La vidéo évite des erreurs, mais ne règle pas les problèmes d’arbitrage

TRYAvant d’aborder le sujet que je voulais traiter aujourd’hui, l’arbitrage vidéo, je veux évoquer  l’actualité de ces dernières heures, une actualité qui touche le basket (je n’y connais pas grand-chose) et le rugby. C’est vrai, je n’ai jamais joué au basket sauf dans les séances de sport au lycée, mais j’aime bien suivre l’équipe de France, et celle-ci nous emballe depuis bientôt une dizaine d’années. Elle a même réussi à devenir championne d’Europe cette année, après avoir récolté plusieurs médailles auparavant. Cette équipe m’est d’autant plus sympathique, qu’elle est emmenée par des joueurs qui paient pour avoir le droit d’y jouer, ce qui nous change d’autres sports collectifs, où, à chaque phase finale de compétitions européennes ou mondiales, on négocie longuement pour savoir le montant des primes qu’on va toucher. Certes, on va me dire que Parker, Batum ou Diaw gagnent autant d’argent, sinon plus, que les meilleurs joueurs de football, mais le constat est là.

Et puisque j’ai parlé de Parker, Batum et Diaw, je veux souligner que leur participation au championnat d’Europe avec l’équipe de France ne les a nullement handicapés pour jouer le championnat NBA, alors que Noah, qui a déclaré forfait pour cette compétition afin de se préserver pour la saison NBA, est loin d’avoir son meilleur rendement. Cela dit, quelle que soit sa valeur, il vaut mieux avoir en équipe de France Parker et Batum que Noah, même si avec le pivot des Bulls cette équipe serait à coup sûre meilleure encore. Espérons que Noah consentira à jouer pour notre pays aux J.O. de Rio, ce qui pourrait permettre à notre équipe nationale de renouveler l’exploit réalisée par celle de 2000, sauf que cette dernière était loin d’être aussi forte que celle qui a remporté la médaille d’or au championnat d’Europe.

Voilà pour le basket, et passons à présent par la case rugby, ce qui est beaucoup plus naturel chez moi, pour évoquer la mauvaise nouvelle qui a touché Morgan Parra, celui-ci étant indisponible au moins jusqu’à la mi-février pour un problème de genou. J’écris mauvaise nouvelle, parce que la blessure est toujours un problème pour un joueur, et je souhaite à Parra un prompt rétablissement. Est-ce pour cela un drame pour le XV de France ? Je réponds NON, car cela permettra enfin d’essayer au poste de demi de mêlée un Doussain ou un Pelissié pendant la durée du Tournoi…à condition de ne pas mettre une épée de Damoclès sur la tête de ces joueurs, ou si l’on préfère à condition de leur faire confiance sur la durée comme Saint-André, et avant lui Lièvremont, l’ont fait pour Parra. Et si j’écris cela, c’est parce que le coaching de Saint-André ne m’inspire aucune confiance. Si Doussain ou Pélissié, celui qui sera choisi ou les deux, font un match moyen, il ne faudra pas immédiatement leur chercher un remplaçant…qui d’ailleurs sera tout trouvé avec le retour de Parra.

Au fait, puisqu’il s’était blessé peu avant la mi-temps, pourquoi Saint-André n’a-t-il pas remplacé Parra dès l’entame de la deuxième mi-temps ? C’est quand même une preuve du manque de confiance du coach envers Doussain ! Si j’étais méchant, je dirais qu’avec deux petites victoires dans l’année, un entraîneur « normal » n’aurait pas hésité à prendre le risque de faire entrer Doussain, d’autant que Parra avait été très insuffisant en première période. De quoi donner raison aux contempteurs toulonnais de Saint-André, qui lui reprochent son incapacité à qualifier pour les plays-off, en 2010-2011, une équipe du RCT qui avait enregistré en début de saison l’arrivée de Smith, Sackey, Carl Hayman et Rudi Wulf, qui s’ajoutaient à des joueurs aussi talentueux que Mignoni, Jamie Robinson, Contepomi, Fernandez Lobbe, Lamont et l’incomparable Jonny Wilkinson.  Espérons quand même que Saint-André se rende compte que le XV de France a besoin d’un jeu plus ambitieux pour aller de l’avant, parce qu’avec celui qui nous est offert depuis trop longtemps l’équipe de France ne gagne même plus le Tournoi des 6 Nations (depuis 2010), la France étant considérée comme la sixième nation mondiale sur les 11 qui comptent dans le concert planétaire (les 6 du Tournoi, plus l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, les Samoa et l’Afrique du Sud). Elle devrait même être septième derrière l’Irlande, si cette dernière avait fait match nul avec la Nouvelle-Zélande…comme cela aurait dû être le cas.

L’Irlande, en effet, a réalisé une formidable performance contre les Néo-Zélandais, ces derniers ne l’ayant emporté samedi dernier que par miracle à l’issue d’un match emballant, les All Blacks n’ayant dû leur succès qu’à une colossale erreur des Irlandais, partis avant le coup de pied de transformation de l’ouvreur Cruder sur l’essai néo-zélandais de dernière minute. Coup de pied raté, mais retiré suite à la décision (normale) de l’arbitre de le faire recommencer, avec réussite cette fois. Quelque chose me dit que si le XV de France avait joué ces Irlandais survoltés il aurait été dominé. J’en suis même certain, comme il est certain que le XV de France ne peut pas se plaindre de l’arbitrage dans son match contre les Sud-Africains, un match qui montre à quel point Michel Platini a raison de ne pas vouloir l’introduction de la vidéo au football.

Ah la vidéo, qu’est-ce qu’elle fait saliver et écrire dans le monde du football ! Règle-t-elle tous les problèmes pour autant ? Certainement pas. Déjà, lors de la finale de la Coupe du Monde de football en 1966, personne ne peut assurer que le but de G. Hurst était valable, bien qu’il ait été examiné des milliers de fois à la vidéo. Et c’est pareil pour le rugby (à XV et à XIII), qui a recours depuis longtemps à la vidéo, ce qui n’empêche nullement les controverses et les erreurs. Je me souviens personnellement d’un drop de J.B. Elissalde, contre Bayonne (je crois que c’était en 2009), dont la vidéo a bien été incapable de nous dire s’il était passé ou non (bien au-dessus des poteaux). Et tant d’autres matches encore, y compris samedi dernier, où l’arbitre vidéo a pris trois décisions très litigieuses…qui ont bien favorisé le XV de France, pour une fois diront les mauvaises langues.

J’avoue d’ailleurs que cela m’agace prodigieusement de voir aussi souvent l’intervention de la vidéo, presque systématique si ce n’est pas très net à XIII comme à XV, ce qui signifie que l’arbitre n’est plus maître de rien dès qu’il y a essai, ce qui n’empêche nullement d’accorder un essai s’il y a en-avant de passe cinquante mètres avant la ligne d’en-but. Et oui, la vidéo ne règle pas tous les problèmes, et c’est pareil pour le football, sauf à vouloir faire durer un match de nombreuses minutes en plus. Qu’il est loin le temps où Lucien Mias, l’illustrissime capitaine de l’équipe de France de 1958-1959,  disait que « l’arbitre fait partie du jeu, comme le vent ». La vidéo a certes des vertus, mais elle ne règle pas tout. Elle n’empêchera jamais un arbitre de football de siffler généreusement un pénalty…ou de ne pas le siffler s’il estime qu’il n’y a pas faute. Elle n’empêche pas non plus un arbitre de rugby d’accorder une pénalité à vingt mètres face aux poteaux, même si c’est très, très sévère, parce qu’il aura vu une faute sur un ruck que personne n’aura vu y compris en regardant les images à la télévision. Je pourrais dire la même chose s’il ne voit pas une faute évidente…à la télévision.

Donc, en résumé, qu’apporte la vidéo au rugby ? Peu de choses en vérité, à part le fait qu’elle décharge la décision de l’arbitre du terrain sur l’arbitre vidéo. Cela fait joli aussi à la télévision de voir inscrit « TRY » ou « NO TRY » sur l’écran, mais même si elle permet de valider des essais que l’arbitre n’aurait pas osé accorder, par exemple l’essai néo-zélandais lors de la demi-finale mondiale à XIII entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, où l’ailier néo-zélandais réussit une passe miraculeuse avant d’avoir touché le sol alors qu’il est un mètre à l’extérieur du terrain, la vidéo ne fait pas tout. En outre, si l’arbitre prend une fois une mauvaise décision, ce ne sera pas le cas très souvent, et au final les mauvaises décisions s’équilibrent très souvent dans un cas comme dans l’autre.

Enfin, pour bien montrer que cela fait partie du jeu, au bout de quelques semaines on oublie l’erreur d’arbitrage…parce que 9 fois sur 10 c’est la meilleure équipe, ce jour-là, qui l’emporte. Qui conteste aujourd’hui la victoire anglaise à la Coupe du monde 1966 ? Plus personne, et ce depuis bien longtemps. Qui ose évoquer le but annulé sur un hors-jeu inexistant de Puskas lors de la finale de la Coupe du Monde 1954, où les Hongrois avec leurs grandes vedettes (Boszik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti et Csibor) furent battus, si l’on en croit une étude allemande récente, par le fait que les Allemands étaient dopés à la pervitine…ce qui explique leur fraîcheur en fin de match, leurs adversaires ayant en outre été confrontés aux Brésiliens et aux Uruguayens précédemment. Même l’histoire est contre les tenants de la vidéo !!!

Michel Escatafal


Et si le XIII était plus attractif que le XV…

Coupe du monde XIIICe matin en me réveillant j’étais très heureux après avoir passé un samedi tout à fait excellent…grâce au rugby à XIII. Merci à beIN SPORT de nous avoir offert la possibilité d’avoir vu un match aussi emballant que cette demi-finale de Coupe du Monde entre l’Angleterre, qui jouait chez elle, et la Nouvelle-Zélande, tenante du titre. Et encore une fois honte à tous ces médias français qui ont refusé de retransmettre cette Coupe du Monde de rugby à XIII, ou qui en parlent si peu, alors que le spectacle peut être grandiose, comme ce fut le cas hier après-midi. Cela nous laisse prévoir une finale fantastique, la semaine prochaine, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Dommage, et je n’ai pas peur de me répéter, qu’il faille être abonné à beIN SPORT pour profiter du spectacle. Au fait, que fait le service public, lui qui prétend que France Télévision c’est le plus grand terrain de sport de France? Pourquoi ne pas promouvoir, ne serait-ce que 80 minutes de temps en temps, un sport collectif qui fut le premier, au début des années 50, à donner à la France le titre de meilleure nation de la planète ? Ah je sais, une retransmission de rugby à XIII ne génèrerait pas assez de rentrées publicitaires. Cela dit, comment un sport peut-il se révéler aux yeux des téléspectateurs si on ne le voit jamais en clair, et si on n’en parle quasiment pas?

Revenons donc à ce match formidable entre la Nouvelle-Zélande et une très valeureuse équipe d’Angleterre…qui fut finaliste jusqu’à la dernière minute, jusqu’à ce que ce que deux joueurs exceptionnels sonnent la charge une dernière fois, et finissent par faire plier les Anglais in extrémis, par un essai que plus personne n’attendait. Ces deux joueurs sont deux extra-terrestres, qu’il s’agisse de Sonny Bill Williams et de Shaun Johnson. Ils sont tellement forts qu’ils font rêver tous les managers et dirigeants des meilleures équipes à XV, ces derniers ayant déjà réussi à récupérer un autre surdoué d’un niveau exceptionnel, Benji Marshall.

Mais Benji Marshall, comme  SBW et Shaun Jonhson, ne sont pas les seuls qui pourraient franchir allègrement le pas les conduisant à XV, car il y a aussi les Anglais Sam Burgess, désigné « homme du match » hier, qui pourrait jouer à tous les postes chez les quinzistes, ou l’ailier aux cheveux blancs Ryan Hall, sans oublier les Australiens, à commencer par l’arrière Slater, le demi Thurston ou le talonneur Cameron Smith. D’autres en revanche, des quinzistes, pourraient très bien franchir le pas et jouer à XIII dans une franchise australienne ou anglaise, et en disant cela je pense à des joueurs comme Fofana ou Doussain, à la fois puissants et rapides, qui feraient un malheur à XIII, comme l’ont fait en leur temps Barthe, Pierre Lacaze, Quaglio, Mantoulan ou Capdouze.

En tout cas, peut-être que le week-end prochain (la finale se déroulera samedi prochain à 15h30 au stade d’Old Trafford, à Manchester, et on la verra sur beIN SPORT) Sonny Bill Williams rentrera dans l’histoire en devenant le premier double champion du monde de rugby à XV et à XIII. Il le mériterait, et cela ouvrirait peut-être la voie à d’autres joueurs, par exemple Shaun Johnson, demi de mêlée de l’équipe des Kiwis, qui marqua un essai personnel de grande classe, essai qu’il transforma sans trembler (12 points au total), ce qui est normal pour un excellent buteur comme lui.

Au fait, en imaginant un instant que ce même Shaun Johnson arrive en France, et devienne le demi de mêlée d’une grande équipe de Top 14, aurait-il sa chance pour jouer en Equipe de France au bout de trois ans (en supposant que sa fédération ne l’appelle pas) ? Réponse : NON. Pourquoi ? Parce que le demi de mêlée du XV de France s’appelle et s’appellera, au moins jusqu’en 2023, Morgan Parra. A ce moment il aura battu tous les records en sélections, puisqu’il en comptera au moins 200, nettement plus que Gregan, autre demi de mêlée (Australie) mais de grand talent celui-là, qui s’est arrêté à 139 capes, et qui détient le record pour le moment. Un record qui sera sans doute dépassé prochainement par l’emblématique capitaine des All Blacks, Richie Mac Caw, qui en est à 123 sélections. Cela étant, il n’ira pas beaucoup plus loin, parce qu’il a 33 ans dans quelques jours.

Evidemment si je parle encore une fois de Parra, c’est parce que j’ai vu le match France-Afrique du Sud hier soir sur France 2, infiniment moins palpitant que la demi-finale mondiale à XIII. Un match que les Français ne méritaient pas de gagner, et que personne n’imaginait qu’ils finiraient par le gagner…à part peut-être le commentateur de France Télévision. Même Philippe Saint-André, le sélectionneur, n’y a jamais vraiment cru, puisqu’il a avoué que le XV de France n’était pas actuellement « au niveau des Boks et des Blacks », ce qui ne l’empêche pas d’estimer, comme le capitaine Dusautoir, que notre équipe « n’est pas loin des meilleurs », faisant semblant d’oublier que sur la durée nous sommes loin, et même très loin du niveau des meilleures équipes. Certes sur un match les Français sont capables à tout moment de réussir un exploit, mais dans la continuité nous sommes « largués ».

Et hier soir, on ne pouvait même pas se réfugier derrière l’arbitrage, qui a refusé deux essais à l’Afrique du Sud qu’il n’aurait pas été scandaleux d’accorder, et en a accordé un au XV de France, qui aurait très bien pu ne pas l’être. Dit autrement, c’était l’arbitre qui cachait la forêt dans laquelle s’est perdue, une nouvelle fois, notre équipe. Une équipe qui ne reflète pas le vrai niveau du rugby français, n’en déplaise à ceux qui prétendent que c’est la faute des dirigeants de clubs, qui préfèrent recruter étranger plutôt que donner leur chance aux joueurs français. Mais que je sache, un Doussain est bien titulaire au Stade Toulousain, ayant même relégué sur le banc une des références internationales à son poste, le demi de mêlée australien Burgess. Et je pourrais citer bien d’autres exemples prouvant que si les Français sont bons dans leur club, et bien ils jouent…malgré la concurrence. En outre, avoir un Wilkinson, un Giteau, un Botha, un Steyn dans son équipe ne peut qu’aider les joueurs français, notamment les plus jeunes, à progresser. Est-ce qu’ils vont progresser davantage avec Parra ?

Un Parra, qui estime que l’Equipe de France est en progrès dans le jeu (et oui !), oubliant que ce qui a fait la force de notre rugby c’est le fameux « french flair ». Saint-André lui-même semble l’avoir oublié, alors qu’à l’époque où il était joueur il a marqué ce que certains ont considéré comme l’essai du siècle à Twickenham (Angleterre-France 1991), sur un coup de génie où étaient impliqués Berbizier le demi de mêlée, mais aussi Blanco, Sella, Didier Camberabero auteur d’un merveilleux coup de pied pour lui-même avant de délivrer un caviar sous forme d’un coup de pied de recentrage pour Saint-André, qui n’avait plus qu’à aplatir cette action commencée dans l’en-but français.

Est-ce que Parra, à la place de Berbizier, aurait eu une seconde l’idée de relancer ce ballon ? Certainement pas. Est-ce que, même si l’idée lui en était venue, l’action se serait poursuivie de la même manière aujourd’hui ? Réponse : Non, en dépit des qualités offensives d’un Dulin ou d’un Fofana. Conclusion, et je suis désolé de le dire, mais Parra est à l’image du rugby que veut imposer Saint-André, qu’a voulu imposer Lièvremont, à savoir un rugby sans risque, où on compte sur un pack surpuissant pour faire reculer en mêlée les autres équipes…pour donner à Parra la possibilité d’inscrire trois points. Voilà où nous en sommes aujourd’hui avec le XV de France…totalement impuissant quand en face l’équipe ne recule pas en mêlée. Hier soir, combien de pénalités concédées par les Sud-Africains ? Très peu, donc une seule tentative (ratée) pour Parra jusqu’à son remplacement par Doussain.

Un Doussain qui a immédiatement apporté sa vitesse et son punch à cette équipe, mais qui est entré sur le terrain à 13 mn de la fin du match !  Bon j’arrête là, car certains vont croire que j’ai une animosité personnelle contre Parra, ce qui est archifaux car je ne connais absolument pas ce joueur. Et d’ailleurs, dans cette affaire, Parra n’est-il pas finalement une victime, en étant constamment la cible des amateurs de rugby, ne comprenant pas qu’on puisse sélectionner un joueur uniquement pour la qualité de ses coups de pied placés? J’ai bien écrit pour ses coups de pied placés, parce que son jeu au pied est faible par ailleurs. Cela étant, le jeune homme s’y retrouve aussi en bénéficiant d’une notoriété infiniment supérieure à celle d’autres joueurs plus talentueux que lui, mais qui n’ont pas eu la chance de bénéficier aussi longuement de la confiance et la mansuétude des sélectionneurs. Parra peut faire n’importe quelle « boulette », il sera toujours sélectionné. Quel contraste avec l’époque où, pour une passe déviée par un coup de vent (Galles-France 1966), on virait comme des malpropres trois des plus grands joueurs de l’histoire de notre rugby (les Boniface et Gachassin). A l’époque on ne pardonnait rien aux artistes, ce qui est encore le cas de nos jours (voir la carrière de Michalak)…mais Parra n’a pas de souci à se faire, car ce n’est pas un artiste du rugby.

Michel Escatafal


Ce n’était que l’équipe d’Ukraine…tirage préféré des Français

France-UkraineAujourd’hui nombre de Français se sentent plus légers que d’habitude. Oublié le ras-le-bol fiscal, oubliées les statistiques du chômage et de l’INSEE, très déprimantes! Bref, la nation est heureuse dans sa quasi-totalité, ce qui est le cas des autres pays dont l’équipe vient de se qualifier en barrages de la Coupe du Monde 2014. Ce matin, en écoutant France-Culture, j’ai même entendu sur cette station de radio, qui refuse le panem et circenses, évoquer la réconciliation nationale en Algérie, grâce à la qualification des Fennecs, comme on appelle les joueurs de l’équipe nationale de ce pays. C’est aussi la même joie collective en Grèce, pays si durement touché par la crise, ce qui a procuré un moment de bien-être à un peuple qui a beaucoup perdu au cours des dernières années. Et que dire du Portugal, guère en meilleure situation, qui a vu son équipe battre une valeureuse équipe de Suède, à l’issue d’un match magnifique où se sont affrontés deux des trois ou quatre meilleurs joueurs du monde, Cristiano Ronaldo et Zlatan Ibrahimovic.

A ce propos, quitte à passer pour un mauvais Français, comment peut-on comparer ces deux immenses footballeurs avec Ribéry ? On a encore vu hier soir la différence entre deux supers joueurs et un excellent footballeur, n’en déplaise aux supporters franchouillards qui veulent absolument voir Ribéry avec le Ballon d’Or. Hier soir, Ronaldo a marqué trois buts et Ibrahimovic deux. Par ailleurs on ne compte pas les situations périlleuses que ces deux géniaux attaquants ont provoqué, alors que Ribéry a certes fait un bon match, mais quand même un ton nettement en-dessous des deux autres. Cela n’a pas empêché les journaux sportifs et les autres de lui donner, comme aux autres joueurs français, des notes allant de 7/10 à 9/10 ou même 10…après avoir été traités de « moins que rien » la semaine dernière. Cela étant, il faut au moins reconnaître que cette fois ils se sont battus pour renverser une situation très compromise avant le coup d’envoi du match. Rien que pour cela on peut se réjouir, tout comme on aura eu le plaisir de voir notre équipe nationale briser cette malédiction dont je parlais hier, à savoir se qualifier pour une Coupe du Monde en Amérique.

Pour autant, le football français a-t-il retrouvé une grande équipe ? Sans doute pas, du moins pas encore, même si certains joueurs ont le niveau international, Ribéry évidemment, mais aussi Benzema, Cabaye, Matuidi ou Lloris, et plus encore ces deux futurs très grands joueurs que sont Varane et Pogba. Il est certain qu’avec ces deux surdoués de 20 ans, opérant dans deux des meilleurs clubs européens (Real et Juventus), notre football dispose de deux « diamants » à qui il ne manque déjà pas grand-chose pour être au plus haut sommet à leur poste respectif. C’est du moins l’avis de tous les techniciens, ce que je ne suis pas, mais, même si on ne l’est pas, on discerne chez eux la grande classe. Quelle tranquillité, quelle aisance, quelle sécurité chez ces deux jeunes gens à un âge où tant de footballeurs font encore leurs classes !

Tout cela pour dire qu’il ne faut peut-être pas trop s’enflammer devant cette victoire remportée sur un pays, l’Ukraine…que tout le monde souhaitait au moment du tirage au sort. L’Ukraine a montré hier soir ses limites, comme elle les avait montrées dans un groupe de qualification où la concurrence n’était pas plus féroce que dans le nôtre. C’est une des raisons pour lesquelles, hier sur ce même site, j’écrivais que la France allait se qualifier, et ce d’autant plus que notre équipe n’était pas en position de favori dans cette course à la qualification pour le Brésil, position que les sportifs français apprécient tout particulièrement.

Ils l’ont d’ailleurs prouvé en allant faire match nul en Espagne à Madrid pendant ces qualifications pour la Coupe du Monde, performance beaucoup plus probante que celle d’hier soir aux yeux de supporters non aveuglés par le chauvinisme. C’est aussi pour cela que je suis persuadé que notre équipe peut très bien aller jusqu’en quart de finale de cette Coupe du Monde 2014, pour peu que l’on ne tombe pas dans une poule de qualification trop difficile avant les huitièmes de finale. Il y a de la qualité dans cette équipe, une équipe dans laquelle Didier Deschamps a fait beaucoup de bricolage, lequel fait penser à celui de Lièvremont avant 2011, et Saint-André après cette date dans le rugby…ce qui n’a pas empêché le XV de France de passer tout près d’un titre mondial il y a maintenant deux ans.

Certes on va me dire que la concurrence est faible dans une Coupe du Monde de rugby jusqu’en huitième ou en quart de finale, mais si l’on regarde bien les qualifiés, c’est un peu la même chose dans une Coupe du Monde de football, le délayage ayant déjà été fait en qualifications dans la zone Europe. N’oublions pas que l’Australie, l’Iran, le Costa-Rica, le Honduras, pour ne citer qu’eux, iront au Brésil, alors que la Suède et la Roumanie n’iront pas. Cela dit, puisse l’Equipe de France de football, en juin-juillet de l’année prochaine, faire au moins aussi bien que son homologue du rugby en 2011 en Nouvelle-Zélande !

Michel Escatafal


Briser la malédiction de la Coupe du Monde en Amérique du Sud !

bulgarie-france-1961Nous étions en septembre 1960, et l’Equipe de France, encore auréolée de sa troisième place à la dernière Coupe du Monde en 1958, commençait un exercice dans lequel elle n’a jamais brillé, à savoir la qualification à la phase finale de la Coupe du Monde, en l’occurrence à celle qui devait avoir lieu au Chili en 1962. Voilà déjà une première similitude avec l’évènement qui passionne tellement les Français aujourd’hui, puisque, si la France se qualifie, elle se rendra l’été prochain en Amérique du Sud (Brésil) pour y disputer la Coupe du Monde. Fermons cette première parenthèse, et revenons aux rencontres de qualification pour la Coupe du Monde 1962, où notre équipe nationale rencontrait lors de son premier match la Finlande à Helsinki.

Premier match et première victoire dans la douleur, puisque après avoir vu les modestes Finlandais ouvrir le score sur pénalty à la 36è minute par Palhman, nos Français égalisèrent seulement à la 63è minute par Wisnieski, avant de s’imposer à la 83è minute grâce à un but d’Ujlaki. Ouf, nous avions battu la plus faible équipe du groupe, mais cette Equipe de France, qui ne comprenait que trois titulaires de la Coupe du Monde 1958 (Kaelbel, Wisnieski et Vincent), n’avait rassuré personne, d’autant qu’à part le Toulousain Rytkonen, il n’y avait que des joueurs inconnus dans cette équipe finlandaise.

Les trois matches amicaux suivants, à l’extérieur, match nul contre la Pologne (2-2), et défaites contre la Suisse (6-2) et la Suède (1-0), confirmaient que notre équipe était loin d’être irrésistible, bien au contraire. Les Suisses, notamment, avec 5 buts de leur avant-centre Hugi, avaient perforé la défense française avec une dérisoire facilité, ce qui nous laissait beaucoup d’inquiétudes face aux Bulgares et ses Naidenov, Illiev, Yakimov et leur grande star, l’ailier gauche Kolev, pour le prochain match de qualification au Chili, prévu en décembre à Colombes.

Et bien on avait tort, comme toujours avec l’Equipe de France (c’est la même chose au rugby !), puisque contre toute attente la France s’imposa (3-0) avec des buts de Wisnieski, J.J. Marcel et Cossou en deuxième mi-temps. A ce propos,  je parierais bien sur un même résultat ce soir, surtout après les critiques du match-aller en Ukraine, d’autant que si celle-ci a de très bons joueurs, elle n’en a aucun qui a un niveau exceptionnel. Fermons la parenthèse, et revenons à la suite de cette saison 1960-61, pour noter qu’après son exploit à Colombes, la France a obtenu un pénible match nul (1-1) en ce même lieu contre la Belgique d’Heylens, Hanon et Jurion dans un match amical en mars 1961, qui ne l’était pas complètement dans la mesure où la France avait toujours du mal à battre nos amis belges. Un match où pourtant les Français avaient ouvert le score dès la troisième minute par Piantoni, ce qui ne les avait pas libérés pour autant. Espérons que ce soir, si les Français ouvrent très rapidement le score, ce sera différent !

Un peu plus tard, le 2 avril à Madrid, l’Espagne s’imposera très facilement face à nos Tricolores, grâce à deux buts du joueur du F.C. Barcelone, Gensana, et de l’ailier du Real, Gento. Etait-ce une contre-performance d’avoir perdu en Espagne ? Sans doute pas, car nos voisins espagnols disposaient dans leur équipe nationale de très grands joueurs comme l’arrière droit du Barça Rivilla, l’arrière central du Real Santamaria, l’équivalent à l’époque de Thiago Silva, et d’une attaque extraordinaire avec Tejada, Kubala, Di Stefano, Del Sol et Gento. En face, la France avait dans ses rangs un Kopa vieillissant, qui n’a d’ailleurs pas fini la partie, les héros de Suède qu’étaient Douis et Marcel, plus Muller (qui jouera au Real et à Barcelone) et Rodzik, mais c’était insuffisant face aux cracks espagnols issus presque tous de leurs deux clubs phares, le Real et le Barça, sans doute les deux meilleurs clubs européens du moment. Cela dit, de là à penser que la France n’irait pas au Chili, il y avait un pas que personne n’osait franchir. La preuve, au match retour au Parc des Princes fin septembre, l’Equipe de France écrasait les modestes Finlandais (5-1), ce qui ne faisait que conforter les certitudes des supporters français.

En revanche le match amical suivant ne laissait présager rien de bon, car les Belges battaient nettement les Français au Heysel (3-0). Une sorte de douche froide, mais aussi pour d’autres un avertissement avant d’aller en Bulgarie à Sofia affronter les coéquipiers de Kolev devant 60.000 spectateurs déchaînés. Un match nul suffisait aux Français pour se qualifier,  et ils le tinrent ce résultat nul jusqu’à la 89è minute (but d’Illiev). A une minute près la France était qualifiée…mais elle ne l’était pas encore, même si elle n’était pas éliminée puisqu’il y avait un match d’appui à disputer sur terrain neutre. Avant ce match d’appui, comme pour se rassurer, notre équipe obtenait un très bon match nul contre l’Espagne et ses vedettes (1-1), moins d’une semaine avant de se rendre à Milan disputer ce fameux match d’appui qui devait en toute logique (française) amener notre équipe au Chili en juin 1962.

Milan, stade de San Siro qui sonnait creux (34.000 spectateurs pour une capacité maximale de 80.000), le 16 décembre 1961, pour ce match d’appui entre la France et la Bulgarie. Tel était le décor de cette rencontre arbitrée par un arbitre italien, Lo Bello, dont le fils sera lui aussi arbitre international. Il n’influencera pas vraiment l’issue du match, puisque le but bulgare sera inscrit par…l’arrière central français et capitaine André Lerond, par ailleurs excellent, qui dévia un tir de Yakimov à la 47è minute de la partie, rendant impuissant notre gardien, Pierre Bernard. Un but que les Français ne purent jamais remonter malgré les assauts, plus ou moins désordonnés, des attaquants qui s’appelaient Wisnieski, Muller, Skiba, Heutte et Van Sam. Un but qui empêchait l’Equipe de France de participer à la Coupe du Monde au Chili, comme ce fut le cas en 1950 pour la Coupe du Monde au Brésil.

A croire que la Coupe du Monde en Amérique du Sud  est interdite aux Français…depuis 1930, date de la première Coupe du Monde, voire même en Amérique tout court, en pensant au triste résultat de 1993 où, il y a presque 20 ans jour pour jour (17 novembre), la France avec ses Lama, Desailly, Blanc, Petit, Deschamps (tous futurs champions du monde en 1998), plus Papin, Cantona et Ginola, fut aussi éliminée par la Bulgarie de Stoitchkov, au Parc des Princes, dans les derniers instants du match sur un but de Kostadinov. Est-ce un mauvais présage ? Réponse, ce soir. Mais si les Français se qualifient, non seulement ils auront mis fin à cette malédiction, mais surtout ils auront réussi un fameux exploit, puisqu’aucune équipe ne s’est qualifiée en barrages en ayant été battu…sur le score d’Ukraine-France. Cela dit, les Français, je le répète encore une fois, ne sont jamais aussi forts que quand on les donne perdants. Là, au fond, personne ne croit vraiment à une qualification contre l’Ukraine…et c’est pour cela que notre équipe ira au Brésil.

Michel Escatafal


Kockott-Talès : une charnière pour le XV de France en 2015?

C.O.Avant de parler du match d’hier soir entre la France et la Nouvelle-Zélande, je voudrais simplement souligner le classement des buteurs du championnat de France de Ligue 1. Pourquoi ? Tout simplement parce que les trois premiers de ce classement sont trois des tous meilleurs attaquants de la planète football, à savoir Cavani, Falcao et Ibrahimovic. Qui a dit que la Ligue 1 n’est pas attractive ? Certes, pour le moment il n’y a que de deux clubs qui peuvent se payer de telles vedettes, le PSG et l’AS Monaco, mais est-ce très différent dans les autres pays ? Combien de clubs en Espagne peuvent rivaliser avec le Real et le Barça ? Un seul, et encore à certains moments : l’Atlético de Madrid. Idem pour l’Allemagne, où le Bayern écrase tout. Seule l’Angleterre a un petit cercle d’équipes, mais au classement final on retrouve toujours les deux Manchester, Chelsea, et ensuite Arsenal, voire Liverpool cette année. Reste le cas de l’Italie…qui n’a plus les moyens de faire venir de grandes stars, et où s’opère un nivellement par le bas, derrière la Juventus.

Un dernier mot sur le sujet, pour noter qu’il ne faut jamais juger un joueur arrivant dans un nouveau championnat sur ses premières prestations. On s’était enflammé à propos des débuts de Pastore au PSG il y a deux ans, avant de l’enterrer sans doute beaucoup trop vite. La preuve, pour sa vraie rentrée hier contre l’OGCN, après presque un mois et demi sans jouer, il a été très bon. Quant à son équipier Van der Wiel, international néerlandais et finaliste de la dernière Coupe du Monde, tout le monde parlait d’un flop terrible, avant de s’apercevoir que cette année il flambe dans l’équipe du PSG version Blanc, comme en témoignent ses six passes décisives cette saison, des passes décisives qui font le bonheur de Cavani et Ibrahimovic. Conclusion, mieux vaut éviter les jugements hâtifs sur les nouveaux arrivants dans un club…ce que les médias ont du mal à comprendre.

Voilà pour cette introduction sur le football, certes un peu longue, mais nécessaire quand on lit ce qui se dit un peu partout dans les journaux sportifs, avec en plus les commentaires de forumers souvent incultes sur le sport qu’ils commentent ce qui, toutefois, n’est pas toujours le cas, notamment sur le rugby. Et cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le match d’hier soir entre la France et la Nouvelle-Zélande. Un match que les Français ont perdu, sans avoir été dominés. Un match qu’ils auraient pu gagner avec sans doute un peu plus d’ambition au départ, comme je le soulignais récemment. Un match qui montre à quel point les Français forment une équipe dangereuse…quand on ne les attend pas, et contre les meilleurs. Un match aussi, qui a clairement souligné les forces et les faiblesses de notre équipe en vue de la Coupe du Monde dans deux ans. Au fait, serons-nous prêts pour cette compétition à laquelle les Néo-Zélandais, mais aussi les Sud-Africains, les Australiens et les Anglais se préparent dans le calme, comme seules savent le faire les grandes nations, à l’exception de la France, seule grande nation de rugby à n’avoir pas gagné la plus prestigieuse des compétitions, dont elle fut pourtant à l’origine de sa création (Président Ferrasse).

En écrivant ces lignes j’ai l’impression d’avoir tout dit ou presque sur la rencontre d’hier soir, ce que certains trouveront un peu réducteur, mais qui est certainement très pertinent. Oui, le XV de France pouvait gagner ce match. Oui, les Néo-Zélandais n’ont jamais été très sereins dans cette rencontre. Oui, les Français ont été battus sur deux ou trois actions qu’ils n’ont pas su convertir en points au tableau d’affichage, contrairement aux All Blacks qui n’ont pas besoin de beaucoup d’occasions pour y parvenir, à commencer par leur magnifique buteur, Dan Carter, lequel d’ailleurs est aussi et surtout un merveilleux joueur de rugby. Voilà où se situe la différence entre les All Blacks et les Bleus, les All Blacks n’étant pas les seuls à les battre dans les matches à gros enjeu. Et quand le XV de France bat la Nouvelle-Zélande, il est généralement défait par la suite, comme si en franchissant cet Everest, on avait l’impression qu’il ne savait pas en redescendre. Rappelons-nous la Coupe du Monde 2007, mais aussi celle de 1999 !

Sur le plan des joueurs, qu’ai-je retenu de cette soirée au Stade de France ? D’abord que nous avons toujours une mêlée très solide. Les années passent, mais c’est une constante pour le XV de France de mettre en difficulté tous ses adversaires sur cette phase de jeu…où il marque l’essentiel de ses points grâce aux pénalités qu’il récolte. Preuve au passage, que ceux qui critiquent l’apport des étrangers dans nos clubs de Top 14 on tort, puisque, arrivée de grands joueurs de l’hémisphère Sud ou pas, notre mêlée est dominatrice, y compris avec des piliers qui ne jouent pas nécessairement tous les matches du Top 14. Ensuite j’ai beaucoup aimé la partie de l’arrière Brice Dulin , sorte de feu-follet surdoué, qui adore relancer à la main comme le font ou l’ont fait les meilleurs à son poste. Autre surdoué, le centre Fofana, que je comparerais un peu à Jacky Bouquet, un nom qui parlera à ceux qui ont appris à jouer au rugby dans les années 50 ou 60. Pourquoi cette comparaison avec le fameux ouvreur ou trois-quart centre du CS Vienne ? Parce qu’outre ses dons d’attaquant, il a aussi comme seul défaut de « vouloir y aller seul » et d’oublier ceux qui sont auprès de lui. Cela étant, Fofana a seulement 25 ans, et donc tout l’avenir devant lui. En outre, tel qu’il est aujourd’hui, cela reste un « monstre » à son poste, car il défend aussi très bien, ce qui fait qu’il n’a guère d’équivalent dans le monde. Et comme Fritz a lui aussi fait un très bon match, notamment en défense, voilà le XV de France paré au centre jusqu’à la Coupe du Monde. N’oublions pas que Fritz (30 ans en janvier) forma avec Jauzion une paire de trois-quarts centre digne des meilleures de l’histoire de notre rugby.

J’ai aimé aussi la prestation du troisième ligne Lauret, jeune joueur hyper actif opérant au Racing-Métro, club qui, par parenthèse, recrute de nombreuses stars étrangères. Lauret a fait un gros match, la seule restriction à son encontre étant qu’il lui faut canaliser son énergie pour éviter des fautes coûteuses en points. Mais il n’a que 24 ans, ce qui autorise tous les espoirs. Rémi Talès en revanche n’est plus un espoir, mais c’est un ouvreur qui m’a étonné hier par sa solidité et par sa manière d’attaquer la défense all black. On voit qu’il a commencé sa carrière au Stade Montois, sorte de temple du rugby offensif. Il avait déjà été très bon en finale du championnat de France contre le RC Toulon en juin dernier, passant deux drops dans les dix dernières minutes. En outre son entente avec le demi de mêlée Kockott est excellente. Et si c’était ça l’avenir du XV de France avec la charnière castraise, d’autant que Kockott est un excellent buteur ? A condition cependant que Kockott opte pour l’équipe de France en 2014, et surtout à condition qu’il soit sélectionné par Philippe Saint-André, ce qui voudrait dire se passer de l’inévitable Morgan Parra.

Morgan Parra, parlons-en justement. Je ne voudrais surtout pas que l’on croit que je fais une fixation sur ce demi de mêlée, d’autant que je ne le connais que comme spectateur ou téléspectateur de rugby. Cela dit, soyons sérieux, sa prestation hier encore n’était pas du niveau d’un numéro neuf international. Qu’on le veuille ou non, Parra ne sera jamais un grand demi de mêlée, ralentissant tous les ballons d’attaque, faisant toujours le pas de trop, et extrayant les ballons avec une désespérante lenteur. Il n’a, me dira-t-on, pas encore 25 ans, mais il est ainsi depuis ses débuts en Equipe de France, et même s’il est très courageux en défense, même s’il a un tempérament batailleur (parfois trop !), même s’il est « malin » comme le souligne souvent le commentateur de France 2, c’est quand même insuffisant pour ne pas trouver meilleur que lui dans le pays. En fait, comme je ne cesse de le préciser, son seul véritable atout est sa fiabilité comme buteur jusqu’à 45 m des poteaux. C’est la raison pour laquelle je ne lui en veux nullement d’avoir manqué une pénalité aussi facile que cruciale hier soir, juste avant la mi-temps. Après tout, cela ne lui arrive quasiment jamais, et tous ceux qui ont buté dans leur vie de rugbyman réagiront comme moi.

Malheureusement il n’a pas manqué que ce coup de pied, à commencer par ceux qu’il a délivrés derrière sa mêlée, toujours trop longs. Il y a aussi cette mêlée à cinq qu’il a provoquée en première mi-temps où sa légendaire lenteur est apparue de manière criante, comme elle est apparue en deuxième mi-temps où il se fait reprendre dans la course par un joueur adverse dans ses vingt deux mètres. Bref, Parra n’est pas l’homme qu’il faut au XV de France pour la prochaine Coupe du Monde. Un dernier mot enfin à ce sujet : pourquoi, hier soir, Saint-André a-t-il fait rentrer Doussain à deux ou trois minutes de la fin ? Encore un mystère du sélectionneur, à moins de se dire qu’il espérait un improbable coup de folie du Toulousain, preuve qu’il savait bien que c’était impossible avec Parra. Folie, un mot totalement incompatible avec le jeu du joueur clermontois, mais un mot qui a caractérisé les plus belles heures du XV de France…et la peur qu’il a toujours inspiré à ses adversaires, y compris aux plus forts.

Michel Escatafal


La Coupe du Monde de rugby à XIII se poursuit…sans que Vincent Cantoni ne puisse la voir

cantoni v.Avant de parler rugby à XIII, je voudrais évoquer une information qui, curieusement, n’engendre aucune fierté chez la plupart des Français : le PSG sera en 2016 le club le plus puissant de la planète football. Je ne dis pas le club le plus riche, car c’est déjà le cas puisqu’il appartient à la famille régnante du Qatar. Son budget à ce moment dépassera les 530 M d’euros, soit 100 M de plus que celui qui est prévu l’an prochain. Pour mémoire en France, cette année, l’Olympique Lyonnais et l’AS Monaco c’est un budget oscillant autour de 130 M, et l’Olympique de Marseille 125M. De quoi exciter bien des jalousies dans notre pays, alors qu’en Espagne tout le monde a été et est heureux de voir que le Real Madrid a un budget supérieur à celui des autres clubs. Mieux même, on trouve normal chez nos amis ibériques que le Real dépense presque 100 M pour acheter un joueur (Bale)…alors que ce club est déjà très endetté, ce qui n’est pas du tout le cas du PSG.

Fermons cette parenthèse footballistique avec ces sommes vertigineuses, pour revenir à un sport loin de les atteindre, même si l’argent y prend une place de plus en plus importante, le rugby à XV. Et à ce propos, il y a le match de samedi entre la France et la Nouvelle-Zélande, avec une composition d’équipe qui montre à quel point Philippe Saint-André a peu d’ambition. Si j’écris cela, c’est parce que la charnière est formée par l’inévitable, l’insubmersible Morgan Parra  à la mêlée et le Castrais Talès à l’ouverture. Rien que cela signifie que Saint-André n’a d’autre but que de limiter les dégâts dans une rencontre qu’il considère comme perdue d’avance. Ce n’est pas comme cela que la France préparera la Coupe du Monde 2015, avec des joueurs qu’on connaît, mais qui ne sont pas susceptibles d’élever le niveau de jeu de l’équipe.

Cela dit, où en est la naturalisation de Kockott, lequel a l’avantage sur Parra d’être meilleur joueur et surtout d’être aussi bon buteur ? Sinon, pourquoi ne pas installer Doussain ou Pélissier en numéro 9, ces deux hommes étant des avions de chasse à côté de Parra, quitte à placer à l’ouverture un vrai buteur. J’ai bien dit « installer », car si c’est pour les mettre en Equipe de France en les « flinguant » à la première erreur, ce n’est pas la peine. Or, c’est là justement le problème : tout est pardonné à Parra parce qu’il bute bien, et rien aux autres qui ont déjà occupé le poste (Dupuy, Machenaud). En attendant, cette paire Parra-Talès sera encore une nouvelle charnière, puisqu’ils n’ont jamais joué ensemble. Au fait, n’y-a-t-il dans notre pays aucun autre buteur que Parra ? Pourquoi ne pas essayer aussi une paire Trin-Dhuc-Pélissier qui évolue ensemble en club (Montpellier) ? Quel gâchis ! Et si j’insiste là-dessus, c’est parce que nous aurions pu et dû gagner la Coupe du Monde 2011 si nous avions eu une charnière bien huilée et indiscutable.

Reste le rugby à XIII…dont personne ou presque ne parle chez nous, alors que se déroule en ce moment la Coupe du Monde, laquelle est évidemment beaucoup plus commentée en Australie, et même en Nouvelle-Zélande et en Grande-Bretagne. Et pourtant on assiste à de beaux spectacles, des spectacles où la France ne brille guère, hélas, à la mesure de l’audience du XIII dans notre pays. Certes elle est déjà qualifiée pour les quarts de finale, mais je n’arrive pas à croire que les Français vont battre les Samoa lundi prochain à Perpignan, ville où jouent les Dragons Catalans qui fournissent l’ossature du XIII de France (15 joueurs en tout). N’oublions pas que les Samoa ont battu très nettement la Nouvelle-Guinée Papouasie, contrairement au XIII de France qui ne l’a emporté que d’un point (9-8) contre ce même adversaire. En outre les Samoans ont bien  résisté aux champions du monde en titre néo-zélandais (42-24), un score qui aurait dû être de 48-24 si Sonny Bill Williams n’avait pas commis la bourde du nouveau siècle en n’aplatissant pas dans l’en-but un essai qu’il s’était fabriqué seul, comme le super joueur qu’il est. Cela étant, le score qui était de 32-4 à la cinquantième minute a été réduit à 36-24 avant le dernier quart d’heure, résultat d’une magnifique révolte des Samoans, une révolte dont les Français ont été incapables contre ces mêmes Néo-Zélandais, qui ont pulvérisé le XIII de France (48-0), lequel n’avait que sa vaillance à opposer aux hommes en noir, et notamment à leur extraordinaire demi de mêlée Shaun Johnson.

En revanche ceux qui m’ont le plus surpris dans ce contexte, ce sont les Italiens, vainqueurs des Gallois pour leur match d’ouverture (32-16), après avoir battu l’Angleterre en match de préparation, et qui ont fait match nul avec l’Ecosse la semaine dernière. Toutefois cette équipe dite italienne est quand même beaucoup plus australienne qu’italienne, à l’image de son emblématique capitaine Anthony Minichielo, qui fut considéré au milieu des années 2000 comme le meilleur joueur du monde, ou encore de Ciraldo, Nasso qui joue à Avignon, ou Centrone, ces joueurs ayant marqué les essais italiens contre l’Ecosse (30-30). Hélas aucun joueur français n’est à ce niveau. Il faudrait naturaliser Sonny Bill Williams, Shaun Johnson…ce qui est une plaisanterie !  En tout cas, en citant ces noms de stars néo-zélandaises, on comprend pourquoi les Néo-Zélandais sont parmi les deux favoris de cette Coupe du Monde, en passe de conserver le titre acquis en 2008, et ce même s’ils ne peuvent pas compter sur celui qui est peut-être le plus fort de tous, Benji Marshall, qui vient de passer à XV. Qu’il est loin le temps où la frontière entre les deux rugbys était étanche, surtout dans le sens XIII-XV !

Un dernier mot enfin pour saluer la disparition de Vincent Cantoni (quatre mois après celle de son fils Jack), un des derniers héros de cette fameuse tournée aux Antipodes de 1951, où les Français avaient conquis le titre (officieux à l’époque) de champions du monde. Vincent Cantoni a été une immense vedette du rugby à XIII, sans d’ailleurs être passé par le rugby XV comme quelques uns de ses glorieux contemporains, parmi lesquels on peut citer Roger Arcalis, André Carrère, Puig-Aubert et Jacky Merquey. Vincent Cantoni fut finaliste de la Coupe du Monde 1954, une des deux seules fois où notre équipe nationale atteignit ce stade de la compétition avec l’équipe de 1968, où œuvraient notamment le capitaine G. Aillères et Jean Capdouze. Ces finalistes de la Coupe du monde 1954 avaient pour nom, outre Vincent Cantoni, le célébrissime Puig-Aubert, les centres Merquey et Teisseire, l’autre ailier Contrastin, les demis Benausse, Jimenez et Crespo, et les avants Audoubert, Krawzyk, Save, Pambrun, Verdié et Rinaldi.

Quelle belle équipe en effet, et surtout quel dommage qu’elle ait été battue par la Grande-Bretagne, une équipe à sa portée à ce moment. La preuve, les Français s’inclinèrent de 4 points, ce qui veut dire qu’avec un essai transformé ils l’auraient emporté, ce qui au vu de la fin du match aurait été tout à fait possible. A noter que peu après le début de la deuxième mi-temps, c’est Vincent Cantoni qui marqua l’essai (transformé par Puig-Aubert) qui permit aux Français de mener 9-8. Quand le XIII de France pourra-t-il de nouveau rivaliser avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Grande-Bretagne ? Sans doute pas avant un long moment, d’autant que le rugby à XIII est peu médiatisé dans notre pays. Heureusement que BeINSport est là pour nous proposer cette Coupe du Monde en direct, à commencer par ce soir à 21h un alléchant  Nouvelle-Zélande-Papouasie Nouvelle-Guinée, qui devrait voir une partie très ouverte où les Néo-Zélandais vont nous offrir un récital.

Michel Escatafal


Pour les Français, Tokyo 2020 sera un meilleur cru que Tokyo 1964

hayesbikilageesinkLes Jeux Olympiques de 2020 ont donc été attribués à Tokyo et au Japon, comme en 1964. Nul doute que les Japonais feront les choses au mieux comme ils le firent en 1964, première année où les J.O. se déroulaient dans un pays asiatique. Ce fut aussi la première véritable année olympique de l’époque post- coloniale, ce qui explique l’arrivée en force des pays africains. Pour mémoire on rappellera qu’une de nos deux médailles en athlétisme aux J.O. de Rome en 1960, avait été obtenue par Abdou Seye sur 200m, c’est-à-dire par un sprinter sénégalais.  Fermons la parenthèse pour dire que ces J.O. à Tokyo, en octobre 1964, avaient été marqués par un défilé où les Américains, ironie de l’histoire, s’étaient présentés devant l’empereur Hiro-Hito, dont le rôle fut considérable pendant la deuxième Guerre mondiale. A ce propos, pour terminer par la partie purement historique, c’est un certain Yoshinori Sakaï, né le 6 août 1945 à Hiroshima (jour où fut lancée la première bombe atomique sur le Japon), qui portait la flamme olympique dans le stade, devant 100.000 spectateurs, le jour de l’ouverture des Jeux, le 10 octobre 1964, manifestation qui permettait enfin au Japon de retrouver le concert des nations et de montrer sa puissance retrouvée sur le plan économique. Une puissance qui ne faisait pas plaisir à tout le monde, notamment aux autres pays asiatiques, qui avaient eu à souffrir de l’impérialisme japonais dans les années 1930 et 1940.

Disons tout de suite que ce furent de très beaux Jeux, même s’ils furent très décevants pour les Français, à qui on avait prédit un nombre inhabituel de médailles d’or…ce qui n’arriva pas, la seule médaille dorée de notre délégation intervenant le dernier jour, avec Pierre Jonquères d’Oriola qui sauva l’honneur en remportant la victoire en équitation, au saut d’obstacles, avec un cheval nommé Lutteur B. Il avait déjà été champion olympique 12 ans plus tôt, à Helsinki, mais il a toujours avoué que cette médaille avait pour lui une saveur plus douce encore. D’abord parce que la concurrence était plus forte qu’en 1952, ensuite parce que sa première manche avait été moyenne (comme à Helsinki), et enfin parce que sa deuxième manche fut en tous points exemplaire, puisqu’il réalisa un parcours sans faute qui lui donna la victoire le dernier jour des Jeux, dans la dernière compétition, alors que la quasi-totalité de la délégation française avait plié bagages, ressassant la masse de déceptions enregistrées lors de ces J.O., dont on attendait beaucoup mieux.

Au fait, combien de médailles avons-nous comptabilisé au cours de ces J.O ? Réponse : 15 en tout dont une en or (d’Oriola), huit en argent (l’athlète Maryvonne Dupureur sur 800m, le deux avec barreur, le C2 1000m en kayak hommes, le saut d’obstacle par équipes avec Jonquières d’Oriola, le fleuret avec Magnan et le sabre avec Arabo, la boxe avec Joseph Gonzales en 71 kg, et Christine Caron sur 100m dos), et six en bronze (le 4x100m en athlétisme, le fleuret hommes avec Revenu, le fleuret par équipes et l’épée par équipes, plus les cyclistes sur piste avec Trentin au km et Morelon en vitesse). Un maigre bilan il faut le reconnaître, même si ledit bilan laissait espérer de beaux succès pour l’avenir, notamment avec les pistards du vélo qui feront une belle razzia aux J.O. suivants à Mexico, le 4x100m qui aurait dû l’emporter en 1968 si Bambuck avait été en pleine possession de ses moyens, et Jo Gonzales qui, hélas, n’a jamais confirmé chez les professionnels, malgré son punch. Enfin, à cette époque, nos escrimeurs étaient les valeurs sûres des sports olympiques…ce qui n’est plus tout à fait le cas maintenant.

En revanche, notre délégation a enregistré au cours de ces J.O. de terribles déceptions, à la mesure des espoirs que deux de nos plus grands champions de l’époque avaient suscités. Je vais les citer, parce qu’ils étaient devenus de grandes stars chez nous, étant supposés être les meilleurs sur leur distance en athlétisme (5000m) et natation (100m), je veux parler de Michel Jazy et Alain Gottvallès. Etaient-ils réellement les meilleurs ? Sans doute pas pour Gottvallès , mais oui à coup sûr pour Jazy, lequel avait surtout contre lui d’être aussi le numéro un sur 1500m, sa distance d’origine qu’il maîtrisait totalement, contrairement au 5000m sur lequel il venait de se spécialiser, distance sur laquelle il était imbattable dans des circonstances parfaites…ce qui n’était pas le cas à Tokyo le jour de la finale. En tout cas, pour de nombreux amateurs et connaisseurs de l’athlétisme, jamais Jazy n’aurait dû choisir le 5000m tellement il était fort sur 1500m. Il l’était tellement, après avoir gagné la médaille d’argent à Rome sur la distance derrière l’invaincu Herb Elliott, et remporté avec une extrême facilité le titre européen en 1962, que celui qui remporta la médaille d’or sur 1500m (faisant le doublé 800-1500m), le Néo-Zélandais Peter Snell, ne s’y serait pas aligné si Jazy avait été présent. En outre, le miler français avait réalisé des temps d’entraînement sur 1200m tout à fait ébouriffants. Alors pourquoi avoir choisi le 5000m ? Lui seul le savait, mais c’était un mystère pour à peu près tout le monde.

Je suis d’ailleurs persuadé que si Jazy était un champion d’aujourd’hui, il aurait d’abord couru le 1500m, car de nos jours les sportifs français sont moins frileux qu’autrefois. Il est vrai que depuis 1964 la France a remporté une Coupe du Monde de football et deux titres européens, mais aussi un titre européen en basket, qu’elle a eu plusieurs champions olympiques ou du monde en athlétisme, la remarque valant aussi pour la natation dont je parlerais un peu plus tard. Bref, le sport français dépasse de nos jours allègrement les 30 médailles aux divers J.O., alors que cinquante ou soixante ans en arrière nous en avions trois ou quatre fois moins. Mieux encore, nous en obtenons presque autant en athlétisme et natation que dans tous les sports dans les années 60 ou 70. C’est cela la grosse évolution, et c’est pour cela que je suis persuadé que Jazy aurait été de nos jours champion olympique du 1500m…puisque c’était le plus fort à l’époque. Et il n’aurait pas eu peur de perdre, même si Snell avait été présent, ce qui, je le répète, n’aurait pas été le cas.

D’ailleurs le vainqueur de ce 5000m de Tokyo en 1964, l’Américain Bob Schul, n’a jamais rien fait par la suite, pas plus que l’autre Américain sur le podium, Dellinger, alors que l’Allemand Norpoth, qui a terminé deuxième, a toujours été dominé par Jazy dans toutes les grandes compétitions auxquelles les deux hommes ont participé. En fait, Michel Jazy a été battu parce qu’à ce moment les athlètes français n’avaient pas encore cette « culture de la gagne », qu’ils ont acquise dans les années 90 et qu’ils ont encore de nos jours (Marie-Jo Pérec, Galfione, Diagana, Eunice Barber, Doucouré, Lavillenie, Tamgho etc.). Certes ce que je dis va en contradiction de ce qu’a affirmé Jazy après sa course malheureuse, mais je suis persuadé que c’est la vérité. Le champion du C.A. Montreuil avait en effet accusé la piste en cendrée qui avait beaucoup souffert de la pluie…même si elle était la même pour tout le monde (les pistes en synthétique n’existaient pas encore). Non, tout simplement, même s’il n’aimait pas courir sous la pluie, Jazy avait perdu parce qu’il avait eu peur de gagner, comme il avait eu peur d’un éventuel échec sur 1500m. En outre Jazy était à sa grande époque une icône dans notre pays, étant une des deux personnalités les plus populaires avec le général de Gaulle. Il était, par exemple, le seul sportif pour lequel on était prêt à déplacer tous les programmes à la télévision (ORTF) pour suivre une tentative de record du monde. Bref, Jazy avait la pression, et celle-ci avait été trop lourde pour lui. La remarque vaut aussi pour Alain Gottvallès, qui venait de battre le record du monde du 100m (52s9), et qui termina cinquième de la finale du 100m dans un temps très éloigné de son record (54s2), alors qu’il aurait au moins dû avoir une médaille, comme sa copine Christine Caron qui remporta l’argent sur 100m dos.

Toutefois, si ces J.O. n’avaient pas été très brillants pour les Français, ils ont consacré quelques supers champions qui méritent qu’on cite leur nom. Le premier d’entre eux est celui qui fut peut-être en valeur absolue le plus grand sprinter du vingtième siècle, Bob Hayes, vainqueur du 100m avec un temps de 10s en finale, battant de deux dixièmes le Cubain Figuerola et le Canadien Jérome, après avoir réalisé 9s9/10 en finale avec un peu trop de vent, et étant chronomtré en 8s7/10 lancé dans le dernier relais du 4X100m. Dommage qu’à ce moment les athlètes n’aient pas été professionnels  (interdit par la C.I.O.), ce qui a obligé Bob Hayes a arrêter sa carrière à 22 ans. A quel niveau aurait-il porté le record du monde du 100m, s’il avait pu participer aux J.O. de Mexico (1968) en altitude et sur une piste avec un revêtement synthétique ? Nul ne le sait, mais on serait allé très en-deçà des 9s95 de Jim Hines, sans doute moins de 9s90.

Autre star de ces J.O. de Mexico, l’Ethiopien Abebe Bikila, premier des grands champions africains, lesquels de nos jours dominent les épreuves de fond (en comptant le Britannique Mo Farah, originaire de la Somalie). Après avoir remporté à la surprise générale le marathon des J.O. de Rome (1960) en courant pieds nus, Bikila récidiva avec une extrême facilité à Tokyo, ce qui était une première, quinze jours après avoir été opéré de l’appendice, s’adonnant à l’arrivée de ce marathon à une série de mouvements de gymnastique devant une foule médusée. Je pourrais aussi citer le nageur Don Schollander qui remporta quatre médailles d’or en nage libre (100m, 400m et les deux relais), ce qui valait bien les huit médailles d’or de Phelps à Pékin en 2008, mais je pense, comme beaucoup à l’époque, que c’est le judoka Anton Geesink qui mérite d’être mis au niveau de Bob Hayes, ayant réussi l’incroyable exploit de battre les Japonais chez eux dans la catégorie reine des poids lourds, ce qui plongea la capitale japonaise dans le deuil. Imaginons l’affront pour ce pays : pour l’introduction du judo (sport national) au programme olympique, c’est un Néerlandais qui remporte le titre suprême au dépens de l’idole des foules japonaises, Akio Kaminaga. Enfin on n’oubliera pas non plus que c’est à Tokyo que le fameux boxeur poids lourds Joe Frazier, meilleur ennemi de Mohammed Ali, enleva le titre des + de 81 kg.

Un dernier mot enfin pour noter que la France en 2020 fera nécessairement mieux qu’en 1964 (une seule médaille d’or), et que ce sera la Chine qui tiendra le rôle de contradicteur des Etats-Unis, comme ce fut le cas en 1964 à Tokyo pour l’ex-Union Soviétique. Cette dernière en effet remporta 96 médailles dont 30 en or, alors que les Etats-Unis obtinrent 90 médailles, mais 36 en or, l’Allemagne, unifiée pour l’occasion, récupérant 50 médailles dont 10 en or, et le Japon arrivant quatrième dans cette hiérarchie avec 29 médailles dont 16 en or. Depuis cette époque le Japon a disparu des pays obtenant un grand nombre de médailles, contrairement à l’Allemagne toujours dans les premières nations (sixième avec 44 médailles) en 2012, juste devant la France (septième avec 34 médailles) et l’Italie (huitième avec 28 médailles). Quant à la Russie, héritière de l’ex-Union Soviétique, elle s’est maintenue à Londres sur le podium au classement des médailles (82), derrière les Etats-Unis (104 médailles dont 46 en or) et la Chine (88 médailles dont 38 en or), loin devant la Grande-Bretagne (pays organisateur) avec ses 65 médailles. En fait, la première nation asiatique, hors la Chine, est aujourd’hui la Corée du Sud avec 28 médailles à Londres dont 13 en or, soit 2 de plus que la France et 5 de plus que l’Italie. Qu’en sera-t-il déjà à Rio de Janeiro en 2016 ?

Michel Escatafal