Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 1

messinaL’après seconde guerre mondiale est de l’avis de nombreux amateurs de cyclisme la période dorée de ce sport. D’abord et en premier lieu parce que nombre de personnes en Europe se déplaçaient encore à vélo, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, notamment en France, pays où le nombre de pistes cyclables est très faible. Du coup le vélo était un sport qui touchait beaucoup de monde à la ville comme à la campagne. Ensuite, à cette époque,  le matériel était beaucoup moins cher que de nos jours (en euros constants), ce qui incitait beaucoup plus facilement les jeunes à prendre une licence pour courir, notamment dans les courses de villages fort nombreuses. En fait, chaque fête votive dans les années quarante, cinquante et même soixante avait sa course de vélo, avec une organisation faite par des bénévoles, et dans de bonnes conditions de sécurité. Enfin, dans nombre de villes, y compris certains villages, il y avait un vélodrome, ce qui était souvent le premier apprentissage des jeunes à la compétition, sans oublier le plaisir immense de pouvoir tourner sur une piste sans autre souci que pédaler en organisant entre nous des poursuites ou des sprints. On comprend pourquoi le Tour de France ou le Giro étaient si populaires, mais aussi les épreuves sur piste, qu’il s’agisse des tournois de vitesse, de poursuite, de demi-fond et des six-jours.

Comme je l’ai déjà souligné sur ce site, une victoire dans une épreuve de six-jours valait largement nombre de victoires sur la route, tout comme d’ailleurs les tournois de poursuite ou de vitesse dans les nombreuses villes abritant un vélodrome couvert ou non, pouvant accueillir des milliers de spectateurs…dans une invraisemblable ambiance de fête. En France par exemple, pendant près de cinquante ans, les six-jours de Paris menaçaient chaque année de faire s’écrouler le vieux Vel’d’Hiv. C’était aussi le cas pour le Vigorelli à Milan. En parlant du Vigorelli, j’ai la transition toute trouvée pour le sujet que je veux traiter aujourd’hui, les pistards italiens, en rappelant que le vélodrome milanais était l’endroit privilégié pour tenter de battre le record de l’heure. Ce fut le cas pour Coppi en 1942, pour Anquetil et Baldini en 1956 et pour Roger Rivière en 1957 et 1958.

Coppi et Baldini, deux coureurs italiens qui allaient devenir chacun à leur époque des héros de l’Italie et d’ailleurs, même si certains trouveront osé que j’évoque de la même manière le campionissimo Coppi et le rouleur originaire de Forli. A ceux-là je répondrais que je sais faire la différence entre Baldini, qui fut un des meilleurs coureurs à la fin des années 50, et celui qui est considéré par nombre d’entre nous comme le plus grand champion de l’histoire du vélo, mais c’est pour mieux souligner la richesse de ce cyclisme italien pendant quelques décennies. Rappelons encore une fois que Coppi fut aussi un extraordinaire poursuiteur, avec deux titres de champion du monde chez les professionnels, remportant 84 victoires sur 95 poursuites disputées, ses rares défaites (contre de grands spécialistes) étant dues essentiellement à la fatigue accumulée pendant la saison sur route ou sur piste. Sinon, au sommet de sa forme, le campionissimo était aussi imbattable que sur la route, comme en témoignent ses titres mondiaux face à Bévilacqua en 1947 et à Gillen en 1949.

Quant à Baldini, curieusement méconnu et oublié malgré son beau palmarès, sa naissance à Forli lui valut d’être surnommé « la locomotive de Forli » pour les cinq saisons extraordinaires accomplies sur la route entre 1956 et 1960 (titre olympique sur route en 1956 chez les amateurs, puis chez les professionnels le Giro et le titre mondial en 1958, le Grand Prix des Nations en 1960). Mais ce coureur au calme légendaire, qui lui valut d’être aussi surnommé « le placide », fut également un très grand pistard, à une époque où les plus grands champions sur la route faisaient aussi de la piste avec un égal bonheur. Pour mémoire, outre ses records de l’heure amateurs et professionnels, Ercole Baldini fut aussi champion du monde de poursuite amateurs en 1956. Voilà une énorme différence avec le cyclisme de nos jours, ce qui permet à certains de s’extasier sur les succès de Wiggins remportés sur la piste et à présent sur la route, oubliant que s’ils avaient été coureurs à l’époque de Coppi et Baldini, Tony Martin ou encore Cancellara et même Contador participeraient à des épreuves sur piste l’hiver où, n’en doutons pas, ils brilleraient, comme l’a déjà fait un autre surdoué de la piste Taylor Phinney.

Fermons la parenthèse, pour évoquer des coureurs moins prestigieux que Baldini et plus encore que Coppi, à commencer par un des rares poursuiteurs à l’avoir battu (une fois en 1949), Antonio Bevilacqua, ce dernier ayant été aussi un excellent routier (Paris-Roubaix en 1951). Cependant c’est surtout sur la piste qu’il accomplit ses plus beaux exploits avec deux titres mondiaux en poursuite en 1950 et 1951, et le record du monde des 5 km (distance de la poursuite à cette époque) en 1955. Autre très grand poursuiteur italien, Guido Messina, qui fut d’abord champion du monde de poursuite amateurs en 1948, succédant à un autre Italien, Benfenati, mais aussi en 1953, reprenant le flambeau de  son compatriote De Rossi, champion en 1951 après avoir battu le record de l’heure amateur en 1950. Messina fut également champion olympique de poursuite par équipes en 1952, recordman du monde amateur des 5 km en 1951, record qu’il battra aussi chez les professionnels en 1954, l’année du premier de ses trois titres de champion du monde de poursuite chez les professionnels. A noter que bien qu’étant très jeune à ce moment (j’avais moins de dix ans), Messina m’a fait vivre un vrai cauchemar en aout 1956, quand il battit en finale du tournoi mondial Jacques Anquetil, tout auréolé de son record de l’heure établi en juin. Dommage cette défaite d’Anquetil, parce que jamais le coureur normand n’aura le plaisir d’endosser un maillot arc-en-ciel, que ce soit sur la piste ou sur la route.

Après le règne de Messina, interrompu par celui qui est considéré comme le plus grand poursuiteur de l’histoire, Roger Rivière (trois fois champion du monde consécutivement entre 1957 et 1959), invaincu dans la discipline, arriva celui de Leandro Faggin. Ce rouquin (surnommé ainsi) allait marquer l’histoire de la piste italienne et mondiale avec ses multiples victoires remportées sur tous les vélodromes. Champion du monde de poursuite amateur en 1954, il devint champion olympique du kilomètre et champion olympique de poursuite en 1956. Ensuite il laissera la place à son compatriote Simonigh, qui remportera le titre amateurs en 1957, passant cette même année dans les rangs professionnels. Faggin sera à trois reprises champion du monde (en 1963, 1965 et 1966), et remportera de nombreux six-jours avec des spécialistes comme Terruzzi, Kemper et Van Steenbergen. A noter, et cela permettra aux plus jeunes de mesurer l’extraordinaire classe de Roger Rivière, que Faggin fut rejoint en finale du championnat du monde de poursuite en 1958 ! Oui, Faggin rejoint dans une finale mondiale !!! Voilà pour les poursuiteurs, en rappelant que les Italiens ont remporté entre 1946 (date du premier tournoi mondial de poursuite) et 1966 près de la moitié des titres attribués chez les amateurs et les professionnels, et sept entre 1946 et 1957 chez les seuls amateurs ! En revanche, à part Francesco Moser en 1976, les poursuiteurs italiens ne remporteront plus de titres jusqu’à nos jours : grandeur et décadence !

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