Contador ne peut pas être à la fois coureur cycliste professionnel et VRP de luxe

Contador A.Avant de commencer à parler du Pistolero, je voudrais en profiter pour souligner la très belle performance de Romain Grosjean ce week-end à Suzuka. Tout le monde savait que Grosjean était rapide, mais on était sceptique sur ses aptitudes à aligner les bonnes performances. Attendons toutefois la fin de la saison pour juger réellement de ses progrès, mais il semble qu’il ait franchi un cap depuis quatre ou cinq grands prix. Certains vont trouver que je reste méfiant vis-à-vis du pilote franco-suisse, mais c’est sur la durée qu’on doit évaluer le véritable potentiel d’un pilote, la remarque valant aussi pour celui qui sera sans doute l’équipier de Grosjean chez Lotus l’an prochain, Hulkenberg.  Rappelons-nous ce que l’on disait de Maldonando et Perez il y a un an, considérés comme de futurs grands cracks et qui aujourd’hui n’intéressent plus grand monde, sauf pour leurs sponsors.  Au passage j’en profite pour dire que Lotus a une chance unique de faire signer un jeune pilote prometteur comme Hulkenberg, en espérant  qu’elle ne fasse pas le choix de Massa qui, manifestement, n’est plus le même depuis son grave accident de 2009.

Passons maintenant à autre chose en parlant de vélo, sport pour lequel j’ai une affection particulière, au même titre que le rugby, en notant que nos jeunes sprinters français se débrouillent de mieux en mieux dans le concert international. Il y en a trois plus particulièrement qui se détachent, à savoir Démare (troisième avant-hier de Paris-Tours), Bouhanni (champion de France 2012) et Coquard, à la fois le plus jeune (21 ans) et sans doute le plus prometteur, à cause de son passé de pistard.  Mais si aujourd’hui j’écris sur le vélo, c’est pour évoquer un des plus grands champions de l’histoire, Alberto Contador (11è au classement des palmarès depuis 1947). Tiens, il y avait longtemps que je n’avais pas parlé de lui, mais, si ce fut le cas, c’était tout simplement parce qu’il vient de réaliser sa plus mauvaise saison depuis 2007. Oh certes, beaucoup de coureurs se seraient contentés d’avoir fini dans les cinq premiers du Tour d’Oman (2è), de Tirreno-Adriatico (3è), du Tour du Pays Basque (5è) et du Tour de France (4è), mais Contador est justement considéré comme un fuoriclasse, et,  à ce titre, sa saison 2013 est complètement ratée.

Ce n’est d’ailleurs pas le premier des grands champions à rater une saison, cela était arrivé à d’autres auparavant (Coppi, Anquetil, Bobet, Koblet, Moser, Merckx etc.) mais c’était souvent en fin de carrière, ce qui a priori n’est pas le cas pour Contador, puisqu’il n’a que trente ans. En plus, sur le plan physique, il n’a pas eu à supporter d’énormes saisons, dans la mesure où celles-ci se sont arrêtées au Tour de France. Bref, comparé à Valverde et Joaquim Rodriguez de nos jours, ou Carlos Sastre à la fin des années 2000, Contador n’a pas accumulé énormément de jours de courses, qui plus est, en étant au top de sa forme.  A ce propos, il peut paraître extraordinaire que Rodriguez ou Valverde puissent figurer toute l’année parmi les meilleurs en ayant fait le début de saison, les Ardennaises, le Tour de France, la Vuelta, le championnat du Monde et le Tour de Lombardie, mais cette succession d’efforts on la faisait déjà à l’époque des grandes heures du cyclisme, notamment entre 1950 et 1990.

Revenons à présent à cet annus horribilis de Contador, en remarquant qu’avant-hier Dimitrij Ovtcharov, contrôlé positif pour des traces de clenbutérol en août 2010, à peu près à la même époque que le Pistolero, a été sacré pour la première fois champion d’Europe de tennis de table. Où est le rapport me direz-vous ? Tout simplement dans le fait que le pongiste allemand a été blanchi par sa fédération…comme Contador, sauf que ce dernier a été tellement victime des suspicions qui entourent le vélo, que la fédération internationale de cyclisme (l’UCI) a fait appel afin que ce soit le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) qui juge le cas du coureur espagnol. Et, bien entendu, le TAS a rendu le jugement attendu, à savoir qu’il est interdit d’avoir dans ses urines des traces de clenbutérol, dans le cas d’un contrôle antidopage. Résultat, Contador a été puni très sévèrement, avec une suspension rétroactive de deux ans, ce qui lui a valu d’être spolié de ses victoires dans le Tour de France 2010 et le Giro 2011. La morale était apparemment sauve, sauf que les jugements ne sont pas identiques en cas de contrôles positifs entre les cyclistes et des représentants d’autres sports.

Cette suspension a eu finalement de terribles conséquences pour Contador, même si depuis son retour de suspension il a gagné la Vuelta et Milan-Turin (en 2012), et même si le Pistolero a affirmé dans une interview qu’il n’avait pas été « touché psychologiquement », sans être sûr de l’avoir été « physiquement », avec tout le stress que ce contrôle positif a pu engendrer entre sa défense devant l’UCI, devant le TAS, sans oublier les sanctions sportives et financières, sans oublier aussi toutes les vilénies qu’il a subies des moralisateurs au petit pied, voire même de ses pairs. Certes aujourd’hui tout cela est en partie oublié, mais on ne sort jamais indemne de pareille affaire. On ne sort non plus jamais indemne des problèmes rencontrés par son équipe, comme l’an passé, où elle a failli être absente du World Tour…parce que les points récoltés par Contador en fin de saison ne comptaient pas pour le classement UCI, pour cause de suspension. Et pour couronner le tout, sponsoring oblige, Alberto Contador a dû se livrer à de multiples opérations de marketing pour satisfaire ses sponsors, des sponsors qu’il faut louer parce qu’ils ne l’ont jamais lâché, ce qui est à souligner. Bref, Alberto Contador n’a plus réellement été ce personnage à propos duquel Lance Armstrong, lui-même, expliquait qu’il ne vivait que par, pour et avec le vélo. Oh je sais, on va me faire remarquer que je parle d’Armstrong, en oubliant que ce dernier a été condamné, jugé, voué aux gémonies pour avoir fait…ce que tant d’autres ont fait à l’identique, sans être inquiétés, ni destitués de leurs victoires. Le Giro 2014, par exemple, rendra hommage à Pantani, dix ans après son décès…ce que je trouve normal, tellement le grimpeur italien a fait rêver en son temps les tifosi.

Reste une question : Contador peut-il rebondir ? Oui, s’il redevient un vrai coureur cycliste, c’est-à-dire s’il ne fait que s’entraîner et courir, en se fixant des objectifs et en s’y tenant. Contador ne peut pas être à la fois coureur cycliste professionnel et  VRP de luxe, allant dans la même semaine « lundi à Monza, mardi à Zurich, mercredi à Madrid, jeudi à Paris et vendredi à Londres », comme il le dit lui-même. Et pendant ce temps, ses deux plus grands rivaux, Froome et Nibali, se reposent ! Cela dit, je suis persuadé que si Contador n’avait pas subi tout ce qu’on lui a infligé pour quelques traces de clenbutérol, il n’aurait pas eu besoin de courir le monde pour promouvoir son image et celle de son équipe, ses résultats parlant pour lui. Froome n’est pas meilleur que Contador en valeur absolue, simplement c’est Contador qui n’a pas progressé depuis 2010. La preuve, lors du Tour de France, ses temps de montée dans les cols étaient équivalents à ceux de 2009, sa meilleure saison. La preuve aussi, il n’avait jamais réalisé d’aussi bons chronos à l’entraînement près de chez lui en Espagne (Navacerrada et Morquera), mais a été incapable de reproduire les mêmes performances quelques semaines plus tard, ce qui témoigne d’une impossibilité à se surpasser quand les circonstances l’exigent…ce qui arrive généralement à ceux qui sont insuffisamment ou mal préparés. Espérons que cette année 2013 ne laisse pas trop de traces en termes de confiance, et que l’hiver de Contador soit enfin consacré au repos d’abord et à une vraie préparation ensuite, et dans ce cas je le verrais bien gagner son quatrième Tour de France. J’ai bien dit le quatrième, n’en déplaise à ceux qui défont les palmarès au gré des circonstances !

Un dernier mot enfin, pour noter à quel point les contempteurs du cyclisme, et certains qui disent aimer ce sport lui font du mal : le dernier vainqueur de la Vuelta, Chris Horner, n’a toujours pas d’employeur pour 2014.  Oui, le vainqueur d’un des trois grands tours, qui a battu à la régulière Nibali, Valverde et Rodriguez, n’intéresse aucune équipe ! On croit rêver, mais hélas ce n’est pas le cas. Est-ce son âge ? On peut en douter quand on l’a vu tellement fringant dans l’Angliru. Est-ce son passé d’équipier, entre autres de Lance Armstrong ? Je ne sais pas, mais voir un tel coureur ne pouvoir trouver aucune équipe de World Tour en dit long sur la déliquescence dans laquelle est plongée le cyclisme, seul sport à être maltraité prioritairement par ses instances et ceux qui s’en disent passionnés.

Michel Escatafal

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