100 Tours de France et 110 ans de passion (2)

contadorPartie 2 : Le Tour est devenu un des évènements majeurs du sport de compétition

Ce n’est vraiment qu’après la deuxième guerre mondiale que le Tour de France va prendre sa dimension définitive. Il y sera obligé en raison de la forte concurrence du Tour d’Italie, celui-ci bénéficiant de la notoriété des deux cracks de l’époque, les campionissimi Bartali et Coppi, qui remportèrent le Tour respectivement en 1948 et 1949. Ils succédèrent à Robic, vainqueur en 1947 de la première édition de l’après-guerre, avec pour particularité d’avoir endossé son premier maillot jaune le jour de l’arrivée à Paris. Ensuite tous les vainqueurs jusqu’en 1965 ont des noms prestigieux figurant au Panthéon du cyclisme, Kubler, Koblet, Coppi de nouveau, Bobet par trois fois, Anquetil cinq fois, Gaul, Bahamontes, Nencini et Gimondi. Tous sauf un, Walkowiak,  qui, en 1956, remporta la seule victoire de sa carrière professionnelle, en gagnant la Grande Boucle grâce à une échappée (19 mn d’avance sur le peloton) qui lui permit de repousser très loin ses opposants.

En  1966, c’est un vaillant équipier de Jacques Anquetil, Lucien Aimar, qui allait l’emporter bénéficiant totalement de la lutte stérile que se livrèrent Poulidor et Anquetil, celui-ci préférant voir n’importe quel coureur s’imposer plutôt que Poulidor. Ensuite, en attendant l’ère Merckx,  le Tour se cherchera un patron qu’il ne trouva pas, et que ne sera pas Raymond Poulidor qui, comme Eugène Christophe, aurait mérité de l’emporter au moins une fois. Pingeon en 1967, année où Tom Simpson trouva la mort dans le Ventoux, et Janssen l’année suivante, assureront la transition avant les cinq victoires d’Eddy Merckx.

Le Belge en fait n’aura qu’un adversaire à sa taille à sa grande époque, Luis Ocana, qui s’imposa en 1973. C’est un Français, Bernard Thévenet, qui mettra réellement fin à la suprématie du « Cannibale » en 1975. Mais Merckx parti, la transition ne sera pas longue, car un autre immense champion prenait le pouvoir en 1978 : Bernard Hinault. « Le Blaireau », comme on l’appelait, allait se construire entre 1977 et 1986 un palmarès que seul Eddy Merckx a surpassé dans l’histoire du cyclisme. Grand rouleur, très efficace en montagne, redoutable au sprint, Bernard Hinault a écrasé son époque et le Tour de France (5 victoires), même si Fignon a remporté le Tour en 1983 et 1984.

Ensuite, avec la victoire de l’Américain Greg Le Mond en 1986,  ce sera l’avènement des coureurs spécialistes des grands  tours et même exclusivement du Tour de France. Le Mond l’emportera de nouveau en 1989 et 1990, succédant au palmarès à Roche en 1987 et Delgado l’année suivante. Puis ce sera la domination d’Indurain, énorme rouleur espagnol, cinq fois vainqueur (1991-1995) et, après l’intermède Riis (1996), Ullrich et Pantani (1997 et 1998) marqué par de multiples affaires de dopage, il y aura les sept succès d’Armstrong (entre 1999 et 2005) qui, à ce jour, est le recordman des victoires dans le Tour, victoires qu’il a d’ailleurs perdues sur tapis vert en raison également de problèmes liés au dopage. Fermons la parenthèse, pour dire que le champion américain, à la différence de Merckx, Hinault, Anquetil ou Coppi, ne courait quasiment que le Tour de France, avec une ou deux épreuves de préparation.

En fait, au fur et à mesure que les contrôles se sont intensifiés et ont progressé dans la recherche de produits interdits, le Tour de France a été confronté constamment aux affres du dopage. Le vainqueur 2006 n’a été connu que six mois après son terme, car le vainqueur sur la route, Landis, a été déclassé pour cause de dopage au bénéfice de l’Espagnol Oscar Pereiro. Au passage on notera que les années se terminant par le chiffre 6 sourient le plus souvent aux coureurs ayant un palmarès peu étoffé : L. Buysse en 1926, Walkowiak en 1956, Aimar en 1966, Van Impe en 1976, Riis en 1996 et Pereiro en 2006. Cela étant, l’année  2007 a vu l’avènement d’un nouveau très grand champion, l’Espagnol Alberto Contador, vainqueur depuis des trois grands tours, malgré un déclassement dans le Tour de France 2010 et le Giro 2011, pour un contrôle anormal lors de la journée de repos du Tour 2010. Cette affaire a fait grand bruit dans le cyclisme, d’autant que personne n’a jamais pu prouver que le coureur espagnol s’était dopé, le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) s’étant contenté d’appliquer le règlement indiquant que, même s’il s’agit de quantités infinitésimales de produit interdit (utilisé comme médicament pour l’asthme dans divers pays asiatiques ou européens comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, la Grèce ou l’Italie), la sanction était de deux ans de suspension. Sanction d’autant plus injuste que des quantités aussi infimes d’anabolisant ne pouvaient en aucun cas influer sur le rendement du coureur.

Cette année le fuoriclasse espagnol est de retour, et il est vraisemblable qu’il voudra rattraper le temps et les victoires perdues, tellement il domine la concurrence sur les courses à étapes depuis 2007. La preuve, jusqu’au Tour 2011 où il ne put réellement défendre ses chances après son Giro victorieux, en raison d’une blessure à un genou qui l’a handicapé tant dans les Pyrénées que dans les Alpes, jamais Contador n’a été battu sur la route dans un grand tour (Giro en 2008 et 2011, Tour en 2009 et 2010 et Vuelta en 2008). Et en 2012, immédiatement après la fin de sa suspension, il se fit l’immense joie de gagner la Vuelta après quasiment un an sans courir. Suite à son déclassement du Tour 2010, le palmarès des dernières années fait apparaître les noms de Sastre en 2008 (Contador absent), celui d’Andy Schleck en 2010 que nous allons revoir avec plaisir cette année, de Cadel Evans en 2011, victoire au demeurant bien méritée pour l’ensemble de son œuvre, et enfin de Wiggins l’an passé, dans un Tour sans la moindre saveur émotionnelle en l’absence de Contador, Schleck ou Rodriguez, où le plus fort n’était pas le lauréat de l’épreuve, mais son équipier Christopher Froome. Celui-ci sera à n’en pas douter un des grands protagonistes du Tour 2013, et son duel avec Contador pourrait bien rappeler les grandes joutes du passé (Le Mond-Fignon, Merckx-Ocana, Anquetil-Poulidor…). Qui l’emportera entre les deux favoris ? Bien malin qui pourrait le dire, car si Froome a pris l’avantage sur son rival depuis le début de la saison, Contador en revanche a pour lui son expérience et son esprit offensif, ce qui le rend dangereux en toutes circonstances. Rappelons-nous la Vuelta l’an passé ! Suis-je trop optimiste pour le Pistolero? Peut-être, mais j’ai une excuse : je suis un de ses plus fidèles supporters depuis son avènement en 2007…ce que vous aviez tous deviné.

Michel Escatafal

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One Comment on “100 Tours de France et 110 ans de passion (2)”

  1. Petit Chelem dit :

    Très bonne deuxième partie, très très complète, qui m’a appris beaucoup de choses sur le cyclisme en général !

    La première partie d’un nouvel article est à découvrir sur mon blog :
    « Médias sportifs : Où sont les femmes » : http://petitchelem.wordpress.com


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