Tony Parker, sportif français du nouveau siècle

ParkerSi l’on demande au premier venu quel est le sportif français du vingtième siècle, il sera obligé de réfléchir longuement parce que nombreux furent les champions ou championnes français à avoir marqué de leur empreinte les années entre 1901 et 2000. Les amateurs de football diront Kopa, Platini ou Zidane, les passionnés de boxe diront Carpentier ou Cerdan, ceux qui aiment l’athlétisme diront Ladoumègue, Mimoun ou Marie-Jo Pérec, et pour d’autres ce sera l’escrimeur d’Oriola, le tennisman Lacoste, le pilote de F1 Prost, le coureur cycliste Bernard Hinault, le cycliste pistard Florian Rousseau, les rugbymen Puig-Aubert, Jean Prat, Blanco ou encore le handballeur Jackson-Richard et le basketteur Rigaudeau.  Et en parlant de ce dernier dont la carrière  s’est déroulée à cheval sur l’ancien et le nouveau siècle, cela me fait une transition toute trouvée pour en arriver à la victoire hier soir de l’Equipe de France de basket, emmenée par Tony Parker.

Le génial joueur de San Antonio, trois fois champion NBA, a enfin permis à  la France d’avoir sa première médaille d’or dans un grand tournoi continental ou mondial de basket, dont on rappellera qu’il est le sport collectif le plus pratiqué dans le monde (450 millions de pratiquants), loin devant le football (265 millions), ce dernier, malgré son statut de sport numéro un en Europe, en Amérique du Sud ou en Afrique, souffrant de n’avoir pas le même nombre de joueuses que le basket, même si les basketteuses n’ont pas la notoriété de leurs collègues masculins, y compris en Amérique du Nord et en Europe. En France qui connaît Céline Dumerc, l’emblématique capitaine de notre équipe féminine, championne d’Europe en 2009 et médaille d’argent aux J.O. de Londres en 2012 ? Peu de monde, alors que tout le monde connaît Tony Parker.

Cela dit, quels que soient les mérites de Céline Dumerc, il faut bien avouer que Tony Parker mérite amplement d’être considéré comme le sportif français du vingt et unième siècle. Au passage j’en profite pour souligner encore une fois l’insigne faiblesse du service public de télévision en France qui, une nouvelle fois, s’est complètement ridiculisé en ne retransmettant que la demi-finale et la finale du championnat d’Europe, traitement réservé à notre équipe de handball, malgré tous ses succès. Le service public préfère dépenser son argent en nous infligeant des soirées entières de Coupe de la Ligue en football, compétition qui n’intéresse personne chez nous, et qui ne continue d’exister que grâce au service public. Passons !

Après cette longue introduction, je voudrais évidemment évoquer cette magnifique victoire dans une compétition qui est très dure, tous les pays européens étant concernés par le championnat d’Europe de basket. Et quand je dis tous les pays européens, c’est bien l’ensemble de l’Europe, que ce soit les grands pays ou les petits en taille et en nombre d’habitants. Quand on regarde les palmarès des championnats européens en football et en basket, on s’aperçoit qu’en football, ce sont les grands pays qui l’emportent (presque) toujours, ce qui est loin d’être le cas du basket.

C’est la raison pour laquelle il faut souligner l’exploit des Parker, Diaw, Pietrus, Gelabale, Batum, De Colo, Diot, Ajinça, Lauvergne, Heurtel, Petro et Kahudi. Il faut aussi et surtout noter que les joueurs les plus connus, Parker, mais aussi Diaw et Batum, qui sont titulaires dans leur franchise NBA, viennent jouer en équipe de France…en payant de leur poche leur investissement pour notre équipe nationale. Certes ils gagnent autant sinon plus que nos meilleurs footballeurs, mais eux ne négocient pas leurs primes pendant des semaines ou des mois…parce que leur fédération nationale n’a pas les moyens de leur donner ce que leur statut pourrait demander. C’est pour toutes ces bonnes raisons que je considère Tony Parker comme le sportif français du siècle en cours.

Aucun autre n’a le prestige du meneur de San Antonio, aucun autre n’a son charisme, et aucun autre ne s’investit autant dans son sport, même s’il a davantage les moyens de le faire que d’autres parce que c’est une star mondiale. Et oui, Tony Parker est une star planétaire avec ses titres NBA, qui lui ont donné un statut à part pour un sportif français, avec toutes les récompenses qu’il a reçues. Et pourtant il vient chaque année ou presque disputer les compétitions de l’Equipe de France, avec qui il fut champion d’Europe juniors (2000), puis médaillé de bronze et d’argent chez les séniors avant le grand soir du 22 septembre 2013.

En parlant de ces médailles, il faut noter qu’avec Tony Parker à la baguette, l’Equipe de France figure quand même depuis dix ans parmi les meilleures nations dans le monde. Certes aux J.O. elle n’a pas réussi comme sa devancière emmenée par Antoine Rigaudeau en 2000, ni comme celle de 1948 (dans un tournoi peu relevé) avec comme joueur emblématique Buffière, à gagner une médaille d’argent. Tout cela par la faute des Espagnols, mais le bilan de notre équipe nationale est parmi les meilleurs du continent sur la durée, toutes compétitions confondues, et bien meilleur que celui des équipes ayant remporté l’argent aux Jeux Olympiques.

N’oublions pas qu’en 2005 la France priva l’Espagne de la médaille de bronze au championnat d’Europe, cette Espagne qui remporta l’or en 2009 et en 2013, chaque fois au détriment de la France. D’ailleurs les Espagnols, même handicapés par l’absence de Reyes, Navarro, de Pau Gasol et Ikaba, ont un tel réservoir qu’ils pensaient bien égaler la grande Yougoslavie des années 1970 (1973, 1975 et 1977), qui avait empoché le titre européen trois fois de suite, ce qui est un record si l’on fait abstraction de feu l’Union Soviétique qui gagna huit titres européens consécutifs entre 1957 et 1971. Mais pour situer l’exploit des Français face aux Espagnols, on rappellera que ces derniers sont montés sur le podium sept fois sur les huit dernières éditions de la compétition phare en Europe.

Toute le monde a salué avec émotion cette victoire historique sur l’Espagne, mais il fallait pour que celle-ci soit plus belle encore que ce fut contre un « géant » qui, en 2012 aux J.O. de Londres, a donné des sueurs froides aux Américains, lesquels furent à deux doigts d’être vaincus par ces Espagnols qui, eux-mêmes, s’en sortirent de justesse face à nos Français. D’ailleurs nombre d’observateurs et de techniciens, ce que je ne suis pas n’ayant jamais joué au basket sauf en cour de récréation, affirment qu’avec Noah la France l’aurait emporté. Noah, qui au passage doit réaliser à présent qu’il a manqué quelque chose de grand en préférant se reposer plutôt que rejoindre l’équipe de France. Noah qui, contrairement à Parker, n’a gagné que deux titres universitaires aux Etats-Unis, et qu’un titre de champion d’Europe aurait valorisé, les Américains s’apercevant que les joueurs du Vieux-Continent sont souvent aussi forts que les leurs. Y-a-t-il un meilleur meneur que Parker en NBA ? Sans doute pas. Y-a-t-il meilleur intérieur que l’Allemand Nowitzki ? Sans doute pas.

Bref, même si la NBA est le nec plus ultra sur la planète basket, l’écart entre les meilleures équipes européennes et la sélection américaine avec les meilleurs joueurs du pays est en train de se resserrer, au point qu’il ne serait pas surprenant que les Américains perdent leur titre olympique à Rio. Au fait, je viens de m’apercevoir que je n’ai pas parlé de la Lituanie, équipe jeune et brillante, ce qui prouve que les Baltes n’ont tout simplement pas existé hier soir, et que la vraie finale a eu lieu vendredi entre la France et l’Espagne.

Je n’ai pas parlé non plus du coach Collet, qui a prolongé son contrat avec la sélection nationale jusqu’en 2016, et qui a joué un rôle extrêmement important dans cette réussite de nos Bleus, ayant eu l’intelligence de gérer le parcours de Tony Parker qui, ne l’oublions pas, a joué plus 100 matches cette saison, ce qui démontre encore plus son investissement par rapport à un Séraphin ou un Noah, pour ne citer qu’eux. Et puisque j’évoque de nouveau les pivots absents de l’équipe de France, on ne peut qu’être admiratif d’avoir vu Collet offrir à Ajinça une chance unique de devenir le futur grand pivot sur lequel pourra compter la France de la génération Batum.

Beaucoup d’observateurs n’en ont pas parlé, mais Ajinça a terminé quatrième rebondeur de cet Euro de basket derrière le belge Hervelle qui joue à Bilbao, Marc Gasol qui joue en NBA à Memphis, dont il est un des principaux atouts et le Craote Tomic qui joue au Barça. Pas mal pour un remplaçant de la dernière heure ! Un dernier mot enfin pour se réjouir d’être sûr que la relève est d’ores et déjà assuré pour cette équipe de France qui ne saura jamais si elle peut compter sur Noah, mais qui sait déjà que Nicolas Batum aura le même investissement personnel que Tony Parker. Et comme les Diot, Petro, Ajinça, De Colo, Lauvergne, Heurtel, Fournier, Tillie, Edwin Jackson  ont tous moins ou beaucoup moins de 28 ans, on se dit que l’avenir de cette équipe s’annonce radieux.

Tant mieux, car tous ces jeunes gens ont l’air d’avoir une mentalité qui donne du sens au mot exemple pour un sportif. Cela dit, pour en revenir à mon propos du début de cet article, écrit sans idée directrice, tout à la joie de l’auteur en cette soirée magique, je persiste et signe : Tony Parker est bien le plus grand sportif français de notre siècle, devant des gens comme Thierry Henry, Sébastien Loeb, Teddy Riner, Tony Estanguet, Renaud Lavillenie, Teddy Tamgho, Nikola Karabatic, Yannick Agnel chez les hommes ou encore les tenniswomen Amélie Mauresmo, Mary Pierce, la basketteuse Céline Dumerc, l’athlète Eunice Barber, l’escrimeuse Laura Flessel  ou les nageuses Laure Manaudou et Camille Muffat.

Michel Escatafal

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