Les anni horribiles du XV de France – Partie 2

France-Ecosse 1969Une autre année difficile aura marqué durablement les amateurs de rugby de notre pays, l’année 1969, sans doute un des épisodes les plus caractéristiques de l’inconstance des Français au plus niveau. Rappelons-nous de l’année 1968, avec le premier grand chelem réussi par le XV de France dans le Tournoi. Certes, il fut acquis dans la douleur, certes d’autres XV de France tels que ceux de 1955, 1958, 1959, 1960 ou 1966 auraient sans doute mérité de l’obtenir, mais le résultat était là : l’équipe de France avait battu la même année les quatre nations britanniques. En outre, sa tournée en Nouvelle-Zélande avait été très convaincante, malgré trois défaites (12-9, 9-3 et 19-12) qui n’avaient rien d’humiliant dans la mesure où les Français ont été surtout battus par l’arbitre lors du premier et du troisième test. Un troisième test où les Maso, Trillo, Dourthe, Lux et Campaes, ont laissé un souvenir doré dans ce pays qui ne vit que par, pour et avec le rugby. Enfin, même battu par l’Afrique du sud dans ses tests de novembre (12-9 et 16-11) le XV de France n’avait nullement démérité et s’imposait comme le grand favori du Tournoi 1969.

Hélas, les Français, qui avaient donné tellement de promesses en Nouvelle-Zélande, allaient accumuler les déceptions, avec pourtant une équipe sans doute nettement meilleure que celle qui avait réalisé le grand chelem un an avant. Il suffit pour cela de regarder la composition de l’équipe qui joua contre l’Ecosse le 11 janvier 1969, avec Villepreux à l’arrière, une ligne de trois-quarts composée de J. M.  Bonal, Lux, Maso, Campaes et une charnière Gachassin et Bérot. Aucune autre équipe au monde n’était capable d’aligner autant de purs talents dans les lignes arrières! Et devant ce n’était pas mal non plus, avec Carrère, Dauga et Spanghéro (suite au forfait de dernière minute de Salut) en troisième ligne, plus Lasserre et Cester en seconde ligne, et enfin une première ligne composée de Yachvilli (père de Dimitri) au talonnage entouré par Esponda et Iraçabal.  Résultat, une défaite à Colombes contre l’Ecosse (6-3) malgré les très nombreux ballons utilisés par nos trois-quarts, peu aidés il est vrai par l’arbitrage pointilleux d’un arbitre anglais, puis une autre contre l’Irlande (17-9) pourtant privée de son meilleur joueur, Mike Gibson, les Français ne sachant jamais comment contenir la furia irlandaise. Et malgré huit changements, Bérot et Gachassin étant évincés et Spanghero refusant de jouer parce qu’il n’approuvait pas l’attitude de certains de ses coéquipiers, les Français s’inclinaient lourdement en Angleterre (22-8) et surtout trois essais contre un.

Trois défaites en trois matches, de quoi déclarer la patrie en danger, à tel point que le président Pompidou réclama le retour de Spanghero…et pas seulement je suppose parce que Spanghero n’a jamais caché ses sympathies politiques. En tout cas notre président fut écouté, et Spanghero retrouva sa place comme troisième ligne centre avec à ses côtés un autre Narbonnais, Viard, l’Agenais Biémouret étant l’autre avant-aile. Au total d’ailleurs il y aura 5 Narbonnais dans l’équipe, avec la charnière composée de Sutra-Maso, ainsi que le talonneur Bénésis. En face les Gallois, dont l’équipe allait dominer la planète rugby dans les années suivantes avec leur fameuse paire de demis Edwards-John, mais aussi JPR Williams à l’arrière, ou encore les avants Davies, Thomas, Price ou Lloyd, faisaient figure de grands favoris. Ils justifièrent ce statut en marquant deux essais en première mi-temps, par Gareth Edwards et l’ailier Richards, dont un fut transformé, ce qui faisait 8-0 à la mi-temps. Mais les Français ne se décourageaient pas, et après un beau mouvement d’ensemble, Campaes, le magnifique ailier lourdais,  marqua un essai au pied des poteaux, ce qui, avec la transformation et une pénalité réussie peu avant par Villepreux, permettait aux Français d’obtenir le match nul, malgré une intense domination galloise dans les dernières minutes de jeu. Ouf, la France marquait un point dans ce Tournoi, et évitait une onzième défaite consécutive ! Un an plus tard, le XV de France remportera le Tournoi à égalité avec les Gallois, en écrasant l’Angleterre (35-13) avec à la clé un essai de 100 mètres marqué par J.M. Bonal. Comme quoi, il ne faut jamais s’étonner de rien avec notre équipe !

Enfin, il y a une autre année qui aura laissé un très mauvais souvenir aux supporters français, 1982. Cette année-là le XV de France s’annonçait comme le favori du Tournoi, dans la mesure où il avait réalisé son troisième grand chelem l’année précédente. Certes il avait eu un peu de chance et n’avait rien d’irrésistible comparé à certains autres,  comme en témoignent ses défaites contre l’Australie pendant la tournée d’été et contre les Néo-Zélandais lors des tests automnaux, mais en Europe le XV de France semblait le meilleur, ce qu’il n’allait pas confirmer dans le Tournoi, en débutant par deux défaites contre Galles à Cardiff et contre l’Angleterre au Parc des Princes, plus une encore plus calamiteuse contre l’Ecosse à Murrayfield. Mais, contre l’Irlande, qui venait de remporter ses trois premiers matches, les Français allaient soudain se réveiller pour l’emporter à Paris (22-9), en marquant deux essais, alors que les Irlandais devaient se contenter de trois pénalités, pleurant sur leur grand chelem perdu. La France était-elle redevenue une grande équipe ? Sans doute pas, dans la mesure où à l’automne les Français s’inclinèrent à Bucarest contre la Roumanie (13-9), avant de s’imposer deux fois contre l’Argentine, à Toulouse (25-12) et à Paris (13-6), loin d’être à l’époque à son niveau de ces dernières années.

Il faut dire que tout au long de cette année 1982, Jacques Fouroux, qui présidait aux destinées de l’équipe de France avait multiplié les essais, avant de trouver enfin la bonne formule…l’année suivante. Lors du premier match à Cardiff, le 6 février 1982, Fouroux avait essayé de faire ce qui avait si bien réussi en 1958, en composant une ligne de trois-quarts presque totalement bayonnaise avec les centres Perrier et Bélascain et l’ailier Pardo, Blanco opérant à l’aile, puisque Sallefranque, arrière de Dax était sélectionné à l’arrière. La charnière, quant à elle était  inédite avec à l’ouverture Lescarboura (US Dax) et à la mêlée le Toulousain Martinez. Devant Lacans et Rodriguez (n°8) formaient la troisième ligne avec J. P Rives le capitaine, alors que Revailler et Lorieux étaient associés en seconde ligne, la première ligne étant composée de Paparemborde et Crémaschi en piliers, entourant le talonneur Dintrans. Cette équipe avait une certaine allure, même si on pouvait regretter que Blanco opère à un poste d’ailier qui n’était pas le sien, alors qu’il était le meilleur arrière du monde.

Tout cela n’empêcha pas les Gallois de s’imposer sans trop souffrir (22-12), les Français étant dominés devant, notamment en touche, sans parler des nombreuses pénalités qu’ils concédèrent, qui permirent à l’arrière Evans de se régaler et de marquer 18 points. En outre, malgré leur valeur, les trois-quarts bayonnais étaient loin du niveau de leurs prédécesseurs lourdais, lesquels étaient sans doute les meilleurs du Tournoi. La suite allait confirmer cette impression, malgré de nombreux changements dont le moindre ne fut pas la mise à l’écart provisoire de Paparemborde contre l’Angleterre au Parc, remplacé par un pilier débutant, Wolf (AS Béziers), ce qui fut une grosse erreur, notre mêlée subissant mille tourments. Pas étonnant dans ces conditions que les Anglais l’emportent sans trembler (27-15) hors de leurs bases. Contre l’Ecosse, à Murrayfield, ce ne sera pas mieux, malgré les retours de Chrémaschi et Revailler dans le pack pour durcir la mêlée. Hélas, ce ne fut pas suffisant pour dominer de faibles Ecossais, nos lignes arrières n’étant guère inspirées quand en de rares occasions elle eurent l’occasion de montrer leur talent. Ce furent au contraire les Ecossais qui, en fin de partie, marquèrent un magnifique essai par leur ouvreur Rutherford. Les Français venaient de toucher le fond, ce qui ne les empêcha pas de battre l’Irlande lors du match suivant comme je l’ai écrit précédemment, et de remporter le tournoi l’année suivante à égalité avec les Irlandais. Et oui, c’est ça le XV de France, qu’il ne faut jamais enterrer, mais qui occasionne parfois de terribles cauchemars à ses supporters !

Michel Escatafal

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