Avant Beckham, il y eut Jairzinho

JairzinhoBeckhamHier notre pays a connu une énorme effervescence à propos de la signature d’un footballeur exceptionnel, David Beckham, une de ces stars qu’on n’imaginait en aucun cas capable de signer dans un club du championnat de Ligue 1. Je ne vais évidemment pas rappeler en détail sa carrière, sauf pour noter qu’il a joué à Manchester United, le Real Madrid et l’AC Milan, autant de clubs où il a toujours figuré parmi les meilleurs joueurs, et avec lesquels il a remporté 7 titres nationaux et une Ligue des Champions. Je n’insisterais pas davantage sur le côté glamour du couple qu’il forme avec sa femme Victoria, tellement tout le monde évoque cette facette du personnage.

Cela étant j’ai appris qu’hier, lors de la conférence de presse donnée en l’honneur de Beckham dans les locaux du Parc des Princes, il y avait eu une question sur les bruits qui circulent à propos de la Coupe du Monde au Qatar! Mais à quoi pensons-nous en France? A croire que notre pays est le phare de l’humanité. Nous ne méritons pas d’avoir quelques grands champions, nous ne méritons pas nos rares succès dans le sport, nous ne méritons pas d’abriter la plus grande course cycliste du monde, nous ne méritons pas d’avoir un club comme le PSG qui sera, à n’en pas douter, la meilleure équipe du monde d’ici trois ou quatre ans. Bref, nous sommes un peuple d’aigris, toujours prêt à donner des leçons, notamment sur le sport et plus particulièrement sur le dopage, alors que nous sommes les plus gros consommateurs de médicaments.

Passons, et parlons de nouveau de Beckham, pour souligner que la presse étrangère fait de gros titres sur sa venue à Paris. Jamais la Ligue 1 n’avait été à pareille fête dans les médias étrangers, et le monde du football dit merci au PSG, y compris un supporter étonnant comme Samuel Eto’o, qui n’hésite pas à affirmer qu’il est « un supporter de Paris » et que « c’est bien pour nous ».  Evidemment, le président de la Ligue française de football, Frédéric Thiriez, est lui aussi aux anges, en raison de la visibilité que donne et va donner le Paris-Saint-Germain avec toutes ses stars, tant en France qu’à l’étranger. Enfin, j’ai l’impression que le maillot avec le numéro 32 va se vendre comme des petits pains…malgré son prix (110 euros). Cela dit, les autres maillots de joueurs se vendent déjà très bien, ce qui signifie que quand on aime on ne compte pas. Et ce nouveau PSG on l’aime, même si les supporters « aigris », dont je parle souvent sur ce site, trouvent à redire en raison des sommes investies par le club. Quel dur métier d’être un supporter borné et ignorant !

Mais au fait, n’y a-t-il pas déjà eu des stars de l’envergure d’Ibrahimovic ou Beckham dans notre championnat ? Je réponds oui parce que, si certains l’ont oublié, il y a eu en 1974-1975 deux joueurs appartenant à la grande équipe du Brésil 1970, dont beaucoup affirment qu’elle est la plus grande équipe de l’histoire, avec des joueurs comme Carlos Alberto, Clodoaldo, Gerson, Tostao, Rivelino, Pelé, Jairzinho et Paulo Cesar. Pour mémoire, en finale de la Coupe du Monde au Mexique, cette équipe avait pulvérisé l’Italie en l’emportant sur le score de 4-1, avec des buts de Pelé, Gerson, Jairzinho et Carlos Alberto. Comme nous pouvons le constater, si Paulo Cesar ne disputa pas la finale, il en alla tout autrement de Jair, comme on l’appelait. Jairzinho fut en effet un élément incontournable de ce fameux Brésil, puisqu’il termina à la deuxième place au classement des buteurs de cette Coupe du Monde (derrière Gerd Muller 10 buts) en marquant au moins un but lors de chacune des 7 rencontres (8 buts au total), exploit unique dans les annales. Tout cela lui valut d’être considéré pour la postérité comme le véritable successeur de Garrincha, le célèbre ailier droit aux jambes torses des années 58-62, auquel il succéda en 1964, pour sa première sélection contre le Portugal.

Né en 1944 à Caixas, Jairzinho, de son vrai nom Jair Ventura Filho, connut 82 sélections avec l’équipe du Brésil marquant 34 buts, ce qui signifie qu’il appartient à la grande histoire du pays-roi pour ce qui concerne le ballon rond. Au passage, pour beaucoup de Brésiliens, son successeur s’appelle Lucas Moura, dernier arrivé parmi les stars du Paris-Saint-Germain avant Beckham, ce qui démontre l’estime dans laquelle on le tient dans son pays. Fermons la parenthèse, pour noter que Jair a fait ses débuts professionnels à l’âge de 15 ans au célèbre club brésilien de Botafogo, dans lequel il joua entre 1962 et 1974…avant d’atterrir à l’Olympique de Marseille en compagnie de Paulo Cesar (57 sélections dans la Seleçao). Et si nombre d’amateurs de football ne s’en rappellent pas, c’est tout simplement parce que les Français ne connaissent pas plus l’histoire du sport que l’histoire politique et économique, et aussi parce qu’à l’époque il n’y avait ni internet ni les chaînes continues d’informations, ce qui limitait « le buzz » comme on dit de nos jours.

Bien proportionné (1m73 pour 76 kg), il avait surtout une qualité technique rare avec des feintes déconcertantes, d’où la comparaison avec Garrincha, et plus encore il était doué d’une vitesse stupéfiante, autant de qualités qui ne pouvaient que donner le tournis à ses adversaires. Et ses adversaires du championnat de France éprouvèrent aussi ce sentiment, même s’il n’évolua qu’un an à l’OM, marquant 13 buts en 25 matches, chiffres qui relativisent le supposé échec du crack brésilien à Marseille. Si j’écris cela, c’est parce que ceux qui se souviennent de Jair à l’OM, ne cessent de parler de déception à son propos, ce qui est injuste, la remarque valant aussi pour Paulo Cesar (16 buts pour 31 matches). On a quand même connu de plus décevantes statistiques, même s’il faut considérer que ces joueurs faisaient partie de l’élite mondiale, et qu’ils pouvaient donner davantage encore.

En fait, dans le cas de Jairzinho, c’est surtout une malencontreuse et grossière erreur d’un juge de touche qui l’empêcha de poursuivre sa carrière à l’Olympique de Marseille, puisqu’il fut reconnu coupable à tort d’avoir agressé ce juge de touche, erreur qui lui vaudra un an de suspension. Dégoûté, et ayant du coup encore davantage le mal du pays, il repartit au Brésil (à Cruzeiro), où il enleva une fois encore le titre de champion plus une Copa Libertadores (1976), son compère Paulo Cesar l’accompagnant vers Fluminense. Une fois sa carrière de joueur terminé, Jairzinho devint entraîneur, comme la plupart de ses collègues, entraînant notamment l’équipe du Gabon. Mais sa plus grande réussite fut sans doute d’avoir découvert, alors qu’il entraînait l’équipe de Cristovao, un des plus grands attaquants que le football ait connus, Ronaldo, qu’il recommanda à son ancien club de Cruzeiro. Rien que pour cela, les amateurs de football lui doivent un grand merci !

Michel Escatafal

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