Parler de Jack Cantoni, c’est revisiter l’histoire du rugby à XV et à XIII

Jack CantoniDécidément le sort est cruel en ce moment pour les vieilles gloires! Il est vrai que généralement quand on parle d’un sportif âgé de 80, 90 ans ou plus, c’est pour évoquer sa mort. Ce fut le cas pour Alain Mimoun ces derniers jours, comme j’aurais pu le faire pour Froïlan Gonzales (décédé le 15 juin à 90 ans), l’ancien pilote argentin de Formule 1, rival et ami de Juan-Manuel Fangio au début des années 50. En revanche même si la mort de quelqu’un est toujours triste, elle l’est encore plus quand cela concerne un homme de 65 ans, comme cela vient d’être le cas pour Jack Cantoni, qui s’est éteint le 25 juin dernier. Pour les plus jeunes, Jack Cantoni fut un de ces surdoués du rugby français qui, comme tous les surdoués, fut loin de faire la carrière internationale qu’il méritait. Rapide, inspiré, il avait tous les dons pour jouer au rugby à XIII comme à XV, y compris un très beau coup de pied, comme en témoigne son drop contre l’Afrique du Sud à Durban des 40 mètres à gauche, qui permit au XV de France de tenir en échec les Springboks chez eux (8-8).

Ayant démarré ladite carrière à l’aile, poste qu’occupait son père à XIII, il allait très vite devenir l’incontournable arrière de l’AS Béziers, la grande AS Béziers des années 70, avec laquelle il sera champion de France à 7 reprises entre 1971 et 1980. Qui ne se souvient parmi les anciens de son extraordinaire contre-attaque, lancée presque de sa ligne de sa ligne de but, en finale du championnat de France 1971, alors que tout le monde pensait que le RC Toulon d’André Herrero allait être champion de France ? Une contre-attaque, ponctuée de crochets meurtriers qui éliminèrent plusieurs adversaires, qui allait permettre à l’AS Béziers de revenir à hauteur de Toulon…et de l’emporter in fine en prolongations.

Jack Cantoni en revanche ne comptera que 17 sélections en équipe de France entre 1970 et 1975, sa première et sa dernière convocation pour le XV de France se faisant face au Pays de Galles, sans doute la meilleure équipe au monde au début de la décennie 70 avec ses Edwards, Barry John, Phil Bennett, Gerald Davies, JPR Williams, ou encore Quinell et Cobner. Ce fut sans doute une consolation pour lui de se dire qu’il aura connu et affronté cette extraordinaire équipe, une équipe dont il aurait à coup sûr été un élément incontournable…s’il était né gallois, même si avec JPR Williams la concurrence aurait été terrible à l’arrière. Mais connaissant le pragmatisme des sélectionneurs gallois, on l’aurait sans doute placé à une aile. Il n’y a qu’en France qu’on n’aime pas les surdoués ! La preuve, Max Barrau à la même époque compta à peine 16 sélections, Alain Caussade un peu plus tard une douzaine, et Patrick Nadal, le fils spirituel des Boniface à Mont-de-Marsan, aucune. En revanche à moins de 25 ans, Parra compte déjà 51 capes, et ce n’est pas le seul exemple !

Fermons cette longue parenthèse, et revenons à Cantoni, ou plutôt parlons un peu de son père, Vincent, grande figure de Toulouse XIII, à la belle époque du XIII, en espérant que les matches que l’on peut voir à la télévision sur beIN SPORT, redonneront à ce sport magnifique sa place dans les médias. Vincent Cantoni fut en effet un très grand treiziste, puisqu’il fut sélectionné à 24 reprises en équipe de France (1948-1954), à un moment où le XIII de France était la meilleure équipe nationale de ce jeu. Plus forte encore que l’Australie, comme en témoigne sa tournée victorieuse en 1951 dans ce pays où le rugby à XIII est sport roi (dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce site), qui restera à jamais l’un des plus grands exploits du sport français (victoire de la France 35-14 lors du troisième test devant 67.000 spectateurs et 34-17 lors de la revanche de la revanche organisée à la demande des Australiens), et qui ont valu à ses héros d’être sacrés officieusement champions du monde (la Coupe du Monde n’existait pas encore), et d’être accueillis à leur retour à Marseille par des dizaines de milliers de spectateurs, les joueurs étant juchés sur un cortège de 203 Peugeot décapotables. Ces héros avaient pour nom Robert Caillou (capitaine), Puig-Aubert devenu « Pipette » et l’homme le plus populaire et peut-être le plus connu d’Australie à ce moment, Jacky Merquey, Jo Crespo, Raymond Contrastin, un ailier au physique d’aujourd’hui (1.76m et 85 kg), Jean Dop, Jean Audoubert, Elie Brousse que les Australiens ont longtemps considéré comme un des plus grands avants de l’histoire du rugby, François Rinaldi, Edouard Ponsinet, Louis Mazon et donc Vincent Cantoni, pour ne citer qu’eux.

Si j’ai écrit que la Coupe du Monde n’existait pas encore, c’est parce qu’elle vit le jour en 1954, organisée en France, ce qui était normal dans la mesure où notre équipe était en quelque sorte le tenant du titre et aussi parce que, comme très souvent dans le sport, la France en fut l’instigatrice. Hélas pour notre formation, formée avec la plupart des joueurs de la tournée de 1951, elle fut vaincue au Parc des Princes par la Grande-Bretagne (12-16), alors que la victoire lui tendait les bras, mais ce jour-là les Britanniques étaient un peu au-dessus, comme en témoignent le fait qu’ils aient marqué 4 essais contre 2 aux Français (Cantoni et Contrastin).

Le XIII de France avait laissé passé sa chance, puisque jamais il ne remporta l’épreuve malgré la présence de quelques joueurs de très grande classe à la fin des années 50 et au début des années 60, comme André Carrère, surnommé l’arrière suicide, à la fois extraordinaire attaquant et excellent défenseur, l’ailier avignonnais Savonne surnommé le Lion du Vaucluse, Gilbert Benausse considéré à son époque comme le meilleur ouvreur du monde par les treizistes et les quinzistes, sans oublier les trois-quarts villeneuvois Jimenez, Foussat et Gruppi ou l’avant André Lacaze, les Albigeois Fabre, Fages, Bescos et Vadon, Erramouspé, le Perpignanais Majoral, et les joueurs venus du XV comme Jean Barthe, Aldo Quaglio et Papillon Lacaze, transferts qui avaient fait grand bruit à l’époque.

Et oui, malgré tous ces talents et sans doute parfois une certaine malchance, le XIII de France se contentera d’une finale de Coupe du Monde perdue en 1968 (battue par l’Australie 20-2). Dans cette équipe il y avait des joueurs comme les avants Georges Aillères (Toulouse XIII) et Sabatié (Villeneuve XIII), et derrière quelques joueurs de grande classe comme les anciens quinzistes Mantoulan et Capdouze qui jouaient au XIII Catalan. Que de souvenirs pour les plus âgés…et même pour ceux qui aiment l’histoire de ce sport. Pour ma part, si j’étais trop jeune pour avoir connu la tournée de 1951, j’en ai tellement entendu parlé par ceux qui m’ont appris à jouer au rugby à XV, ce qui montre qu’ils n’étaient pas sectaires et que les anathèmes lancés à l’époque entre les deux rugbys étaient surtout une affaire de dirigeants, que j’ai l’impression d’avoir vécu ces évènements, ce qui explique que j’ai tellement de plaisir à les décrire. Au passage, je regrette énormément que ces magnifiques pages de l’histoire du ballon ovale chez nous soient de nos jours complètement oubliées. Mais, comme je l’ai dit en préambule, le rugby à XIII a longtemps souffert d’un ostracisme des médias…sous le prétexte d’une horrible bagarre en finale du championnat de France 1981 (Villeneuve contre XIII Catalan) qui obligea l’arbitre à interrompre le match, diffusé à l’époque sur Antenne 2. Certes ces pugilats n’étaient pas beau à voir, mais était-ce une raison pour ne plus diffuser de rugby à XIII ? Evidemment NON ! Cependant il y a du mieux depuis l’arrivée dans notre paysage audiovisuel de la chaîne qatarie beIN SPORT qui diffuse de très nombreux matches, et aussi grâce aux exploits des Dragons Catalans.

J’en profite pour rappeler que la franchise catalane est actuellement cinquième de la Super League et qu’elle nous offre la plupart du temps un très beau spectacle à chacune de ses prestations. Si j’écris « la plupart du temps », c’est parce que les Dragons n’ont pas été bons récemment contre Hull KR à Toulouse, et encore moins contre Huddersfield quelques jours après (défaite 60-16), ce qui compromet leur classement actuel. Cela étant, il faut rappeler que le niveau de cette Super League est très élevé, regroupant les onze meilleurs clubs anglais, et que depuis 2006 où les Dragons finirent douzième, ceux-ci n’ont jamais fait de la figuration, puisqu’ils furent dixième en 2007 et finaliste de la Carnegie Challenge Cup (l’équivalent de la Coupe de France) où ils furent battus (devant plus de 84.000 spectateurs !) par St Helens (30-8), puis troisième de la saison régulière en 2008, ce qui leur a permis de se qualifier pour les plays-off, comme en 2009 où ils atteignirent les demi-finales, et comme en 2011 où ils terminèrent sixième de la saison régulière, s’arrêtant en huitièmes de finale des plays-offs, et enfin quatrième en 2012 de la saison régulière. Tout cela pour dire que grâce aux Dragons le rugby à XIII français se revivifie considérablement, en espérant qu’ils auront les moyens de poursuivre leur progression dans ce championnat face aux puissantes armadas britanniques, ce qui ne pourra que profiter à ses jeunes espoirs comme Morgan Escaré, Eloi Pelissier ou Julian Bousquet. Allez les Dragons !!!

Michel Escatafal

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2 commentaires on “Parler de Jack Cantoni, c’est revisiter l’histoire du rugby à XV et à XIII”

  1. Discount Oakley Dispatch II

    What a good YouTube video it is! Amazing, I liked it, and I am sharing this YouTube record with all my friends.

  2. Mougeot dit :

    et qu’est devenu André Carrere ??je crois qu’il vivait a Villeneuve sur lot en Lot & Garonnne…


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