Une nouvelle ère colombienne dans le cyclisme…

HerreraquintanaLe centième Tour de France est fini…et pour moi ce ne fut pas une grande fête, comme certains essaient par tous les moyens de nous le vendre. Pourquoi ? C’est un sentiment mitigé pour de multiples raisons, à commencer par le fait que le vainqueur était connu d’avance. Qui en effet pouvait inquiéter Froome ? A vrai dire personne, car même le seul grand absent de l’épreuve, Nibali, n’aurait rien pu contre Froome. Et pourtant Nibali a fait un Giro formidable, lequel par parenthèse m’a fait beaucoup plus vibrer que le Tour. Et pourtant le Nibali version 2013 semble être plus fort que celui des années précédentes, comme il devrait le prouver lors de la prochaine Vuelta, dont il sera le grand favori, malgré Rodriguez, Valverde et peut-être Wiggins, ce dernier étant un vainqueur sans lendemain du Tour de France 2012. Au passage, je ne sais pas comment se comporteront Rodriguez et Valverde dans la Vuelta, car ils ont quand même fait beaucoup d’efforts pendant le Tour de France. Rappelons-nous que même Froome l’an passé, malgré un Tour de France où il n’avait pas vraiment puisé dans ses réserves, n’avait pas existé dans le Tour d’Espagne face à Valverde, Rodriguez et Contador.

Contador justement, dont je veux parler pour souligner que je ne l’ai pas trouvé tellement inférieur à son niveau antérieur, sentiment corroboré par son temps d’ascension du Ventoux, équivalent à celui de 2009. Pour ma part, désolé de le dire à ses ridicules détracteurs, je l’ai trouvé plutôt bon dans ce Tour 2013, même s’il n’avait pas la forme que l’on attendait de lui, surtout depuis son retour victorieux en août 2012. En fait il lui manquait ces 10 ou 15% de capacités supplémentaires qu’il savait si bien récupérer autrefois entre le Dauphiné et le Tour de France. Il lui manquait aussi ses repères habituels dans des épreuves comme Paris-Nice, qu’il a sans doute eu tort de ne pas disputer, sans parler de ses pérégrinations au Tour de San Luis (en Argentine) en janvier), puis au Tour d’Oman le mois suivant, avant d’affronter Tirreno-Adriatico en étant déjà quelque peu fourbu. Résultat, après un Tour du Pays Basque décevant et des Ardennaises où il n’a guère brillé, il s’est retrouvé quasiment en mai en ayant perdu une bonne partie de cette confiance sans laquelle un coureur, fut-il de sa classe, ne peut optimiser sa préparation avec des certitudes.

Alors me direz-vous, que doit-il faire pour que l’an prochain dans le Tour de France on retrouve le vrai Contador ? Je ne suis pas son directeur sportif, ni son employeur, et sans doute que des gens plus compétents que moi se sont déjà penchés sur le problème. Toutefois il suffisait de voir Contador évoluer au fil des mois depuis le début de l’année 2013 pour s’apercevoir que son approche du Tour de France n’était pas la bonne. Une seule victoire, mineure reconnaissons-le (étape Tour de Sans Luis), à son compteur jusqu’au départ du Tour, ce n’est pas digne d’un coureur de sa classe, sans doute un des 10 ou 15 meilleurs coureurs de l’histoire, comme en témoigne son vrai palmarès (13è au classement des plus grandes épreuves sur route). Alors est-ce que cela signifie que Contador est déjà sur le déclin à 30 ans, l’âge d’or du coureur cycliste ? Sans doute pas. Est-ce la conséquence de son injuste suspension en 2011 pour quelques misérables traces de clembutérol trouvées dans son urine lors d’un contrôle pendant une journée de repos dans le Tour 2010 ? Peut-être, parce que Contador doit être marqué à jamais par cet épisode ô combien douloureux. Est-ce aussi une carrière faite de hauts et de bas entre 2007 et 2013, où chaque hiver il n’a pu se reposer en raison de problèmes continus tenant à la fois à des changements d’équipe ou à des attentes de suspension qui n’en finissaient pas ? Peut-être, sans doute.

Il est en effet très possible que Contador ait payé cette année tous ces contretemps dans sa carrière. Pour ma part, étant un vrai supporter du coureur de Pinto, je pense que la chute de Contador dans la hiérarchie, au demeurant toute relative, est inhérente à toutes les péripéties, très souvent négatives, qui ont émaillé sa carrière ces dernières années. J’ai bien précisé toute relative, parce qu’il a tout de même terminé à la quatrième place du Tour de France…ce qui n’a rien d’infâmant. C’est pour cela que je suis de ceux qui pensent qu’Alberto Contador, plus qu’Andy Schleck, son grand rival jusqu’en 2011, est encore capable de gagner plusieurs grands tours, pour peu qu’il puisse évoluer dans la sérénité lors des prochaines saisons. Je trouverais d’ailleurs tout à fait judicieux qu’il annonce son forfait définitif pour la Vuelta, où il a beaucoup plus à perdre qu’à gagner face à une concurrence à qui il ne fait plus peur. Qui sait si ce break ne lui ferait pas le plus grand bien ? A ce propos, je pense même qu’il devrait tirer un trait définitif sur cette année de déceptions, laquelle pourrait peut-être s’avérer être un mal pour un bien. D’ailleurs pourquoi se soucierait-il des désidérata de Bjarne Riis qui semble vouloir lui imposer sa présence au Tour d’Espagne, ou celle d’un de ses employeurs qui le décrit comme « trop riche »  et qui trouve qu’il « n’a pas assez faim », alors que tout le monde s’accorde à dire qu’il a toujours vécu par, pour et avec le vélo. Après tout, comme je le disais précédemment, Contador n’a que 30 ans, et quand on voit évoluer Rodriguez avec ses 34 ans, ou encore Valverde et ses 33 ans, sans parler de Cadel Evans qui remporté le Tour de France en 2011 à 34 ans, on se dit qu’il a encore de l’avenir devant lui.

Puisque j’ai cité le nom de Cadel Evans, je voudrais en profiter pour dire que, contrairement à d’autres qui ne connaissent pas l’histoire du vélo, je pense qu’il peut encore gagner de belles courses, même si ce sera de plus en plus difficile. N’oublions pas que s’il a fini 39è du Tour de France, il avait auparavant conquis la troisième place sur le Giro, un Tour d’Italie rendu très dur par les conditions dantesques dans lesquelles il s’est déroulé. Preuve par parenthèse que le doublé Giro-Tour est très, très difficile, surtout en ne pouvant plus se soigner à cause de contrôles antidopage certes très sévères…mais pas toujours efficaces ! Malgré tout, je ne vois pas Evans gagner de nouveau le Tour de France, contrairement à Contador. En revanche, si pour moi Rodriguez et Valverde ne le gagneront jamais, si Nibali et Froome seront sans doute les favoris de la prochaine édition, il se pourrait bien que dès 2014 ou 2015, ce soit un Colombien qui arrive en jaune sur les Champs-Elysées. Certes Quintana était encore loin de Froome sur ce Tour de France, un Froome qui aurait pu accentuer son avance s’il l’avait réellement voulu, mais c’est la première fois qu’un grand grimpeur colombien, capable de limiter les dégâts contre-la-montre, dispose de tous les atouts pour gagner un jour la Grande Boucle.

Et contrairement à des révélations tardives comme Froome ou Wiggins, Quintana a seulement 23 ans. Donc si sa progression est linéaire, il devrait s’imposer rapidement dans un grand tour et même en remporter un certain nombre. En tout cas il dispose de la résistance suffisante dans une épreuve comme le Tour de France, que n’avaient sans doute pas Lucho Herrera, malgré sa victoire à la Vuelta en 1987, ou encore Parra, malgré sa troisième place du Tour de France en 1988. J’en profite pour souligner que la Colombie, qui avait perdu une bonne partie de la place qu’elle s’était faite dans le monde du vélo est en train de retrouver tout son lustre, voire même plus. Rappelons que  ce jeune pays en terme de cyclisme (il date de 1962), eut  son premier vrai champion en la personne de Martin Cochise Rodriguez, apparu au début des années 70 en battant le record de l’heure amateur en 1973 (47.553 km). L’année 1973, c’est aussi celle de l’arrivée de la sélection nationale colombienne au Tour de l’Avenir, tous ces évènements préparant l’intrusion au plus haut sommet mondial ou presque de la Colombie dans la décennie 80.

A noter d’ailleurs que la Colombie a, contrairement aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne, une véritable tradition cycliste, avec une intense activité sur la route et sur les vélodromes. De nombreuses réunions sur piste sont encore organisées à travers le pays, notamment à Bogota, Medellin ou Cali, haut lieu de la piste s’il en est. Mais c’est quand même sur la route que les coureurs colombiens ont marqué les esprits en étant quasiment invincibles sur leurs terres à l’époque du Clasic0 R.C.N., une épreuve où quelques uns des meilleurs routiers européens des années 80 (Pascal Simon, Charly Mottet, Caritoux ou encore Laurent Fignon et Greg le Mond), se sont parfois fait humilier par les grimpeurs colombiens, que l’on surnommait « los escarabajos » (les scarabées). Va-t-on revoir de nouveau la même ambiance dans les médias colombiens que celle de l’époque Herrera-Parra (on se rappelle leur doublé à Lans-en-Vercors lors du Tour de France 1985), lesquels médias étaient souvent les premiers à donner des informations sur le vélo, y compris avant les grands journaux européens ? Sans doute, pour peu que Nairo Quintana confirme dans les années à venir ses performances de cette année, mais aussi ses compatriotes Henao, Betancur ou Uran, des confirmations dont je ne doute pas personnellement, au point que l’on puisse envisager qu’une nouvelle ère du vélo s’annonce avec pour figures de proue des Colombiens, comme les Italiens dans les années 40 ou 50, ou les Espagnols ces derniers temps. Et dans ce cas, ce serait un nouveau bain de fraîcheur pour le vélo sur route, lequel en a bien besoin après les succès des coureurs « robotisés » auxquels font penser les Anglo-Saxons, Froome n’échappant à la règle.

Michel Escatafal

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