Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal


Michalak, encore un surdoué controversé…en France

MichalakEt si l’on continuait à parler rugby après la victoire de Toulon en Coupe d’Europe, après aussi une finale 100% française ! Aujourd’hui je voudrais évoquer le cas d’un joueur parmi les plus controversés de notre rugby national, Frédéric Michalak. Au fait, pourquoi est-il controversé ? Tout simplement parce qu’il a la grande classe, et dans notre pays un joueur de très grande classe, surtout s’il opère dans les lignes arrières fait rarement l’unanimité. Il suffit de se rappeler, pour les plus anciens, tout ce qu’ont enduré les frères Boniface en leur temps, puis Jean Gachassin quand il est passé à l’ouverture, mais aussi Jo Maso, ou encore Max Barrau, demi de mêlée qui fit l’admiration des All Blacks eux-mêmes, sans oublier Richard Astre, Jérôme Gallion, autre numéro 9 de grand talent qui fit partie de l’équipe qui triompha des Néo-Zélandais chez eux pour la première fois (14 juillet 1979) dans l’histoire du XV de France, ni Alain Caussade, demi d’ouverture de Lourdes et du XV de France, qui lui aussi appartint à l’équipe victorieuse des All Black en 1979, et tant d’autres encore, comme Didier Codorniou, Didier Camberabero, et plus près de nous Jean-Baptiste Elissalde, tous ces joueurs ayant pour particularité d’être des surdoués.

Bien entendu Frédéric Michalak, appartenant à cette catégorie de joueurs exceptionnels, eut droit lui aussi aux multiples controverses dont se gargarisent les Français, qu’ils soient dirigeants, sélectionneurs, journalistes et supporters. C’est la raison pour laquelle il m’arrive de dire que les Gallois Gareth Edwards et Barry John, ou encore Jonny Wilkinson, ont eu la chance de ne pas naître dans notre pays, car je suis persuadé qu’ils auraient souffert de cet ostracisme que l’on manifeste si facilement vis-à-vis des génies du jeu. Et si en plus ils sont aussi élégants que talentueux sur le terrain, alors là c’est la curée pour eux dès leur première faute, surtout si celle-ci coûte la victoire dans le Tournoi, comme en 1966 à Cardiff. Peu importe dans ces cas-là leur apport dans le jeu, ni la faculté qu’ils ont d’électriser le public par leur maestria. Non, on préfère et on préfèrera toujours dans notre pays de bons ouvriers à un magicien du jeu. D’ailleurs, quitte à me répéter, on remarquera que Morgan Parra, pour ne citer que lui, compte plus de 50 sélections à moins de 25 ans, alors qu’il est loin de faire l’unanimité à son poste de demi de mêlée. A ce propos, je ne voudrais qu’on imagine que je fais moi-même ce que je reproche à d’autres, à savoir faire une fixation sur ce joueur. Non, simplement je veux souligner que Parra est loin d’avoir la classe d’un Fred Michalak à la mêlée, et même sans doute d’un Doussain, lequel n’a été qu’une seule fois international à 22 ans, ce qui ne l’empêche pas d’avoir presque supplanté au Stade Toulousain l’Australien Burgess, qui compte 37 sélections avec l’équipe d’Australie.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à Frédéric Michalak, pour souligner que ce qui l’a desservi est d’abord sa polyvalence. Michalak est-il un demi d’ouverture ou un demi de mêlée ? Si l’on regarde sa carrière, on serait tenté de dire qu’il est d’abord un demi d’ouverture, sauf qu’à la base c’était plutôt un demi de mêlée. C’est Bernard Laporte qui en a fait un demi d’ouverture en le sélectionnant à l’ouverture du XV de France à l’âge de 20 ans. Il est vrai qu’à ce moment le titulaire du poste à la mêlée dans le XV de France s’appelait Fabien Galthié, et que ce dernier était indiscutable dans l’optique de la Coupe du Monde 2003. Et cette décision allait être très lourde de conséquences pour Michalak et le XV de France.

En effet, elle allait faire de Michalak un demi d’ouverture à la fois au stade Toulousain et dans le XV de France. Le plus amusant à propos du Stade Toulousain, est que l’on avait à l’époque (au milieu des années 2000) une paire de demis composée d’un demi de mêlée reconverti à l’ouverture, Frédéric Michalak, et d’un demi d’ouverture reconverti demi de mêlée, Jean-Baptiste Elissalde…qui par parenthèse redeviendra ouvreur après la signature de Byron Kelleher, le demi de mêlée de l’équipe de Nouvelle-Zélande, ce dont fera les frais Frédéric Michalak, barré et par l’un et par l’autre. A cela s’ajoutent quelques blessures plus ou moins longues qui vont gâcher la vie de notre surdoué, chaque fois au moment où il retrouvait la grande forme. Décidément, on dirait que la vie n’est jamais facile quand on est un génie du jeu, comme s’il y avait une malédiction pour ce type de joueurs !

Après deux séjours en Afrique du Sud, pays dont il est devenu une vedette incontestée, ce qui signifie quand même quelque chose dans cette nation ayant toujours figuré au sommet du rugby mondial, notamment grâce à ses deux titres mondiaux, il reviendra en France, la première fois avec un retour au Stade Toulousain…où on ne l’attendait pas nécessairement comme le messie, et la seconde fois avec une signature au RC Toulon, club dans lequel il a presque retrouvé ses couleurs d’antan, notamment parce qu’il y fut repositionné à la mêlée, en raison évidemment de la prééminence de Wilkinson à l’ouverture. Hélas pour lui, malgré d’excellentes prestations à la mêlée, il sera de nouveau sélectionné dans le XV de France à l’ouverture, le poste de demi de mêlée étant réservé en priorité…à Morgan Parra, même si ce dernier a dû subir la concurrence de Machenaud l’espace de quelques matches en novembre et au début du Tournoi de cette année.

Hélas pour Michalak, j’ai bien peur qu’il en sera ainsi tant que Saint-André sera sélectionneur, s’il est sélectionné (parce qu’il faut s’attendre à tout), Saint-André s’obstinant à ne voir Michalak qu’à l’ouverture, au moment où Laporte lui-même s’est aperçu que c’était avant tout un numéro 9 de grande classe. Résultat, le XV de France continuera ses tâtonnements au niveau de la charnière, ce qui mettra en fureur nombre de supporters de notre équipe nationale, et ce qui nous empêchera de remporter enfin cette Coupe du Monde que nous attendons depuis 1987, la France étant la seule des grandes nations de rugby à ne pas l’avoir gagnée.  Pour mémoire je rappelle que le prédécesseur de Saint-André, Marc Lièvremont, avait aligné en finale de la Coupe du Monde 2011 une paire de demis composée de Yachvilli à la mêlée et Parra à l’ouverture, Michalak n’ayant pas été sélectionné alors pourtant qu’il brillait avec les Sharks sud-africains, étant même le meilleur réalisateur de la Currie Cup. Résultat, victoire en finale de la Nouvelle-Zélande par le plus petit des scores (8-7), alors que les Français étaient les plus forts. A pleurer de rire !!!

Michel Escatafal


Le RC Toulon, Nibali et Ancelotti en haut de l’affiche

wilkinsonUn week-end de sport un peu particulier que cette Pentecôte 2013 ! Si je dis cela c’est parce que des évènements importants ont eu lieu dans trois sports parmi les plus médiatisés de la planète. Commençons par le vélo, avec la grosse option prise par Vincenzo Nibali sur la victoire dans le Giro. Le Sicilien est à sa place, dans la mesure où,  avec Contador et Froome, c’est le plus complet des coureurs à étapes. En outre, j’aime beaucoup ce coureur italien pour son tempérament bagarreur et son goût pour l’offensive, qui me fait penser à un autre grand champion que j’ai beaucoup admiré en son temps, Laurent Fignon. Voilà pour le vélo, en espérant pour les rescapés de ce Tour d’Italie que le temps soit moins exécrable qu’il ne l’a été ces derniers jours…ce qui paraît peu probable si l’on en croit les météorologistes.

Ensuite il y a le cas Ancelotti qui fait les grands titres des journaux français et espagnols. Ancelotti veut quitter le PSG pour aller au Real Madrid, afin de remplacer Mourinho, lequel est loin d’avoir réussi au Real Madrid aussi bien que dans les autres clubs où il est passé. Mais au fait, malgré les louanges parfois dithyrambiques qui lui sont adressées depuis qu’il a annoncé son envie de quitter le PSG, est-ce qu’Ancelotti a vraiment été l’homme providentiel qu’attendait le PSG pour lui faire franchir encore plus vite le pas qui le sépare encore des toutes meilleures équipes européennes ? La réponse est loin d’être aussi évidente qu’il n’y paraît, car, avec l’armada dont il disposait, remporter « seulement » un titre de champion de France et aller en quart de finale de la Ligue des Champions est quand même le minimum qu’on pouvait attendre d’un technicien aussi côté que lui. Bien sûr on me dira qu’il a réussi à gérer les egos de grands joueurs comme en possède aujourd’hui le PSG, mais là aussi c’est le moins qu’il ait pu faire, d’autant que les très grands joueurs (Ibrahimovic, Thiago Silva, Lavezzi, Pastore, Lucas ou Motta) ont toujours été titulaires, tout comme d’autres qu’on ne croyait pas aussi fort, comme Matuidi et Sirigu. La preuve, quand on regarde l’effectif parisien, on s’aperçoit que seuls une quinzaine de joueurs ont disputé la plupart des matches au cours de la saison, à savoir Sirigu, Jallet, Alex, Sakho, Silva, Maxwel, Matuidi, Verrati, Menez, Pastore, Lavezzi, Ibrahimovic, et Lucas après son arrivée en janvier, les autres se contentant de bouts de matches ou de remplacer les titulaires absents ou blessés.

Tout cela pour dire que dans le cas Ancelotti, il faut savoir raison garder…sauf à considérer que sans sa présence sur le banc, peut-être qu’Ibrahimovic, Thiago Silva ou Lavezzi ne seraient pas venus. Alors, et maintenant ? Et bien, il finira sans doute par partir au Real, mais ce ne sera pas sans conditions, ni pour lui, ni pour le Real. On peut même imaginer qu’il est un formidable atout dans la manche des dirigeants parisiens pour faire venir à Paris Cristiano Ronaldo ou pourquoi pas un autre grand joueur du Real, ou encore pour faire en sorte que le Real ne marche pas sur les plates-bandes du PSG pour un gros renfort qui ne manquera pas d’arriver à Paris d’ici la fin juillet. De toutes façons, contrairement à ce que de nombreux forumers ou journalistes pensent, cela ne va pas déstabiliser le PSG, car la seule chose qui pourrait le faire ce serait le départ des Qataris, comme l’a rappelé très justement Leonardo…car ils ont l’argent. Or, comme il n’est pas question pour les Qataris de  se désengager, bien au contraire, Ancelotti ou pas sur le banc n’est pas aujourd’hui le plus important, surtout que son remplaçant sera nécessairement un « tout bon ». En plus, compte tenu de l’ampleur du projet parisien et des moyens mis à sa disposition, les entraîneurs de renom ne peuvent qu’être flattés d’être sollicités par le PSG.

Dernière chose, j’ai du mal à accepter les explications affichées ou non d’Ancelotti pour expliquer son envie de départ. Par exemple quand il dit que « le Real est une possibilité », comme s’il voulait nous prendre pour des idiots. De même, quand j’entends dire qu’il a été froissé de  l’impatience manifestée par les décideurs qataris à propos des résultats du club francilien en novembre-décembre, cela me fait doucement rire, dans la mesure où il est parmi les deux ou trois entraîneurs les mieux payés au monde.  Comme l’a fait justement remarquer ce matin le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, il était quand même normal qu’après une série de trois défaites qui hypothéquaient la saison du club, on lui demande des explications. On notera à ce propos que c’est après ces explications que le PSG s’est de nouveau remis sur de bons rails, notamment avec le passage en 4-4-2 qui, à présent, fait la force de l’équipe, et qui a permis à certains joueurs importants de s’exprimer au mieux de leurs possibilités, par exemple Pastore et Lucas.

Passons enfin au sujet que je voulais traiter en priorité, à savoir la victoire du RC Toulon en Coupe d’Europe de rugby, une victoire qui m’a fait un immense plaisir. Pourquoi ? Non pas parce que j’ai une dent contre l’ASM Clermont, mais pour les efforts faits par un homme, Mourad Boudjellal, pour faire évoluer son club en particulier, et le rugby en général vers plus de professionnalisme. Cet homme en effet a apporté au rugby français son savoir-faire industriel, et c’est ce dont le Top 14 avait besoin. Point n’est besoin d’être grand clerc pour savoir que l’évolution du rugby vers plus de professionnalisme est irréversible. Et dans ce cas, il nous faut des grands clubs, comme le Stade Toulousain, l’ASM Clermont, le Racing, le Stade Français ou le RC Toulon, pour ne citer qu’eux, avec des joueurs venus du monde entier qui apportent un plus dans les championnats européens, à commencer par le notre. Il est bien pour le Top 14 qu’il y ait à côté de Dusotoir, Pascal Papé, Fofana ou Michalak, des joueurs comme Mac Allister, Sivivatu, Botha ou Wilkinson. Et c’est bon aussi pour tout le rugby européen, à travers les clubs ou franchises qu’ils soient français, anglais, gallois, écossais ou irlandais, ce qui nous permet d’avoir une Coupe d’Europe de très haut niveau. Et ce qui fait plaisir, c’est de voir que chaque année un club du Top 14 figure parmi les favoris de la compétition ou la gagne, cas ces dernières années du Stade Toulousain, de Clermont et à présent Toulon.

Le RC Toulon, qui a retrouvé en cinq ans son rang de place forte du rugby français (3 fois champion de France en 1931, 1987 et 1992 et 6 fois finaliste entre 1948 et 2012), après être remonté de la Pro D2 en 2008. Une progression extraordinaire…que l’on espère pour le PSG, même si la concurrence en football est largement supérieure. Une progression tellement extraordinaire que l’on a du mal à y croire, et à laquelle personne ne croyait sauf cet homme de défi qu’est Mourad Boudjellal, lequel a beaucoup payé de sa personne et a mis de gros moyens à la disposition du club pour faire venir quelques uns des meilleurs joueurs du monde. Parmi ceux-ci on citera le All Black Tana Umaga, le Sud-Africain Victor Madfield, l’Australien Georges Gregan, un autre All Black, Andrew Merthens, Bakies Botha le pendant de Madfield en deuxième ligne, Sonny Bill Williams qui était en 2008 le meilleur treiziste du monde…et Jonny Wilkinson, le fantastique ouvreur anglais, sans doute un des plus grands joueurs de l’histoire à son poste au même titre qu’un Barry John.

Et si j’insiste pour Wilkinson, c’est parce que Mourad Boudjellal fut sans doute le seul à avoir cru en lui en 2009, après une multitude de blessures qui laissaient penser que le corps de Jonny Wilkinson ne pouvait plus supporter les rigueurs et la dureté du rugby professionnel, après une carrière qui l’avait vu débuter au plus haut niveau en 1997 à l’âge de 18 ans, carrière dont le point d’orgue était un titre de champion du monde pour l’Angleterre, équipe qu’il a longtemps portée à bout de bras, notamment en 2003 lors de la Coupe du Monde en Australie. Je l’admire tellement Wilkinson, que j’ai écrit sur ce site un article où je l’avais qualifié de « plus que parfait ». Et pourtant il fut très souvent le bourreau du XV de France, mais cela démontre simplement que j’aime le rugby et ses grands joueurs…quelle que soit leur nationalité. Fermons la parenthèse pour souligner que Mourad Boudjellal mérite une statue pour avoir su  organiser la résurrection du merveilleux numéro 10 anglais, alors que beaucoup parlaient de lui au passé. Et c’est un juste retour des choses que, grâce à Jonny Wilkinson, le RC Toulon ait remporté samedi le plus beau titre de son histoire, avec cette Coupe d’Europe, victoire qui récompense l’énorme investissement personnel de Mourad Boudjellal pour son club.

Oh certes, Wilkinson n’était pas seul dans cette équipe constellée de stars planétaires du rugby (les frères Armitage*, Giteau, Bastareau, Michalak, Rossouw, Masoe, Fernandez-Lobbe, Botha, Sheridan ou Jenkins), mais  Wilkinson a été tout au long de l’épreuve l’âme de l’équipe, sorte d’assurance tous risques pour une formation qui savait pouvoir compter presque à 100% sur son ouvreur-buteur. La preuve, nous l’avons dans le fait qu’un point seulement séparait les deux équipes de Toulon et Clermont en finale, point que l’on trouve dans une transformation manquée par Parra sur un des deux essais clermontois, alors que Wilkinson a fait de nouveau un sans-faute dans les tirs au but. Et puisque je parle des deux buteurs, comment ne pas être confondu devant le match ô combien décevant du demi de mêlée clermontois, joueur dont j’ai toujours dit qu’il était surtout un excellent buteur, alors que Wilkinson fut non seulement remarquable buteur dans cette finale européenne, mais aussi excellent dans le jeu. Là est toute la différence entre un très bon joueur, Parra, comme il y en a beaucoup en France, et un très grand joueur, Wilkinson, comme il y en a très peu dans le monde, ce qui lui a valu le trophée du meilleur joueur européen, même si pour ma part je n’accorde qu’une valeur très relative à cette distinction…indiscutable cette année.

Un dernier mot enfin pour saluer un autre personnage qui fut pour beaucoup dans cette victoire européenne du RC Toulon, Bernard Laporte. Autant je n’appréciais guère le ministre des Sports qu’il fut, autant en revanche on ne peut que le féliciter d’avoir aidé le club toulonnais à grandir. Laporte a certes échoué dans la conquête du titre mondial en 2007, mais à côté de cet échec que de succès à la tête de l’équipe de France (4 victoires dans le Tournoi dont 2 grands chelems) entre 2000 et 2007) ou du Stade Français (champion de France 1998) ! Je crois qu’il fallait le dire, d’autant que le contraste est frappant entre son palmarès et celui de ses prédécesseurs ou successeurs en club ou en équipe de France. D’ailleurs qu’a-t-il manqué au XV de France en 2003 ou 2007 pour ne pas être champion du monde ? Simplement un Jonny Wilkinson . Imagine-t-on une paire de demis composée de Galthier ou Michalak associés à Wilkinson en 2003 ou une paire Elissalde-Wilkinson en 2007 ? Oui, dans ce cas la France aurait été imbattable.  Après tout ce n’est pas la faute de Laporte si Wilkinson est né anglais ! Reste à présent à B. Laporte et à Jonny Wilkinson à réaliser le doublé Top 14 et Coupe d’Europe avec leur club du RC Toulon, inédit pour un club français. Même le Stade Toulousain n’y est jamais parvenu, c’est dire ! Pour être franc, je pense que le Stade Toulousain de Guy Novès et J.B. Elissalde a les meilleures chances de remporter cette année, et une nouvelle fois, le fameux Bouclier de Brennus, à moins que Wilkinson…

Michel Escatafal

*A propos de Delon Armitage, certains se sont offusqués de son geste vis-à-vis de Brock James alors qu’il filait à l’essai. Ceux-là ne connaissent pas l’histoire du rugby. Il suffit de se rappeler, par exemple, le geste de J.P. Bastiat en demi-finale du championnat de France 1973, où l’on vit l’immense avant dacquois aplatir un essai au milieu des poteaux en narguant les joueurs biterrois de la grande époque, vaincus sur le score de 23-3 ! Ce geste ne porta pas bonheur à l’US Dax qui perdit, contre toute attente, sa cinquième finale contre le Stado Tarbais (12-18).


La France ne mérite pas ses champions…

Hier soir, trois clubs européens fêtaient le titre conquis dans leur championnat national de football. Ces trois clubs s’appellent le F.C. Barcelone, Manchester United et le Paris Saint-Germain. Et que s’est-il passé ? A Barcelone, malgré la crise qui touche très sévèrement nos amis catalans et espagnols, ils étaient 500.000 dans les rues pour faire la fête après avoir remporté leur vingt-deuxième Liga…et il n’y a pas eu d’incidents. A Manchester, il y avait apparemment moins de monde, mais une foule s’était rassemblée pour saluer comme il se doit le vingtième titre de champion des Red Devils et rendre hommage à Alex Ferguson, son emblématique entraîneur, qui, à 71 ans, a fait valoir ses droits à la retraite. A Paris enfin, ils étaient 10 à 15.000 supporters pour théoriquement fêter le troisième titre de champion de France du club de la capitale. Je dis théoriquement, parce que des incidents graves ont contraint les dirigeants du club francilien et un de ses sponsors à annuler une partie des festivités, et notamment la promenade en bateau sur la Seine, prévue pour que le plus grand nombre de Parisiens puisse applaudir le trophée remis aux dirigeants et joueurs sur la place du Trocadéro.

Voilà un petit résumé des titres de la presse sportive française et européenne, et reconnaissons que tout cela n’est pas très flatteur pour notre pays. Un pays qui, quoi qu’on en dise, n’est pas sportif. Ce n’est quand même pas pour rien si la France n’a gagné que deux coupes d’Europe depuis 1956, qu’elle n’a aucun pilote susceptible d’être champion du monde de Formule 1, que son dernier succès dans un grand tournoi (grand chelem) de tennis masculin remonte à 1983 et l’avant-dernier à 1946, qu’aucun de ses coureurs n’a gagné le Tour de France depuis 1985 ou le Giro depuis 1989, qu’aucun Français n’a gagné un tournoi majeur de golf, que la France soit la seule grande nation de rugby à n’avoir jamais gagné la Coupe du Monde, qu’il ait fallu attendre 2012 pour voir un de nos athlètes remporter un titre olympique qui nous échappait depuis 1996, etc., etc. C’est un constat accablant que l’on peut dresser à travers ce petit rappel de l’état du sport français, et malheureusement je crains que ce constat nous le ferons encore longtemps. Pourquoi ? Sans doute une question de tempérament du Français, dont le principal défaut est d’être à la fois un indéfectible râleur, donnant des leçons à tout le monde, mais aussi quelqu’un qui refuse de s’engager pour améliorer les choses, parce que son tempérament le pousse à pantoufler.

A ce propos j’en profite pour redire une énième fois que je suis Français de par mon père et ma mère, lesquels l’étaient de par leur père et mère, eux-mêmes l’étant de par leurs parents. Si j’apporte cette précision, c’est pour bien montrer que je connais mon pays, et celui-ci hélas n’est pas ce qu’on le voudrait qu’il soit ou qu’on aurait voulu qu’il fût. Et cela n’est pas valable seulement pour le sport, l’histoire est là pour nous le rappeler. Comme je l’ai souvent écrit ici même, le Français est jaloux par nature du succès des autres, mais ne fait aucun effort pour contribuer au sien. Il faut que cela lui tombe du ciel, et encore tout dépend de la provenance de ce don. Et pour ceux qui trouvent que j’exagère, il suffit de lire la réaction des gens sur les forums des sites web des journaux pour s’en convaincre. Que ne lit-on pas à propos du Paris Saint-Germain…parce qu’il appartient à des investisseurs qataris. Et oui, c’est triste, mais c’est ainsi : pour nombre de soi-disant amateurs de football, le PSG aurait perdu son âme avec l’arrivée des Qataris à sa tête.

Mais quelle âme avait le PSG auparavant ? En avait-il une, quand les supporters cassaient tout dans certains virages du Parc des Princes, les mêmes nous dit-on étant à l’origine des incidents d’hier soir ? Et pour ceux qui reprochent au PSG de se comporter avec arrogance parce que désormais c’est un club riche, trouvaient-ils normal qu’une ville comme Paris soit totalement inexistante sur le plan du football en particulier et du sport en général ? C’est une question d’autant plus intéressante que l’an prochain, nous pourrions très bien avoir le PSG football en demi-finale de la Ligue des Champions, le PSG handball en finale de la même épreuve dans ce sport, et pourquoi pas bientôt un club participant au Final Four de basket, sans oublier les sections féminines de ce club qui veut être, à l’instar du Barça, un des plus grands clubs omnisport du monde. Ce serait même plus fort que les clubs de football anglais, lesquels ne brillent que dans le foot. Et bien non, nombre de Français affirmant aimer le sport ne veulent pas de tout ça, sous le fallacieux prétexte que l’argent pourrit tout. Quelle belle leçon d’éthique, sauf, comme je l’ai écrit plusieurs fois sur ce site, que lesdits Français jouent de plus en plus aux divers jeux d’argent qui leur sont proposés, qu’il s’agisse du loto ou des jeux de grattage ou paris en ligne. Ils aiment donc l’argent autant que les autres, même s’ils font semblant d’en être détachés, et surtout ils détestent ceux qui en ont plus qu’eux. Voilà ce que m’inspirent aujourd’hui les évènements d’hier au Trocadéro pour les festivités du titre de champion de France décroché par le PSG.

Au fait qu’ont pu dire les joueurs français à leurs coéquipiers étrangers ayant opéré en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas ou en Angleterre devant un tel déferlement de violence de la part de gens se disant supporters du club ? Qu’ont-ils pu aussi donner comme explications devant le manque d’enthousiasme des foules françaises, pour un club qui promet de gagner la Ligue des Champions d’ici cinq ans ? Je comprends pourquoi les stars du ballon rond ont besoin d’un Ancelotti, entraîneur au palmarès presque incomparable, pour venir jouer à Paris, malgré le salaire mirobolant qui les attend. En disant cela je pense à ceux qui se réjouissaient l’an passé de voir Montpellier être sacré champion de France devant le PSG…parce qu’entre autres griefs, ils en voulaient au remarquable coach italien d’avoir pris la place de Komabouaré. Comme si Ibrahimovic ou Thiago Silva allaient signer au PSG sans l’aura d’Ancelotti sur le banc de touche ! D’ailleurs, s’il finit par quitter le PSG, il sera remplacé à coup sûr par un entraîneur de renom qui, lui aussi, pourra attirer une ou plusieurs stars mondiales. Pauvres Français ! Heureusement qu’il y a des gens chez nous pour contredire la médiocrité de tous ces sots, qui font de leur morale une masse informe n’ayant rien à voir avec leurs actions de chaque jour. Ah, si seulement nous pouvions être plus nombreux à dénoncer ces outrances, ces persiflages et cette méchanceté !

Michel Escatafal


Le record de l’heure se meurt…comme la piste

FaurerivieremerckxobreeEn regardant le Giro chaque jour, et en entendant évoquer ça et là les noms des anciens grands champions qui ont marqué l’histoire de cette épreuve, je me dis que le cyclisme n’a pas évolué comme le souhaitent de nombreux fans de ce sport. Tout a changé dans le vélo, le matériel, ce qui est normal, mais aussi et surtout la perception qu’ont les jeunes de ce sport magnifique. Une perception qui, il faut le reconnaître, est aussi due aux multiples affaires de dopage qui ont pollué et polluent à intervalles réguliers les compétitions. Loin de moi l’idée de vouloir minimiser le phénomène, mais force est de constater que l’on parle de dopage dans le sport essentiellement à propos du cyclisme. Comme si le cyclisme était le seul sport touché par des performances où la pharmacopée joue son rôle !

Certains vont penser que je me répète, mais je n’arrive pas à accepter cette injustice qui consiste à condamner et à montrer du doigt des sportifs exerçant un des plus durs métiers qui soit, alors que le dopage est inhérent au sport de compétition. Il l’est tellement que, même si certaines pratiques ne figurent pas dans le code antidopage, même si l’on n’utilise pas de produits interdits pour augmenter ses performances, on peut considérer qu’il y a dopage à partir du moment où on peut se payer des entraînements dans des conditions qui n’ont rien à voir avec la vie « normale ». En disant cela, je pense par exemple aux stages en altitude ou aux divers moyens que l’on a pour mieux récupérer de ses efforts. Je pense aussi à l’évolution du matériel, qui ne met pas toujours les champions sur un pied d’égalité, au point que la victoire dans un grand tour s’est jouée parfois sur l’avantage que procurait une nouveauté technologique. Un seul exemple : A combien était estimé l’avantage procuré par le guidon de triathlète qu’utilisait Greg Le Mond dans le Tour de France 1989, par rapport à celui utilisé par les autres concurrents dont Laurent Fignon ? A coup sûr très supérieur aux 8 secondes qui ont permis au coureur américain de devancer le champion français à l’arrivée à Paris.

Dans ce cas, comment appeler cela ? Ce n’était pas du dopage issu d’un médicament, mais le résultat n’était-il pas le même ? Dans le même ordre d’idées, certains affirment que la razzia britannique sur le cyclisme sur piste aux J.O. de Londres l’an passé, était due en grande partie à un avantage technologique, lequel aurait permis notamment à Kenny de battre Baugé en finale de l’épreuve de vitesse, alors qu’il ne l’avait jamais battu auparavant. D’autres aussi s’étonnent de voir que Bradley Wiggins ait pu l’an passé écraser tous les contre-la-montre auxquels il a participé…alors qu’auparavant il n’en gagnait jamais un seul. Là aussi certains prétendent que c’est une histoire de pédalier. Pour ma part, je ne me prononcerais pas sur ces hypothèses, parce que je ne suis pas assez compétent en technique pour affirmer que Kenny ou Wiggins ont réellement bénéficié de ces avancées technologiques. En outre, personne ne niera que Kenny est un grand sprinter, ni que Wiggins est un grand rouleur, comme en témoignent ses nombreux titres mondiaux ou olympique en poursuite.

En parlant de cyclisme sur piste, la transition est toute trouvée pour évoquer un des grands monuments du vélo…qui ne l’est plus : le record du monde de l’heure. Ce record était une sorte de Graal auquel aspiraient tous les plus grands champions, sans toutefois oser s’y attaquer tellement l’exercice était difficile et éprouvant. Combien de lauréats en effet, ont promis de ne plus jamais refaire une tentative, parce qu’ils avaient trop souffert pour tenir une heure sur la base de 46, 47, 48 ou 49 km dans l’heure ? Est-ce pour cela qu’on ne veut plus s’attaquer à ce record, autrefois mythique, ou bien sont-ce plutôt des questions de rentabilité pour un sponsor ? Pour ma part j’opterais pour la deuxième solution, en ajoutant que malheureusement tout ce qui touche au cyclisme sur piste n’intéresse guère les foules, lesquelles ne font que suivre les médias…et les fédérations nationales dans ce mouvement. Dans ce cas, battre le record de l’heure se ferait dans l’indifférence générale. En outre, personne ne veut admettre que s’attaquer au record de l’heure en mars, ne pénaliserait pas nécessairement un crack dans sa quête d’une victoire dans le Tour de France, surtout en pensant aux « presque tours du monde » que s’offrent les coureurs en début de saison. Il suffit de prendre l’exemple de Contador cette année, qui entre janvier et mars a couru en Argentine, puis à Oman, avant de retourner en Italie, puis en Espagne, et arriver complètement « lessivé » aux classiques ardennaises..

Après ce long préambule, passons à présent au sujet que je voulais évoquer, le record de l’heure, qui manifestement n’est plus au niveau où il devrait être. Si je dis cela, c’est parce que certains coureurs, pistards ou routiers, pourraient faire beaucoup mieux que les 49,700 km de l’inconnu tchèque Ondrej Sosenka. Pour en être persuadé, il suffit de regarder les chronos dont sont capables de jeunes poursuiteurs élevés sur la piste comme l’Australien (21 ans), Jack Bobridge, qui a réussi en février 2011 à battre le record du monde des 4 km avec le fabuleux chrono de 4mn10s534, soit 6/10 de seconde de mieux que le vieux record de Boardman (4mn11s114) qui datait de 1996, sur un vélo depuis interdit par les règlements. Ce chrono était tellement remarquable que Boardman lui-même pensait qu’il ne serait peut-être jamais battu. Et bien il l’a été, et il est permis d’imaginer que Taylor Phinney, qui l’a précédé sur le palmarès du championnat du monde de poursuite, pourrait lui aussi s’approcher des 4mn10s, tout comme l’actuel détenteur du titre mondial, australien lui aussi, Michael Hepburn.

Cela nous fait penser que ces jeunes gens très talentueux, qui ont entre 21 et 24 ans,  pourraient, et même devraient s’attaquer au record du monde de l’heure, lequel ne se situe plus à son vrai niveau. Pour tout véritable amateur de cyclisme, c’est-à-dire pour ceux qui ne se contentent pas de comptabiliser de la même façon une victoire au Tour de Turquie avec un titre mondial en poursuite ou un succès dans un grand tour, le record du monde de l’heure reste un de ces monuments qui ont fait la grandeur de ce sport. D’ailleurs, quand on regarde le palmarès de ce record, inauguré par « le Père du Tour » Henri Desgranges en 1893 (35,325 km quand même !), on s’aperçoit qu’il comporte quelques uns des plus grands noms de l’histoire du vélo. Parmi ceux-ci, le Français Lucien Petit-Breton en 1905 (41,110 km) qui remporta le Tour de France en 1907 et 1908, Maurice Archambaud, autre Français, en 1937 (45,817 km), Fausto Coppi en 1942 (45,848 km), Jacques Anquetil (46,159 km) en 1956 et en 1967 (non homologué faute d’avoir satisfait au contrôle antidopage obligatoire depuis peu), l’Italien Baldini (46,393 km) en 1956 également, Roger Rivière qui le battit à deux reprises (1957 et 1958), et le porta à sa deuxième tentative à 47,346 km en dépit d’une crevaison, ce qui en fait sans doute en valeur absolue la plus belle performance, et Eddy Merckx en 1972 (49,431 km à Mexico, en altitude) à l’issue d’une saison harassante, ce qui accentue encore la portée de l’exploit réalisé par « le Cannibale ».

D’autres noms moins prestigieux figurent au palmarès, mais compte tenu de l’exploit réalisé, on ne peut pas les passer sous silence. Il y a d’abord le pistard suisse Egg qui battit le record à trois reprises, tout comme le Français Berthet, les deux hommes s’attribuant chacun leur tour le record entre 1907 et 1914, et surtout faisant faire à ce record un bond prodigieux. En effet entre le record de Berthet le 20 juin 1907 (41.520 km) et celui d’Egg le 18 juin 1914 (44.247 km), l’amélioration avait été de plus de 2.7 km, et il faudra attendre l’année 1933 pour qu’il soit battu par le Néerlandais Van Hout (44.588 km) et le Français Richard (44.777 km) à quelques jours d’intervalle en août, avant qu’en 1935 un bon pistard, mais aussi excellent routier (vainqueur de Milan-San Remo, Milan-Turin et champion d’Italie), l’Italien Olmo, ne dépasse la barrière des 45 km (45.090 km) au Vigorelli de Milan.

Le pistard néerlandais Slaats, vainqueur de nombreux six-jours,  battra aussi ce record en 1937, qui appartenait au Français Richard (45.398) depuis l’année précédente, l’amenant à 45.558 km. Ensuite après l’ère Rivière, ce fut le Belge Bracke (deux fois champion du monde de poursuite) qui devint recordman du monde de l’heure, ayant couvert sur le vélodrome de Rome (qui remplaçait le vieux Vigorelli de Milan) en octobre 1967 la distance de 48.093km. Ce record ne tiendra qu’un an puisqu’il fut battu par le Danois Olle Ritter (48.653 km) qui inaugura l’ère des records battus à Mexico en altitude. Aujourd’hui le record est détenu (depuis 2005) par l’inconnu tchèque, Ondrej  Sosenka, avec 49,700 km réalisés à Moscou sur le vélodrome olympique, lequel jouit d’une réputation de rapidité extraordinaire puisque de nombreux records sur piste y ont été battus, à commencer par celui du 200m détenu par Kevin Sireau depuis 2009 (9s572) .

Il le faut d’ailleurs, car on se demande comment Sosenka, coureur au palmarès quasiment vierge sur la route comme sur la piste, et qui ne s’est jamais plus signalé à l’attention du grand public depuis son record, sauf pour un contrôle positif lors d’un test antidopage en 2008 aux championnats tchèques, a pu s’approprier un record aussi prestigieux, succédant au palmarès à Boardman et Merckx. A ce propos, il faut préciser que le record d’Eddy Merckx, qui datait de 1972, avait été battu à plusieurs reprises depuis cette date, par Francesco Moser en 1984, le premier homme à avoir dépassé les 50 km dans l’heure (50,808 km et 51,151 km à Mexico), puis par l’inconnu britannique Obree à trois reprises, la dernière en 1994 (52,713 km), par Indurain en 1994 avec 53,040 km, par Rominger à deux reprises qui porta ce record à 55,291 km, et par Chris Boardman qui réussit 56,375 km lors de sa deuxième réussite.

Toutes ces performances, plus ahurissantes les unes que les autres, ne sont plus considérées aujourd’hui comme des records de l’heure… parce que réalisées sur des machines qui s’éloignaient de plus en plus des vélos traditionnels. Elles ne sont plus aujourd’hui que des « meilleures performances dans l’heure » selon les critères UCI, ce qui n’est pas une première dans l’histoire du vélo, puisqu’un certain Francis Faure sur un vélo dit « couché » avait réalisé 45,055 km dans l’heure en 1933, performance qui n’a pas été homologuée, supérieure aux deux records officiels du Néerlandais Van Hout (44,588 km) et du Français Maurice Richard (44,777km), battus en août 1933.

En fait l’Union Cycliste Internationale (UCI) veut que ce record soit battu uniquement grâce à la performance physique, et non par  la technologie. Un Graham Obree, avec ses machines improbables, avait en effet parcouru en 1993 la distance de 51,596, puis de 52,713 km en 1994, sans parler de ses deux titres mondiaux en poursuite en 1993 et 1995, juché sur un vélo surréaliste et dans une position invraisemblable à l’avant de sa machine. D’ailleurs s’il fallait une preuve de l’avantage que procuraient les vélos non traditionnels, il suffit de se rappeler que le Britannique Boardman avait parcouru en 1996 la distance de 56,375 km à Manchester, alors que son record (officiel) sur une machine conventionnelle était de 49,441 km, réalisés en 2000 sur le même vélodrome de Manchester.

A présent le record de l’heure a absolument besoin d’être rafraîchi, et c’est pour cela que l’on peut être heureux de voir qu’un coureur comme le Suisse Cancellara, champion olympique et quadruple champion du monde du contre-la-montre, a manifesté à plusieurs reprises le projet de s’y attaquer…sans toutefois dépasser le stade de l’intention. Il devrait pouvoir réaliser sans trop de problèmes plus de 50 km. Il n’est sans doute pas le seul à avoir cette performance dans les jambes, à commencer par  Tony Martin, l’actuel champion du monde contre-la-montre, de surcroît excellent pistard dans ses jeunes années (champion d’Allemagne de poursuite par équipes en 2004 et 2005), qui pourrait lui aussi battre la barrière des 50 km après un minimum de préparation. Mais c’est sans doute le vainqueur du dernier Tour de France, le Britannique Wiggins, double champion olympique et triple champion du monde de poursuite individuelle, sans parler de ses titres par équipes ou à l’américaine, vrai pistard, qui aurait le plus de chances de s’approprier ce record, par exemple  à l’issue d’une course à étapes qui lui aurait permis de disposer de sa meilleure condition physique.

Cela redonnerait du lustre à ce record mythique dans le cyclisme sur piste, que tout superchampion se devait de battre autrefois, même si tous ne l’ont pas battu, faute d’avoir voulu s’y attaquer. Hugo Koblet, par exemple, qui était un remarquable pistard (champion d’Europe à l’américaine et finaliste du championnat du monde de poursuite), aurait dû être recordman du monde de l’heure, tout comme Bernard Hinault (plusieurs fois champion de France de poursuite) à qui rien ne paraissait impossible dans ses plus belles années. Alors attendons encore un peu dans l’espoir d’une tentative de Cancellara, Martin ou Wiggins, sans oublier les jeunes surdoués de la poursuite que sont Bobridge et Phinney, en plaine ou en altitude, pour que ce record mythique retrouve ses lettres de noblesse.

Cela dit, quand on voit l’état dans lequel ont fini la plupart des candidats au record, ce ne sera pas une formalité. Cancellara aurait pour lui sa puissance ou sa résistance, mais ce n’est pas un pistard comme l’étaient Coppi, Anquetil, Rivière ou Merckx, même s’il a toutes les qualités pour s’adapter rapidement à la piste. C’est pour cela que je considère que les candidats les plus crédibles sont Tony Martin et plus encore Bradley Wiggins, devenu aujourd’hui un excellent coureur à étapes. Quant à Phinney ou Bobridge, il leur faudra souffrir une heure avec des braquets imposants, sans perdre de leur fluidité. Malgré tout aucun d’eux ne pourra s’écrier en riant, comme Roger Rivière après sa première tentative (septembre 1957) : « Aujourd’hui, j’ai fumé la pipe ». Roger Rivière en effet était imbattable en poursuite (à l’époque sur 5 km), mais aussi sur la route sur des distances inférieures à 70 km. Jamais un coureur n’a été et ne sera peut-être aussi doué que l’était ce champion exceptionnel qui, rappelons-le, vit sa carrière s’arrêter un jour de juillet 1960 dans la descente du col du Perjuret, alors qu’il s’apprêtait, à 24 ans, à remporter son premier Tour de France.

Michel Escatafal


Et si les Qataris en avaient assez du foot français…

T. Silva et M. CastroDans le football l’actualité va toujours très vite. De plus, outre les résultats, il y a des évènements particuliers comme par exemple les disparitions ou arrêts de la compétition. En disant cela je pense à deux hommes au destin très différent, mais qui rappellent des souvenirs à ceux qui en ont déjà beaucoup…en raison de leur âge. Ces deux hommes dont je veux dire deux mots sont Pierre Pleimelding et Alex Ferguson. Le premier est pleuré par sa famille et quelques proches, parce qu’il est décédé il y a quelques jours. Il a eu droit à quelques lignes dans la presse spécialisée, plus quelques autres dans la presse locale, en Alsace, où il a fini sa vie. Tout juste a-t-on noté que cet attaquant, qui a un palmarès vierge mais qui fut une fois international (Espagne en novembre 1978), grand voyageur devant l’Eternel y compris dans sa carrière d’entraîneur, était le fils d’un autre Pleimelding, René de son prénom. Cet  excellent défenseur, qui compta lui aussi une sélection en Equipe de France (en 1953 contre la Yougoslavie), fit partie de la meilleure équipe qu’ait jamais eu le Toulouse F.C., vainqueur de la Coupe de France 1957 et grand rival à l’époque du Stade de Reims, avec des joueurs de classe comme le gardien Roussel, Boucher, Bocchi, Cahuzac, Brahimi, Derreudre, Di Loreto, Rytkonen et Bouchouk.

En revanche le départ de Manchester United d’Alex Ferguson a évidemment un tout autre impact dans le monde du football. Mieux même, le désormais (presque) ex-manager du club mancunien s’offre, de son vivant, une sortie digne de celles que l’on délivre à ceux qui viennent de mourir. C’est à qui couvrira le plus de fleurs l’entraîneur de M.U., à la fois joueurs anciens ou en activité, et dirigeants. Cet homme était considéré presque comme un saint, en même temps qu’un sorcier, à en croire tous ceux qui l’encensent, pour avoir accumulé autant de succès en 27 ans passés à la tête de son équipe (depuis novembre 1986)…non sans avoir failli être viré en 1990 pour insuffisance de résultats, ce dont personne ne parle jamais.

Cela dit, son palmarès à Manchester United est extraordinaire avec, entre autres, 2 Ligues des Champions (1999 et 2008),une Coupe des Coupes (1991), une Coupe Intercontinentale (1999) et un titre de champion du monde des clubs (2008), plus 13 titres de champion d’Angleterre entre 1993 et 2013, sans oublier 5 FA Cup entre 1990 et 2004. Peu d’entraîneurs peuvent en effet se targuer d’une telle collection de succès, à laquelle il faut ajouter 3 titres de champion d’Ecosse avec le FC Aberdeen (entre 1980 et 1985) et une Coupe des Coupes avec ce même club en 1983. Preuve quand même que l’homme a du talent pour coacher, contrairement à ce que l’on peut entendre parfois, certains soulignant qu’il était à la tête d’un club qui a vu passer dans ses rangs des cracks comme Brian Robson, Garry Neville, Paul Scholes, David Beckham,  Ryan Giggs, C. Ronaldo ou Wayne Rooney, sans oublier les Français Cantona, Barthez ou Blanc.  Autant de joueurs dont il n’avait pas l’équivalent en Ecosse, à Aberdeen.

Personnellement, ne connaissant pas l’homme, je ne sais si c’est un saint, mais on ne peut qu’être admiratif devant l’œuvre accomplie pendant toute la durée de ses mandats. Bonne retraite à lui, et bonne chance à son successeur, lequel va avoir à assumer un lourd héritage. Cependant  le nouveau coach de M.U. (sans doute l’entraîneur d’Everton, David Moyes) aura à sa disposition beaucoup d’argent pour confectionner son équipe et la renforcer,  après une élimination prématurée en Ligue des Champions cette année. A ce propos les supputations ne vont tarder, et les journaux britanniques, à commencer par le Daily Mail,  ont déjà commencé à spéculer sur les possibles transferts, assurant même que C. Ronaldo serait de nouveau mancunien l’an prochain, et Rooney placé sur la liste des transferts. Au fait, lequel  atterrira   au PSG l’an prochain ? Dans les deux cas de figure, le club parisien ferait un gros coup, si toutefois les dirigeants de QSI ont toujours foi en leur club, après tout ce qu’on lui fait subir dans notre misérable Ligue 1.

Et oui, la question se pose, et je me demande si les Qataris ne vont pas finir par en avoir très vite marre d’être la cible de beaucoup de monde à Paris et en France. Décidément, avoir un chéquier bien garni pose problème dans notre pays, y compris dans le monde du football qui, pourtant, véhicule beaucoup d’argent. Et ce n’est pas à l’AS Monaco qu’on fera croire le contraire, puisque les dirigeants de ce club, qui a participé très largement aux plus belles heures de notre football, sont en proie à une vindicte de la plupart des autres clubs de Ligue 1, qui veulent les délocaliser chez nous pour concurrence fiscale déloyale…ce qui ne les a jamais gêné ou si peu auparavant. Et après on s’étonnera d’être dépassé par le Portugal à l’indice UEFA ! Et après on s’étonnera que de nouveaux investisseurs à gros moyens préfèrent investir dans d’autres championnats que le nôtre ! Et après on s’étonnera que notre championnat n’intéresse personne en Europe ! Décidément le peuple français, auquel j’appartiens, a réellement un problème avec l’argent, ne supportant pas que des gens en  aient et d’autres non.

Pourquoi suis-je aussi amer ? Parce que j’ai peur qu’à faire constamment de l’anti-PSG, les Qataris finissent par se dire que s’ils veulent investir dans le football, il serait mieux pour eux qu’ils aillent le faire en Angleterre ou en Italie, pays fous de foot, plutôt qu’en France où leur simple nationalité devient un problème. Il suffit pour cela de lire les déclarations de certains forumers, certes limités intellectuellement, mais qui disent tout haut ce que beaucoup d’autres pensent tout bas. Et comme en plus les Qataris ont les moyens de leur ambition, alors là cela devient catastrophique, et ce, même si grâce à leur argent le PSG peut  remporter une Ligue des Champions. C’est typiquement français comme réaction, mais c’est ainsi. Et je me demande si ce climat général  délétère vis-à-vis du club parisien ne déteint pas sur le corps arbitral. Oh certes, loin de moi l’idée que lesdits arbitres sont malhonnêtes, mais ils ont tellement peur qu’on les accuse de favoritisme vis-à-vis du Paris Saint-Germain, qu’ils en rajoutent à la moindre faute des Parisiens.

La preuve, cela fait deux matches coup sur coup du PSG où l’arbitrage est indigne d’un championnat comme veut l’être la Ligue1. Résultat, en deux matches, les Parisiens ont pris un nombre invraisemblable de cartons, dont trois rouges, alors que deux d’entre eux sont totalement injustifiés, plus particulièrement le dernier lors du match contre Valenciennes, attribué à Thiago Silva, joueur exemplaire s’il en est, parce qu’il a eu le malheur de se trouver…sur le chemin de l’arbitre. On a beau regarder et regarder la vidéo amenant ce carton rouge, on ne trouve rien, oui je dis bien rien, de répréhensible de la part du défenseur brésilien, alors qu’au contraire on voit un arbitre vert de rage, qui voit immédiatement rouge contre ce même joueur… qui n’en pouvait mais. Mais le plus affligeant de tout cela, c’est que la Commission de discipline n’a pas désavoué l’arbitre, mais a donné deux matches à Thiago Silva, comme s’il avait fait un tacle assassin. Tout cela est grandguignolesque et ridicule. A croire que l’on fait tout pour maintenir un semblant de suspens pour la fin du championnat en ce qui concerne le titre de champion de France. L’espère quand même que ce n’est pas le cas !

Tout cela est un bien mauvais message envoyé aux joueurs étrangers de renom qui souhaiteraient évoluer dans notre championnat, un championnat où l’on ne supporte pas qu’un club soit riche, ce qui fait qu’on ne lui pardonne rien, y compris à ses dirigeants. Je n’ose imaginer la sanction qui va être appliqué à Leonardo, le directeur sportif du PSG, qui a certes été assez stupide pour bousculer un peu l’arbitre du match, mais qui n’a quand même pas eu le comportement de quelqu’un de violent, quoiqu’en disent certains qui soutiennent l’arbitre. D’ailleurs, il suffit de regarder la vidéo de Canal+ sur cet incident pour voir que l’arbitre n’a nullement eu peur. Pour ma part je n’ai vu que ces images de Canal +, où l’on voit effectivement Leonardo donner un coup d’épaule à l’arbitre…qui continue sans problème son chemin sans vraiment prêter attention à Leonardo. S’il s’était senti agressé, vu l’état de ses nerfs durant la partie, nul doute  qu’il aurait réagi aussitôt.

Voilà, j’arrête avec ça, parce que j’ai honte de mon pays, et je ne suis pas le seul. J’espère simplement que les Qataris seront assez patients pour attendre que les choses se normalisent vis-à-vis de leur club, et que les Français se rendront compte que le renom de notre football passe par l’arrivée d’investisseurs étrangers, comme par exemple en Angleterre. En tout cas, comme certains le suggèrent, on pourrait faire des paris pour savoir combien l’arbitre va distribuer de cartons pour un match du PSG. Et je suis persuadé qu’on aurait des surprises, d’autant que pour ce qui concerne le match PSG-Valenciennes, la rencontre a été parfaitement correcte et sans incident entre les joueurs, ce qui n’a pas empêché l’arbitre de distribuer presqu’autant de cartons qu’il y a eu de fautes parisiennes. Avec ce constat, tout est dit !

Michel Escatafal


Laurent Fignon appartient à la grande histoire du Giro (Partie 2)

FignonLe duel Moser-Fignon

Aujourd’hui je voudrais commencer cet article sur le Giro en parlant du duel entre Fignon et Moser en 1984, en notant que ce dernier a souvent été au point de rupture, et qu’il fut sauvé par l’organisation de la course. D’abord celle-ci décida de laisser faire lors d’une grève décidée par les coureurs italiens dans la septième étape, sous prétexte d’une chute collective dans un tunnel mal éclairé, juste avant la très dure côte de Pisticci, un endroit très favorable pour une attaque de Laurent Fignon. Ensuite, et c’est là sans doute le fait le plus grave, la direction de course décida purement et simplement d’annuler l’ascension du célèbre Stelvio, prévu dans le parcours de la dix-huitième étape, sous le fallacieux prétexte que la route était impraticable en raison de la neige. Or de neige, il n’y avait point. Mais pire encore si c’était possible, l’itinéraire de remplacement fut amputée de l’Aprica et c’est Leali, plutôt un sprinter, qui remporta ce qui était considéré comme la grande étape des Dolomites !

Devant des faits aussi graves, Cyrille Guimard voulait quitter la course, mais pas son sponsor, d’autant qu’il restait encore une étape de montagne, entre Selva di Gardena et Arraba. Fignon, comme à son habitude, attaqua son rival et lâcha tous ses adversaires pour finir détaché après une échappée solitaire de 50 kilomètres, prenant plus de deux minutes à Moser et le maillot rose. En fait Moser fut en perdition une bonne partie de la journée, et s’il limita son déficit à seulement 2mn 19s c’est tout simplement parce qu’il bénéficia de multiples poussettes dans les montées, ses supporters se relayant en chaîne pour l’aider à grimper vers le sommet, et de la collaboration des coureurs italiens qui l’accompagnaient, lesquels récitaient encore sans sourciller la partition de Fiorenzo Magni (triple vainqueur du Giro entre 1948 et 1955), exhortant les coureurs italiens à s’entendre pour qu’un des leurs l’emporte.

Après cet exploit, Laurent Fignon prenait le maillot rose, et se retrouvait nanti d’un capital assez confortable (1mn 21s) avant la dernière étape contre-la-montre de 42 km entre Soave et Vérone, bien qu’il eût été pénalisé de dix secondes pour un ravitaillement illicite, alors que Moser n’avait encouru que cinq secondes de pénalité pour les multiples poussettes dont il avait bénéficiées. Cela n’allait pas être suffisant, en raison d’une part de la différence de matériel entre les deux hommes, Fignon utilisant un vélo normal alors que Moser disposait d’un vélo révolutionnaire pour l’époque avec un cadre plongeant et deux roues lenticulaires, mais aussi sans doute de l’aide de l’hélicoptère, dont les mauvaises langues dirent qu’elles avaient propulsé le coureur transalpin à une vitesse qu’il n’aurait jamais atteinte sans ce concours. Résultat, Moser remporta le Giro avec 1mn 03s d’avance sur Fignon…ce qui relevait de la plus cruelle injustice, même si la vraie différence s’était faite dans la montée du Blockhaus où Fignon avait été victime de sa fringale.

Le maillot rose en 1989

Cette défaite, pour douloureuse qu’elle fût, n’allait pas toutefois empêcher Fignon de revenir sur le Giro. Ce fut le cas en 1989, sa deuxième grande année sur le plan du palmarès. Entre temps il avait connu des hauts et des bas dans sa carrière, alternant les blessures et méformes et les coups d’éclat. Ainsi, après une année 1985 gâchée par une opération à la cheville, il avait remporté l’année suivante la Flèche Wallonne après s’être fracturé la clavicule en janvier, puis Milan-San Remo en 1988, pour ne retenir que ses grandes victoires. Il récidivera en 1989 dans la Primavera, réussissant un doublé rare dans la grande classique italienne, où il fit étalage de sa remarquable science de la course, ce qui lui valut le surnom de « professore » par les Italiens. Mais pour d’autres il devint aussi « Laurent le Magnifique », en référence à Laurent de Médicis, un des hommes les plus brillants de son siècle, mort jeune comme lui, mais qui laissa un souvenir impérissable comme homme d’Etat florentin.

En 1989 précisément, Laurent Fignon était presque redevenu le coureur qu’il fut en 1984, comme en témoigne sa deuxième place dans le Tour de France, battu par Greg Le Mond de huit secondes, lequel avait disposé pour les étapes contre-la-montre d’un guidon de triathlète, qui allait lui faire gagner beaucoup plus que les huit secondes qui avaient manqué à Fignon sur les Champs Elysées. Fignon allait aussi gagner cette année-là le Grand Prix des Nations, dont on rappellera une fois encore qu’il était considéré jusqu’en 1994, comme l’officieux championnat du monde contre-la-montre. Bref, ce n’était pas un hasard si Fignon était devenu cette année-là le numéro un du cyclisme international.

Il le prouva dans ce Giro 1989, où il ne fut jamais réellement inquiété, y compris par Lucho Herrera le coureur colombien, remarquable grimpeur, qui s’imposa sur les pentes de l’Etna dès le second jour de course, une journée ou Le Mond allait perdre toutes ses illusions en terminant à plus de huit minutes d’Herrera. Un peu plus tard c’est un autre rival de Fignon, Andy Hampsten, vainqueur l’année précédente, qui allait perdre beaucoup de temps lors de l’étape c.l.m. par équipes à cause d’une chute collective. Tout cela, il faut le reconnaître, arrangeait bien les affaires de notre champion, lequel attendait patiemment la montagne. Entre temps, il y avait eu l’étape contre-la-montre disputée à Riccione sur la côte Adriatique, où Fignon avait prouvé sa grande forme en terminant tout près de Stephen Roche, remarquable rouleur, auteur du célèbre triplé de 1987 en gagnant le Giro, le Tour et le championnat du monde.

En fait le seul rival de Fignon semblait être le Néerlandais Breukink, les deux hommes s’étant livrés une furieuse bataille juste derrière Herrera sur les pentes sévères des Trois Cimes du Lavaredo lors de la treizième étape. La situation pour Fignon devenait de plus en plus intéressante, d’autant que Roche n’avait pu résister à l’attaque de Breukink contrée par Fignon, et surtout parce que ce Giro avait renoué avec sa légende en offrant un parcours très montagneux. Ainsi, entre Misurana et Corvara Alta Badia, en passant par la fameuse Marmolada, Fignon allait lancer une première offensive qui allait mettre hors-jeu définitivement Roche et Fondriest, mais aussi Breukink, victime d’une terrible défaillance à 13 kilomètres de l’arrivée, ayant commis l’erreur de ne pas se ravitailler suffisamment, sans doute en raison du faible kilométrage de l’étape (130 km). Un adversaire de moins pour « Laurent le Magnifique » ! Restait maintenant à résister au grimpeur italien Flavio Guipponi, qui avait remporté cette étape, profitant de l’énorme travail de Fignon cherchant à distancer ses adversaires les plus dangereux.

A priori Guipponi n’était pas un adversaire trop redoutable, mais il était italien, et sait-on jamais, même avec 1mn 50s d’avance ? Pour autant, personne ne doutait déjà de la victoire du coureur français. Il allait pourtant faire une frayeur à ses supporters dans le contre-la-montre en côte du Monte Generoso (Suisse), en terminant dix-septième de l’étape à 1mn 45s d’Herrera, ce qui faisait beaucoup pour un parcours de moins de 11 km. Allait-il fléchir si près de l’arrivée ? Non, car le surlendemain il l’emporta au sprint à La Spezia devant ses principaux adversaires, prouvant qu’il était en forme et qu’il était un champion à panache. Combien de coureurs dans sa situation auraient osé se lancer à fond dans la dernière descente avant l’arrivée, alors que la raison aurait dû lui recommander de rester tranquillement dans les roues de ses adversaires. On comprend pourquoi, dans ses dernières interventions télévisées, il piaffait d’impatience en voyant certains coureurs refuser d’attaquer de peur de se faire contrer !

Fignon se fit pourtant encore plus peur dans l’avant-dernière étape, chutant dans la descente du Prunetta, ce qui lui valut en outre de subir l’attaque de Guipponi. Au passage, cela nous permet de dire que ceux qui se sont offusqués de l’attitude de Contador dans l’étape de Port-de-Balès en 2010, profitant du problème mécanique d’Andy Schleck, ne connaissent pas l’histoire du vélo, qui regorge d’évènements de cet ordre. Fermons la parenthèse pour dire que cette attaque de Guipponi fut vite réprimée, Roche s’associant à Fignon pour revenir sur le coureur italien. Le Giro était bel et bien terminé, et comme si le résultat était connu d’avance, l’organisateur Torriani aidé de Moser décidèrent d’annuler la dernière étape de montagne devant emprunter le Gavia en raison de la neige…bien réelle cette fois. Fignon avait gagné son Giro, et cela lui faisait définitivement oublier sa frustration de 1984.

Laurent Fignon était (presque) redevenu Fignon, manquant de quelques secondes le doublé Giro-Tour quelques semaines plus tard. Curieusement cette année 1989, tellement brillante, allait être son chant du cygne malgré une victoire dans le Critérium International en 1990. Il faut dire qu’une chute dans le Giro allait ruiner en grande partie sa saison, alors que tout le monde attendait qu’il prît sa revanche sur Le Mond dans le Tour 1990. L’année 1991 ne lui sera pas davantage favorable, en raison là-aussi d’une chute avec déplacement du bassin, de nouveau au Tour d’Italie, ce qui ne l’empêchera pas de terminer sixième du Tour de France, prouvant au passage qu’il avait de beaux restes. Il n’est donc pas étonnant que Laurent Fignon ait un palmarès qui le place parmi les vingt cinq plus beaux depuis 1945, et le quatrième sur le plan français après Bernard Hinault, Jacques Anquetil et Louison Bobet. A ce propos, on notera avec une certaine tristesse qu’il est le dernier vainqueur français du Giro. Nous sommes certains qu’il devait lui aussi regretter de n’avoir pas de successeur français depuis son succès de 1989. En tout cas, ce merveilleux coureur, au tempérament tellement généreux, nous aura offert quelques unes de nos plus belles joies de supporter du cyclisme sur route, et servira longtemps d’exemple pour nombre de jeunes coureurs. Il a rejoint hélas, en août 2010, le paradis des coureurs, très tôt, trop tôt, car il avait encore beaucoup à offrir aux amateurs de vélo. Mais n’est-ce pas le lot de tous les héros ?

Un dernier mot enfin pour parler du Giro qui va commencer, avec pour figures de proue le vainqueur du dernier Tour de France, ancien pistard devenu grand routier et presque grimpeur, le Britannique Wiggins, mais aussi le vainqueur du Giro l’an passé, le Canadien Hesjedal, Cadel Evans, qui est toutefois sur la pente descendante, Samuel Sanchez, toujours placé dans les grands tours mais jamais gagnant, Michele Scarponi, qui a hérité de la victoire dans le Giro 2011 au détriment de Contador, qui ne fut jamais aussi brillant dans sa carrière qu’à ce moment, les deux équipiers colombiens de Wiggins, Henao et Uran, lesquels sont sans doute plus forts que Wiggins sur un tel parcours mais qui seront d’abord des équipiers, et évidemment celui qui sera mon favori, Vincenzo Nibali, qui a l’air à la fois très affûté et déterminé…et dont le tempérament se rapproche beaucoup de celui de Laurent Fignon.

Michel Escatafal


Laurent Fignon appartient à la grande histoire du Giro (Partie 1)

maillot roseComme je l’ai déjà souvent écrit sur ce site, le Giro est l’épreuve la plus importante du calendrier cycliste international juste après le Tour de France, après avoir fait jeu égal avec ce dernier jusque dans les années 50. Il est vrai qu’après-guerre le cyclisme était dominé par les deux immenses vedettes qu’étaient les Italiens Bartali et Coppi, vainqueurs à eux deux de huit Tours d’Italie (cinq pour Coppi et trois pour Bartali). Il est vrai aussi que pour des grimpeurs de leur calibre, ce grand tour généralement très montagneux était une aubaine, avec des ascensions mythiques comme le Stelvio, appelé la montagne de Coppi, où Coppi remporta le plus beau duel de l’histoire du cyclisme face à Hugo Koblet en 1953, et où Hinault conquit son premier Giro avec l’aide de Bernaudeau, le Monte Bondone où Charly Gaul, surnommé l’Ange de la Montagne, réalisa son plus bel exploit en 1956, ou encore les Tre Cime de Lavaredo, où Merckx s’imposa en 1968 en laissant Gimondi et Ocana à plus de six minutes, ce même Merckx réussissant quatre ans plus tard au même endroit à conserver son maillot pour quelques secondes face à un Fuente déchaîné, sans oublier le Mortirolo qui révéla Pantani en 1994.

Si j’évoque ces exploits, c’est pour bien montrer que la montagne dans le Giro, plus encore que dans le Tour de France, est généralement l’endroit où s’expriment le mieux les champions qui ont fait la légende et la gloire du vélo. Parmi ceux-ci, force est de reconnaître que ce n’est pas pour rien si nombre d’observateurs, notamment les anciens champions qui ont le recul nécessaire pour éventuellement faire des comparaisons, considèrent que les deux campionissimi sont sans doute les meilleurs grimpeurs que le cyclisme ait connu. La preuve, Bartali a remporté sept fois le grand prix de la Montagne dans le Giro et Coppi trois fois, à une époque où ce  prix (sans maillot distinctif) avait une signification qui n’existe plus de nos jours dans les grandes épreuves par étapes. Pour preuve, lors des derniers grands tours, ni Contador, ni Andy Schleck, ni Rodriguez, ni plus récemment Froome, n’ont jamais remporté le maillot distinctif de meilleur grimpeur, alors qu’ils sont de très loin les meilleurs escaladeurs de l’actuel peloton.

Le Giro fut souvent sujet à polémiques

Fermons la parenthèse pour dire que, dans son histoire, il est arrivé que le Giro soit très édulcoré en ce qui concerne la montagne…pour favoriser les coureurs italiens, comme par exemple en 1979 où Saronni qui n’était pas un grimpeur l’a emporté devant Moser qui ne l’était pas plus que lui. Et si nous parlons de Moser, c’est pour évoquer celui qui fut privé de la victoire dans le Giro 1984, Laurent Fignon. Ce dernier, qui avait remporté le Tour de France l’année précédente en l’absence de Bernard Hinault, était incontestablement le meilleur coureur cette année-là. La preuve, il allait écraser ses adversaires dans le Tour de France quelques semaines après ce Tour d’Italie, qu’il aurait remporté à coup sûr sans un coup de pouce de l’organisation. Et oui, c’était aussi ça le Giro, ce qui explique qu’il ait fallu attendre 1950, et la victoire d’Hugo Koblet, pour qu’un étranger arrive à s’imposer.

En 1984, l’Italie était folle d’un coureur, Francesco Moser, qui, à 33 ans, avait battu par deux fois en janvier le mythique record du monde de l’heure de Merckx, à Mexico (en altitude), sur une machine révolutionnaire, et avec une préparation scientifique très évoluée pour l’époque. Ensuite il s’était imposé sans réel problème dans la classique italienne Milan San Remo, en s’échappant dans la descente du Poggio. Et pour couronner le tout et finir de mettre en transes les tifosi, il fallait que le « Checco », comme on l’appelait, remportât le Giro, succès après lequel il courait depuis des années. Pour cela, après avoir dessiné un parcours assez allégé par rapport à la tradition, tous les moyens allaient être bons pour l’organisateur afin de favoriser le champion italien. Francesco Moser était certes un grand champion, vainqueur de nombreuses grandes classiques et ancien champion du monde sur route et de poursuite, mais il ne grimpait pas assez bien pour espérer gagner un grand tour.

Et pourtant il y parvint, aux dépens de celui qui devait être le successeur de Bernard Hinault, notre Laurent Fignon national, mais à quel prix? En fait, cette édition du Giro fut celle de la honte, au point qu’un coureur italien, Visentini, lui-même vainqueur du Tour d’Italie un peu plus tard (1986), préféra se retirer de l’épreuve quelques jours avant la fin, dégoûté par la manière dont les choses se passaient. Toutefois il faut reconnaître que même sans les coups de pouce de l’organisateur (Torriani), Laurent Fignon aurait quand même dû l’emporter, sans une terrible défaillance lors de la cinquième étape dans le Blockhaus de la Majella, où il perdit deux minutes sur Moser. Cette montée, qui est loin de comporter de forts pourcentages comme en témoigne la victoire de Moreno Argentin lors de cette étape,  fut en effet fatale au coureur français en raison d’une crise d’hypoglycémie comparable à celle que subit Contador lors de l’avant-dernière étape de Paris-Nice en 2009. Chacun sait, y compris au plus bas niveau de la compétition, que cela ne pardonne pas, et que l’on peut perdre un temps considérable en quelques kilomètres pour peu que la route s’élève.

Cependant jamais Moser n’aurait dû finir par s’imposer, car Fignon était incontestablement le plus fort. Mais, encore à cette époque, un coureur non-italien devait non seulement être au-dessus du lot pour s’imposer dans le Giro, mais aussi savoir déjouer cette sorte d’union sacrée qui permettait à un coureur italien bien placé au classement général de bénéficier de l’aide de ses compatriotes. Bien d’autres avant Fignon en avaient fait les frais, notamment Louison Bobet en 1957 qui perdit contre Nencini pour 19 secondes, Baldini avouant à la fin de l’étape de Trente (la dix-huitième) que, s’il avait relayé Bobet échappé avec lui, c’était la pendaison qui l’attendait. En outre, toujours dans ces temps éloignés, les voitures ne se gênaient pas pour aider des coureurs à revenir sur des fugitifs, surtout s’ils étaient étrangers et en lice pour le maillot rose, sans parler évidemment des poussettes dans les cols. Autant d’éléments inconnus aujourd’hui, mais bien présents jusque dans les années 80.

Michel Escatafal