Pour les Français, Tokyo 2020 sera un meilleur cru que Tokyo 1964

hayesbikilageesinkLes Jeux Olympiques de 2020 ont donc été attribués à Tokyo et au Japon, comme en 1964. Nul doute que les Japonais feront les choses au mieux comme ils le firent en 1964, première année où les J.O. se déroulaient dans un pays asiatique. Ce fut aussi la première véritable année olympique de l’époque post- coloniale, ce qui explique l’arrivée en force des pays africains. Pour mémoire on rappellera qu’une de nos deux médailles en athlétisme aux J.O. de Rome en 1960, avait été obtenue par Abdou Seye sur 200m, c’est-à-dire par un sprinter sénégalais.  Fermons la parenthèse pour dire que ces J.O. à Tokyo, en octobre 1964, avaient été marqués par un défilé où les Américains, ironie de l’histoire, s’étaient présentés devant l’empereur Hiro-Hito, dont le rôle fut considérable pendant la deuxième Guerre mondiale. A ce propos, pour terminer par la partie purement historique, c’est un certain Yoshinori Sakaï, né le 6 août 1945 à Hiroshima (jour où fut lancée la première bombe atomique sur le Japon), qui portait la flamme olympique dans le stade, devant 100.000 spectateurs, le jour de l’ouverture des Jeux, le 10 octobre 1964, manifestation qui permettait enfin au Japon de retrouver le concert des nations et de montrer sa puissance retrouvée sur le plan économique. Une puissance qui ne faisait pas plaisir à tout le monde, notamment aux autres pays asiatiques, qui avaient eu à souffrir de l’impérialisme japonais dans les années 1930 et 1940.

Disons tout de suite que ce furent de très beaux Jeux, même s’ils furent très décevants pour les Français, à qui on avait prédit un nombre inhabituel de médailles d’or…ce qui n’arriva pas, la seule médaille dorée de notre délégation intervenant le dernier jour, avec Pierre Jonquères d’Oriola qui sauva l’honneur en remportant la victoire en équitation, au saut d’obstacles, avec un cheval nommé Lutteur B. Il avait déjà été champion olympique 12 ans plus tôt, à Helsinki, mais il a toujours avoué que cette médaille avait pour lui une saveur plus douce encore. D’abord parce que la concurrence était plus forte qu’en 1952, ensuite parce que sa première manche avait été moyenne (comme à Helsinki), et enfin parce que sa deuxième manche fut en tous points exemplaire, puisqu’il réalisa un parcours sans faute qui lui donna la victoire le dernier jour des Jeux, dans la dernière compétition, alors que la quasi-totalité de la délégation française avait plié bagages, ressassant la masse de déceptions enregistrées lors de ces J.O., dont on attendait beaucoup mieux.

Au fait, combien de médailles avons-nous comptabilisé au cours de ces J.O ? Réponse : 15 en tout dont une en or (d’Oriola), huit en argent (l’athlète Maryvonne Dupureur sur 800m, le deux avec barreur, le C2 1000m en kayak hommes, le saut d’obstacle par équipes avec Jonquières d’Oriola, le fleuret avec Magnan et le sabre avec Arabo, la boxe avec Joseph Gonzales en 71 kg, et Christine Caron sur 100m dos), et six en bronze (le 4x100m en athlétisme, le fleuret hommes avec Revenu, le fleuret par équipes et l’épée par équipes, plus les cyclistes sur piste avec Trentin au km et Morelon en vitesse). Un maigre bilan il faut le reconnaître, même si ledit bilan laissait espérer de beaux succès pour l’avenir, notamment avec les pistards du vélo qui feront une belle razzia aux J.O. suivants à Mexico, le 4x100m qui aurait dû l’emporter en 1968 si Bambuck avait été en pleine possession de ses moyens, et Jo Gonzales qui, hélas, n’a jamais confirmé chez les professionnels, malgré son punch. Enfin, à cette époque, nos escrimeurs étaient les valeurs sûres des sports olympiques…ce qui n’est plus tout à fait le cas maintenant.

En revanche, notre délégation a enregistré au cours de ces J.O. de terribles déceptions, à la mesure des espoirs que deux de nos plus grands champions de l’époque avaient suscités. Je vais les citer, parce qu’ils étaient devenus de grandes stars chez nous, étant supposés être les meilleurs sur leur distance en athlétisme (5000m) et natation (100m), je veux parler de Michel Jazy et Alain Gottvallès. Etaient-ils réellement les meilleurs ? Sans doute pas pour Gottvallès , mais oui à coup sûr pour Jazy, lequel avait surtout contre lui d’être aussi le numéro un sur 1500m, sa distance d’origine qu’il maîtrisait totalement, contrairement au 5000m sur lequel il venait de se spécialiser, distance sur laquelle il était imbattable dans des circonstances parfaites…ce qui n’était pas le cas à Tokyo le jour de la finale. En tout cas, pour de nombreux amateurs et connaisseurs de l’athlétisme, jamais Jazy n’aurait dû choisir le 5000m tellement il était fort sur 1500m. Il l’était tellement, après avoir gagné la médaille d’argent à Rome sur la distance derrière l’invaincu Herb Elliott, et remporté avec une extrême facilité le titre européen en 1962, que celui qui remporta la médaille d’or sur 1500m (faisant le doublé 800-1500m), le Néo-Zélandais Peter Snell, ne s’y serait pas aligné si Jazy avait été présent. En outre, le miler français avait réalisé des temps d’entraînement sur 1200m tout à fait ébouriffants. Alors pourquoi avoir choisi le 5000m ? Lui seul le savait, mais c’était un mystère pour à peu près tout le monde.

Je suis d’ailleurs persuadé que si Jazy était un champion d’aujourd’hui, il aurait d’abord couru le 1500m, car de nos jours les sportifs français sont moins frileux qu’autrefois. Il est vrai que depuis 1964 la France a remporté une Coupe du Monde de football et deux titres européens, mais aussi un titre européen en basket, qu’elle a eu plusieurs champions olympiques ou du monde en athlétisme, la remarque valant aussi pour la natation dont je parlerais un peu plus tard. Bref, le sport français dépasse de nos jours allègrement les 30 médailles aux divers J.O., alors que cinquante ou soixante ans en arrière nous en avions trois ou quatre fois moins. Mieux encore, nous en obtenons presque autant en athlétisme et natation que dans tous les sports dans les années 60 ou 70. C’est cela la grosse évolution, et c’est pour cela que je suis persuadé que Jazy aurait été de nos jours champion olympique du 1500m…puisque c’était le plus fort à l’époque. Et il n’aurait pas eu peur de perdre, même si Snell avait été présent, ce qui, je le répète, n’aurait pas été le cas.

D’ailleurs le vainqueur de ce 5000m de Tokyo en 1964, l’Américain Bob Schul, n’a jamais rien fait par la suite, pas plus que l’autre Américain sur le podium, Dellinger, alors que l’Allemand Norpoth, qui a terminé deuxième, a toujours été dominé par Jazy dans toutes les grandes compétitions auxquelles les deux hommes ont participé. En fait, Michel Jazy a été battu parce qu’à ce moment les athlètes français n’avaient pas encore cette « culture de la gagne », qu’ils ont acquise dans les années 90 et qu’ils ont encore de nos jours (Marie-Jo Pérec, Galfione, Diagana, Eunice Barber, Doucouré, Lavillenie, Tamgho etc.). Certes ce que je dis va en contradiction de ce qu’a affirmé Jazy après sa course malheureuse, mais je suis persuadé que c’est la vérité. Le champion du C.A. Montreuil avait en effet accusé la piste en cendrée qui avait beaucoup souffert de la pluie…même si elle était la même pour tout le monde (les pistes en synthétique n’existaient pas encore). Non, tout simplement, même s’il n’aimait pas courir sous la pluie, Jazy avait perdu parce qu’il avait eu peur de gagner, comme il avait eu peur d’un éventuel échec sur 1500m. En outre Jazy était à sa grande époque une icône dans notre pays, étant une des deux personnalités les plus populaires avec le général de Gaulle. Il était, par exemple, le seul sportif pour lequel on était prêt à déplacer tous les programmes à la télévision (ORTF) pour suivre une tentative de record du monde. Bref, Jazy avait la pression, et celle-ci avait été trop lourde pour lui. La remarque vaut aussi pour Alain Gottvallès, qui venait de battre le record du monde du 100m (52s9), et qui termina cinquième de la finale du 100m dans un temps très éloigné de son record (54s2), alors qu’il aurait au moins dû avoir une médaille, comme sa copine Christine Caron qui remporta l’argent sur 100m dos.

Toutefois, si ces J.O. n’avaient pas été très brillants pour les Français, ils ont consacré quelques supers champions qui méritent qu’on cite leur nom. Le premier d’entre eux est celui qui fut peut-être en valeur absolue le plus grand sprinter du vingtième siècle, Bob Hayes, vainqueur du 100m avec un temps de 10s en finale, battant de deux dixièmes le Cubain Figuerola et le Canadien Jérome, après avoir réalisé 9s9/10 en finale avec un peu trop de vent, et étant chronomtré en 8s7/10 lancé dans le dernier relais du 4X100m. Dommage qu’à ce moment les athlètes n’aient pas été professionnels  (interdit par la C.I.O.), ce qui a obligé Bob Hayes a arrêter sa carrière à 22 ans. A quel niveau aurait-il porté le record du monde du 100m, s’il avait pu participer aux J.O. de Mexico (1968) en altitude et sur une piste avec un revêtement synthétique ? Nul ne le sait, mais on serait allé très en-deçà des 9s95 de Jim Hines, sans doute moins de 9s90.

Autre star de ces J.O. de Mexico, l’Ethiopien Abebe Bikila, premier des grands champions africains, lesquels de nos jours dominent les épreuves de fond (en comptant le Britannique Mo Farah, originaire de la Somalie). Après avoir remporté à la surprise générale le marathon des J.O. de Rome (1960) en courant pieds nus, Bikila récidiva avec une extrême facilité à Tokyo, ce qui était une première, quinze jours après avoir été opéré de l’appendice, s’adonnant à l’arrivée de ce marathon à une série de mouvements de gymnastique devant une foule médusée. Je pourrais aussi citer le nageur Don Schollander qui remporta quatre médailles d’or en nage libre (100m, 400m et les deux relais), ce qui valait bien les huit médailles d’or de Phelps à Pékin en 2008, mais je pense, comme beaucoup à l’époque, que c’est le judoka Anton Geesink qui mérite d’être mis au niveau de Bob Hayes, ayant réussi l’incroyable exploit de battre les Japonais chez eux dans la catégorie reine des poids lourds, ce qui plongea la capitale japonaise dans le deuil. Imaginons l’affront pour ce pays : pour l’introduction du judo (sport national) au programme olympique, c’est un Néerlandais qui remporte le titre suprême au dépens de l’idole des foules japonaises, Akio Kaminaga. Enfin on n’oubliera pas non plus que c’est à Tokyo que le fameux boxeur poids lourds Joe Frazier, meilleur ennemi de Mohammed Ali, enleva le titre des + de 81 kg.

Un dernier mot enfin pour noter que la France en 2020 fera nécessairement mieux qu’en 1964 (une seule médaille d’or), et que ce sera la Chine qui tiendra le rôle de contradicteur des Etats-Unis, comme ce fut le cas en 1964 à Tokyo pour l’ex-Union Soviétique. Cette dernière en effet remporta 96 médailles dont 30 en or, alors que les Etats-Unis obtinrent 90 médailles, mais 36 en or, l’Allemagne, unifiée pour l’occasion, récupérant 50 médailles dont 10 en or, et le Japon arrivant quatrième dans cette hiérarchie avec 29 médailles dont 16 en or. Depuis cette époque le Japon a disparu des pays obtenant un grand nombre de médailles, contrairement à l’Allemagne toujours dans les premières nations (sixième avec 44 médailles) en 2012, juste devant la France (septième avec 34 médailles) et l’Italie (huitième avec 28 médailles). Quant à la Russie, héritière de l’ex-Union Soviétique, elle s’est maintenue à Londres sur le podium au classement des médailles (82), derrière les Etats-Unis (104 médailles dont 46 en or) et la Chine (88 médailles dont 38 en or), loin devant la Grande-Bretagne (pays organisateur) avec ses 65 médailles. En fait, la première nation asiatique, hors la Chine, est aujourd’hui la Corée du Sud avec 28 médailles à Londres dont 13 en or, soit 2 de plus que la France et 5 de plus que l’Italie. Qu’en sera-t-il déjà à Rio de Janeiro en 2016 ?

Michel Escatafal

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