Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 2

maspesSi les poursuiteurs italiens furent très brillants à partir de 1946, les sprinters n’ont pas été en reste à la même époque, tant chez les professionnels que chez les amateurs. Je vais d’ailleurs commencer par le plus prestigieux d’entre eux, Antonio Maspes. Curieusement, il n’ jamais conquis de titre planétaire chez les amateurs, ce qui peut s’expliquer par le fait qu’il passa professionnel très tôt (à peine 22 ans), et qu’il n’y avait pas eu de J.O. depuis 1952. En revanche, l’année de ses 23 ans, il s’octroya le premier de ses sept titres de champion du monde, ce qui en fit longtemps le recordman avec le Belge Scherens dans les années 30, avant que ce record ne soit battu par Nakano (10 titres), mais à une époque où le sprinter japonais était le seul grand sprinter chez les pros. En revanche Maspes dut dans sa carrière affronter une concurrence très forte pendant toute la période où il montra sa supériorité sur tous les vélodromes du monde, entre 1955 et 1964.

En fait le seul sprinter qui se situait à son niveau fut le Français Michel Rousseau, mais ce dernier n’avait pas hélas un mental à la hauteur de ses qualités physiques, ce qui explique la différence de palmarès entre les deux hommes. Et pourtant en 1958, à Paris, Maspes fut nettement battu (en deux manches sèches) par Michel Rousseau, qui ne fut jamais aussi fort que cette année-là, en demi-finale des championnats du monde. Cependant, contrairement à ce que nombre de spécialistes pensaient, cette défaite de Maspes face au prodige français, ne faisait qu’interrompre sa domination sur le sprint mondial, puisque Maspes allait remporter les quatre titres suivants, battant Michel Rousseau en demi-finale en 1959, et le battant de nouveau en 1960 après que Rousseau lui eut imposé un surplace de presque une demi-heure…qui finalement lui fut fatal.

On s’est d’ailleurs toujours demandé pourquoi Rousseau s’était engagé dans cette aventure, d’autant que Maspes était parfaitement rompu à cet exercice (32 minutes contre Derksen en 1955 et vainqueur), se privant de toute chance de s’imposer, même si dans cette manche Maspes réalisa un temps de 10s8 dans les derniers 200m, ce qui constituait le record du monde. Maspes disputa encore deux autres finales mondiales victorieuses en 1962 à Milan contre son compatriote Gaiairdoni, puis en 1964 contre l’Australien Baensch à Paris, avant de laisser son titre à Beghetto, autre Italien, en 1965 à Saint-Sébastien. Gaiardoni, Beghetto, encore et toujours des Italiens !

Mais avant de parler d’eux, commençons par évoquer dans l’ordre chronologique ceux qui ont détenu un titre mondial ou olympique après 1946, le premier d’entre eux étant Ghella, champion olympique de vitesse à Londres et champion du monde amateur en 1948 à l’âge de 18 ans. Hélas pour lui, il ne confirmera jamais ces deux performances, ne remportant rien de notable par la suite à part un titre de champion d’Italie chez les professionnels. A noter qu’à ces J.O. de Londres, le titre en tandem fut remporté par le duo composé par les Italiens Perona et Terruzzi, ce dernier devenant à la fin des années 50 un des plus grands coureurs de six-jours. Ensuite ce sera au tour d’Enzo Sacchi  de se distinguer chez les amateurs, devenant champion du monde de vitesse amateurs en 1951 et 1952, remportant aussi la médaille d’or olympique en 1952 à Helsinki. Il fera aussi une excellente carrière chez les professionnels, terminant deux fois à la deuxième place des championnats du monde professionnels en 1953 (battu par Van Vliet) et en 1958 (battu par Michel Rousseau), avant de devenir en fin de carrière un très bon coureur de six-jours.

En 1953 c’est Morettini qui s’empara du titre mondial de la vitesse amateurs. Ce pistard était extraordinairement doué, parce que c’était aussi un excellent kilométreur (il détint le record du monde amateur en 1950 en 1mn10s6dixièmes), et un remarquable poursuiteur puisqu’il fit partie de l’équipe olympique italienne (avec Messina, De Rossi et Campana), médaille d’or aux J.O. d’Helsinki en 1952. En revanche, il ne confirma jamais ces exploits chez les professionnels, pas plus d’ailleurs qu’Ogna qui détint le titre mondial en vitesse amateurs en 1955, et que Gasparella, lui aussi champion olympique de poursuite par équipes en 1956 (avec Faggin, Domenicali et Gardini), mais aussi double champion du monde amateurs de vitesse en 1958 et 1959, et médaille de bronze en vitesse aux J.O. de Rome en 1960.

Aux J.O. de Melbourne en 1956, un autre sprinter italien allait s’illustrer jusqu’en finale du tournoi, Guglielmo Pesenti. J’aurais dû dire jusqu’en demi-finale, parce qu’il n’exista pas face à notre Michel Rousseau en finale, pas plus qu’il n’exista en finale du championnat du monde amateurs en 1957 face au « costaud de Vaugirard », comme on appelait Rousseau. Curieusement, comme Morettini, Ogna et Gasparella, lui non plus ne brilla plus dès qu’il quitta les rangs amateurs. Ce ne fut pas le cas en revanche de Sante Gaiardoni, champion du monde et champion olympique de vitesse et du kilomètre à Rome en 1960, recordman du monde du km (1mn07s50 et 1mn07s18) et du 200m départ lancé (11s), et champion du monde professionnel en 1963.  Ce sprinter petit et râblé, mais aussi bon tacticien, était le prototype même de la formation à l’italienne. A ces J.O. de Rome, cette école italienne allait accumuler les triomphes puisque le titre en tandem sera remporté par Bianchetto et Beghetto. Bianchetto remportera le titre mondial chez les amateurs en 1961 et 1962, mais aussi le titre olympique en tandem en 1964 à Tokyo avec Damiano. Lui non plus ne confirmera pas chez les professionnels (entre 1965 et 1970), au contraire de Beghetto qui remportera trois titres mondiaux en 1965, 1966 et 1968.

Cela étant, à cette époque, les professionnels commençaient à être dépassés par les amateurs, comme en témoigne le fait que Morelon fut champion olympique de vitesse de vitesse en 1968, après avoir été champion du monde de vitesse en 1966 et 1967 chez les amateurs, et avant de l’être en 1969,1970, 1971 et 1973. A noter que le champion français ne défendit pas son titre en 1968, celui-ci revenant à l’Italien Borghetti, dont ce sera le plus grand exploit, et ce qui marquera la fin de la présence italienne au plus haut niveau, à part le titre professionnel en vitesse de Golinelli en 1989, en notant qu’à cette époque les meilleurs sprinters se trouvaient chez les amateurs allemands de l’Est (Hesslich, Huck, Hubner et Fiedler), et ceux de Vicino en demi-fond professionnels en 1983, 1985 et 1986, de Dotti chez les amateurs en 1985 et de Gentili en 1986 et 1987, en précisant que le demi-fond (derrière motos) a disparu des championnats du monde à partir de 1994 .

Oui, ce titre mondial amateurs en vitesse de Borghetti en 1968, et celui de Beghetto chez les professionnels la même année, avaient bel et bien marqué le chant du cygne de la piste italienne, aujourd’hui quasiment à l’arrêt. Au passage on peut se demander comment un aussi grand pays de cyclisme sur piste que l’Italie a pu dilapider ainsi son héritage, après tant d’heures de gloire. La remarque vaut aussi pour la Belgique et la Suisse.

Bonne et heureuse année chers lecteurs, en souhaitant que le sport apporte à chacun d’entre vous suffisamment de joie pour faire oublier les vicissitudes de la vie courante.

Michel Escatafal

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