Ramallets et San Mamés appartiennent à l’histoire du football espagnol

ramalletssan mamesAlors que Carlo Ancelotti découvre les joies et les peines d’être l’entraîneur du Real Madrid, avec notamment le feuilleton à épisodes quelque peu pathétique concernant Gareth Bale (on parle de 120 millions d’euros !), j’ai découvert ces derniers jours dans la presse espagnole deux faits importants qui ont quelque peu bouleversé nombre d’amateurs de football en Espagne et ailleurs.

Il y a tout d’abord la mort d’Antoni Ramallets, un des plus grands gardiens de l’histoire du football dans le monde, un des ces gardiens qui font gagner à leur équipe un nombre considérable de points dans une saison. Ramallets, en effet, est décédé avant-hier à l’âge de 89 ans, et si je parle de lui c’est parce qu’il a fait partie d’une des meilleures équipes nationales de l’histoire du football, l’Espagne (35 sélections), avec laquelle il obtint la quatrième place dans la Coupe du Monde 1950, remportée par l’Uruguay. Une Coupe du Monde qui ne lui rappellera pas que des bons souvenirs parce qu’il encaissa six buts de la part des Brésiliens, ce qui ne l’a pas empêché d’être appelé « le Chat de Maracana », tellement il a multiplié les exploits durant tout le premier tour de l’épreuve. Mais il a aussi fait partie d’une des plus prestigieuses équipes de club, le FC Barcelone, avec laquelle il remporta la Coupe des Villes de foires (1958 et 1960) devenue par la suite Coupe de l’UEFA (à partir de 1971). Avec laquelle aussi il parvint en finale de la Coupe d’Europe, où il allait endurer la plus grande déception de sa carrière, en étant le héros malheureux de cette finale, encaissant un but indigne de lui…par la faute du soleil couchant.

J’ai déjà parlé de cette erreur sur ce site (Un coucher de soleil fatal à Berne), tellement la défaite du Barça, le 31 mai 1961 à Berne, parut injuste à tous ceux qui ont assisté au match, dans les tribunes et à la télévision. J’étais très jeune à l’époque, mais je me souviens de la détresse de Ramallets, encaissant un but « casquette », qu’il se pardonna d’autant moins que son équipe avec ses stars de l’époque, notamment ses attaquants Kubala, Kocsis, Evaristo, Suarez et Csibor, tira à plusieurs reprises sur les montants des buts de Costa Pereira, le gardien du Benfica Lisbonne, qui finit par l’emporter sur le score de 3 buts contre 2 au Barça.

Cela n’empêcha pas Ramallets d’être considéré comme une légende du FC Barcelone, où il a joué entre 1947 et 1962, même s’il opéra au début de sa longue carrière dans des clubs comme le Real Valladolid ou le Real Majorque. Il a disputé près de 400 matches officiels pour le Barça, club avec lequel il gagna, outre ses coupes européennes, 6 championnats d’Espagne, 5 coupes du Roi, et à 5 reprises le  trophée Zamora, récompensant le meilleur gardien de la saison espagnole. Et pourtant il y avait de la concurrence à l’époque avec Alonso et Dominguez les gardiens du Real dans les années 50 et 60, mais aussi celui de l’Atletico Madrid , Madinabeytia, celui de Valence qui s’appelait lui aussi Zamora, ou encore Yarza, l’inamovible gardien de Saragosse. Quelle riche histoire à l’évocation de ces noms!!!

Autre riche histoire, celle du stade San Mamés (40.000 places), qui abrite les matches de l’Athletic Bilbao, club phare du Pays Basque depuis 1913, et qui est en cours de démolition. Ce stade rappelle aussi un mauvais souvenir aux supporters de l’équipe de France (j’y étais), laquelle fut vaincue le 16 juin 1982, au premier tour de la Coupe du Monde, par l’Angleterre (3-1), ce qui n’empêcha pas les Français d’arriver jusqu’en demi-finale de la compétition. Cela dit, le dernier match dans ce stade mythique eut lieu le 25 mai dernier, avec une défaite de l’Athletic Bilbao face à Levante, sur un but dans les dernières secondes de la partie du remplaçant Juanlu qui était entré sur le terrain à la minute 79. Ce but évidemment ne restera pas dans l’histoire comme le premier qui fut marqué à San Mamés, en août 1913, dans un match amical contre le Racing d’Irun, par Pichichi, attaquant dont je vais reparler un peu plus loin.

Un stade où l’on a disputé 1305 parties de championnat et où 4222 buts ont été marqués. Une enceinte sportive qui va être remplacée par un autre beaucoup plus moderne de plus de 53.000 places, qui s’appellera San Mamès Barria, dès le début de la prochaine saison, ce qui sera une manière de faire peau neuve pour le club aux couleurs rouges et blanches verticales. Un des grands clubs espagnols entre parenthèses, vainqueur de 8 championnats d’Espagne et de 24 Coupes d’Espagne, depuis sa fondation en 1903. Un club dont son meilleur joueur dans les années 1910-1920, Arazandi, fut un grand buteur, au point d’être resté dans l’histoire en donnant son surnom Pichichi (il mesurait moins de 1.60m) au meilleur buteur du championnat d’Espagne. Curieusement, un siècle plus tard, le multiple pichichi, Lionel Messi, est lui aussi un joueur de petite taille.

Fermons la parenthèse pour ajouter que l’Athletic Bilbao, club mythique à la fois basque et espagnol, a pour particularité d’opérer avec des joueurs d’origine basque…et souvent avec un entraîneur, lui aussi basque. Ainsi l’année où l’Athletic Bilbao fit le doublé coupe-championnat (1984), après avoir enlevé le championnat l’année précédente, c’était un entraîneur basque, Javier Clemente, qui était aux commandes de l’équipe, dont les meilleurs joueurs figuraient parmi les tous meilleurs en Espagne. Je pense en particulier à l’attaquant Dani (25 fois international), l’arrière central Goikoetxea (39 sélections), un autre attaquant Etxeberria (53 sélections) et le mythique gardien de la sélection espagnole entre 1985 et 1998, Zubizarreta (126 sélections).

En 1977, quand l’Athletic Bilbao arriva en finale de la Coupe de l’UEFA, c’était aussi un entraîneur basque qui était au bord du terrain, Koldo Aguirre, ancien demi du club dans les années 50. Il entraînait une équipe dont les vedettes était un autre remarquable gardien qui passa 18 ans au club, Iribar (49 sélections en équipe d’Espagne), les milieux de terrain Churruca (16 sélections) et Irureta (4 sélections), et l’attaquant Dani, déjà présent. Cette équipe ne s’inclina que de très peu (1-1 et 1-2) dans cette finale UEFA face à la Juventus de Turin de Zoff, Scirea, Gentile,  Causio, Tardelli, Boninsegna et Bettega, entraînée par Trapattoni.

Aujourd’hui, l’Atletic Bilbao n’est plus tout à fait aussi basque qu’auparavant, même si l’équipe est composée quasiment en totalité de joueurs d’origine basque. Toutefois dans l’équipe qui arriva en finale de la Ligue Europa (ancienne Coupe UEFA), l’entraîneur était un Argentin, Marcelo Bielsa.  Cela étant les joueurs, à commencer par la grande star de l’équipe, Llorente, étaient tous d’origine basque. Dans l’équipe de cette année, on trouve parmi les joueurs un jeune défenseur central du nom d’Aymeric Laporte, né à Agen, mais qui a fait la plus grande partie de ses classes à l’Aviron Bayonnais et au CD Baskonia, l’antichambre de l’Athletic Bilbao, d’où sont issus notamment Iribar et Llorente. Laporte qui était jeudi soir sur le terrain lors de la finale du championnat d’Europe des moins de 19 ans avec l’équipe de France de cet âge.

Ce n’est pas le premier défenseur français a opérer à l’Athletic Bilbao, car il eut un prédécesseur célèbre en 1996, le Basque Bixente Lizarazu, à une époque où l’entraîneur était un autre Français, tout aussi célèbre, Luis Fernandez. Souhaitons à Aymeric Laporte, d’avoir la même carrière de joueur que Lizarazu et Fernandez, ce qui ne pourra qu’être bénéfique à l’équipe de France. Cela étant, pour les supporters de l’Athletic Bilbao, Laporte est considéré comme basque…ce qui est plutôt une bonne chose pour lui, puisque j’ai lu que 76% des fans préfèreraient voir leur équipe descendre en deuxième division, plutôt que voir des non-basques porter les couleurs du club.

Michel Escatafal

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