100 Tours de France et 110 ans de passion (1)

Tour de FrancePartie 1 : des débuts quelque peu chaotiques

Le départ du Tour de France est chaque année un évènement considérable qui dépasse en émotions tout ce qu’il est possible d’imaginer, y compris pour les coureurs. Comme l’avait dit il y a quelque années avec beaucoup d’à propos Gianni Bugno, deuxième du Tour en 1991 et troisième l’année suivante, dans la Gazzetta dello Sport : « Quand on va au Tour, il semble que l’on part à la guerre, sans savoir si nous allons revenir. On regarde les étapes, et ces trois semaines paraissent une éternité. Puis le temps passe, et quand nous arrivons à Paris on est triste que cela soit déjà fini ». Et nous pourrions ajouter qu’il en est ainsi pratiquement depuis la naissance de l’épreuve, le vendredi 1er juillet 1903 à Montgeron, une épreuve où depuis quelques années, hélas, sort juste avant son départ une affaire de dopage. Et cette année, après le feuilleton Armstrong qui a duré tout l’hiver, l’affaire Puerto, et les récentes révélations d’Ullrich, on s’attaque à Laurent Jalabert, dernier des grands champions français.

Laurent Jalabert fut à son époque une de mes idoles absolues, et personne ne fut plus heureux que moi quand il remporta une Vuelta, quelques grandes classiques comme Milan-San Remo, la Flèche Wallonne ou le Tour de Lombardie, sans oublier un titre de champion de France, et mieux encore le championnat du monde contre-la-montre en 1997. Je n’oublie pas non plus son terrible duel face à Pantani dans le Giro 1999, une course qu’il aurait gagnée s’il n’avait pas osé défier le fantastique grimpeur italien dans les cols des Dolomites…finalement exclu de la course pour dopage. Oui, tout cela je ne l’oublie pas, et c’est la raison pour laquelle je trouve rien moins qu’attristant qu’on ressorte un prélèvement datant de 15 ans (1998), pour salir à la fois ce grand coureur (pourquoi lui seul ?)…et le cyclisme. Voilà, c’est dit, mais cela ne m’empêche pas de regretter que personne ne veuille examiner de près les analyses de cette même époque concernant les autres sports. Au fait pourquoi s’attaque-t-on ainsi à ce sport merveilleux qu’est le vélo, le plus dur qui soit ? Encore un mystère que je ne m’explique pas !

Revenons à présent au sujet dont je veux parler aujourd’hui, à savoir le Tour de France, en survolant sa longue histoire. En ce 1er juillet 1903 il faisait très chaud, nous dit-on,  et à 15h16 très exactement les 60 coureurs sont partis pour un périple de 2428 km, parcourus en 6 étapes. Le vainqueur,  Maurice Garin, a remporté l’épreuve en 94h33 minutes, presque 26 km/h de moyenne, ce qui situe déjà la performance, car à cette époque les routes étaient loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui tout comme le matériel, très rudimentaire. L’année suivante  Cornet,  plus jeune coureur à avoir gagné le Tour (20 ans), couvrira les 2500 Km en 96h5minutes. Cela étant, le véritable gagnant n’était pas Cornet, mais de nouveau Maurice Garin, qui sera déclassé pour irrégularités (on aime beaucoup les déclassements dans le vélo !), comme d’ailleurs ses trois suivants au classement général. A cette époque en effet, les supporters armés de gourdins étaient capables d’arrêter sur les routes les coureurs qui précédaient ou poursuivaient  leurs favoris.  Ces épisodes rocambolesques ont d’ailleurs failli mettre à mort le Tour de France, car l’organisateur Henri Desgranges, directeur du journal  l’Auto, avait décidé un temps de ne plus renouveler l’expérience.

Il revint heureusement sur sa décision mais, ayant tiré les leçons de l’année précédente, il multiplia presque par deux les étapes (11 au lieu de 6) pour éviter les longues randonnées de nuit. C’était d’autant plus nécessaire que le parcours commençait à emprunter les routes de montagne (Vosges, Alpes), avec en 1910 le franchissement des Pyrénées, notamment le Tourmalet et ses 2114 m d’altitude, que les coureurs escaladaient avec des développements allant de 3.60 m (Trousselier) à 4.65m (Faber), certains comme Lapize alternant pédalage et course à pied. Ces incursions en montagne allaient permettre de découvrir une catégorie de coureurs qui allait devenir très populaire, les grimpeurs. René Pottier, qui l’emporta en 1906, en fut le premier prototype, et les suiveurs pensaient que le Tour de France s’était trouvé un maître pour quelques années. Hélas, il se suicida en janvier 1907, laissant la voie libre à Petit-Breton (1907-1908), Faber (1909), Lapize (1910) et Garrigou (1911).

D’autre part il avait été décidé en 1905 (vainqueur Trousselier) que le classement ne se ferait plus au temps, mais aux points, et cela dura jusqu’à l’édition de 1912, qui restera dans l’histoire parce que pour la première fois un Belge, Odile Defraye, l’emporta. Cette victoire belge sera la première d’une longue série, puisque celle-ci dura jusqu’en 1922 avec la victoire de Scieur en 1921 et un triplé de Philippe Thys (1913, 1914 et 1920). Ensuite les vainqueurs changeront de nationalité assez souvent avec un Français (Henri Pelissier en 1923), un Italien (Bottechia en 1924-1925), aussi fort en montagne que sur le plat ou au sprint, un Belge à nouveau (Buysse en 1926), un Luxembourgeois (Frantz en 1927 et 1928) et de nouveau un Belge (Dewaele en 1929).

A noter qu’entre 1915 et 1918, pendant la première guerre mondiale, le Tour fut interrompu pour reprendre en 1919 avec une nouveauté,  le maillot jaune (couleur de l’Auto),  pour récompenser le premier du classement général. C’est Eugène Christophe qui porta le premier « paletot d’or », mais il laissera la victoire finale au Belge Firmin Lambot suite à un incident mécanique à deux jours de l’arrivée, et ne gagnera jamais le Tour. Pourtant il aurait mérité la victoire en 1912, car il avait mis moins de temps que le vainqueur pour parcourir les 15 étapes. Il aurait aussi dû gagner en 1913, s’il n’avait pas été victime de la malchance dans la descente du Tourmalet. En effet, après être passé en deuxième position au sommet du col, il cassa sa fourche et dut faire 14 km à pied avec le vélo sur l’épaule avant de trouver une forge à Sainte-Marie de Campan, et réparer seul (sous l’œil des commissaires) sa fourche après quatre heures de dur labeur. A l’époque, il faut savoir que les coureurs appointés par une marque de cycles devaient impérativement ramener leur machine à l’arrivée, dûment poinçonnée, avec le cadre d’origine.

A partir de 1930 le Tour prend un essor de plus en plus important qui en fait la grande course du calendrier cycliste. Les Français (Leducq, Magne, Speicher, R. Lapébie) et les Belges (Romain et Sylvère Maes) se partagèrent toutes les victoires jusqu’en 1939, à la notable exception de 1938 où ce fut un jeune Italien, Gino Bartali, qui l’emporta. 1930 marque aussi un tournant dans l’histoire de l’épreuve, car le Tour est couru pour la première fois avec cinq équipes aux couleurs de leur pays (France, Belgique, Italie, Allemagne, Espagne), les autres coureurs étant des « touristes-routiers » sélectionnés.  La formule de course par équipes nationales se généralisera par la suite et  durera jusqu’en 1962, puis réapparaîtra de nouveau en 1967 et 68 avant d’être remplacée (définitivement sans doute) par celle des équipes de marque en vigueur aujourd’hui.  Autre nouveauté en 1937, les « as » étaient autorisés à utiliser le dérailleur, déjà couramment employé par les cyclotouristes et dans les autres grandes courses.

Michel Escatafal

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One Comment on “100 Tours de France et 110 ans de passion (1)”

  1. aficionado dit :

    Salut MSJ,

    C’est très bien que tu parles de tes idoles cyclistes comme tu le fais dans cet article en parlant de Jaja!

    Le Tour de France approche et, noblesse oblige, on ressort les vieux fantasmes du dopage…

    C’est inhérent au cyclisme de nos jours, me diras-tu, mais le ‘timing’ est toujours très bien choisi!

    Certains disent que s’ils étaient tous dopés, comme il paraît, les chances de chacun d’eux étaient mieux équilibrées…

    Qui parle de cyclisme associe automatiquement le mot ‘dopage’ dans la même foulée et cela sera très difficile, à l’avenir, de déposer ce lourd fardeau sur le bord de la route…

    Ce qui est quand même assez surprenant, c’est qu’à l’époque, Jaja ait choisi d’aller courir chez la ‘Once’ de Sáiz, qui n’avait pas une bonne réputation…

    J’ai lu quelque part, qu’étant la moitié d’un Espagnol, son choix a été influencé pour une équipe espagnole, ce qui lui a été funeste…

    Et la roue tourne… Samedi prochain, rendez-vous à Porto-Vecchio!

    Mes amitiés à toi.


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