Nadal plus fort que tous les autres avant lui ?

borgNadalComme d’habitude, chaque fois qu’un joueur de tennis domine tous les autres, on dit que c’est le meilleur de l’histoire…une histoire que peu connaissent réellement, ce qui leur fait dire des banalités. Et ce n’est pas ce qu’écrivent les internautes qui prouvent le contraire, et ce dans tous les sports. Cela dit, le fait que Nadal ait gagné 8 fois à Roland-Garros est un cas unique dans la longue histoire du tennis, et cela est indiscutable. Pour trouver trace d’une telle domination sur terre battue, il faut remonter à Bjorn Borg, le célèbre joueur suédois des années 70 et du début des années 80, avec 6 victoires à Roland-Garros.  Et si l’on regarde les autres surfaces, nous trouvons le joueur américain Sampras et le Suisse Roger Federer qui, l’un et l’autre, ont remporté à 7 reprises le tournoi de Wimbledon. Tout cela depuis les débuts de l’ère open (1968).

Avant cette date, seuls 4  joueurs ont remporté 7 fois le même tournoi majeur, à savoir l’Américain Bill Tilden entre 1920 et 1929 (7 fois vainqueur aux Internationaux des Etats-Unis qui ne s’appelaient pas encore l’US Open), l’Américain William Larned qui a remporté 7 fois les Internationaux des Etats-Unis entre 1901 et 1911, le Britannique William Renshaw qui l’a emporté à 7 reprises à Wimbledon entre 1880 et 1889, et un autre Américain, Richard Sears, qui a gagné ses 7 tournois majeurs aux Etats-Unis entre 1881 et 1887. Autant dire, pour les quatre derniers joueurs cités (avant l’ère open),  à une époque où le tennis était bien loin d’être ce qu’il est aujourd’hui, ce qui empêche toute comparaison.

A contrario, le fait que les professionnels n’aient pas pu jouer avec les amateurs ou considérés comme tels avant 1968, a fait que des joueurs comme Gonzales, Rosewall ou Laver n’avaient aucune chance de réaliser ce qu’ont réalisé Borg, Sampras, Federer ou Nadal à Roland-Garros ou Wimbledon. Or, ne l’oublions pas, Laver a fait le grand chelem à deux reprises en 1962 et 1969, ce qui indique que pendant tout ce laps de temps il aurait à coup sûr engrangé nombre de tournois du grand chelem, d’autant que 3 des 4 tournois majeurs se jouaient sur herbe. La remarque vaut aussi pour Pancho Gonzales, à qui j’ai consacré un article sur ce site. Voilà pourquoi il est prudent de ne pas faire de comparaisons trop rapides, même s’il n’est pas interdit d’avoir une opinion. Et beaucoup d’entre nous, anciens champions ou joueurs du dimanche, sont convaincus que Nadal est le joueur qui a le plus exercé sa domination sur la terre battue dans l’histoire du tennis, avec Bjorn Borg.

Effectivement, en voyant jouer Nadal, comme autrefois Borg, à la Porte d’Auteuil ou ailleurs (Monte Carlo, Rome ou Hambourg), on ressent comme une impossibilité pour l’adversaire de le battre à la régulière. Nadal, comme Borg dans les années 70, est capable de gagner en 3 sets secs une finale de Roland-Garros, en affrontant un des deux ou trois meilleurs sur cette surface. Ce fut le cas avec Federer à plusieurs reprises, comme avec Ferrer dimanche dernier, comme ce le fut pour Borg contre des joueurs comme Vilas ou Gerulaitis, lesquels étaient pourtant très forts sur cette surface. Oui, il y a quelque chose d’inexorable dans la réussite de Rafael Nadal à Roland-Garros, à tel point qu’on peut envisager froidement de le voir remporter « Roland » à 10 reprises. N’oublions pas qu’il n’a que 27 ans ! Certes il a subi de nombreux problèmes avec son genou gauche, mais rien ne dit qu’il ne jouera pas encore deux ou trois ans à son niveau d’aujourd’hui. Certes aussi, quand on a vu le match contre Djokovic en demi-finale du dernier Roland-Garros, on peut se dire que sa marge est moins importante qu’elle ne l’était en 2008 ou en 2010, mais Djokovic n’a-t-il pas atteint son apogée ?

Revenons maintenant sur deux joueurs qui ont marqué leur époque dans les 50 dernières années, à savoir Bjorn Borg, dont j’ai déjà évoqué le nom, et Roy Emerson, cet Australien que personne ou presque ne connaît alors qu’il a remporté 12 tournois du grand chelem, dont 6 fois les Internationaux d’Australie. Borg, dès son arrivée sur le circuit, a fait preuve de qualités physiques exceptionnelles, ce qui explique qu’il ait pu exprimer sans défaillance son jeu lifté, jeu qui nécessite une forte dépense physique. Elles lui ont aussi permis d’être un des joueurs qu’il est très difficile de déborder sur un court, comme Nadal aujourd’hui. Et comme Nadal, ces qualités physiques sont aussi au service d’une volonté, d’une obstination même, qui fait l’admiration de tous ceux qui s’intéressent à ce jeu. Vous me direz que le fait de ne jamais renoncer, de se battre jusqu’à l’extrême limite de ses forces, est le propre des très grands champions, mais Borg l’avait peut-être un tout petit peu plus que les autres.

La preuve en 1980, quand il remporta son cinquième Wimbledon (8-6 au cinquième set) face à Mac Enroe, avec un tie-break interminable (18-16), alors que l’Américain jouait sur sa surface favorite. Et puisqu’on parle de surface, c’est pour le moment la principale différence entre Nadal et Borg, à savoir que Borg était aussi le meilleur sur herbe à sa grande époque, ayant su adapter son jeu à cette surface sur laquelle on joue peu, notamment grâce à un puissant service et un jeu au filet, peut-être pas au niveau des meilleurs volleyeurs, mais tout de même efficace. Dommage qu’il ait échoué à plusieurs reprises en finale de l’US Open (4 fois entre 1976 et 1981), car il avait réellement la possibilité d’être le troisième joueur à enlever le grand chelem (après Donald Budge en 1938 et Rod Laver en 1962 et 1969).

Parlons à présent de Roy Emerson, joueur atypique s’il en était, dont on disait de lui qu’il était quasiment toujours au top de sa forme. Ce fils de fermier, qui avait un poignet de fer acquis selon ses dires en faisant la traite des vaches, à qui on avait construit un court dans le ranch familial,  était le type même du grand joueur australien, avec d’énormes qualités athlétiques, une technique complète, un grand service et une belle volée. Certains de ses contemporains lui ont  reproché de s’être forgé un extraordinaire palmarès à bon marché (en préférant rester un amateur marron) grâce au passage des meilleurs amateurs au professionnalisme, mais ce jugement était injuste dans la mesure où il était très dangereux même pour un Rod Laver.

Ainsi, en 1961, après avoir battu Fraser et Laver, blessés, ce qui lui avait permis de s’imposer aux internationaux d’Australie, il allait l’emporter  à Forest-Hills, où se déroulaient les internationaux des Etats-Unis, en battant en finale Laver en 3 sets. En outre nul n’oubliera qu’il n’a perdu qu’un seul simple en finale de la Coupe Davis (contre Santana en 1965), alors qu’il a participé à 9 finales. Enfin, c’était aussi, comme tous les cracks australiens, un remarquable joueur de double, avec notamment 10 finales consécutives à Roland-Garros et 6 victoires avec des partenaires différents. Et à l’époque, les meilleurs jouaient le double ! Bref, un immense joueur qui a inscrit 26 fois son nom au palmarès des 4 grands tournois (simple et double). A la fin de sa carrière il deviendra un entraîneur réputé, coachant notamment l’ex-joueuse prodige américaine, Tracy Austin.

Michel Escatafal

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4 commentaires on “Nadal plus fort que tous les autres avant lui ?”

  1. cyclone dit :

    Cher MSJ.Vous auriez aussi pu dire que Nadal sur gazon :Deux victoires et trois défaites en finale contre des joueurs hors-norme(série en cours)ça n’est pas rien!Je constate également qu’en ne faisant allusion qu’à sa volonté de fer…on en oublie généralement une qualité autrement plus rare:la maitrise émotionelle.Gagner son premier Roland Garros à sa première participation quand on vient juste de fêter son dix-neuvième anniversaire témoigne vraiment d’un « mental » d’extra-terrestre. !Pour ce qui est de vos précédents écrits,sachez que je ne partageais pas votre sérénité vis à vis du rugby à ce moment-là.Grace à Dieu et au Castres olympique ,j’ai un peu changé d’avis.Voir le dépit de Noves et la crise de nerf à Clermont ,c’est à dire chez les dépositaires du jeu et fournisseurs d’internationaux au profit de la vulgarité et d’un modèle qui favorise les mercenaires(j’exagère à peine)n’avait rien de rassurant.Heuresement le Castres olympique (qui s’y frotte s’y pique)est venu me rappeler qu’il n’y a pas de place pour l’imposture dans ce sport.Quant au cyclisme,je suis prêt à prendre le pari que si Alberto retrouve son meilleur niveau,il battra le rosbeef.Peut-être pas cette année d’ailleurs!mais ça viendra.A moins que la sky n’ait l’exclusivité de l’équivalent d’une nouvelle epo.J’ai l’impresson sinon,que vous avez été fasciné par le duel Merckx/Ocana.(je me souviens de votre article dans cyclism’actu sur le tour 1971).Figurez-vous que même en ayant été trop bébé pour l’avoir vécu,je partage cette même fascination.Un dvd de la série des grands duels du sport m’avait particulièrement marqué .A l’exception de ce freudisme de comptoir (pléonasme?)qui voyait dans les chutes de Luis un acte manqué,j’ai eu envie d’approfondir ma connaissance de ces deux champions et je n’ai pas été déçu.Je porte d’ailleurs des maillots bic,/’molteni…que les cycles Marcarini ont eu l’heureuse idée de reproduire lorsque je vais rouler;Je vais souvent à Barcelone,et je suis tombé derniérement sur une photo du final du championnat du monde 1973 qui s’y déroulait.Ils y étaient détachés avec un autre géant .Gimondi,et je suis resté « scotché » devant la classe ,la race,la caste …qui émanaient de ces champions.Salutations.

  2. Petit Chelem dit :

    Il est vrai qu’on est dans une période très très faste du tennis, riche en champion !
    Je suis trop jeune pour pouvoir comparer le niveau d’un Nadal avec un Bjorn Borg et ainsi dire que Nadal est le meilleure joueur sur Terre Battue ! Mais par contre, je me laisse croire que Federer est le meilleur joueur de tous les temps ! En toute objectivité (ou pas) !!

    N’hésite pas à venir sur mon blog !
    Tennistiquement,
    http://www.petitchelem.wordpress.com

    • msjsport dit :

      J’ai mis ton blog dans mes « A voir ». Pour le reste, personne ne peut réellement dire si le meilleur joueur fut Gonzales, Hoad, Laver, Borg, Mac Enroe, Sampras ou Federer. Bonne soirée

      • Petit Chelem dit :

        Heureuse d’être sur ta liste d’attente ! 🙂
        Oui il est dur de comparer plusieurs « époques » ! Le tennis joué aujourd’hui est tellement différent que celui des dernières décennies ! Rien que l’évolution des équipements joue beaucoup dans ça !


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