Nallet et Diagana, nos princes du 400m haies – Partie 1

Dans la droite ligne de ce que j’ai écrit sur le 400m haies, je vais  à présent évoquer deux athlètes qui ont donné à la France de grandes joies, même si l’un comme l’autre n’ont sans doute pas eu la carrière qu’ils méritaient. Il s’agit, vous l’avez deviné,  de J.C. Nallet et Stéphane Diagana. Oh certes, leur carrière fut belle, mais les blessures ont gâché en partie les résultats potentiels que ces deux hurdlers auraient pu avoir, car ils avaient l’un et l’autre le potentiel pour devenir des figures historiques de la discipline, au même titre que ceux dont j’ai parlé précédemment.

La première chose à remarquer en parlant de ces deux hurdlers est que leur trajectoire fut très différente. L’un, Jean-Claude Nallet, est venu du sprint, plus spécialement du 200m et l’autre, Stéphane Diagana, a commencé sa carrière par le 110m haies, distance qu’il délaissera très vite pour le 400m haies en raison de problèmes récurrents au dos (déjà !). Mais évidemment ce n’est pas la seule différence entre les deux hommes, mis à part leur très grande classe…et leur valeur sur 400m plat. Cela me permet de faire une transition toute trouvée pour évoquer plus longuement les deux athlètes, en commençant par le plus ancien, J.C. Nallet, « le grand Jean-Claude » comme on l’appelait (il mesurait 1m89), après avoir été longtemps « le junior d’Ambérieu », du nom de la ville où il a pris sa première licence.  Ce surnom lui venait du fait qu’il a commencé sa carrière en équipe de France très tôt, à 18 ans, à l’occasion d’un match à Colombes contre la grande équipe d’Union Soviétique. Pour mémoire je rappelle qu’à l’époque, il n’y avait pas de championnats du monde (apparus en 1983), mais qu’en revanche il y avait des matches internationaux, à l’image des sports collectifs.

Chose curieuse, alors que Nallet était d’abord un coureur de 200m, déjà crédité d’un chrono de 20s9 avec l’équipe de France espoirs à Baden-Baden contre l’Allemagne, il fut sélectionné pour la rencontre avec l’Union Soviétique sur 4x400m, Robert Bobin, emblématique Directeur technique national entre 1959 et 1973, considérant qu’il pourrait être le meilleur coureur de 400m que l’athlétisme ait jamais possédé, meilleur encore qu’Abdou Seye.  Et bien sûr, quand Bobin faisait cette prophétie, il imaginait aussi la place qu’il pouvait prendre sur 400m, compte tenu de sa vitesse de base. Mais cette vélocité naturelle allait aussi convaincre J.C. Nallet lui-même, qu’il pouvait devenir un très grand coureur de 400m haies.  Cette ambition convenait d’autant plus à tout le monde que la discipline était quelque peu en manque de patron à l’époque, après le retour du Britannique Hemery, champion olympique à Mexico (1968), sur 110m haies.

En plus, à cette époque, rares étaient les grands coureurs de 400m à vouloir se spécialiser sur les haies, ce qui laissait en quelque sorte un boulevard à J.C. Nallet, dont on rappellera qu’il termina deuxième des championnats d’Europe sur 400m en 1969 derrière le Polonais Werner, dans un temps de 45s8, se vengeant de ce même adversaire en le précédant lors du dernier relais du 4x400m. Cela étant, l’avenir était quand même plus bouché sur 400m avec les Américains, que sur 400m haies. Et très rapidement, dès 1970, après avoir assimilé la technique du passage des haies, Nallet allait éclater dans la discipline, très exactement le 8 juillet 1970 lors du match France-Etats-Unis. Ce jour-là en effet, Nallet allait stupéfier la planète athlétisme en dominant le meilleur coureur de l’époque, Ralph Mann, qui détenait le record du monde du  440 yards haies en 48s8, un temps proche du record du monde d’Hemery (48s1) réalisé en altitude. Bref, Nallet affrontait un très grand athlète !

Ce dernier d’ailleurs ne craignait guère Nallet, débutant sur les haies, et dont le meilleur temps à l’époque était de 50s5. Pas de quoi s’inquiéter en effet ! Et pourtant, en cette soirée du 8 juillet 1970, grande allait être la désillusion de l’Américain, lequel avait pris un départ très rapide auquel à sa grande surprise Nallet résistait parfaitement. Il résistait tellement bien que l’Américain décida d’accélérer  pour essayer de se détacher, au point de heurter la cinquième haie, ce qui le contraignit à un gros effort dans le virage. Hélas pour lui, éprouvé par cet effort, il fut lâché dès le franchissement de la neuvième haie, laissant son rival s’envoler vers la victoire, pour le plus grand plaisir des 20.000 spectateurs qui scandaient le nom du nouveau prodige français. Et le mot n’est pas trop fort, car Nallet réalisait un chrono de 48s6, soit à peine cinq dixième de moins que le record du monde d’Hemery en altitude, Mann ne pouvant faire mieux que 49s4. Quel coup de tonnerre, et chacun de se dire que la France venait de se trouver le nouveau maître de la spécialité, d’autant que l’entraînement sur les haies n’empêchait pas Nallet de progresser sur le plat, comme en témoignent  ses 45s4 réalisés sur 400m le lendemain.

Hélas, ce sera le seul grand exploit de sa carrière, même s’il devint champion d’Europe en 1971 à Helsinki, mais dans un temps nettement inférieur à celui de Colombes (49s2). Il n’avait pas progressé depuis ce fameux match contre les Etats-Unis, alors qu’il n’avait disputé ce jour-là que son sixième 400m haies. Ensuite des erreurs dans l’entraînement, des blessures qui n’en finissaient pas , notamment à la cheville, l’empêchèrent de disputer les J.O. de Munich en 1972, où il aurait eu largement sa chance pour une médaille, et même pour l’or. Quel dommage, car Nallet était le prototype du coureur capable de courir en 47s5 à l’époque. D’ailleurs Mann avait dit de lui qu’avec son abattage, sa force et sa vitesse, « il était le type de coureur  que j’aurais aimé être ».  Pour mémoire Mann avait obtenu la médaille d’argent en finale des Jeux Olympiques de Munich derrière Akii-Bua et devant Hemery qui était revenu sur sa distance fétiche.

Michel Escatafal

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