Mimoun figure depuis longtemps dans le gotha du sport français

MimounParmi les plus grands champions français, il y en a certains dont on a (ou avait) presque oublié le nom, et pourtant ils méritent de figurer dans le gotha du sport français, par exemple Alain Mimoun. Ce dernier, décédé hier à l’âge de 92 ans, conservera toujours une place à part dans l’histoire du sport de compétition en France et ailleurs, parce que c’est peut-être le meilleur athlète que notre pays ait produit. En tout cas son palmarès est tout à fait extraordinaire, même s’il lui manque un record du monde et un titre européen. Cela étant, il a été quadruple médaillé aux Jeux Olympiques, dont une médaille d’or à Melbourne en 1956 sur le marathon, il a remporté deux médailles d’argent aux championnats d’Europe en 1950 sur 5000 et 10.000 m, et il a remporté à quatre reprises le Cross des Nations, ancêtre du championnat du monde de cross. Qui dit mieux comme palmarès chez les athlètes hommes ? Personne. C’est pour cela qu’il mérite bien l’hommage qui lui est rendu aujourd’hui un peu partout.

Alain Mimoun, ancien tirailleur algérien, est venu à la course à pied assez tard, après s’être illustré dans les campagnes de Tunisie, de Sicile et d’Italie pendant la deuxième guerre mondiale, où il faillit perdre sa jambe gauche qu’on voulait un moment amputer. De fait, il remporta ses premiers succès alors qu’il avait déjà 26 ans. Mais ce retard allait être comblé au delà de toutes les espérances, puisqu’il acheva sa carrière à l’âge de 44 ans, avec le titre de champion de France du marathon. Un de plus aurions-nous envie de dire, puisqu’en tout il en conquit trente deux, sur 5000, 10.000 m, le marathon et le cross. En outre cet ardent patriote, grand admirateur du général de Gaulle, allait porter le maillot de l’équipe de France à quatre-vingt six reprises. Pour mémoire, et pour les plus jeunes, il y avait en plus des grands championnats (J.O. et championnats d’Europe, plus Cross des Nations) de nombreux matches internationaux organisés pendant la saison d’athlétisme, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Mais le plus grand regret qu’il ait pu avoir par rapport à sa carrière et à son palmarès, c’est d’être né à peu près à la même époque que celui qui est considéré comme un des deux ou trois plus grands coureurs de fond de tous les temps, Emil Zatopek. Celui-ci en effet présente le plus beau palmarès qui se puisse concevoir, puisqu’il obtint quatre médailles d’or aux J.O. (1948-1952), avec notamment un triplé jamais égalé (1952), à savoir la victoire sur 5000, 10.000 m et marathon. A cela s’ajoutent trois titres de champion d’Europe, le 5000 et le 10.000 m en 1950 et le 10.000 m en 1954. En plus, il fut évidemment recordman du monde sur ces distances, et fut le premier coureur à dépasser 20 km dans l’heure (20.0524) en 1951, et mieux encore si j’ose dire, il demeura invaincu pendant sept années sur 10.000 m, remportant trente huit victoires consécutives. Combien de médailles d’or ou de titres supplémentaires aurait remporté Alain Mimoun s’il n’avait pas eu Zatopek comme rival ?

La réponse n’est pas trop difficile, dans la mesure où les trois médailles d’argent olympiques et les deux autres médailles du même métal aux championnats d’Europe, ont toutes été remportées…derrière Zatopek. Sa première breloque olympique ne fut pas la plus glorieuse, même si une médaille d’argent aux J.O. marque à jamais la vie d’un athlète. Les J.O., c’est tous les quatre ans, et c’est ce qui donne toute la valeur d’une médaille olympique. Fermons la parenthèse pour dire qu’en 1948, à Londres, Zatopek s’imposa devant Mimoun (10.000m), mais avec une avance considérable de presque quarante huit secondes. Autant dire quasiment les trois-quarts d’un tour de piste, ce qui signifie que Mimoun avait gagné la course…derrière Zatopek.

En revanche ce dernier dut beaucoup plus s’employer pour l’emporter aux J.O. d’Helsinki, quatre ans plus tard. En 1952, Zatopek dut lutter énormément pour finir par faire céder Alain Mimoun dans le 10.000 m, les deux hommes étant au coude jusqu’au huitième km. A cette époque on avait écrit que le lieutenant de l’armée tchécoslovaque, grade de Zatopek dans l’armée de son pays, avait vaincu le petit caporal de la campagne d’Italie. Et quatre jours plus tard, la bataille fut encore plus rude dans le 5.000 m pour Zatopek, puisqu’il fut à deux doigts d’être battu par son rival français. A quatre cents mètres de l’arrivée, le Britannique Chris Chataway (futur recordman du monde en 1954) plaça un violent démarrage qui surprit un peu tout le monde, y compris Zatopek, mais pas Mimoun qui était resté dans la foulée de l’Anglais, lequel, victime de son énorme effort à la cloche allait chuter en heurtant la lice de ciment dans le dernier virage. Du coup Mimoun se retrouvait en tête, mais il n’allait pas pouvoir résister au retour de Zatopek qui l’emporta de peu en 14mn 6s 6/10 contre 14 mn 7s 2/10 à Mimoun.

Il y avait de quoi être découragé pour notre Français, comme en témoigne la réflexion qu’il fit juste après l’arrivée : « Tant qu’il sera là, je ne gagnerai jamais une course ». Il y avait du dépit dans cette phrase, mais Mimoun était un gagneur et il se disait qu’il finirait bien par l’emporter un jour, même si le temps qui passait n’était pas son allié. En effet, à Helsinki, Mimoun avait 31 ans soit un an de plus que Zatopek. Alors il se décida à préparer le marathon des Jeux Olympiques de Melbourne, sachant qu’il n’avait plus aucune chance de s’imposer sur 5.000 et 10.000 m face au nouveau prodige, le Soviétique Vladimir Kutz, ni même au Britannique Gordon Pirie sur 5000 m ou au Hongrois Kovacs sur 10.000 m. En outre, Zatopek qui était sur le déclin, venait d’être opéré d’une hernie quelques semaines avant le début de la compétition. Bref, c’était l’occasion ou jamais pour Mimoun d’être champion olympique.

Cependant ce n’était pas gagné pour autant, car c’était le premier marathon de Mimoun. Mais il croyait en son étoile, se sachant en grande condition physique, ce qui l’avait obligé à s’entraîner de nuit pour la cacher à ses adversaires. Et comme pour lui donner encore plus le moral, il avait appris la veille la naissance de sa fille qu’il appellera Olympe. Cette extraordinaire forme allait lui permettre de mener la course à sa guise ou presque. Après un départ prudent, motivé par la chaleur étouffante qui sévissait dans la capitale australienne (plus de 35°), il plaça une accélération au vingtième kilomètre, soit presque à mi-course et se retrouva seul. Il continua sur sa lancée, encouragé par la vue de ses adversaires qui étaient encore dans la phase aller de la course (celle-ci se déroulait en aller-retour), jusqu’au trentième km, où il subit une terrible défaillance qui le tortura pendant plus de quatre kilomètres, au cours desquels il allait terriblement souffrir.

Mais il s’accrocha, sachant en plus que Zatopek était derrière lui à la dérive. L’adrénaline, plus la volonté et l’envie farouche de s’imposer l’ont aidé à passer ce cap difficile, et il va faire son entrée détaché dans le stade olympique. Là, il savait qu’il avait gagné, et le dernier tour ne sera qu’un tour d’honneur avec son numéro 13 sur le dos. C’était son jour, je n’ose pas dire son jour de chance, car il avait amplement mérité son titre olympique. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, il verra Zatopek se mettre au garde à vous devant lui pour le féliciter. Le vieux guerrier des stades venait de réaliser son chef d’œuvre, ce qui lui permettait de faire son entrée dans le Panthéon des grands coureurs de fond, et d’être avec l’Américain Bobby Morrow (triple champion olympique du 100, 200 et 4X100 m) et le Soviétique Kutz (doublé sur 5.000-10.000m) le héros du stade olympique. Grâce à lui le drapeau bleu, blanc, rouge, qu’il a tant aimé, aura beaucoup flotté dans les stades du monde entier au moment de la remise des médailles. Mimoun, qui fait partie depuis longtemps du patrimoine de la France, est donc allé rejoindre au paradis des coureurs de fond son ami et meilleur ennemi, Zatopek (décédé le 22 novembre 2000). Nul doute qu’ils referont souvent l’historique de leurs finales olympiques et européennes, qui ont enchanté les amateurs d’athlétisme pendant si longtemps !

Michel Escatafal

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One Comment on “Mimoun figure depuis longtemps dans le gotha du sport français”

  1. vinosse dit :

    Tout gamin, si je traversais le village en courant, je risquais d’entendre des « Aller Mimoun !!! »

    Plus tard quand j’eus un vélo, ce fut un peu « Aller Robic » mais plus souvent « Aller Bobet »… puis Poulidor…

    C’était ça la popularité en milieu populaire !


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