Marita Koch, la reine des « filles miracles »

m. kochJ’ai écrit il y a peu un article sur les « Wundermädchen », ou si l’on préfère les « filles miracles », ces filles qui ont tellement fait pour l’ex République démocratique allemande (RDA), en battant nombre de records du monde d’athlétisme et en remportant énormément de médailles d’or olympiques, mondiales ou européennes. On a su ensuite que ces « filles miracles » ne l’étaient pas autant qu’on le croit, la remarque étant valable aussi pour les nageuses ou d’autres sportives. Si j’écris cela, c’est pour noter que si aujourd’hui on ne parle que dopage ou presque dans le cyclisme à propos du témoignage d’Armstrong, ce fléau n’a pas été inventé par le coureur américain, lequel par parenthèse ne serait  peut-être pas tombé sans les révélations d’un certain Landis. Tout cela pour dire que certains titres olympiques ou records en athlétisme ne sont pas davantage crédibles que la montée vers l’Alpe d’Huez en 2004.

Mais revenons aux  célèbres « Wundermädchen », répondant aux noms de Renate Stecher, Marlies Olsner, Barbel Eckert, Heike Daute, Silke Gladisch, Katrin Kräbbe…et Marita Koch. Cette dernière a certainement été la meilleure de toutes, et, au vu des performances qu’elle a réalisées, une des plus grandes athlètes de l’histoire. En outre, curieusement, elle a réussi à échapper à cette suspicion générale qui a toujours entouré les performances de ses collègues ou celles de Flo-Jo Griffith-Joyner. Elle a même été très vite adoubée par les dirigeants de la nouvelle Allemagne après la chute du mur de Berlin, la Fédération allemande d’athlétisme lui ayant remis un prix spécial pour l’ensemble de sa carrière.  Une carrière dont le point d’orgue fut la finale de la Coupe du Monde, le 6 octobre 1985, où elle réalisa un exploit « kolossal » en portant le record du monde du 400m à un niveau jamais atteint depuis, y compris par Marie-José Pérec ou par Sanya Richards, ces deux jeunes femmes ayant « seulement » réalisé 48s25 en 1996 pour Marie-Jo Pérec, alors au sommet de son art (double médaillée d’or 200-400m aux J.O. d’Atlanta), et 48s70 pour la sprinteuse américaine, qui domine son époque autant que Marie-Jo Pérec  dominait la sienne, mais avec un niveau de performances légèrement inférieur, y compris sur 200m (22s09 contre 21s99 à la Française).

Aujourd’hui, la seule qui pourrait potentiellement « titiller » le record de Marita Koch est Allyson Felix, parce que la merveilleuse championne olympique du 200m à Londres en 2012, a comme meilleure performance sur 200m un temps de 21s69, soit trente centièmes de mieux que le record de Marie-Jo Pérec, et deux centièmes de moins que le record d’Europe de Marita Koch sur la distance (1984) qui est de 21s71. Pour autant, Allyson Felix serait-elle capable de tenir un 400m à la vitesse exigée pour réussir moins de 47s60 sur 400m ? Sans doute pas, du moins pour le moment, même si elle vaut beaucoup mieux que son record personnel sur la distance (49s59), comme en témoigne son temps de 47s80 lors du relais 4x400m des J.O. de Londres, un temps qui équivaut à peu près aux 48s25 de Marie-Jo Pérec. Tout cela pour dire que si Allyson Felix se mettait en tête de battre le mythique record de Marita Koch, il lui faudrait un entraînement plus spécifiquement basé sur le 400m…sans que cela nuise à sa vitesse de base (10s92 sur 100m). Et oui, battre ce record est une tâche très ardue, d’autant qu’Allyson Felix est une farouche combattante de la lutte contre le dopage, ce qui exclut de sa part toute aide artificielle, comme Marie-José Pérec à son époque.

Revenons à présent sur la carrière de Marita Koch en rappelant qu’elle a révolutionné le 400m, le plaçant à un niveau inconnu jusque-là. Il l’était d’autant plus qu’il fallut attendre l’année 1974 (le 22 juin) pour voir une spécialiste du 400m féminin descendre en dessous de 50s, très exactement 49s9. Cette spécialiste était la grande championne polonaise Irena Kirszenstein, devenue Szewinska par son mariage. Elle battit le record du monde que détenait  la Jamaïquaine Marylin Neuville depuis 1970 (51s), laquelle avait effacé d’une seconde le record de nos deux admirables spécialistes qu’étaient Nicole Duclos  et Colette Besson, record battu l’année précédente en finale des championnats d’Europe. Ce record a ensuite été égalé (en 1972) par l’Allemande de l’Est Monika Zerht, qui avait à l’époque 19 ans, avant de devenir la possession d’Irena Szewinska. Ensuite, ce sera au tour d’une autre Est-Allemande , Christina Brehmer, à peine âgée de 18 ans, de s’emparer du record sur le tour de piste, avec un temps de 49s77 (en 1976), temps qui allait être amélioré quelques jours plus tard par Irena Szewinska (49s75), et plus encore lors des J.O. de Montreal  (49s29). Cette fois le record du monde du monde était à un bon niveau, parce qu’il avait été battu par une jeune femme qui valait 22s21 au 200m.

C’est à peu près à ce moment que se révéla Marita Koch, née le 18 février 1957 à Wismar, sur les bords de la Baltique, donc à l’époque en RDA, fille d’un enseignant et d’une handballeuse. Cette jeune sprinteuse, élève dès l’âge de 14 ans de Wolfgang Meier (ancien sprinter qui sera en l’an 2000 et pour quelques mois l’entraîneur de Marie-José Pérec), était une spécialiste du sprint long, n’hésitant pas toutefois à courir le 200m, mais aussi le 100m, voire même à l’occasion le 60m en salle. Néanmoins sa distance de prédilection était le 400m, une distance sur laquelle elle allait remporter sa première grande victoire, avec le titre européen sur 400m, à Prague en 1978, avec un temps de 48s94 (première femme à descendre sous les 49s). Cela dit, dès 1977, elle avait obligé Irena Szewinska à s’employer à fond lors de la finale de la Coupe du Monde des Nations.

Ensuite tout va s’enchaîner très vite pour Marita Koch qui va faire du 400m son domaine jusqu’en 1986. En 1979, elle va battre à deux reprises son record du monde, d’abord fin juillet à Postdam, réalisant 48s92, puis quelques jours plus tard 48s 60 à Turin, en finale de la Coupe d’Europe. Elle deviendra tout naturellement championne olympique en 1980 à Moscou en 48s88, devant celle qui sera son unique et réelle adversaire sur la distance, la Tchécoslovaque, Jarmila Kratochvilova. Cette dernière allait d’ailleurs infliger à Marita Koch une de ses rares défaites, en finale de la Coupe du Monde à Rome en 1981, avec le temps canon de 48s61, à un centième du record du monde de Marita Koch, qui ne put faire mieux ce jour-là que 49s27. Marita Koch allait vite réparer cet échec en devenant de nouveau championne d’Europe l’année suivante, surclassant son adversaire tchécoslovaque en finale, avec un temps de 48s16 contre 48s85 à sa rivale.

Jarmila Kratochvilova continuera par la suite à mener la vie dure à Marita Koch, au point de voir cette dernière opter pour le 100 et le 200m en 1983 aux premiers championnats du monde. Là aussi le succès sera au rendez-vous avec une médaille d’argent sur 100m (11s02), derrière sa  compatriote Marlies Goehr (10s97), plus une médaille d’or sur 200m (22s13) juste devant la Jamaïcaine Merlène Ottey (22s19). Elle participera aussi à la victoire de la RDA dans les deux relais. Marita Koch était bien la meilleure athlète féminine de la planète, même si Kratochvilova réussit le doublé 400-800m, devenant même en finale sur 400m la première femme sous les 48s (47s99) devant sa compatriote Kocembova (48s59). Problème toutefois, Jarmila Kratochvilova,  qui s’est révélée à 30 ans, a toujours suscité des doutes sur ses performances, notamment son record du monde du 800m (1mn53s28) qui est à ce jour le plus ancien des records du monde en athlétisme. Cela dit, entre 1981 et 1985, elle fut une des grandes protagonistes du 400m et la meilleure sur 800m.

Quant à Marita Koch, elle allait continuer sa carrière au plus haut niveau jusqu’en 1986, se retirant de la compétition avec deux titres européens (400m et relais 4x400m), en notant qu’elle n’avait pas pu défendre ses chances aux J.O. de 1984 en raison du boycott de son pays. Cela étant, elle avait montré pendant toutes ces années l’étendue de son énorme talent, ainsi que son éclectisme, en pulvérisant le record du monde du 200m en juin 1979 à Karl Marx Stadt avec le temps prodigieux de 21s71, une performance qui restera le record du monde jusqu’en 1988, année du trop fameux et controversé record  stratosphérique de Florence Griffith (21s34). Marita Koch avait déjà battu le record du monde quelques jours auparavant, en réalisant 22s02 à Leipzig avec un vent défavorable de 1m30. Mais il était dit qu’elle ne se retirerait pas sans réaliser un nouveau et grandissime exploit. Ce fut le cas le 6 octobre 1985, avec une victoire en Coupe du Monde à Canberra (Australie) sur sa distance fétiche du 400m, dans le temps époustouflant de 47s60. Un 400m découpé en quatre tranches de 100m, le premier 100m ayant été bouclé en 10s9, puis le second en 11s5, le troisième en 11s7, et le dernier en 13s5, ces temps ayant été pris par son entraîneur et futur mari, Wolgang Meier. Ce fut le chef d’œuvre de sa carrière.  Après celle-ci, elle deviendra commerçante avec son mari, mais son après-carrière la verra en proie à de nombreux ennuis de santé, sans toutefois avouer avoir eu recours à des pratiques dopantes entre 1977 et 1986.

Michel Escatafal

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