Koichi Nakano, décuple champion du monde de vitesse

Sur ce site j’ai déjà parlé de quelques très grands champions de la piste, et plus particulièrement de la vitesse. J’ai même consacré un article entier à Daniel Morelon, qui fut sept fois champion du monde amateur de vitesse et détenteur de deux titres olympiques dans la spécialité, à une époque où les amateurs ne rencontraient pas (ou très rarement) les professionnels, en tout cas pas aux championnats du monde. Si cette situation était dommageable, c’est parce qu’on avait deux champions du monde de vitesse, l’un chez les amateurs et l’autre chez les professionnels, en notant que les amateurs étaient en réalité de vrais professionnels, surtout ceux natifs des pays du bloc communiste. Ainsi, si personne ne peut dire qui était le meilleur entre Daniel Morelon, qui a dominé son époque chez les amateurs entre 1966 et 1975, et Koichi Nakano, qui a écrasé la discipline chez les professionnels (dix titres mondiaux consécutifs entre 1977 et 1986), en revanche on ne sait pas ce que valait réellement Nakano, faute d’avoir pu affronter les supers sprinters est-allemands ou soviétiques qu’étaient Hesslich, Hubner ou Kopylov, qui se partagèrent les titres amateurs à la même époque.

Et j’avoue que c’était une frustration pour les amoureux de la piste, car je suis persuadé que s’ils s’étaient rencontrés au meilleur de leur forme les matches auraient été très serrés. Si je dis cela, c’est parce que Nakano a été champion du monde en battant par exemple un coureur comme l’Australien Nicholson, qui fut  quelques années auparavant le meilleur des rivaux de Daniel Morelon, notamment en 1972 (médaille d’argent aux J.O.), et champion du monde professionnel en 1975 et 1976, année où il battit Nakano pour sa première participation aux championnats. Mais ce dernier avait une bonne excuse, parce qu’il sortait d’une saison complète de keirin au Japon, dont il était un excellent spécialiste (600 victoires), mais pas le numéro un. Pour mémoire je rappelle que le keirin au Japon est une épreuve cycliste sur piste donnant lieu à des paris (depuis 1948). Les Japonais disposent pour cela d’une cinquantaine de vélodromes, avec 75% des recettes payées aux gagnants, le reste allant aux coureurs et à des œuvres sociales. Des coureurs ayant subi au préalable des sélections très sévères pour entrer à l’Ecole Japonaise de Keirin (10% d’élus à l’examen d’entrée), avant de suivre un entraînement très dur (plus de 10 heures par jour) en vue de l’examen final, donnant le droit de devenir coureur professionnel de keirin.  L’épreuve a été importée ailleurs (sous une forme un peu différente de celle pratiquée au Japon) depuis 1984, époque à laquelle elle a été inscrite parmi les épreuves des championnats du monde sur piste. Elle est même devenue discipline olympique en 2000, avec pour premier vainqueur le Français Florian Rousseau.

Fermons la parenthèse pour reparler de Nakano, né comme Bernard Hinault un 14 novembre mais un an plus tard (1955), qui a fait très tôt le choix de sacrifier une partie de la saison de keirin pour pouvoir disputer les championnats du monde professionnels, car professionnel il était, gagnant même beaucoup d’argent sur les pistes japonaises (plus de 10 millions de dollars au cours de sa carrière). C’est un bon choix qu’il a fait pour la postérité, puisqu’il détient le record absolu du nombre de titres mondiaux en vitesse, loin devant l’Italien Maspes (sept titres entre 1955 et 1964) et le Belge Scherens (sept titres entre 1932 et 1947), un record qui n’est pas prêt d’être battu, ce qui en situe la qualité. Par ailleurs, ses temps sur 200m prouvaient qu’il avait réellement le niveau pour rivaliser avec les meilleurs amateurs. Ces temps étaient d’autant plus marquants qu’il ne disputait et gagnait qu’une compétition par an, les mondiaux, en plus du keirin où l’effort est quelque peu différent. Et pour revenir aux adversaires qu’il dut affronter lors des championnats du monde de vitesse, je citerais aussi le Français Yavé Cahard, excellent sprinter, puisqu’outre ses titres en tandem avec Dépine, il fut médaillé d’argent aux J.O. de Moscou en 1980, battu en finale par celui qui fut désigné comme le vrai successeur de D. Morelon, l’Allemand de l’Est Lutz Hesslich. En fait Cahard n’exista pas en finale du tournoi mondial en 1983, étant battu sèchement en deux manches en donnant un vrai sentiment d’impuissance, face au Japonais au sommet de son art, qui semblait imbattable dans tous les cas de figure, qu’il parte en tête ou qu’il lance son sprint derrière son adversaire.

Entre 1977 et 1986, Nakano ne fut réellement menacé qu’une année, en 1982, contre le Canadien Singleton à Leicester, déjà battu par ce même Nakano l’année précédente en finale à Brno (ex-Tchécoslovaquie). Cette finale du championnat du monde de vitesse fut épique puisqu’elle se termina dans deux manches sur trois…par une chute. Dans la première manche, Singleton lança le sprint en tête et résista beaucoup mieux qu’on aurait pu le penser, les deux coureurs restant au coude à coude…jusqu’à ce qu’ils se touchent, Singleton faisant un écart fatal aux deux hommes, puisqu’ils franchirent la ligne sur le dos ou les fesses. Nakano fut déclaré vainqueur, d’abord parce que c’est Singleton qui s’écarta de sa ligne et ensuite parce que le Japonais franchit le premier la ligne avec son maillot déchiré dans le dos. De toutes façons, sans cet écart le Japonais l’eut emporté, mais de peu.

La deuxième manche en revanche fut limpide, dans la mesure où Nakano, qui était passé en tête avant le lancement du sprint, fut surpris par la plongée à la corde de Singleton, ce qui lui permit de prendre immédiatement quatre ou cinq longueurs d’avance que Nakano ne put combler dans le dernier virage. Du coup, voyant l’inanité de ses efforts, le tenant du titre préféra se relever dans la dernière ligne droite. Cela faisait une manche partout, d’où la nécessité d’avoir recours à une belle. Et là, de nouveau, ce fut une chute qui départagea les deux hommes. Cette fois c’était au tour de Nakano de mener, et comme dans la manche précédente il se fit surprendre par Singleton, sauf que cette fois l’écart entre les deux hommes ne dépassa pas deux longueurs…que Nakano réussit à combler, pour se retrouver quasiment sur la même ligne que son rival à la sortie du dernier virage. Et au moment où il allait réussir à passer devant Singleton, les deux hommes s’accrochèrent de nouveau juste avant de franchir la ligne d’arrivée, Singleton se penchant légèrement sur sa droite et touchant l’épaule gauche de Nakano, lequel restait juché sur son vélo contrairement à Singleton qui chutait de nouveau lourdement.

Ensuite il y eut un moment de confusion, puisqu’il était prévu de faire recourir la manche, mais alors que Nakano était déjà sur la piste, Singleton fit signe qu’il ne disputerait pas cette manche et Nakano fut déclaré champion du monde. Il le sera encore quatre fois, Quant à Singleton, il remportera l’épreuve du keirin à ces mêmes championnats du monde 1982, devant le spécialiste Danny Clark et un autre Japonais, Kitamura. Ce sera le chant du cygne du sprinter canadien, car nous n’entendrons plus jamais parler de lui. Dommage, c’était un remarquable sprinter, excellent kilométreur puisqu’il détint le record du monde du kilomètre en 1980 (1mn03s82c), mais il n’avait pas la classe naturelle de Nakano. Celui-ci, en effet, était vraiment un sprinter de grand format, comme en témoignera plus tard Daniel Morelon, qui fut battu sèchement en demi-finale des championnats du monde 1980 à Besançon, après il est vrai presque trois ans sans compétition. En tout cas, même s’il est impossible de savoir qui l’eut emporté du meilleur Morelon ou du meilleur Nakano ou encore du meilleur Hesslich, tous trois appartiennent à la catégorie des fuoriclasse de la vitesse au même titre que Maspes, Michel Rousseau, ou plus près de nous Florian Rousseau, Chris Hoy ou Grégory Baugé. Au passage, on notera que si notre pays attend toujours son vrai vélodrome couvert, promis depuis 1968, la France est quand même devenue le pays qui a compté le plus grand nombre de sprinters de très haut niveau depuis une quarantaine d’années (Trentin, Morelon, Magné, Rousseau, Tournant, Gané, Baugé). Encore un paradoxe français !

Michel Escatafal

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5 commentaires on “Koichi Nakano, décuple champion du monde de vitesse”

  1. aficionado dit :

    Son todos grandes campeones y Nakano fue también un de los que dominaron la velocidad pura en la pista. Pero para mí, el que más me marcó en mi juventud, era Antonio Maspes. Al principio creí que por su apellido fuese español, hasta que me enteré que tenía la nacionalidad italiana.

    « El hombre que nunca se entrenaba », lo llamaban porque estaba siempre en forma para competir y ganar. Era muy famoso por su ‘surplace’ en la pista que duró una vez 32 minutos con Jan Derksen. Fue 7 veces campeón del mundo entre 1955 y 1964. En esos entonces, la pista era muy popular y teníamos grandes campeones como Derksen, Pinarelo, Gasparella, Pfenninger, Timoner y muchos otros que vivían de la pista.

    Hoy día la pista está muriéndose y ya no tiene la atracción de antaño, pero para mí sigue siendo lo más bonito y más puro que hay en el ciclismo con su velocidad pura y todas las otras facetas que da al público para gozar de ella.

    • msjsport dit :

      Tienes razón, pero si la pista está casi muerta es por culpa de la UCI. La Federación Internacional ha decidido aumentar las pruebas para el Campeonato del Mundo … porque lo organiza. Si cada invierno hubo una temporada en cada uno de los principales países con sprint, persecución individual y por equipos, además de madison, sería suficiente. Y estoy seguro de que el público prefiere más que todos los acontecimientos que se han creado.

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