Lemaitre fera-t-il mieux que Bambuck? A voir…

lemaitreL’été dernier j’avais été surpris que Christophe Lemaitre puisse s’offrir dix jours de vacances, juste avant l’incontournable meeting de Zurich au mois d’août. Résultat, une performance extrêmement décevante (10s07), loin, très loin même de Blake (9s76), mais aussi de Nesta Carter (9s95) ou Bailey (9s97). Certes on peut comprendre qu’un athlète aspire à des vacances après le stress des J.O., surtout quand ces J.O. ont été une déception, mais nombreux furent les amateurs d’athlétisme à se dire que c’était peut-être le moment d’en rajouter une couche à l’entraînement, et d’essayer de finir la saison mieux qu’elle n’avait commencé, en « claquant » enfin une performance donnant des certitudes pour la saison prochaine. Cette saison 2013 devra, effectivement, être impérativement meilleure que celle qu’a vécu Lemaitre l’an passé, malgré un titre de champion d’Europe sur 100m qui ne veut plus trop dire grand-chose à l’échelon mondial. Que vaut en effet de nos jours un titre européen en sprint, en dépit de la montée en puissance de Vicaut et du renfort de l’Antillais Churandy Martina, qui s’est fait naturaliser néerlandais et qui a été double finaliste olympique à Londres, devançant Lemaitre en finale du 200m ? Au passage on observera que Lemaitre n’était plus, à Londres,  le meilleur européen, en dépit du fait qu’il disait ou qu’on lui faisait dire qu’il pourrait menacer Bolt ou Blake. Cela lui avait d’ailleurs valu cette cinglante réplique de Bolt après les demies-finales (sur France Télévision) : « Si tu veux gagner, il va ta falloir t’accrocher et virer correctement »…

Pourquoi suis-je aussi désabusé devant la situation de Christophe Lemaitre, alors que sur ce site je disais (en 2011) que la France tenait enfin son futur champion ou au moins médaillé olympique du 100 ou du 200m ? Parce que j’ai de plus en plus l’impression qu’au moment où la relève s’active derrière Bolt, et pas seulement avec Blake, Lemaitre ne progresse plus et, plus grave encore, semble régresser. Le Lemaitre de 2011 pouvait finir beaucoup plus près du podium à Londres, voire y être, alors que celui de 2012 n’est jamais arrivé à monter en puissance, et la saison d’hiver 2013 ne fait que confirmer cette regression, comme en témoignent les deux courses du championnat de France indoor à Aubières qu’il a livré il y a quelques jours, terminant troisième de la finale du 60 m dans le temps de 6s69, identique à celui des séries. Pour mémoire, dans cette même salle, Lemaitre avait réalisé il y a trois ans 6s55, un temps qui l’aurait rapproché de celui de Vicaut (6s53), le champion de France. On comprend mieux pourquoi il s’est écrié après cette triste finale des « France » : « Je ne me retrouve pas », même si cette distance est sans doute celle qui convient le moins à son gabarit, même s’il a été malade début février lors d’un stage au Portugal, même si une analyse de sang a révélé des carences susceptibles de l’affaiblir. Cela dit, tout cela ressemble plus à des excuses qu’à des explications, si l’on en croit certains observateurs.

Que s’est-il passé l’an passé pour que la belle mécanique qui semblait monter en puissance jusqu’à fin 2011 ait pu se dérégler? Cela serait dû en partie à des changements dans son approche technique, mais j’en doute quelque peu, dans la mesure où généralement ce type de problème se résout quand on revient à la case départ. Et précisément, entre la fin des J.O. et la reprise des meetings, l’occasion était bonne de revenir à ces fondamentaux pour vérifier si ce n’était qu’un problème de technique de course, au lieu de se contenter de quelques petites séances avant Zurich. A ce propos, je suis de ceux qui pensent que Lemaitre a tort de ne pas participer à plus de meetings de la Ligue de Diamant, dans la mesure où il serait obligé de se maintenir sous pression et surtout d’affronter des adversaires comme Bolt, Blake ou Gay, sans doute la meilleure manière pour gagner ces centièmes qui font la différence entre un très bon et un grand sprinter.

J’observe d’ailleurs que c’est un comportement bien français, sauf dans le cas de Lavillenie…dont Lemaitre ferait bien de s’inspirer. Le champion olympique de la perche est lui au contraire un véritable stakhanoviste des sautoirs, participant à de nombreux concours l’hiver comme l’été, ce qui ne l’empêche pas à 26 ans (âge très jeune pour un perchiste) d’être à la fois champion olympique, champion du monde en salle, double champion d’Europe en plein air et en salle. Et là, un titre européen a une réelle signification, car, à part l’Australien Hooker qui fut champion olympique et champion du monde, tous les meilleurs perchistes sont européens (Mohr, Otto, Holzdepp etc.). Fermons la parenthèse pour revenir à Christophe Lemaitre, et se demander ce qu’il doit faire pour de nouveau tutoyer les sommets et les grimper les uns après les autres. Certes ce n’est pas à moi de répondre à cette question, car je ne connais pas vraiment le contexte dans lequel il vit, mais apparemment ce jeune homme aime bien sa tranquillité, ce que d’ailleurs personne ne lui reprochera…sauf si l’on veut devenir un très grand champion. Lui-même d’ailleurs a bien conscience de cela puisqu’il a dit à plusieurs reprises qu’il devait être davantage professionnel, tant au niveau de l’alimentation que des soins.

Je suis surpris également quand je lis qu’il est tellement attaché à son cocon familial…et que cela lui suffit, parce qu’il a tout appris dans ce cocon, en y incluant son club d’Aix-les-Bains où son coach, Pierre Carraz, l’a découvert. Ce dernier n’a pas un nom ronflant, étranger ou français, et jusqu’à Lemaitre n’a jamais coaché de stars, contrairement à un Piasenta (Pérec, Arron, Hurtis etc.), un Ontanon (Arron et Hurtis encore) ou un Longuèvre (Doucouré, Raquil, Djhone), ce que certains déplorent. D’autres lui reprochent son âge (il a plus de 70 ans), ce qui ne veut rien dire, car Joseph Maigrot n’était plus tout jeune quand il fit du sprint français à l’époque de Delecour, Piquemal et Bambuck (années 60), le meilleur du monde derrière les Américains. Cela dit, et c’est ce qui m’ennuie le plus, Pierre Carraz, après avoir refusé d’intégrer l’INSEP, semble scotché « à ses montagnes et à sa tranquillité » un virus qu’il a transmis à Christophe Lemaitre et à sa famille, la mère de Christophe s’écriant l’an passé à propos de l’Insep : « Qu’est-ce qu’il irait faire là-bas » ? Et pour faire bonne mesure, elle ajoutait : « Christophe a besoin de son club. Si vous le déracinez, il ne court plus ! A Aix, il a sa famille et ses copains, il lui faut ces deux mondes-là pour être bien ». Parfait, sauf que les résultats ne sont pas là, après avoir donné tant d’espoirs, ce qui signifie que pour arriver au sommet il faut autre chose. Certes, on va me dire que Lavillenie s’est entraîné avec Damien Inocencio, son coach pendant quatre ans à Clermont-Ferrand, et qu’il est devenu champion olympique, mais cela ne l’a pas empêché de changer de coach pour travailler depuis cet hiver avec Philippe d’Encausse.

Alors suis-je trop sévère avec Christophe Lemaitre qui, rappelons-le, n’a que 22 ans ? Peut-être, mais Blake a quasiment le même âge que lui, tout comme Warren Weir qui a terminé à la troisième place du 200m aux J.O. de Londres. On va aussi me répondre que Weir et Blake sont jamaïcains, et qu’il y a nécessairement une émulation entre ces coureurs, ce qui est vrai, mais précisément c’est ce qui manque le plus à Christophe Lemaitre…surtout à Aix-les-Bains. Quand on est confronté à la concurrence Bolt ou Blake chaque jour de l’année, il est impératif de mettre absolument tous les atouts de son côté, sinon on sait que l’on sombre très vite. Fini le cocon familial et les hamburger-frites, sauf pour les moments de détente. Et qu’on ne vienne pas me parler de dopage, comme nous savons si bien le faire en France, car d’une part les Jamaïcains sont très contrôlés, et d’autre part on peut courir très vite sans dopage comme l’ont prouvé Christine Arron, Marie-Jo Pérec, Muriel Hurtis, Diagana, Raquil ou…Lemaitre.

Mais où doit-il aller ? Aux Etats-Unis, à Paris ou ailleurs ? Je ne sais pas, mais ce dont je suis sûr c’est qu’il faut qu’il change de structure d’entraînement, parce que celle-ci a montré ses limites. Certains vont me rétorquer qu’à part Marie-Jo Pérec, rares ont été les athlètes français à avoir bien réussi leur passage dans un camp d’entraînement américain, tel que celui de John Smith (HSI). En revanche, il lui faut impérativement une structure avec un entraîneur ayant plusieurs athlètes de niveau international, et la France en compte plusieurs, même si l’on peut regretter que l’on n’ait pas en athlétisme les pôles d’excellence comme on a su en mettre en place en natation, avec les résultats que l’on connaît. En tout cas, si Christophe Lemaitre ne fait pas cet effort de quitter son cadre habituel, j’ai bien peur qu’il ne gâche sa carrière, et qu’il ne devienne pas le très grand sprinter que notre pays attend depuis si longtemps, en fait depuis Roger Bambuck (1968).

Pour mémoire, je rappelle que Roger Bambuck fut ce sprinter français qui battit les Américains à Montréal en 1967, lors d’un fameux match Europe-Etats-Unis, qu’il fut recordman du monde du 100m lors des championnats des Etats-Unis en 1968 où il était allé défier chez eux les sprinters US, et qu’il fut double finaliste olympique sur 100 et 200m aux J.O. de Mexico, malgré une angine contractée juste avant les éliminatoires du 100m. Il aurait même dû être champion olympique du 4x100m avec ses copains du relais (Fenouil, Delecour et Piquemal) s’il n’avait pas tardé à se lancer en finale, alors que Piquemal avait réussi, grâce à un virage d’anthologie, à posséder plus de deux mètres d’avance sur les Etats-Unis, avant de donner le témoin à Bambuck. Si Bambuck n’avait pas commis cette erreur en 1968 à Mexico…Regrets éternels. Et des regrets, c’est cela que les amateurs d’athlétisme de notre pays ne veulent pas avoir à propos de Christophe Lemaitre, qui est sans doute parmi les plus doués des sprinters actuels.

Michel Escatafal

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One Comment on “Lemaitre fera-t-il mieux que Bambuck? A voir…”

  1. Daniel Duret dit :

    Bambuck aumoins, il a été ministre ! Lemaitre n’a aucune chance…


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