A propos des grands buteurs français et étrangers…

fontaineEn lisant les journaux de sport et plus particulièrement ceux consacrés au football, je suis toujours surpris quand je lis ça et là que le PSG est dépendant d’Ibrahimovic, avec des réflexions du style : « Que serait le PSG sans Ibrahimovic » ? Mais que ces techniciens au petit pied se posent aussi la question de savoir ce que vaut le Barça sans Messi, ou le Real sans C. Ronaldo, ou l’Atlético de Madrid sans Falcao. D’ailleurs, à propos du Barça, on en a une idée très précise depuis mercredi dernier et le match F.C. Barcelone-PSG, puisqu’il a fallu l’entrée de Messi en deuxième mi-temps pour sauver le club catalan d’une élimination en 1/4 de finale de la Ligue des Champions.  Curieux que dans notre pays on passe son temps à chercher des problèmes là où il n’y en a pas ! Après tout, si des clubs mettent des dizaines de millions d’euros pour acquérir le grand attaquant qui va valoriser leur équipe, ce n’est quand même pas pour le laisser au placard, ou alors s’il le fait c’est que le club s’est trompé ou a des problèmes de gestion de l’effectif. Cela peut arriver quand on veut associer deux énormes stars évoluant plus ou moins dans la même zone, mais dans ce cas les grands clubs n’hésitent pas à en sacrifier un et à permettre à l’autre de continuer sa carrière ailleurs. C’est arrivé à plusieurs reprises au Barça, le club de Messi, dans lequel tour à tour Ibrahimovic et  Eto’o ont eu droit à un bon de sortie après avoir marqué quand même de nombreux buts. Ainsi Ibrahimovic a inscrit 24 buts en 42 matches au cours de sa seule saison au Barça (2009-2010). Je ne serais pas surpris que David Villa subisse le même sort à court terme, d’autant qu’il est moins prolifique en buts qu’Eto’o et Ibrahimovic.

En parlant des attaquants du Barça, cela me fait penser à Thierry Henry qui, lui aussi, a appartenu à cette race des très grands, dignes de ceux que j’ai cités précédemment, mais qui a pu se reconvertir lors de son arrivée au Barça au poste de ses débuts, à savoir celui d’attaquant excentré…ce qui ne l’a pas empêché de marquer 49 buts en 121 matches joués avec le F.C. Barcelone entre 2007 et 2010, dont  29 buts en 51 matches officiels (plus 14 passes décisives) lors de la saison 2008-2009. Un grand buteur ou plutôt un grand attaquant finit toujours par marquer beaucoup de buts quelles que soient les circonstances…et c’est ce qui les différencie de tous les autres joueurs opérant aux avant-postes. C’est pour cela que j’affirme qu’il faut savoir raison garder dans notre pays chaque fois qu’on a un joueur qui marque une vingtaine de buts ou plus dans la saison dans notre championnat de Ligue1. Cela arrive d’ailleurs assez souvent, du moins si l’on se fie au classement du meilleur buteur ces dernières saisons. Qu’on en juge, après l’ère de l’excellent avant de pointe portugais Pauleta (en gros jusqu’en 2007), et après Benzema  (meilleur buteur en 2007-2008 avec l’Olympique Lyonnais), qui depuis a fait son trou au Real Madrid, ce qui en dit long sur sa classe surtout avec la concurrence d’Higuain, nous avons eu successivement comme meilleurs buteurs, Gignac (à l’époque à Toulouse) avec 24 buts en 2008-2009, puis Niang (à l’époque à l’OM) avec 18 buts en 2009-2010, puis Sow (à l’époque au LOSC) en 2010-2011 avec 25 buts, devant Gameiro qui jouait au F.C. Lorient avec 22 buts,  et la saison passée Giroud (Montpellier) qui a marqué 21 buts.

Sans vouloir être critique, qu’ont fait les saisons suivantes Gignac, Niang, Sow, Gameiro et à présent Giroud, tous ces attaquants ayant changé de club par la suite ? Tout le monde connaît les déboires de Gignac à l’OM, avant de retrouver des couleurs cette saison, après deux années très décevantes, mais pour autant peut-on le considérer comme un avant-centre de classe internationale? Niang pour sa part a quitté l’OM pour la Turquie, sans rééditer ses exploits marseillais avant de partir au Qatar. Sow a suivi un peu le même chemin, en partant comme Niang dans un club turc, sans lui aussi réaliser des choses extraordinaires. Quant à Gameiro et Giroud, ils n’ont confirmé ou ne confirment ni l’un ni l’autre leur dernière saison à Lorient et à Montpellier dans leur nouveau club, le PSG pour Gameiro qui, la saison passée, n’avait pas Ibrahimovic comme concurrent, et Arsenal pour Giroud, même s’il joue assez régulièrement dans le club londonien, et même s’il a marqué 16 buts en 43 matches. Cela étant, pour l’instant il n’a pas fait oublier Van Persie…ce qui n’étonnera personne.

Tout cela pour dire que toute comparaison entre les meilleurs buteurs de la Ligue 1 et par exemple ceux de la Liga , sauf évidemment Ibrahimovic, relève de la fantaisie journalistique. Il faut s’y faire, mais le seul attaquant français de niveau international s’appelle Benzema, n’en déplaise à ceux qui lui reprochent son manque d’efficacité en équipe de France, mais il est un ton en dessous des tous meilleurs de la planète. Quant aux autres, ils sont très bons, surtout quand ils opèrent dans les bonnes équipes de notre championnat où on joue pour eux, comme c’est ou ce fut le cas pour Lorient, Montpellier ou l’actuel OM, largement en dessous de celui qui  arriva en finale (1991) ou qui gagna la Ligue des Champions (1993),  mais c’est insuffisant pour s’enflammer et faire la comparaison avec les meilleurs mondiaux.  En cela ils me rappellent quelques excellents buteurs que l’on a connus  par le passé. Sans remonter trop loin, on peut citer Pierre Sinibaldi (Stade de Reims), Baratte (LOSC), Grumelon (Stade Rennais) à la fin des années 40, Kargu (Girondins), Courteaux (OGC Nice), Bliard (Stade de Reims) dans les années 50, Masnaghetti (US Valenciennes) en 1962-1963, Simon et Gondet (F.C. Nantes) en 1964-1965 et 1965-1966, Sansonetti  (AC Ajaccio) en 1967-1968, André Guy (O. Lyon) en 1968-1969, Garande (AJ Auxerre) en 1983-1984, Zénier (FC Metz) en 1986-1987), Boli (RC Lens) et Ouedec (F.C. Nantes) en 1993-1994, ou encore Stéphane Guivarch (AJ Auxerre) en 1996-1997 et 1997-1998, sans oublier Djibrill Cissé (AJ Auxerre) en 2001-2002 et 2003-2004.

Les autres années ce sont des étrangers, comme le Tchèque Humpal (1948-1949), l’Algérien Oudjani (1963-1964), l’Argentin Onnis, le Croate Skoblar, qui détient le record avec 44 buts marqués pour l’OM en 1970-1971 devant le Stéphanois Salif Keita qui en avait marqué 42 cette même année, l’Argentin Bianchi dans les années 70 et même 80 pour ce dernier, l’Allemand Kostedde (1979-1980), le Bosniaque Halilhodzic (années 80), le Croate Boksic (1993), le Brésilien Sonny Anderson (années 90 et début 2000 avec Lyon) aussi prolifique que son homonyme suédois, prénommé Gunnar,  qui fit les beaux jours de l’OM au début des années 50, tous très connus. Cela dit, le football français a eu, lui  aussi,  quelques uns des plus beaux spécimens que le football ait produits comme buteur. Dans les années 50 il y eut bien sûr le Racingman Cisowski, le Nancéien et Rémois Piantoni  et le meilleur de tous (toutes époques confondues), Just Fontaine (OGC Nice et Stade de Reims), qui possède des ratios ébouriffants proches de ceux de Pelé et Puskas ( 197 buts pour 235 matches en club et 30 buts en 21 sélections nationales), supérieurs à ceux de Messi surtout en équipe nationale. Mais on n’oubliera pas non plus le Stéphanois de la grande époque (années 70) Hervé Revelli, le Marseillais Jean-Pierre Papin, meilleur buteur entre 1987 et 1992, et plus récemment le Bordelais Sylvain Wiltord (1998-1999). Tous ces joueurs français que je viens de citer avaient eux la vraie pointure internationale, certains comme Papin (AC Milan et Bayern) et Wiltord (Arsenal) ayant fait plus tard les beaux jours de grands clubs étrangers, comme auraient pu le faire si l’époque s’y était prêtée  Cisowski, Piantoni, Fontaine et Hervé Revelli. En effet à ce moment les joueurs français s’expatriaient peu.

Un dernier mot enfin, pour noter que ni le Franco-Argentin Nestor Combin, un des chouchous des supporters lyonnais (78 buts en 131 matches entre 1959 et 1964) avant de partir en Italie (Juventus, Torino, Varese et Milan AC), ni Michel Platini (AS Nancy-Lorraine et AS Saint-Etienne) ne figurent parmi ceux qui ont obtenu le titre de meilleur buteur en France. Cependant  Platini se rattrapera largement de cette anomalie, en devenant  entre 1983 et 1985, trois fois consécutivement meilleur buteur de la Série A italienne, à l’époque le meilleur championnat du monde. Pour mémoire je rappellerais que Michel Platini, était d’abord un meneur de jeu (numéro 10), et qu’il a marqué 125 buts en 214 matches avec l’AS Nancy-Lorraine, 82 buts en 145 matches avec l’AS Saint-Etienne, et 104 en 224 matches avec la Juventus, sans oublier ses 41 buts en 72 sélections avec l’équipe de France. Enfin, on ne trouve pas trace non plus au palmarès des meilleurs buteurs de Ligue 1, de trois autres buteurs de classe mondiale en plus du Malien de Saint-Etienne Salif Keita (259 buts en 404 matches officiels dans sa carrière), ayant eux aussi débuté en France avant de s’expatrier, et pouvant afficher des statistiques comparables à celles de Platini. Il s’agit de Didier Drogba qui a marqué 237 buts en 540 matches dans ses divers clubs (dont l’OM en 2003-2004) plus 60 buts en sélection (96), Thierry Henry, dont j’ai déjà parlé,  avec ses 341 buts pour 732 matches en club et ses 52 buts en sélection (123), et David Trezeguet, qui affiche 260 buts en ayant joué 515 matches officiels, plus 34 buts en sélection (71). Comme on le voit, ne pas être meilleur buteur de Ligue 1 n’interdit pas de figurer parmi les meilleurs attaquants de l’histoire…ce qui relativise ce classement dont on nous parle beaucoup lors de chaque soirée de championnat.

Michel Escatafal

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