Les Français n’aiment pas les joueurs géniaux…

michalakVoilà, il n’y a pas eu de miracle, l’équipe de France de rugby n’a pas pu battre celle d’Angleterre, ce qui est finalement assez logique, l’orgueil ne suffisant pas pour faire une grande équipe. Mais le plus étonnant réside dans les commentaires que nous pouvons lire de la part des journalistes et des forumers, notamment à propos des performances de la charnière Parra-Trinh-Duc. Celle-ci, en effet, semble poser un problème insoluble, parce que cela fait quatre ans bientôt qu’on a la même (ou presque) et qu’on se pose toujours la question de savoir si c’est la bonne ou pas. D’ailleurs, le seul fait de se poser la question depuis si longtemps est significatif de quelque chose qui cloche, mais apparemment les sélectionneurs ne sont pas de cet avis. Philippe Saint-André, et nombre d’entre nous, croyaient en avoir trouvé une autre (Machenaud-Michalak) à l’occasion de la tournée en Argentine l’an passé et lors des tests de novembre, mais aujourd’hui plus grand-monde ne semble lui faire confiance…sans qu’elle ait vraiment démérité.

En évoquant les tests de novembre, je voudrais dire d’abord qu’ils auront été de la poudre aux yeux quant à la valeur réelle de l’équipe de France, version Saint-André. Si j’écris cela, c’est parce qu’on a considéré nos victoires sur l’Australie ou l’Argentine comme de très grandes performances, alors que ce n’était pas vraiment le cas. Cependant ces victoires ont été remportées aussi, parce que nos joueurs disposaient encore d’une certaine fraîcheur, qui aujourd’hui manque cruellement à nos internationaux. Cela signifie qu’avant de se pencher sur le cas des joueurs, il faut impérativement qu’on se penche sur le problème du calendrier, si l’on veut qu’un jour le XV de France remporte enfin la Coupe du Monde. Au passage, comme je ne cesse de l’écrire, la France est la seule grande nation de rugby à ne pas avoir gagné cette épreuve, malgré sa présence trois fois en finale (1987, 1999 et 2011).

Et puisque je parle de la Coupe du Monde, comme je l’écrivais dans un article précédent, nous avons déjà perdu deux ans pour former une équipe susceptible de la gagner en 2015. Deux ans à chercher des joueurs à certains postes, deux ans à improviser, alors que les Anglais ou les Gallois travaillent avec des joueurs qui ont déjà un vécu ensemble, tout en emmagasinant de l’expérience, ce qui fera de l’Angleterre et du Pays de Galles deux formations redoutables et redoutées en 2015, y compris pour les trois grosses équipes de l’hémisphère sud (Nouvelle- Zélande, Australie, Afrique du Sud). En revanche l’équipe de France en sera toujours à essayer des joueurs, quitte à ne pas les mettre à leur véritable poste, comme ce fut le cas de Fofana pour les deux premiers matches de ce Tournoi des 6 nations.

Fofana justement, qui a éclaboussé le match Angleterre-France de toute sa classe, et qui a marqué un essai fantastique. Il y avait bien longtemps que notre rugby n’avait pas trouvé une telle pépite dans ses clubs…ce qui ne peut que nous faire craindre pour lui, quand on pense à la manière dont nos sélectionneurs, quels qu’ils soient,  ont traité de tout temps nos purs talents, le dernier en date étant Michalak.  Cela étant, on a les sélectionneurs que l’on mérite, quand on voit la manière dont on critique le joueur toulonnais, parce qu’une de ses passes a été interceptée peu après son entrée en jeu hier après-midi. Pour un peu on croirait que c’est lui qui fait perdre le match à l’équipe de France, alors que notre équipe était déjà menée quand il est entré, qu’elle avait manqué deux occasions par Parra de meubler le score, et qu’elle commençait à prendre l’eau. Que je sache, même si notre pack a été performant en mêlée et en touche en première mi-temps, même si notre équipe semblait avoir plus de hargne que face aux Italiens ou aux Gallois, même si elle avait contrarié au prix d’énormes efforts en défense l’équipe anglaise, elle n’avait marqué qu’un essai, certes extraordinaire, mais qui était dû uniquement à la classe folle de Fofana, un essai qu’il n’aurait pas marqué, entre parenthèse, s’il avait été sélectionné à l’aile.

Tout cela pour dire que Michalak ne mérite pas les quolibets qu’il endure de la part de nombreux détracteurs qui sont dans la réaction sur une ou deux actions entreprises, plutôt que dans la réflexion. Cela dit, pour ce qui me concerne, je ne mange pas de ce pain, car pour moi Michalak est sans doute le seul attaquant  de cette équipe, avec Fofana, à soutenir la comparaison avec les plus grands. Michalak, c’est une sorte de Gachassin à l’époque où il opérait à l’ouverture (au milieu des années 60), c’est-à-dire un demi d’ouverture complet, parfait pour construire les attaques, de surcroît très bon défenseur, capable à tout moment de renverser le cours d’un match sur une inspiration de génie. En écrivant ces lignes, cela me fait penser à ce qu’a écrit un forumer sur le site d’un journal de sport, où il semblait indiquer que la paire Yachvilli-Parra, mise en place par Lièvremont pendant la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande, avait permis à l’équipe de France d’arriver jusqu’en finale. Comme si l’on pouvait comparer la classe de Michalak avec celle de Parra !

Michalak est un artiste qui a du rugby plein les mains, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un jeu au pied correct et d’être excellent dans les tirs au but, et je pense qu’il peut être très complémentaire avec Machenaud, lui aussi très rugby…à condition de leur faire confiance. Pourquoi Saint-André a-t-il sorti Machenaud après à peine une heure de jeu contre l’Italie et 50 minutes contre le pays de Galles, alors qu’à chacune de ces rencontres il avait réussi une échappée qui aurait pu valoir un essai ? Parra n’a jamais eu, et n’aura jamais cette capacité à mettre le feu dans une défense adverse, par manque de vitesse. En outre, à chaque lancement, les trois ou quatre foulées que fait Parra avant de donner son ballon n’apportent rien, et surtout permettent aux défenseurs de disposer d’un supplément de temps pour s’organiser en défense. Bref, Parra est un très bon demi de mêlée, comme je l’ai indiqué dans un article précédent que je lui ai consacré, mais par rapport à un J.B. Elissalde, à qui certains veulent le comparer, il lui manque tout simplement la grande classe.

Voilà quelques réflexions personnelles sur le match d’hier, en regrettant que notre rugby et son équipe nationale vivent dans l’improvisation perpétuelle. En regrettant aussi que l’on offre à certains internationaux une confiance que l’on n’offre pas à d’autres, même si ce mal est récurrent chez nous depuis des dizaines et des dizaines d’années. Combien avons-nous usé de joueurs hors-normes qui auraient eu leur place partout ailleurs dans le monde ? Si Wilkinson, Carter, Kelleher ou Genia étaient né français, auraient-ils fait la même carrière en équipe de France que dans celle de leur pays ? Je n’en suis pas sûr du tout, parce que nous avons en France l’art et la manière de mettre une énorme pression sur nos joueurs les plus doués. Certains y survivent, comme Sella ou Jauzion, d’autres non. C’est pour cela que je suis inquiet à propos de Fofana, alors que s’il était néo-zélandais, il aurait sa place assurée pour dix ans chez les All Blacks.

Michel Escatafal

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