A qui peut-on comparer Pastore ? Angellilo, non plutôt Didi

pastoreDepuis deux matches, Javier Pastore crève l’écran…comme entre fin août et octobre de l’an passé, avant de devenir une sorte d’intermittent alternant les moments de grâce, plutôt rares, et une certaine médiocrité qui exaspérait jusque ses plus fidèles admirateurs. Un trou noir qui n’a pas fait les affaires du Paris Saint-Germain, au point que les Parisiens n’ont rien gagné l’an passé, et sont pour le moment tout juste sur le podium de la Ligue 1, ce qui fait dire à certains qu’il y a une Pastore dépendance, après nous avoir abreuvé de l’Ibra dépendance. En football, les choses vont vite, très vite, trop vite, alors que l’idéal est de travailler dans la durée tant pour le staff dirigeant que pour le staff technique. Problème, il y a des sommes très importantes en jeu, beaucoup diront même des sommes folles, ce qui ne facilite pas les choses, dans la mesure où les investisseurs paient parfois très chers leurs investissements et veulent en contrepartie un retour rapide…ce qui se justifie sur le plan économique.

Seulement voilà, le football est un sport, on peut même dire un jeu, joué par des hommes donc par essence faillibles. Même les tous meilleurs joueurs ont des périodes où ils sont moins bien que d’autres, mais, dans les plus grands clubs, le collectif est là pour compenser les difficultés passagères des stars, au point que certains en arrivent à dire des âneries du style : « Mais lui est toujours au top » !  C’est faux bien évidemment, mais au Barça de nos jours, comme autrefois au Real, une baisse de forme de Messi et ou Iniesta, ou de Di Stefano et ou Kopa, ne se voie ou ne se voyait pas trop…car il y a les autres, tous les autres, et la manière de jouer collectivement.

C’est justement ce collectif qui a manqué au Paris Saint-Germain depuis sa renaissance, grâce aux capitaux injectés par les investisseurs qataris, qu’on ne remerciera jamais assez de vouloir créer en France un club à dimension mondiale, comme l’ont toujours été depuis des décennies le Real Madrid et le F.C. Barcelone, mais aussi la Juventus de Turin, les deux Milan ou Manchester United. Tous les clubs que je viens de citer étaient déjà présent au plus haut niveau à l’époque de la naissance des compétitions européennes (Coupe d’Europe des clubs en 1955). En revanche, malgré des centaines de millions de livres englouties depuis une dizaine d’années par un milliardaire russe (Abramovitch) à Chelsea, ce club n’a réussi à remporter la Ligue des Champions que cette année. Curieusement d’ailleurs, au moment où sans doute son équipe était la moins forte depuis le début des années 2000. Cela fait partie des pieds de nez de l’histoire du football !

Et j’observe que ce club, devenu très grand sur le plan du palmarès, a eu du mal à digérer d’avoir enfin atteint son Graal. La preuve, c’est la première fois qu’un vainqueur de la Ligue des Champions est éliminé dans la phase de groupes. Cela prouve qu’il est très difficile pour un club d’arriver,  et plus encore de se maintenir au sommet, quand il n’a pas des décennies d’histoire au plus haut niveau, ce qui est le cas de Chelsea. Alors pourquoi se poser autant de questions, après seulement un an et demi d’existence, sur le nouveau PSG ? Pourquoi la presse sportive, la presse de football surtout, est-elle à ce point impatiente vis-à-vis d’un club à peine porté sur les fonds baptismaux, un club certes riche, très riche même, le plus riche aujourd’hui, mais un club monté de toutes pièces en moins d’un et demi ? Oui, pourquoi écrire tous les commentaires qu’on a pu lire suite à la défaite de Nice, alors que le Paris Saint-Germain n’était qu’à 5 points du leader lyonnais, et qu’il restait 69 points à prendre ?

Pourquoi avoir parié sur le renvoi d’un entraîneur parmi les plus prestigieux dans le monde, un entraîneur qui a tout gagné dans les clubs où il est passé, un entraîneur qui, comme je l’ai écrit dans un article précédent, était un des seuls à pouvoir attirer à Paris, c’est-à-dire en Ligue 1, des stars mondiales comme Ibrahimovic ou Thiago Silva, ce qui par parenthèse n’était jamais arrivé dans notre championnat, pas même à l’Olympique de Marseille à l’époque de Tapie (80-90) ou de Leclerc (60-70). Certains soi-disant supporters de football devraient quand même réfléchir avant d’invectiver le club parisien et son entraîneur, d’autant qu’il faut être carrément crétin et ou profondément inculte pour prétendre contester les choix techniques d’un Carlo Ancelotti. Ah les supporters, quelle mauvaise image ils donnent de la nature humaine, et cela est valable pour tous les sports !

Fermons la parenthèse, pour dire que cette fois il semble que l’entraîneur du PSG ait trouvé la formule qui convient à son équipe, et la cohésion qui va avec, seule façon pour une équipe de briller sur le plan national et international. Et cette renaissance coïncide avec le renouveau d’un footballeur extraordinairement doué, Javier Pastore, arrivé à Paris l’an passé pour une somme de 42 millions d’euros. Ah, ces 42 millions, qu’est-ce qu’ils auront pu peser sur Pastore, même si peut-être ils sont moins lourds à supporter pour le joueur que certains ne se l’imaginent. En tout cas, pour le supporter français de base, c’est presque un crime d’acheter un footballeur de 22 ans pour une somme pareille. Et oui, hélas, les habitants de notre pays n’aiment pas l’argent…du moins ils le disent ! En tout cas, même s’il ne commence que tout doucement à parler français, donc même s’il ne comprend pas tout, Pastore doit avoir autour de lui des tas de gens pour lui rappeler qu’il a coûté 42 millions d’euros, ce qui est pitoyable.

Cela dit, s’il a des détracteurs, Pastore a aussi des admirateurs, et j’en fais partie, car j’aime les artistes. Pour moi en effet, enfant né dans le rugby, Pastore me rappelle Pierre Danos, ce qui signifie qu’il est fait pour jouer merveilleusement bien du piano, mais qu’il n’est pas du tout fait pour les déménager. C’est un artiste Pastore, un joueur capable de jouer une partition où l’improvisation n’est jamais absente. C’est un merveilleux technicien, qui caresse la balle plus qu’il ne la frappe. En ce sens je me rappelle du surnom, Patte de velours,  que l’on donnait à son compatriote Angellilo, argentin comme lui d’origine italienne, et qui fut une des grandes vedettes du Calcio dans les années 50 et 60. Il n’opérait pas dans le même registre que Pastore aujourd’hui (le football non plus n’était pas le même), car c’était d’abord un avant-centre et un buteur (meilleur buteur du Calcio en 1958-1959 avec 33 buts inscrits), mais il avait cette élégance, cette gestuelle qu’ont les danseurs de tango argentins.

En fait je comparerais davantage Pastore au Brésilien Didi, le meneur du jeu de la grande équipe du Brésil, double championne du monde en 1958 et 1962. Lui aussi a beaucoup souffert de son transfert retentissant au Real Madrid en 1959…qui n’avait nul besoin de lui, même s’il était considéré comme un des trois ou quatre meilleurs footballeurs de la planète, ayant le handicap d’opérer un peu dans le même registre que Di Stefano, ce qui explique en grande partie son échec. Et pourtant c’était un génie du football, comme en témoigne ce que Pelé lui-même disait de lui : « Je ne suis rien comparé à Didi. C’est mon idole, mon modèle. Je ne lui arriverai jamais à la cheville. Les premières figurines que j’ai achetées étais des figurines de Didi ». Sinon, sur le plan de l’élégance, de la technique, de la gestuelle, on peut faire la comparaison entre Didi et Pastore. Comme le Brésilien, on a l’impression que Pastore conduit le ballon avec amour. Comme lui aussi, la balle dans ses pieds ressemble à une rose aussi belle que fragile. Autre chose, comme Didi à son époque, Pastore sait très bien que c’est le ballon qui doit courir vite et non le joueur. Simplement il faudra dans les années à venir qu’il apprenne à être simple et appliqué en toutes occasions, comme Didi savait l’être…ce qui lui permettra d’acquérir cette sérénité qui lui manque encore, et qui lui donnera la régularité dans l’excellence.

Tout cela pour dire que la manière de jouer de Pastore ne supporte pas la médiocrité…et c’est son drame. C’est pour cela que je loue Carlo Ancelotti pour la patience dont il a su faire preuve avec « El Flaco » (surnom de Pastore qui veut dire en espagnol « le Maigre »). Ancelotti, en effet, a compris que derrière cette élégance un peu provocante dans ses passes et ses coups de reins, il y avait une merveilleuse inspiration à laquelle il suffit d’ajouter un minimum de méthode pour transformer le prodige argentin en véritable chef d’orchestre. Et quand dans cet orchestre il y a des exécutants de grand talent, cela ne peut que donner des représentations de grande qualité…quand tout le monde joue au diapason. C’est la raison pour laquelle je suis persuadé que l’orchestre PSG, avec à la baguette Pastore, est capable dès cette année d’aller très, très loin en Ligue des Champions, tout en étant à même de renouveler régulièrement des prestations suffisamment solides pour s’épargner des déboires dans son championnat domestique.

Michel Escatafal

Publicités

2 commentaires on “A qui peut-on comparer Pastore ? Angellilo, non plutôt Didi”

  1. Il est évident que Pastore est un grand joueur, même si la pression a été difficile pour lui…
    S’il est à son plus haut niveau tout comme Ibrahimovic, les parisiens feront très mal et pourra espérer de grandes choses même sur le plan européen…

  2. […] déjà parlé de Didi sur ce blog (A qui peut-on comparer Pastore ? Angellilo, non plutôt Didi), donc je n’y reviendrais pas sinon pour souligner qu’il nous a quittés en 2001, après avoir […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s