Le sport se conjugue aussi au féminin

cathy tanvier En cette période d’été tout effort paraît intense, y compris quand on se contente de parler de sport. Si je dis cela c’est parce que ne faisant  plus autant de sport qu’auparavant, il me reste mon blog pour raconter à ma manière l’histoire du sport, à travers ce que j’ai vécu et parfois ce que j’ai entendu dire par ceux qui sont nés avant moi. Par exemple j’étais trop jeune pour avoir connu Coppi ou Fangio, mais mon admiration pour eux est venue de ce qui m’a été raconté à propos de leurs exploits. C’est la raison pour laquelle, il m’arrive d’évoquer beaucoup plus souvent le sport masculin que féminin, celui-ci n’ayant pas le même poids dans l’histoire…parce que nombre d’épreuves n’ont existé que depuis les années 60, alors que le sport de compétition masculin s’est développé dès la fin du siècle précédent.

C’est surtout le cas en athlétisme, dont le véritable départ au niveau des compétitions féminines se situe à la fin des années 40, mais aussi en cyclisme qui s’est réellement installé deux décennies plus tard, ces deux sports étant parmi les plus connus et médiatisés depuis des lustres. En revanche il a fallu attendre l’avènement du nouveau siècle pour qu’on parle de football féminin, alors que le football est le sport numéro un dans le monde. Et la France n’échappe pas à ce phénomène, nombre de grands clubs ayant à présent une section féminine de plus en plus professionnalisée.

Cela dit, le sport féminin dans notre pays est, qu’on le veuille ou non, moins bien perçu que chez la plupart de nos voisins. Et ce phénomène semble s’accentuer, au point que l’on finit par le retrouver au niveau des résultats, comme on a pu le constater l’été dernier aux Jeux Olympiques. Pour ma part, j’ai toujours pensé que l’on ne devait pas faire de différence entre les sportifs des deux sexes. Une victoire en finale olympique sur 100 m a pour moi la même valeur, qu’elle soit remportée par un homme ou par une femme. Cependant je ne vais pas raconter d’histoires pour autant, et nier que certains sports me passionnent uniquement à travers les hommes.

Il est clair que je ne m’intéresse guère à la boxe féminine, alors que j’ai toujours été passionné par la boxe masculine. Le rugby et le football féminin sont loin de me procurer les mêmes joies ou peines que leurs homologues masculins. Et pour être tout à fait honnête, je n’arrive pas à regarder avec la même avidité une course cycliste avec des coureurs ou des coureuses, y compris pour la piste. C’est sans doute un peu injuste, mais c’est comme cela. En revanche pour tous les autres sports, du moins ceux que j’aime ou que j’apprécie, c’est pour moi du pareil au même qu’il s’agisse des hommes ou des femmes.

Je vais donc en profiter pour parler de quelques femmes qui ont marqué ma vie…de passionné de sport. La première d’entre elles s’appelle Cathy Capdevielle, dont le principal fait d’armes au niveau international fut de finir cinquième de la finale du 100 m (remporté par Wilma Rudolph surnommée la Gazelle noire) aux Jeux Olympiques de Rome en 1960, ce qui était une magnifique performance. Si je me souviens aussi bien d’elle, c’est parce qu’à l’époque le but de ceux qui comme moi faisaient de l’athlétisme aux beaux jours, et plus particulièrement du sprint, était de courir un jour au moins aussi vite que Cathy Capdevielle. Certes j’avais à peine 14 ans en 1960, mais le temps qu’elle avait réalisé en finale olympique (11s5/10) paraissait assez inaccessible.

Toujours en athlétisme, j’avais une profonde admiration pour Maryvonne Dupureur qui avait à peu près le même âge que Cathy Capdevielle, et qui remporta la médaille d’argent du 800 m aux Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Même si je n’avais pas tout à fait les mêmes sentiments pour elle car elle faisait le 800 m, je l’admirais beaucoup…parce que c’était la meilleure et qu’elle était française. Sa médaille d’argent aux J.O. était une déception, car elle aurait dû avoir l’or. J’étais triste quand j’ai appris, il y a cinq ans, qu’elle avait rejoint le paradis des athlètes.

Ensuite ce fut la période dorée du 400 m féminin en France, avec pour point d’orgue le titre olympique de Colette Besson à Mexico en 1968. Quelle fantastique ligne droite, et ensuite combien fut émouvante notre championne en larmes sur le podium. Et l’année suivante aux championnats d’Europe, la France remporta les deux premières places avec Nicole Duclos juste devant Colette Besson, avec à la clé le record du monde. Je me disais qu’il n’y a que l’athlétisme pour nous offrir de pareilles joies. Hélas, bien que jeune encore (59 ans), Colette Besson perdit son ultime combat il y a bientôt huit ans. Mais le souvenir de sa victoire à Mexico restera pour l’éternité, comme le panache dont elle faisait preuve à chacune de ses courses.

Plus tard, c’est une jeune fille de 18-20 ans qui m’a beaucoup impressionné, mais cette fois c’est de tennis dont je vais parler. Cathy Tanvier a été le premier grand espoir du tennis français au milieu des années 80, et pour tout le monde elle devait succéder à Françoise Durr qui avait gagné Roland-Garros en 1967. On l’appelait « la Borguette » car elle jouait un peu comme Borg, copiant même ses tics. Cela étant, elle eut moins de succès que l’ancien numéro un mondial, son palmarès se limitant à 10 titres dont 9 en double, et surtout ne sut pas négocier son après-carrière au point d’être devenue tributaire des minima sociaux. J’espère que les deux livres qu’elle a écrit, plus sa participation à un film de J.L. Godard, lui ont permis de « se refaire un peu » car c’est toujours triste de voir des gens qui ont gagné beaucoup d’argent se retrouver presque à la rue.

Bien sûr, il m’est impossible de ne pas évoquer Jeannie Longo et sa fantastique carrière (13 titres de championne du monde et un titre olympique)…qui n’est toujours pas finie à 55 ans ! Je ne dis pas cela pour me rattraper, mais c’est elle qui m’a vraiment fait apprécier le niveau du cyclisme féminin, à une époque où je savais pédaler. Avec deux copains, peu avant la venue du Tour à Millau en 1987, nous avons effectué (à fond) la montée du Cade, bien connue des Millavois, en 27 mn environ. Lors de l’étape du Tour de France féminin cette même année, ces dames ont mis entre 20 et 25 mn avec une centaine de km dans les jambes. C’est une ascension qui doit faire, du pont sur le Tarn au sommet, environ 7,5 km à 6, 3% de moyenne.

Enfin, je ne voudrais pas terminer mon propos sans citer quelques autres grandes sportives qui m’ont ému et qui méritent, elles aussi, d’entrer au Panthéon du sport français. Parmi elles, il y a Michèle Mouton qui remporta quatre rallyes du championnat du monde dans les années 80, Laura Flessel qui a apporté à la France beaucoup de médailles mondiales ou olympiques en escrime, tout comme Félicia Ballanger en cyclisme sur piste (3 titres olympiques et 10 titres mondiaux), ou Laure Manaudou qui a tout gagné en natation (championne olympique, recordwoman du monde, championne du monde et d’Europe), et qui fut une sorte de précurseur dans la natation française, au point que l’équipe de France collectionne à présent les titres olympiques ou mondiaux, à commencer par Camille Muffat.

N’oublions surtout pas nos tenniswomen Mary Pierce et Amélie Mauresmo (2 titres chacune en grand chelem, plus une Fed Cup), mais aussi Marion Bartoli qui vient de remporter Wimbledon. Il y a aussi Christine Arron et Murielle Hurtis, qui ont permis au 4X100m français de s’emparer du titre mondial en 2003, deux jeunes femmes qui ont été privées de plusieurs médailles planétaires par la faute du dopage de certaines de leurs adversaires. Autre athlète française, Eunice Barber dont on rappellera qu’elle a apporté à la France deux titres mondiaux dans l’heptathlon et le saut en longueur (1999 et 2003). Cela étant, pour moi, la plus grande sportive française reste à ce jour Marie-Jo Pérec, sans doute la meilleure spécialiste du 400 m plat de l’histoire de l’athlétisme, puisqu’elle est la seule (hommes et femmes confondus) à avoir remporté deux fois consécutivement le 400 m aux J.O., en plus de sa médaille d’or sur 200 m.

Mais il n’y a pas que des sportives françaises dans cette galerie des femmes qui m’ont enthousiasmé. Je pense en particulier à la merveilleuse Chris Evert (18 victoires en grand chelem), dont tous les professeurs de tennis disaient à leurs élèves masculins qu’ils devaient s’inspirer de sa manière de jouer, un peu comme l’autre prodige américaine, Tracy Austin, qui fut numéro un mondiale à 18 ans.  Autre américaine qui m’a ému, la championne du 1500m, Mary Decker, qui, malgré ses 17 records mondiaux, n’a jamais été championne olympique (comme Jim Ryun), chutant dans la finale du 1500m aux J.O. de Los Angeles en 1984. Une autre jeune femme a aussi largement contribué à donner ses lettres de noblesse à l’athlétisme féminin, la Britannique Sally Gunnell, qui a lancé définitivement le 400m haies chez les féminines (le 400m haies est apparu aux J.O. en 1984), en devenant championne olympique en 1992 et en améliorant le record du monde détenu par la Soviétique Stepanova depuis 1986, dans le temps extraordinaire pour l’époque de 52s74, soit 40 centièmes de moins que l’actuel record détenue par la Russe Pechonkina. Enfin, je n’oublie pas la sauteuse en hauteur Sarah Simeoni, appelée « la Vincitutto », championne olympique en 1980 à Moscou, qui rêvait de devenir danseuses étoile, et qui reste dans l’imaginaire des amateurs d’athlétisme une des plus grandes athlètes de tous les temps, qui fut la première femme à dépasser 2m (2.01m). Et pourtant elle était loin d’avoir la taille (1.77m) d’ Ulricke Meyfarth (1.86m) ou de l’actuelle meilleure sauteuse mondiale, la Croate Blanka Vlasic (1.93m).

 Michel Escatafal


Une nouvelle ère colombienne dans le cyclisme…

HerreraquintanaLe centième Tour de France est fini…et pour moi ce ne fut pas une grande fête, comme certains essaient par tous les moyens de nous le vendre. Pourquoi ? C’est un sentiment mitigé pour de multiples raisons, à commencer par le fait que le vainqueur était connu d’avance. Qui en effet pouvait inquiéter Froome ? A vrai dire personne, car même le seul grand absent de l’épreuve, Nibali, n’aurait rien pu contre Froome. Et pourtant Nibali a fait un Giro formidable, lequel par parenthèse m’a fait beaucoup plus vibrer que le Tour. Et pourtant le Nibali version 2013 semble être plus fort que celui des années précédentes, comme il devrait le prouver lors de la prochaine Vuelta, dont il sera le grand favori, malgré Rodriguez, Valverde et peut-être Wiggins, ce dernier étant un vainqueur sans lendemain du Tour de France 2012. Au passage, je ne sais pas comment se comporteront Rodriguez et Valverde dans la Vuelta, car ils ont quand même fait beaucoup d’efforts pendant le Tour de France. Rappelons-nous que même Froome l’an passé, malgré un Tour de France où il n’avait pas vraiment puisé dans ses réserves, n’avait pas existé dans le Tour d’Espagne face à Valverde, Rodriguez et Contador.

Contador justement, dont je veux parler pour souligner que je ne l’ai pas trouvé tellement inférieur à son niveau antérieur, sentiment corroboré par son temps d’ascension du Ventoux, équivalent à celui de 2009. Pour ma part, désolé de le dire à ses ridicules détracteurs, je l’ai trouvé plutôt bon dans ce Tour 2013, même s’il n’avait pas la forme que l’on attendait de lui, surtout depuis son retour victorieux en août 2012. En fait il lui manquait ces 10 ou 15% de capacités supplémentaires qu’il savait si bien récupérer autrefois entre le Dauphiné et le Tour de France. Il lui manquait aussi ses repères habituels dans des épreuves comme Paris-Nice, qu’il a sans doute eu tort de ne pas disputer, sans parler de ses pérégrinations au Tour de San Luis (en Argentine) en janvier), puis au Tour d’Oman le mois suivant, avant d’affronter Tirreno-Adriatico en étant déjà quelque peu fourbu. Résultat, après un Tour du Pays Basque décevant et des Ardennaises où il n’a guère brillé, il s’est retrouvé quasiment en mai en ayant perdu une bonne partie de cette confiance sans laquelle un coureur, fut-il de sa classe, ne peut optimiser sa préparation avec des certitudes.

Alors me direz-vous, que doit-il faire pour que l’an prochain dans le Tour de France on retrouve le vrai Contador ? Je ne suis pas son directeur sportif, ni son employeur, et sans doute que des gens plus compétents que moi se sont déjà penchés sur le problème. Toutefois il suffisait de voir Contador évoluer au fil des mois depuis le début de l’année 2013 pour s’apercevoir que son approche du Tour de France n’était pas la bonne. Une seule victoire, mineure reconnaissons-le (étape Tour de Sans Luis), à son compteur jusqu’au départ du Tour, ce n’est pas digne d’un coureur de sa classe, sans doute un des 10 ou 15 meilleurs coureurs de l’histoire, comme en témoigne son vrai palmarès (13è au classement des plus grandes épreuves sur route). Alors est-ce que cela signifie que Contador est déjà sur le déclin à 30 ans, l’âge d’or du coureur cycliste ? Sans doute pas. Est-ce la conséquence de son injuste suspension en 2011 pour quelques misérables traces de clembutérol trouvées dans son urine lors d’un contrôle pendant une journée de repos dans le Tour 2010 ? Peut-être, parce que Contador doit être marqué à jamais par cet épisode ô combien douloureux. Est-ce aussi une carrière faite de hauts et de bas entre 2007 et 2013, où chaque hiver il n’a pu se reposer en raison de problèmes continus tenant à la fois à des changements d’équipe ou à des attentes de suspension qui n’en finissaient pas ? Peut-être, sans doute.

Il est en effet très possible que Contador ait payé cette année tous ces contretemps dans sa carrière. Pour ma part, étant un vrai supporter du coureur de Pinto, je pense que la chute de Contador dans la hiérarchie, au demeurant toute relative, est inhérente à toutes les péripéties, très souvent négatives, qui ont émaillé sa carrière ces dernières années. J’ai bien précisé toute relative, parce qu’il a tout de même terminé à la quatrième place du Tour de France…ce qui n’a rien d’infâmant. C’est pour cela que je suis de ceux qui pensent qu’Alberto Contador, plus qu’Andy Schleck, son grand rival jusqu’en 2011, est encore capable de gagner plusieurs grands tours, pour peu qu’il puisse évoluer dans la sérénité lors des prochaines saisons. Je trouverais d’ailleurs tout à fait judicieux qu’il annonce son forfait définitif pour la Vuelta, où il a beaucoup plus à perdre qu’à gagner face à une concurrence à qui il ne fait plus peur. Qui sait si ce break ne lui ferait pas le plus grand bien ? A ce propos, je pense même qu’il devrait tirer un trait définitif sur cette année de déceptions, laquelle pourrait peut-être s’avérer être un mal pour un bien. D’ailleurs pourquoi se soucierait-il des désidérata de Bjarne Riis qui semble vouloir lui imposer sa présence au Tour d’Espagne, ou celle d’un de ses employeurs qui le décrit comme « trop riche »  et qui trouve qu’il « n’a pas assez faim », alors que tout le monde s’accorde à dire qu’il a toujours vécu par, pour et avec le vélo. Après tout, comme je le disais précédemment, Contador n’a que 30 ans, et quand on voit évoluer Rodriguez avec ses 34 ans, ou encore Valverde et ses 33 ans, sans parler de Cadel Evans qui remporté le Tour de France en 2011 à 34 ans, on se dit qu’il a encore de l’avenir devant lui.

Puisque j’ai cité le nom de Cadel Evans, je voudrais en profiter pour dire que, contrairement à d’autres qui ne connaissent pas l’histoire du vélo, je pense qu’il peut encore gagner de belles courses, même si ce sera de plus en plus difficile. N’oublions pas que s’il a fini 39è du Tour de France, il avait auparavant conquis la troisième place sur le Giro, un Tour d’Italie rendu très dur par les conditions dantesques dans lesquelles il s’est déroulé. Preuve par parenthèse que le doublé Giro-Tour est très, très difficile, surtout en ne pouvant plus se soigner à cause de contrôles antidopage certes très sévères…mais pas toujours efficaces ! Malgré tout, je ne vois pas Evans gagner de nouveau le Tour de France, contrairement à Contador. En revanche, si pour moi Rodriguez et Valverde ne le gagneront jamais, si Nibali et Froome seront sans doute les favoris de la prochaine édition, il se pourrait bien que dès 2014 ou 2015, ce soit un Colombien qui arrive en jaune sur les Champs-Elysées. Certes Quintana était encore loin de Froome sur ce Tour de France, un Froome qui aurait pu accentuer son avance s’il l’avait réellement voulu, mais c’est la première fois qu’un grand grimpeur colombien, capable de limiter les dégâts contre-la-montre, dispose de tous les atouts pour gagner un jour la Grande Boucle.

Et contrairement à des révélations tardives comme Froome ou Wiggins, Quintana a seulement 23 ans. Donc si sa progression est linéaire, il devrait s’imposer rapidement dans un grand tour et même en remporter un certain nombre. En tout cas il dispose de la résistance suffisante dans une épreuve comme le Tour de France, que n’avaient sans doute pas Lucho Herrera, malgré sa victoire à la Vuelta en 1987, ou encore Parra, malgré sa troisième place du Tour de France en 1988. J’en profite pour souligner que la Colombie, qui avait perdu une bonne partie de la place qu’elle s’était faite dans le monde du vélo est en train de retrouver tout son lustre, voire même plus. Rappelons que  ce jeune pays en terme de cyclisme (il date de 1962), eut  son premier vrai champion en la personne de Martin Cochise Rodriguez, apparu au début des années 70 en battant le record de l’heure amateur en 1973 (47.553 km). L’année 1973, c’est aussi celle de l’arrivée de la sélection nationale colombienne au Tour de l’Avenir, tous ces évènements préparant l’intrusion au plus haut sommet mondial ou presque de la Colombie dans la décennie 80.

A noter d’ailleurs que la Colombie a, contrairement aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne, une véritable tradition cycliste, avec une intense activité sur la route et sur les vélodromes. De nombreuses réunions sur piste sont encore organisées à travers le pays, notamment à Bogota, Medellin ou Cali, haut lieu de la piste s’il en est. Mais c’est quand même sur la route que les coureurs colombiens ont marqué les esprits en étant quasiment invincibles sur leurs terres à l’époque du Clasic0 R.C.N., une épreuve où quelques uns des meilleurs routiers européens des années 80 (Pascal Simon, Charly Mottet, Caritoux ou encore Laurent Fignon et Greg le Mond), se sont parfois fait humilier par les grimpeurs colombiens, que l’on surnommait « los escarabajos » (les scarabées). Va-t-on revoir de nouveau la même ambiance dans les médias colombiens que celle de l’époque Herrera-Parra (on se rappelle leur doublé à Lans-en-Vercors lors du Tour de France 1985), lesquels médias étaient souvent les premiers à donner des informations sur le vélo, y compris avant les grands journaux européens ? Sans doute, pour peu que Nairo Quintana confirme dans les années à venir ses performances de cette année, mais aussi ses compatriotes Henao, Betancur ou Uran, des confirmations dont je ne doute pas personnellement, au point que l’on puisse envisager qu’une nouvelle ère du vélo s’annonce avec pour figures de proue des Colombiens, comme les Italiens dans les années 40 ou 50, ou les Espagnols ces derniers temps. Et dans ce cas, ce serait un nouveau bain de fraîcheur pour le vélo sur route, lequel en a bien besoin après les succès des coureurs « robotisés » auxquels font penser les Anglo-Saxons, Froome n’échappant à la règle.

Michel Escatafal


Des performances plus ou moins renversantes…

Gay-PowellCertains de mes amis lecteurs du blog m’interrogent pour s’étonner de ne pas me voir  parler du Tour de France, moi le passionné de cyclisme comme pratiquant autrefois et comme spectateur à présent. Alors je leur réponds que si je ne parle pas du Tour…c’est parce que celui-ci était fini avant d’avoir commencé ou presque. Il y a en effet Froome et les autres, les autres s’appelant tout de même Contador, Rodriguez, Schleck, pour n’en citer que quelques uns. Froome écrase tout sur ce centième Tour de France, plus encore que la quasi-totalité des plus grands champions qui l’ont remporté. On a même l’impression qu’il pourrait avoir beaucoup plus d’avance encore s’il le voulait réellement. Cette impression est  d’ailleurs confortée par le fait qu’on le voyait à tout moment discuter avec son staff hier sur le Mont Ventoux, alors que tous ses adversaires semblaient écrasés par les pentes du Géant de Provence.

Evidemment tout cela suscite bien des suspicions, d’autant que ce même Froome fut disqualifié du Giro en 2010 (il avait 25 ans à l’époque) pour s’être accroché à une moto dans l’étape de montagne qui arrivait à Aprica. Une disqualification qui n’avait pas fait grand bruit car il était 104è au classement général. En rappelant ce peu glorieux épisode de sa carrière, force est de reconnaître qu’il a fait d’extraordinaires progrès en trois ans, au point de ridiculiser hier Contador en montagne, celui-ci ayant payé très cher l’effort fait pour essayer de suivre le maillot jaune lors de son attaque à 7 km du sommet, au point d’avoir été incapable de suivre Nieve sur la fin de l’étape. Voilà ce que je peux dire du Tour de France 2013, en notant quand même que Froome a mis presque 30 secondes de moins que Pantani en 1994 pour escalader ce même Ventoux, ou encore plus d’une minute et demi de moins que Contador, Schleck et Armstrong en 2009, et presque 2 mn de moins qu’Armstrong en 2002. A propos de Contador on notera simplement qu’il a réalisé hier à la seconde près le même temps qu’en 2009.

Sans aucune relation avec les deux paragraphes précédents, évoquons à présent le coup de tonnerre sur l’athlétisme qu’a représenté le contrôle positif de plusieurs athlètes qui figuraient jusqu’ici au firmament du sprint mondial, masculin et féminin, contrôle positif qui n’a pas du tout étonné un grand champion comme Doucouré (champion du monde du 110m haies et du 4x100m en 2005), lequel parlait hier de « sport à deux vitesses ». Parmi ceux-ci en effet figurent un ex-recordman du monde du 100m, le Jamaïcain Asafa Powell (meilleur temps 9s74) et l’Américain Tyson Gay, champion du monde du 100, 200 et 4X100m en 2007, et actuel meilleur performer mondial de l’année sur 100m en 9s75. Mais à ces deux stars du 100m masculin, il faut ajouter Sherone Simpson (28 ans), médaillée d’or du 4x100m en 2004 aux J.O. d’Athènes et médaillée d’argent sur 100m à ceux de Pékin en 2008. Bref, comme on dirait vulgairement, du lourd, du très lourd même, au point qu’on se met presque à rêver d’une médaille française masculine sur 100m aux prochains championnats du monde d’athlétisme à Moscou, pour peu que Vicaut (9s95 lors des derniers championnats de France) continue de monter en puissance dans le mois à venir. Ce serait une première médaille planétaire sur la distance de la part d’un Français ! Même Bambuck n’a pas fait mieux que cinquième aux J. O. de Mexico en 1968. A noter que ces contrôles antidopage positifs surviennent quasiment 25 ans après la retentissante disqualification du Canadien Ben Johnson, qui avait réussi, le 24 septembre 1988 aux J .O. de Séoul, le temps de 9s79, qui lui avait permis de devancer largement Carl Lewis lors de la finale du 100m, avant d’être disqualifié quelques heures après son succès et banni des Jeux Olympiques.  Le temps passe vraiment très vite, trop vite même sans doute…

Michel Escatafal


Quel beau week-end pour le tennis français !!!

BartoliQuel beau week-end nous venons de vivre quand on est supporter de tennis français! D’abord parce qu’une victoire en grand chelem est suffisamment rare, quand on est français (7 depuis 1967 hommes et femmes confondus avec Françoise Durr, Noah, Mary Pierce, Amélie Mauresmo et Marion Bartoli), pour ne pas se réjouir. Ensuite parce qu’à cette magnifique victoire à Wimbledon de Marion Bartoli contre l’Allemande Lisicki (6-1 et 6-4), il faut ajouter le sacre en double-mixte de Kristina Mladenovic, une jeune femme de 20 ans qui a (peut-être) le potentiel pour remporter un jour un tournoi du grand chelem. Après tout peu de monde imaginait Marion Bartoli être capable de remporter un Wimbledon, même si les sceptiques auraient dû savoir qu’elle avait déjà été finaliste en 2007, battue par une super spécialiste du gazon, Vénus Williams. Et pour aller plus loin dans cette introduction, peu de monde aurait parié il y a quatre ou cinq ans qu’Andy Murray serait le successeur de Fred Perry, dernier britannique à avoir remporté le tournoi de Wimbledon en 1936. Pour ma part je le pressentais, mais quand j’ai écrit mon article « A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ? », en juin 2011, Murray figurait déjà parmi les meilleurs joueurs du monde, ce qu’il a confirmé l’an passé en s’imposant à Flushing-Meadow. Cela étant, deux ou trois ans auparavant, je n’aurais pas parié beaucoup d’euros sur le fait qu’il puisse devenir un jour le numéro un mondial, ce qu’il est presque aujourd’hui, puisqu’il est numéro deux derrière celui qu’il a exécuté dimanche, Novak Djokovic.

Après ce long préambule parlons aujourd’hui de Marion Bartoli qui, à ce jour, fait partie des femmes qui ont remporté un seul tournoi du grand chelem, mais à l’endroit le plus prestigieux qui existe, Wimbledon. C’est peut-être un paradoxe de parler de « l’endroit le plus prestigieux », dans la mesure où on ne joue sur gazon que quelques semaines dans l’année, mais Wimbledon est né en 1884 chez les dames (1877 chez les hommes), plus tôt et même beaucoup plus tôt que les autres tournois majeurs. Pour mémoire Roland-Garros date de 1925, avec la victoire de Lacoste chez les hommes et de Suzanne Lenglen chez les dames, les Internationaux des Etats-Unis datent eux de 1881 chez les hommes et 1887 chez les dames (joués en deux endroits différents respectivement Newport et Philadelphie), les Internationaux d’Australie ayant vu le jour pour leur part en 1905 (ils s’appelaient Internationaux d’Australasie) chez les hommes et en 1922 chez les dames. Et oui, comme nous pouvons le constater, il y a une tradition à Wimbledon que nous ne retrouvons nulle part ailleurs, ce qui lui donne ce prestige inégalé. Marion Bartoli a bien fait de gagner le tournoi anglais, qui plus est l’année où un Britannique écrit l’histoire !

Et puisque nous sommes dans l’histoire, à qui peut-on comparer Marion Bartoli ? A peu de joueuses car son jeu est assez atypique, parfois même éloigné des canons du tennis moderne pour ne pas dire du tennis tout court. Déjà elle frappe ses coups à deux mains des deux côtés, ce qui me fait penser à un joueur qui fut parmi les meilleurs mondiaux (en simple comme en double) au début des années 80, l’Américain Gene Mayer, mais aussi à Monica Seles, sans doute une des plus grandes joueuses de l’histoire (9 titres en grand chelem à l’âge de 20 ans), et qui l’aurait été plus encore si un fou ne l’avait pas violemment agressée sur un court de Hambourg. Comme Monica Seles, Marion Bartoli est une cogneuse de fond du court, ce qui met ses adversaires très vite sur la défensive. Ensuite elle se positionne très haut pour recevoir le service adverse, ce qui lui donne une qualité de retour rare pour une joueuse. Et si j’allais plus loin, je dirais qu’elle a aussi des qualités que n’aurait pas désavoué la grande Billie Jean King (12 titres en simple en grand chelem), à savoir que c’est une battante, que sa volonté et sa hargne sont souvent comparées à celle d’un homme, et qu’elle se présente toujours au mieux de sa condition physique. Pour ceux qui aiment l’histoire, beaucoup, parmi les plus anciens, considèrent que B. J. King disputa le plus beau match de tous les temps pour une femme contre Margaret Court à Wimbledon, en 1970. Certes elle fut battue (14-12 et 11-9), mais, comme l’aurait fait Marion Bartoli, après un énorme combat où elle fut à deux doigts de l’emporter grâce à des retours miraculeux, en étant pourtant mené 7-6 et 30-0 dans le deuxième set.

Et toujours dans le cadre de l’histoire du tennis féminin, il y a au moins quatre joueuses qui font penser à Marion Bartoli, parce qu’elles ont remporté leur seul titre en grand chelem à Wimbledon. La première de ces quatre femmes s’appelle Karen Hantze Susman, qui remporta Wimbledon, en 1962, en battant la Tchécoslovaque Vera Sukova (6-4 et 6-4). C’était une excellent joueuse de surface rapide, qui figura parmi les toutes meilleures à son époque, avec en outre trois victoires en double à Wimbledon en 1961 et 1962, année où elle fit le doublé, et à Forest-Hills (Etats-Unis) en 1964, chaque fois associée à…B.J. King. La deuxième est Conchita Martinez, plutôt spécialiste de la terre battue, mais qui s’imposa à Wimbledon en 1994 face à Martina Navratilova, la meilleure joueuse de tous les temps, qui n’était certes plus au top niveau à ce moment (elle avait 38 ans), mais qui avait encore de beaux restes. La troisième est la Tchèque Novotna, une remarquable joueuse de surface rapide, adepte du service-volée, qui, en plus de son titre en simple à Wimbledon en 1998 (contre Nathalie Tauziat), fut aussi une excellente joueuse de double avec des titres (12 en double dames) dans tous les tournois du grand chelem. Enfin, pour les citer toutes, il y a la Tchèque Petra Kvitova qui, comme Marion Bartoli, a remporté Wimbledon en 2011, mais qui tarde à confirmer cette victoire.

Cela étant Petra Kvitova, qui n’a que 23 ans, peut encore, comme Marion Bartoli, gagner d’autres titres du grand chelem, même si pour ma part je pense que Marion Bartoli a plus de chances de renouveler ce type de performances en raison, notamment, de sa combativité et de la solidité de ses nerfs. Je suis même persuadé que la joueuse française peut de nouveau s’imposer à Wimbledon, et s’octroyer un autre titre en grand chelem, qui s’ajouterait à ses huit titres en simple (à ce jour) sur le circuit WTA. Cela ferait taire définitivement les grincheux qui s’échinent à dire que Marion Bartoli a certes remporté le tournoi londonien, mais en ayant battu des joueuses classées loin des premières places mondiales. C’est vrai, mais Serena Williams, Maria Sharapova, Victoria Azarenka, Agnieszka Radwanska ou Petra Kvitova étaient bien engagées dans le tournoi, mais pour des raisons diverses elles n’ont pas pu aller jusqu’au bout…ce qui n’est pas la faute de Marion Bartoli qui, en outre, n’a pas perdu un seul set.

Michel Escatafal


Parler de Jack Cantoni, c’est revisiter l’histoire du rugby à XV et à XIII

Jack CantoniDécidément le sort est cruel en ce moment pour les vieilles gloires! Il est vrai que généralement quand on parle d’un sportif âgé de 80, 90 ans ou plus, c’est pour évoquer sa mort. Ce fut le cas pour Alain Mimoun ces derniers jours, comme j’aurais pu le faire pour Froïlan Gonzales (décédé le 15 juin à 90 ans), l’ancien pilote argentin de Formule 1, rival et ami de Juan-Manuel Fangio au début des années 50. En revanche même si la mort de quelqu’un est toujours triste, elle l’est encore plus quand cela concerne un homme de 65 ans, comme cela vient d’être le cas pour Jack Cantoni, qui s’est éteint le 25 juin dernier. Pour les plus jeunes, Jack Cantoni fut un de ces surdoués du rugby français qui, comme tous les surdoués, fut loin de faire la carrière internationale qu’il méritait. Rapide, inspiré, il avait tous les dons pour jouer au rugby à XIII comme à XV, y compris un très beau coup de pied, comme en témoigne son drop contre l’Afrique du Sud à Durban des 40 mètres à gauche, qui permit au XV de France de tenir en échec les Springboks chez eux (8-8).

Ayant démarré ladite carrière à l’aile, poste qu’occupait son père à XIII, il allait très vite devenir l’incontournable arrière de l’AS Béziers, la grande AS Béziers des années 70, avec laquelle il sera champion de France à 7 reprises entre 1971 et 1980. Qui ne se souvient parmi les anciens de son extraordinaire contre-attaque, lancée presque de sa ligne de sa ligne de but, en finale du championnat de France 1971, alors que tout le monde pensait que le RC Toulon d’André Herrero allait être champion de France ? Une contre-attaque, ponctuée de crochets meurtriers qui éliminèrent plusieurs adversaires, qui allait permettre à l’AS Béziers de revenir à hauteur de Toulon…et de l’emporter in fine en prolongations.

Jack Cantoni en revanche ne comptera que 17 sélections en équipe de France entre 1970 et 1975, sa première et sa dernière convocation pour le XV de France se faisant face au Pays de Galles, sans doute la meilleure équipe au monde au début de la décennie 70 avec ses Edwards, Barry John, Phil Bennett, Gerald Davies, JPR Williams, ou encore Quinell et Cobner. Ce fut sans doute une consolation pour lui de se dire qu’il aura connu et affronté cette extraordinaire équipe, une équipe dont il aurait à coup sûr été un élément incontournable…s’il était né gallois, même si avec JPR Williams la concurrence aurait été terrible à l’arrière. Mais connaissant le pragmatisme des sélectionneurs gallois, on l’aurait sans doute placé à une aile. Il n’y a qu’en France qu’on n’aime pas les surdoués ! La preuve, Max Barrau à la même époque compta à peine 16 sélections, Alain Caussade un peu plus tard une douzaine, et Patrick Nadal, le fils spirituel des Boniface à Mont-de-Marsan, aucune. En revanche à moins de 25 ans, Parra compte déjà 51 capes, et ce n’est pas le seul exemple !

Fermons cette longue parenthèse, et revenons à Cantoni, ou plutôt parlons un peu de son père, Vincent, grande figure de Toulouse XIII, à la belle époque du XIII, en espérant que les matches que l’on peut voir à la télévision sur beIN SPORT, redonneront à ce sport magnifique sa place dans les médias. Vincent Cantoni fut en effet un très grand treiziste, puisqu’il fut sélectionné à 24 reprises en équipe de France (1948-1954), à un moment où le XIII de France était la meilleure équipe nationale de ce jeu. Plus forte encore que l’Australie, comme en témoigne sa tournée victorieuse en 1951 dans ce pays où le rugby à XIII est sport roi (dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce site), qui restera à jamais l’un des plus grands exploits du sport français (victoire de la France 35-14 lors du troisième test devant 67.000 spectateurs et 34-17 lors de la revanche de la revanche organisée à la demande des Australiens), et qui ont valu à ses héros d’être sacrés officieusement champions du monde (la Coupe du Monde n’existait pas encore), et d’être accueillis à leur retour à Marseille par des dizaines de milliers de spectateurs, les joueurs étant juchés sur un cortège de 203 Peugeot décapotables. Ces héros avaient pour nom Robert Caillou (capitaine), Puig-Aubert devenu « Pipette » et l’homme le plus populaire et peut-être le plus connu d’Australie à ce moment, Jacky Merquey, Jo Crespo, Raymond Contrastin, un ailier au physique d’aujourd’hui (1.76m et 85 kg), Jean Dop, Jean Audoubert, Elie Brousse que les Australiens ont longtemps considéré comme un des plus grands avants de l’histoire du rugby, François Rinaldi, Edouard Ponsinet, Louis Mazon et donc Vincent Cantoni, pour ne citer qu’eux.

Si j’ai écrit que la Coupe du Monde n’existait pas encore, c’est parce qu’elle vit le jour en 1954, organisée en France, ce qui était normal dans la mesure où notre équipe était en quelque sorte le tenant du titre et aussi parce que, comme très souvent dans le sport, la France en fut l’instigatrice. Hélas pour notre formation, formée avec la plupart des joueurs de la tournée de 1951, elle fut vaincue au Parc des Princes par la Grande-Bretagne (12-16), alors que la victoire lui tendait les bras, mais ce jour-là les Britanniques étaient un peu au-dessus, comme en témoignent le fait qu’ils aient marqué 4 essais contre 2 aux Français (Cantoni et Contrastin).

Le XIII de France avait laissé passé sa chance, puisque jamais il ne remporta l’épreuve malgré la présence de quelques joueurs de très grande classe à la fin des années 50 et au début des années 60, comme André Carrère, surnommé l’arrière suicide, à la fois extraordinaire attaquant et excellent défenseur, l’ailier avignonnais Savonne surnommé le Lion du Vaucluse, Gilbert Benausse considéré à son époque comme le meilleur ouvreur du monde par les treizistes et les quinzistes, sans oublier les trois-quarts villeneuvois Jimenez, Foussat et Gruppi ou l’avant André Lacaze, les Albigeois Fabre, Fages, Bescos et Vadon, Erramouspé, le Perpignanais Majoral, et les joueurs venus du XV comme Jean Barthe, Aldo Quaglio et Papillon Lacaze, transferts qui avaient fait grand bruit à l’époque.

Et oui, malgré tous ces talents et sans doute parfois une certaine malchance, le XIII de France se contentera d’une finale de Coupe du Monde perdue en 1968 (battue par l’Australie 20-2). Dans cette équipe il y avait des joueurs comme les avants Georges Aillères (Toulouse XIII) et Sabatié (Villeneuve XIII), et derrière quelques joueurs de grande classe comme les anciens quinzistes Mantoulan et Capdouze qui jouaient au XIII Catalan. Que de souvenirs pour les plus âgés…et même pour ceux qui aiment l’histoire de ce sport. Pour ma part, si j’étais trop jeune pour avoir connu la tournée de 1951, j’en ai tellement entendu parlé par ceux qui m’ont appris à jouer au rugby à XV, ce qui montre qu’ils n’étaient pas sectaires et que les anathèmes lancés à l’époque entre les deux rugbys étaient surtout une affaire de dirigeants, que j’ai l’impression d’avoir vécu ces évènements, ce qui explique que j’ai tellement de plaisir à les décrire. Au passage, je regrette énormément que ces magnifiques pages de l’histoire du ballon ovale chez nous soient de nos jours complètement oubliées. Mais, comme je l’ai dit en préambule, le rugby à XIII a longtemps souffert d’un ostracisme des médias…sous le prétexte d’une horrible bagarre en finale du championnat de France 1981 (Villeneuve contre XIII Catalan) qui obligea l’arbitre à interrompre le match, diffusé à l’époque sur Antenne 2. Certes ces pugilats n’étaient pas beau à voir, mais était-ce une raison pour ne plus diffuser de rugby à XIII ? Evidemment NON ! Cependant il y a du mieux depuis l’arrivée dans notre paysage audiovisuel de la chaîne qatarie beIN SPORT qui diffuse de très nombreux matches, et aussi grâce aux exploits des Dragons Catalans.

J’en profite pour rappeler que la franchise catalane est actuellement cinquième de la Super League et qu’elle nous offre la plupart du temps un très beau spectacle à chacune de ses prestations. Si j’écris « la plupart du temps », c’est parce que les Dragons n’ont pas été bons récemment contre Hull KR à Toulouse, et encore moins contre Huddersfield quelques jours après (défaite 60-16), ce qui compromet leur classement actuel. Cela étant, il faut rappeler que le niveau de cette Super League est très élevé, regroupant les onze meilleurs clubs anglais, et que depuis 2006 où les Dragons finirent douzième, ceux-ci n’ont jamais fait de la figuration, puisqu’ils furent dixième en 2007 et finaliste de la Carnegie Challenge Cup (l’équivalent de la Coupe de France) où ils furent battus (devant plus de 84.000 spectateurs !) par St Helens (30-8), puis troisième de la saison régulière en 2008, ce qui leur a permis de se qualifier pour les plays-off, comme en 2009 où ils atteignirent les demi-finales, et comme en 2011 où ils terminèrent sixième de la saison régulière, s’arrêtant en huitièmes de finale des plays-offs, et enfin quatrième en 2012 de la saison régulière. Tout cela pour dire que grâce aux Dragons le rugby à XIII français se revivifie considérablement, en espérant qu’ils auront les moyens de poursuivre leur progression dans ce championnat face aux puissantes armadas britanniques, ce qui ne pourra que profiter à ses jeunes espoirs comme Morgan Escaré, Eloi Pelissier ou Julian Bousquet. Allez les Dragons !!!

Michel Escatafal