Le 400m haies, une course spéciale nécessitant beaucoup d’intelligence

S’il y a bien une épreuve spectaculaire en athlétisme, c’est bien le 400 m haies. Pourquoi ? Parce que cette course, en apparence simple pour le spectateur non averti, est en réalité un modèle de précision pour les athlètes qui se spécialisent dans cette course. Il suffit pour cela de lire ce qui est écrit ça et là par quelques grands champions, voire écouter, quand c’est possible, Stéphane Diagana quand il commente à la télévision un 400m haies. Je dis « quand c’est possible » parce que sa voix est souvent couverte par les cris du commentateur officiel, ce qui est dommage parce que Diagana est évidemment mieux placé que quiconque pour commenter, pendant  un peu moins  de 50 secondes, une course de ce type.

Passons, et revenons à notre sujet, pour noter ce que soulignent tous les cracks de la spécialité, à savoir  que le 400 m haies exige d’abord un contrôle parfait de sa foulée, de façon à pouvoir arriver sur les haies juste au moment où on l’attend.  A partir de là on peut dérouler « tranquillement » ses treize foulées jusqu’au moment où ce ne sera plus possible pour nombre d’athlètes, sans trop se soucier de ce qui se passe devant ou derrière, et donc de s’en tenir à sa propre course. Mais il faut quand même essayer d’aller le plus vite possible, ce qui passe nécessairement par le dépassement d’un adversaire, celui-ci pouvant être déstabilisé et aller à la faute en se croyant obligé de résister, à moins que la faute ne soit commise par l’assaillant lui-même dans le cas où les deux athlètes sont foulée dans foulée. Ensuite arrive le sixième obstacle, moment où il faut (normalement) changer la fréquence de foulée (14 ou 15), sans perdre de la vitesse tout en raccourcissant le compas. Tout cela se faisant en se demandant si l’on va tenir jusqu’au bout. Dans ce cas il y a certes la tentation de lever le pied, mais cela ne dure pas, car la course est déjà bien avancée. C’est généralement  à ce moment (vers la huitième haie) que la faute peut se produire, avec le risque de s’affaisser  sur la haie. Si ça passe, il faut continuer à bien monter les jambes et bien tirer sur les bras pour ne pas se désunir, jusqu’à la dixième et dernière haie.  Et c’est là qu’il faut rassembler ses dernières forces pour foncer sur cette haie comme si « c’était la première d’un 110 m haies » pour parler comme l’entraîneur du champion olympique de 1968, David Hemery.  Evidemment, on n’arrive pas aussi facilement qu’on le voudrait sur cette haie…qu’il faut absolument franchir correctement pour gagner. Enfin, il reste à se ruer sur la ligne d’arrivée, dans un état d’épuisement total. Bref, une course très dure, déjà parce qu’il faut accomplir un tour de piste à grande vitesse, avec 10 haies de 91 cm à franchir séparées de 35 m chacune, et ensuite parce qu’il faut une maîtrise technique et psychique totale. A noter que les haies font 76 cm pour les femmes, et que celles-ci participent aux J.O. depuis 1984.

Cette course, comme toutes les autres, a évidemment connu quelques champions exceptionnels, qui ont largement contribué à en faire une épreuve digne du 400m plat. Si je dis cela, c’est parce que le 400m haies n’a pas toujours été une course olympique (1912 aux J.O. de Stockholm).  Les Français y ont souvent brillé, notamment en 1920 aux J.O. d’Anvers, où Géo André (excellent trois-quart aile de rugby) battit le record d’Europe en 54s8 (à 8/10 du record du monde), terminant quatrième après avoir été en tête jusqu’aux 300 mètres. En fait, malgré toutes ses qualités, Géo André avait manqué de finish dans les cinquante derniers mètres, face à des coureurs plus rapides que lui. Et oui, la rapidité compte sur  400 m haies, même si l’on a connu quelques grands champions plus techniques que rapides. Malgré tout, un excellent coureur de plat sera favorisé,  et s’il en fallait une preuve, nous l’aurions avec le premier grand crack de la discipline, l’Américain Fred Morgan-Taylor, qui rivalisait avec les meilleurs coureurs de 400m plat de son époque. Il détiendra le record du monde de 1928 à 1932 (52s) et sera imbattable pendant cette longue période. Il sera aussi champion olympique en 1924 à Colombes (André encore quatrième à 35 ans), et médaille de bronze en 1928 à Amsterdam.

C’est à partir de cette époque que nombre d’excellents coureurs de 400m se spécialiseront sur 400m haies, comme l’Irlandais Tisdall et l’Américain Hardin, qui conservera son record du monde pendant presque 20 ans (50s6 en 1934), n’étant dépassé qu’en 1953 par le Soviétique Litujev, excellent technicien à la soviétique (gros travailleur), qui fut battu en 1952 aux J.O. d’Helsinki par Moore.  Ce Moore est resté dans l’histoire du 400m haies, parce qu’il fut le premier à passer de 13 foulées pour les cinq premiers obstacles, à  15 au sixième. En outre, même s’il a peu couru sur 400m haies (23 fois), il s’est retiré invaincu à l’âge de 23 ans…sans avoir battu le record du monde.   Celui-ci sera battu en 1956 par un autre surdoué, l’Américain Glenn Davis (49s5  en 1956), un coureur très éclectique entraîné par Larry Snyder, à l’université d’Ohio State, le même entraîneur et la même université que Jesse Owens. Il sera champion olympique à Melbourne en 1956 et à Rome en 1960, améliorant au passage (1958) son record du monde qu’il portera à  49s2. Ce Glenn Davis était aussi un formidable coureur de 400m plat, puisqu’il avait battu peu avant les J.O. de Rome, le futur champion olympique Otis Davis, en 45s5, mais aussi un remarquable sprinter sur 200m (second des championnats US derrière Bobby Morrow). Dommage que le Sud-Africain Podgieter, autre surdoué, ait été victime d’un accident peu avant les J.O. de Rome, car nous aurions eu un duel extraordinaire, Podgieter ayant réalisé 49s3 chez lui en Afrique du Sud, en utilisant jusqu’à la fin de sa course 14 foulées à partir de la sixième haie.

Le temps de  49s2 de Glenn Davis sera  égalé en 1962, à Belgrade lors des championnats d’Europe, par l’Italien Morale venu du 110 m haies. Morale n’était pas très rapide sur 400m (valant entre 47s2 et  47s5), mais, comme Litujev, c’était un remarquable  technicien.  Cela accréditait l’idée qu’en fait un grand technicien comme Morale, pouvait gagner au moins une seconde et demie sur 400m haies, par rapport à un coureur de 400m essentiellement  rapide comme l’était Glenn Davis. C’est aussi un autre coureur venu du 110 m haies, Cawley qui remporta  le titre olympique à Tokyo en 1964 (49s6). Quatre ans plus tard, en 1968 à Mexico, le Britannique Hemery, lui aussi venu du 110 m haies (13s4), s’empara de l’or olympique en pulvérisant le record du monde (48s1).  A noter qu’Hemery était vraiment un athlète exceptionnel, car il valait moins de  45s5 sur le 400m plat (44s6 lancé en finale du 4x400m aux J.O. de Mexico).

En 1972, ce sera l’apparition d’un OVNI, dont j’ai déjà parlé sur ce site, l’Ougandais Akii-Bua, qui allait s’emparer du titre olympique et battre le record du monde en 47s82, devant l’Américain Ralph Mann, dont je reparlerai dans un prochain article, et Hemery.  Mais à peine la tornade Akii-Bua révélée, qu’arriva en 1976 le cyclone Edwin Moses, athlète rapide valant moins de 45s sur le plat, mais aussi très doué sur le plan technique avec sa longue foulée (2m60), capable de courir en 13 foulées de bout en bout. Il va passer de 50s6 en avril 1976 à 48s30 en juin (finale des sélections américaines). Il fera encore mieux en finale olympique à Montréal, battant une nouvelle fois le record du monde en 47s64, laissant le second à plus d’une seconde. Il est vrai que la concurrence avait été très affaiblie par le boycott des pays africains, qui a provoqué l’absence de John Akii-Bua. Quel dommage ! A noter quand même que Moses fut  un hurdler exceptionnel, puisqu’il battit sur 110 m haies en 1977, lors d’un meeting à Kingston, les trois suivants de Drut en finale des derniers J.O., Casanas, Davenport et Foster, couvrant la distance en 13s5 avec 3 m de vent défavorable.  Fermons la parenthèse pour noter que Moses portera le record du monde à 47s02 en 1983, course au cours de laquelle il avait couru en 20s9 jusqu’au cinquième obstacle, et mieux encore si j’ose dire, entre 1977 (défaite face à l’Allemand Schmid) et 1987 (défaite face à Danny Harris), il remporera 122 courses d’affilée !

Après la tornade Akii-Bua, puis le cyclone Moses, il y eut un intermède, assuré aux J.O. de 1988 par l’Américain Phillips (Moses terminant troisième),  mais c’était pour mieux préparer l’arrivée d’un ouragan,  Kevin Young, qui allait être le premier  hurdler à moins de 47s. Lui aussi avait commencé par le 110 m haies, avant de monter sur 400m haies sur les conseils de John Smith. Grand (1.93m), avec une longueur de jambes qui lui permettait une enfourchure de plus d’un mètre, à l’âge de 19 ans il avait déjà réalisé  48s77, et c’est tout naturellement que ce hurdler à la fois rapide (environ 45s sur 400m) et excellent technicien descendra à 46s78 en 1992, lors de la finale olympique aux J.O. de Barcelone, effaçant le vieux record de Moses qui avait déjà 16 ans d’âge.  Lors de cette finale, un certain Stéphane Diagana, terminait quatrième en 48s13. A noter qu’au cours de cette finale, Young avait couru en treize foulées les deuxième et troisième obstacles, puis les quatrième et cinquième en douze, pour terminer en treize jusqu’au dernier. Extraordinaire, magnifique, les qualificatifs nous manquent, d’autant qu’après les J.O., Young allait aligner 19 victoires consécutives, dont 10 en moins de 48s ! Personne n’a fait mieux depuis, pas même Adkins (champion du monde en 1995 et champion olympique en 1996), ni Felix Sanchez (champion du monde 2001 et 2003 et double champion olympique en 2004 et 2012), ni Taylor (champion olympique en 2000 et 2008), ni Kerron Clement (champion du monde en 2007 et 2009).

Michel Escatafal

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5 commentaires on “Le 400m haies, une course spéciale nécessitant beaucoup d’intelligence”

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