Le Dauphiné, une épreuve incontournable dans la grande histoire du vélo (2)

dauphinéPartie 2

Créé en 1947, le Critérium du Dauphiné Libéré devenu aujourd’hui Le Critérium du Dauphiné appartient au patrimoine du cyclisme mondial. Pour beaucoup de connaisseurs c’est même la plus belle course à étapes après les grands tours, parce qu’elle rassemble en huit jours tous les ingrédients d’une grande course à étapes, avec  un prologue, des étapes planes, un grand contre-la-montre, et de très belles étapes de montagne qui n’ont rien à envier à celles du Tour de France. Et c’est ainsi depuis pratiquement la création de l’épreuve, ce qui explique que l’on trouve parmi ses lauréats la plupart des grands noms qui ont fait l’histoire du vélo. En fait seuls manquent au palmarès les campionissimi, Coppi et Bartali, qui participaient chaque année au Giro, les Suisses Koblet et Kubler qui privilégiaient le Tour de Suisse, ou encore Laurent Fignon qui dans ses grandes années (1984 et 1989) avait disputé lui aussi le Tour d’Italie, sans oublier Alberto Contador, mais ce dernier a encore le temps pour inscrire son nom au palmarès.

Les Français y ont souvent brillé, ce qui est normal, mais surtout au cours des premières éditions. En effet, il aura fallu attendre 1956 pour voir la victoire d’un étranger, le Belge Alex Close, qui succédait au palmarès à Louison Bobet, lequel  l’avait emporté en 1955 avec le maillot de champion du monde sur les épaules, devant un coureur qui allait beaucoup faire parler de lui l’année suivante en remportant le Tour de France, Roger Walkowiak, ce qui suffit à démontrer que ce dernier était un champion. Louison Bobet fut d’ailleurs le premier des très grands champions à remporter le Critérium du Dauphiné, comme le feront plus tard Anquetil, Poulidor, Merckx, Ocana, Thévenet, Hinault, Lemond, Herrera, Mottet, Indurain, Vinokourov, Armstrong, Valverde et les deux derniers vainqueurs, Wiggins et Froome. A noter que depuis l’an 2000, l’épreuve a été remportée à deux reprises  par le Français Christophe Moreau (2001 et 2007). C’est tellement rare de nos jours de voir un Français triompher dans une grande course à étapes que cela mérite d’être signalé !

Comme toutes les grandes épreuves, le Dauphiné aura connu de nombreux faits d’armes qui ont leur place dans la grande histoire du vélo. Parmi ceux-ci le premier qui vient à l’esprit est la victoire de Jacques Anquetil en 1965, qui réalisa sans doute à cette occasion son plus bel exploit en terminant vainqueur du Dauphiné à Grenoble le samedi,  et en remportant le lendemain Bordeaux-Paris. Ensuite il y a Bernard Hinault, qui certes connut dans cette épreuve une de ses plus grandes désillusions, quand il fut battu par le Colombien Ramirez en 1984 (année qui suivit son opération du genou), mais qui s’y s’imposa en 1977 en entrant dans la légende après avoir côtoyé l’enfer.  Tout le monde, du moins ceux qui sont nés peu après la deuxième guerre mondiale, se rappellent de ce plongeon dans un ravin de la descente du col de Porte. Nombreux aussi furent ceux qui pensèrent en voyant cette cabriole, à la chute de Roger Rivière dans le col du Perjuret lors du Tour de France 1960, chute qui mit fin à l’âge de 24 ans à la carrière du  plus extraordinaire rouleur de l’histoire du cyclisme. Heureusement Hinault s’en tira avec quelques égratignures, qui ne l’empêchèrent nullement de remporter l’épreuve.

En évoquant Roger Rivière, nous rappellerons qu’il eut le temps de participer au Dauphiné en 1959, où il prit la troisième place derrière deux excellents coureurs français, Raymond Mastrotto, le Taureau de Nay, vainqueur en 1962 mais aussi trois fois second, et Henry Anglade qui cette année-là  tutoyait les cimes puisqu’en plus de sa victoire au Dauphiné, il fut aussi champion de France sur route, et deuxième d’un Tour de France qu’il eut remporté à coup sûr si Anquetil et Rivière ne s’étaient pas ligués contre lui…pour favoriser la victoire de Federico Bahamontes.

Deux autres coureurs français auront marqué l’histoire du Critérium du Dauphiné, un peu plus tôt, deux coureurs qui ne furent pas parmi les plus grands du peloton, mais deux routiers de grande valeur, Jean Dotto et Nello Lauredi. Jean Dotto, surnommé  « Le vigneron de Cabasse », vainqueur d’un Tour d’Espagne (1955) et deux fois vainqueur du Dauphiné en 1952 et 1960, était avant tout un excellent grimpeur, ce qui explique en grande partie sa réussite dans une épreuve où la montagne a toujours été très présente. Nello Lauredi  pour sa part a inscrit trois fois son nom au palmarès, en 1950, 1951 et 1954, ce qui en fait le recordman de l’épreuve à égalité avec Bernard Hinault, Ocana, et Charly Mottet, lui aussi vainqueur en 1987, 1989 et 1992.  Nello Lauredi, outre ses performances dans le Dauphiné, est surtout resté dans l’histoire par sa victoire d’étape à Béziers dans le Tour de France 1953, au nez et à la barbe de Louison Bobet qui, en tant que leader de l’équipe de France, avait demandé qu’on lui amenât le sprint pour gagner l’étape et conquérir la minute de bonification. Problème, Lauredi n’avait jamais réellement admis le leadership de Bobet, et ce jour-là il était tellement fort que Bobet n’a pas pu le déborder, ce qui lui vaudra pour un certain temps  l’inimitié farouche du coureur breton.

Un dernier mot enfin, pour parler d’un évènement datant de 1971 que nombre de suiveurs ont oublié, mais qui allait avoir son importance quelques semaines plus tard dans le Tour de France. Luis Ocana sortait d’un Tour d’Espagne qu’il avait disputé sans trop forcer, et se préparait à affronter sur les routes du Dauphiné le grand Eddy Merckx lui-même qui, après avoir remporté Milan-San Remo et Liège-Bastogne-Liège en mars et avril, venait tout juste de dominer le Trophée des grimpeurs au Creusot.  Or dans ce Dauphiné, Eddy Merckx faillit bien être battu pour la première fois de sa carrière « à la régulière » par Luis Ocana, seul coureur de sa génération à pouvoir inquiéter le « cannibale » dans les courses à étapes.

Luis Ocana, en effet, était passé à l’attaque dans la grande étape de montagne, et Merckx avait été décroché peu avant le sommet du col du Granier. Hélas pour Ocana, la pluie sauva le crack belge du naufrage, Ocana ne s’exprimant jamais aussi bien que dans la chaleur. Cela étant, même si finalement Ocana dut s’incliner dans ce Dauphiné face à Merckx, il avait acquis définitivement la certitude qu’il pouvait battre Merckx dans le Tour de France, d’autant plus qu’il ne lui était guère inférieur contre la montre. Les faits lui donneront raison quelques semaines plus tard dans la fameuse étape du Tour qui arrivait à Orcières-Merlette, où Ocana infligea à Merckx une terrible défaite, celui-ci arrivant près de neuf minutes après « l’Espagnol de Mont-de-Marsan ».

Michel Escatafal

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