veuillent changer la date de ce tournoi, pour l’inscrire en février. On est loin du rendez-vous souhaité par Philippe Chatrier, qui voulait faire de ce tournoi en salle, l’équivalent de Roland-Garros, ce qui n’a jamais été le cas depuis sa création en 1986, même si son palmarès compte quand même quelques très grands noms. Parmi ceux-ci il y a Boris Becker (3 fois), Stefan Edberg, Goran Ivanisevic, André Agassi  (2 fois), Pete Sampras (2 fois), Marat Safin (3 fois), Novak Djokovic et Roger Federer.  Pas mal, quand même ! On notera aussi que les Français y brillent assez souvent,  puisqu’en 27 éditions ils en ont remporté 3 avec Forget en 1991, Sébastien Grosjean en 2001 et Jo-Wilfried Tsonga en 2008, ce qui contraste avec leurs résultats à Roland-Garros et ailleurs en grand chelem, infiniment moins brillants, sauf à considérer Federer comme un des nôtres, puisque sa mère a des ascendances françaises. On se console comme on peut !

Fermons cette longue parenthèse sur Bercy, pour revenir au bilan de l’année 2012. Disons tout de suite, qu’il est très différent en ce qui concerne les femmes et les hommes. Chez les femmes, il y a une joueuse, Serena Williams, à coup sûr une des meilleures de l’histoire (15 victoires en simple en grand-chelem et 13 en double) qui plane au-dessus de toutes les autres depuis des années…quand elle n’a pas de soucis de santé. Ce fut le cas depuis le mois de juillet, ce qui lui a permis de gagner coup sur coup Wimbledon pour la cinquième fois, la médaille d’or des J.O., Flushing-Meadow pour la quatrième fois et son troisième  Masters. Autant de succès qui, curieusement, ne lui valent que la troisième place au classement WTA, mais chacun sait bien que c’est elle la meilleure joueuse du monde, loin devant ses rivales  Victoria Azarenka et Maria Sharapova, totalement impuissantes face à Serena Williams quand celle-ci joue à son meilleur niveau.

Chez les hommes en revanche, la hiérarchie est beaucoup plus floue entre les quatre meilleurs joueurs, Djokovic, qui vient de remporter le Masters après avoir gagné au début de l’année en Australie, Federer, qui était son adversaire en finale du Masters, et qui s’est imposé pour la septième  fois à Wimbledon, le Britannique Andy Murray qui a gagné l’or olympique et Flushing-Meadow, et l’imbattable Rafaël Nadal sur la terre-battue de Roland-Garros (septième  titre), mais blessé le reste de la saison. Difficile dans ces conditions de déterminer quel est le véritable numéro un mondial sur l’ensemble de l’année, même si  Djokovic et Murray ont été les plus constants…avec l’incontournable Roger Federer. Celui-ci  a  quand même de beaux restes, même s’il n’est plus le numéro un absolu comme il le fut très souvent depuis 2003, date de son premier titre en grand chelem (Wimbledon).  En fait nous sommes aujourd’hui dans une période de transition, comme cela arrive fréquemment après l’intense domination d’un joueur pendant plusieurs années.

Ce fut le cas depuis le début de l’ère open, entre 1970 et 1973, après le second grand chelem de Rod Laver, avec des victoires dans les grands tournois du Tchèque Kodes (2  Roland-Garros et 1 Wimbledon), un des grands joueurs du passé les plus méconnus, du Roumain Illie Nastase ( Roland-Garros et Forest-Hills), de l’Australien Newcombe (Wimbledon, Forest-Hills et Melbourne), de Stan Smith (Wimbledon et Forest-Hills), Arthur Ashe (Australie), sans oublier le vétéran Rosewall (Australie 2 fois).  Quand autant de joueurs se partagent les grands succès, cela signifie clairement qu’il n’y a plus de véritable patron dans le tennis mondial, en attendant d’en retrouver un. Celui-ci fut en 1974 Jimmy Connors, et ensuite le Suédois Bjorn Borg qui entre 1974 et 1981 remporta six fois Roland-Garros et cinq fois Wimbledon.

Et quand la succession du Suédois fut ouverte, on eut de nouveau une domination exercée par plusieurs joueurs, à savoir Connors  en 1982 (Wimbledon et Flushing-Meadow), puis le duo Lendl-Mac Enroe qui domina  la décennie 1980, avec  quinze titres en grand chelem à eux deux, dont huit pour Lendl et sept pour Mac Enroe, sans compter leur présence constante en tête du classement mondial, Mac Enroe occupant cette place sans discontinuer entre 1981 et 1984 et Lendl entre 1985 et 1987. En fait il fallut attendre l’arrivée de Sampras au plus haut sommet, pour retrouver un joueur écrasant (seul) la concurrence, avec ses quatorze titres en grand chelem entre 1990 (US Open) et 2002, et surtout ses six années consécutives en tête du classement mondial à la fin de l’année (1993-1998), performance qu’il est seul à avoir réussi à ce jour.

Alors qui sera le nouveau dominateur du tennis masculin dans les années à venir ? Compte tenu de l’âge de Federer, même s’il n’a que 31 ans, des blessures récurrentes de Nadal depuis 2009, on peut penser que Murray et plus encore Djokovic sont les deux candidats désignés pour être le futur numéro un pour un certain temps. Djokovic, parce que son palmarès et son classement attestent de sa constance au plus haut niveau depuis deux ans (numéro un mondial à la fin des années 2011 et 2012), et parce qu’il semble plus doué naturellement que Murray, ayant tous les coups dans sa raquette, notamment un grand service et des retours fulgurants dignes du meilleur Connors. De plus,  c’est une « personnalité » comme on dit, à la fois polyglotte et ne manquant pas d’humour, sans parler de son activité sur le plan humanitaire. Bref, un numéro un mondial qui peut être un magnifique ambassadeur de son sport…comme l’est toujours Roger Federer.

Cela étant,  je n’ai rien contre Murray qui, lui aussi, possède tous les coups du tennis, mais à un niveau légèrement inférieur à celui de Djokovic, ce dernier étant plus puissant ce qui fait la différence notamment sur terre battue. Néanmoins, Murray aura eu le grand mérite de corriger une anomalie historique, en étant le premier joueur britannique à avoir remporté un tournoi du grand-chelem  (Flushing-Meadow 2012) depuis  Fred Perry en 1936. Anomalie historique, parce que le tennis est né en Grande-Bretagne, même si l’origine de ce mot anglais vient du vieux français « tenetz », que l’on a appelé aussi jeu de paume, dont le tennis est dérivé, et dont il a adopté certains termes et le décompte des points. Pour mémoire, je rappelle que le jeu de paume est très ancien, puisque certains le font remonter jusqu’à l’antiquité. Très en vogue en France, il fut même la cause de la mort du roi Louis X le Hutin, le 5 juin 1316 à Vincennes, qui avait bu de l’eau glacée après une partie de jeu de paume.

Michel Escatafal

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4 commentaires on “Année de tennis 2012 : Une femme et quatre hommes”

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