Quel beau week-end pour le tennis français !!!

BartoliQuel beau week-end nous venons de vivre quand on est supporter de tennis français! D’abord parce qu’une victoire en grand chelem est suffisamment rare, quand on est français (7 depuis 1967 hommes et femmes confondus avec Françoise Durr, Noah, Mary Pierce, Amélie Mauresmo et Marion Bartoli), pour ne pas se réjouir. Ensuite parce qu’à cette magnifique victoire à Wimbledon de Marion Bartoli contre l’Allemande Lisicki (6-1 et 6-4), il faut ajouter le sacre en double-mixte de Kristina Mladenovic, une jeune femme de 20 ans qui a (peut-être) le potentiel pour remporter un jour un tournoi du grand chelem. Après tout peu de monde imaginait Marion Bartoli être capable de remporter un Wimbledon, même si les sceptiques auraient dû savoir qu’elle avait déjà été finaliste en 2007, battue par une super spécialiste du gazon, Vénus Williams. Et pour aller plus loin dans cette introduction, peu de monde aurait parié il y a quatre ou cinq ans qu’Andy Murray serait le successeur de Fred Perry, dernier britannique à avoir remporté le tournoi de Wimbledon en 1936. Pour ma part je le pressentais, mais quand j’ai écrit mon article « A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ? », en juin 2011, Murray figurait déjà parmi les meilleurs joueurs du monde, ce qu’il a confirmé l’an passé en s’imposant à Flushing-Meadow. Cela étant, deux ou trois ans auparavant, je n’aurais pas parié beaucoup d’euros sur le fait qu’il puisse devenir un jour le numéro un mondial, ce qu’il est presque aujourd’hui, puisqu’il est numéro deux derrière celui qu’il a exécuté dimanche, Novak Djokovic.

Après ce long préambule parlons aujourd’hui de Marion Bartoli qui, à ce jour, fait partie des femmes qui ont remporté un seul tournoi du grand chelem, mais à l’endroit le plus prestigieux qui existe, Wimbledon. C’est peut-être un paradoxe de parler de « l’endroit le plus prestigieux », dans la mesure où on ne joue sur gazon que quelques semaines dans l’année, mais Wimbledon est né en 1884 chez les dames (1877 chez les hommes), plus tôt et même beaucoup plus tôt que les autres tournois majeurs. Pour mémoire Roland-Garros date de 1925, avec la victoire de Lacoste chez les hommes et de Suzanne Lenglen chez les dames, les Internationaux des Etats-Unis datent eux de 1881 chez les hommes et 1887 chez les dames (joués en deux endroits différents respectivement Newport et Philadelphie), les Internationaux d’Australie ayant vu le jour pour leur part en 1905 (ils s’appelaient Internationaux d’Australasie) chez les hommes et en 1922 chez les dames. Et oui, comme nous pouvons le constater, il y a une tradition à Wimbledon que nous ne retrouvons nulle part ailleurs, ce qui lui donne ce prestige inégalé. Marion Bartoli a bien fait de gagner le tournoi anglais, qui plus est l’année où un Britannique écrit l’histoire !

Et puisque nous sommes dans l’histoire, à qui peut-on comparer Marion Bartoli ? A peu de joueuses car son jeu est assez atypique, parfois même éloigné des canons du tennis moderne pour ne pas dire du tennis tout court. Déjà elle frappe ses coups à deux mains des deux côtés, ce qui me fait penser à un joueur qui fut parmi les meilleurs mondiaux (en simple comme en double) au début des années 80, l’Américain Gene Mayer, mais aussi à Monica Seles, sans doute une des plus grandes joueuses de l’histoire (9 titres en grand chelem à l’âge de 20 ans), et qui l’aurait été plus encore si un fou ne l’avait pas violemment agressée sur un court de Hambourg. Comme Monica Seles, Marion Bartoli est une cogneuse de fond du court, ce qui met ses adversaires très vite sur la défensive. Ensuite elle se positionne très haut pour recevoir le service adverse, ce qui lui donne une qualité de retour rare pour une joueuse. Et si j’allais plus loin, je dirais qu’elle a aussi des qualités que n’aurait pas désavoué la grande Billie Jean King (12 titres en simple en grand chelem), à savoir que c’est une battante, que sa volonté et sa hargne sont souvent comparées à celle d’un homme, et qu’elle se présente toujours au mieux de sa condition physique. Pour ceux qui aiment l’histoire, beaucoup, parmi les plus anciens, considèrent que B. J. King disputa le plus beau match de tous les temps pour une femme contre Margaret Court à Wimbledon, en 1970. Certes elle fut battue (14-12 et 11-9), mais, comme l’aurait fait Marion Bartoli, après un énorme combat où elle fut à deux doigts de l’emporter grâce à des retours miraculeux, en étant pourtant mené 7-6 et 30-0 dans le deuxième set.

Et toujours dans le cadre de l’histoire du tennis féminin, il y a au moins quatre joueuses qui font penser à Marion Bartoli, parce qu’elles ont remporté leur seul titre en grand chelem à Wimbledon. La première de ces quatre femmes s’appelle Karen Hantze Susman, qui remporta Wimbledon, en 1962, en battant la Tchécoslovaque Vera Sukova (6-4 et 6-4). C’était une excellent joueuse de surface rapide, qui figura parmi les toutes meilleures à son époque, avec en outre trois victoires en double à Wimbledon en 1961 et 1962, année où elle fit le doublé, et à Forest-Hills (Etats-Unis) en 1964, chaque fois associée à…B.J. King. La deuxième est Conchita Martinez, plutôt spécialiste de la terre battue, mais qui s’imposa à Wimbledon en 1994 face à Martina Navratilova, la meilleure joueuse de tous les temps, qui n’était certes plus au top niveau à ce moment (elle avait 38 ans), mais qui avait encore de beaux restes. La troisième est la Tchèque Novotna, une remarquable joueuse de surface rapide, adepte du service-volée, qui, en plus de son titre en simple à Wimbledon en 1998 (contre Nathalie Tauziat), fut aussi une excellente joueuse de double avec des titres (12 en double dames) dans tous les tournois du grand chelem. Enfin, pour les citer toutes, il y a la Tchèque Petra Kvitova qui, comme Marion Bartoli, a remporté Wimbledon en 2011, mais qui tarde à confirmer cette victoire.

Cela étant Petra Kvitova, qui n’a que 23 ans, peut encore, comme Marion Bartoli, gagner d’autres titres du grand chelem, même si pour ma part je pense que Marion Bartoli a plus de chances de renouveler ce type de performances en raison, notamment, de sa combativité et de la solidité de ses nerfs. Je suis même persuadé que la joueuse française peut de nouveau s’imposer à Wimbledon, et s’octroyer un autre titre en grand chelem, qui s’ajouterait à ses huit titres en simple (à ce jour) sur le circuit WTA. Cela ferait taire définitivement les grincheux qui s’échinent à dire que Marion Bartoli a certes remporté le tournoi londonien, mais en ayant battu des joueuses classées loin des premières places mondiales. C’est vrai, mais Serena Williams, Maria Sharapova, Victoria Azarenka, Agnieszka Radwanska ou Petra Kvitova étaient bien engagées dans le tournoi, mais pour des raisons diverses elles n’ont pas pu aller jusqu’au bout…ce qui n’est pas la faute de Marion Bartoli qui, en outre, n’a pas perdu un seul set.

Michel Escatafal

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