La Coupe du Monde de rugby à XIII se poursuit…sans que Vincent Cantoni ne puisse la voir

cantoni v.Avant de parler rugby à XIII, je voudrais évoquer une information qui, curieusement, n’engendre aucune fierté chez la plupart des Français : le PSG sera en 2016 le club le plus puissant de la planète football. Je ne dis pas le club le plus riche, car c’est déjà le cas puisqu’il appartient à la famille régnante du Qatar. Son budget à ce moment dépassera les 530 M d’euros, soit 100 M de plus que celui qui est prévu l’an prochain. Pour mémoire en France, cette année, l’Olympique Lyonnais et l’AS Monaco c’est un budget oscillant autour de 130 M, et l’Olympique de Marseille 125M. De quoi exciter bien des jalousies dans notre pays, alors qu’en Espagne tout le monde a été et est heureux de voir que le Real Madrid a un budget supérieur à celui des autres clubs. Mieux même, on trouve normal chez nos amis ibériques que le Real dépense presque 100 M pour acheter un joueur (Bale)…alors que ce club est déjà très endetté, ce qui n’est pas du tout le cas du PSG.

Fermons cette parenthèse footballistique avec ces sommes vertigineuses, pour revenir à un sport loin de les atteindre, même si l’argent y prend une place de plus en plus importante, le rugby à XV. Et à ce propos, il y a le match de samedi entre la France et la Nouvelle-Zélande, avec une composition d’équipe qui montre à quel point Philippe Saint-André a peu d’ambition. Si j’écris cela, c’est parce que la charnière est formée par l’inévitable, l’insubmersible Morgan Parra  à la mêlée et le Castrais Talès à l’ouverture. Rien que cela signifie que Saint-André n’a d’autre but que de limiter les dégâts dans une rencontre qu’il considère comme perdue d’avance. Ce n’est pas comme cela que la France préparera la Coupe du Monde 2015, avec des joueurs qu’on connaît, mais qui ne sont pas susceptibles d’élever le niveau de jeu de l’équipe.

Cela dit, où en est la naturalisation de Kockott, lequel a l’avantage sur Parra d’être meilleur joueur et surtout d’être aussi bon buteur ? Sinon, pourquoi ne pas installer Doussain ou Pélissier en numéro 9, ces deux hommes étant des avions de chasse à côté de Parra, quitte à placer à l’ouverture un vrai buteur. J’ai bien dit « installer », car si c’est pour les mettre en Equipe de France en les « flinguant » à la première erreur, ce n’est pas la peine. Or, c’est là justement le problème : tout est pardonné à Parra parce qu’il bute bien, et rien aux autres qui ont déjà occupé le poste (Dupuy, Machenaud). En attendant, cette paire Parra-Talès sera encore une nouvelle charnière, puisqu’ils n’ont jamais joué ensemble. Au fait, n’y-a-t-il dans notre pays aucun autre buteur que Parra ? Pourquoi ne pas essayer aussi une paire Trin-Dhuc-Pélissier qui évolue ensemble en club (Montpellier) ? Quel gâchis ! Et si j’insiste là-dessus, c’est parce que nous aurions pu et dû gagner la Coupe du Monde 2011 si nous avions eu une charnière bien huilée et indiscutable.

Reste le rugby à XIII…dont personne ou presque ne parle chez nous, alors que se déroule en ce moment la Coupe du Monde, laquelle est évidemment beaucoup plus commentée en Australie, et même en Nouvelle-Zélande et en Grande-Bretagne. Et pourtant on assiste à de beaux spectacles, des spectacles où la France ne brille guère, hélas, à la mesure de l’audience du XIII dans notre pays. Certes elle est déjà qualifiée pour les quarts de finale, mais je n’arrive pas à croire que les Français vont battre les Samoa lundi prochain à Perpignan, ville où jouent les Dragons Catalans qui fournissent l’ossature du XIII de France (15 joueurs en tout). N’oublions pas que les Samoa ont battu très nettement la Nouvelle-Guinée Papouasie, contrairement au XIII de France qui ne l’a emporté que d’un point (9-8) contre ce même adversaire. En outre les Samoans ont bien  résisté aux champions du monde en titre néo-zélandais (42-24), un score qui aurait dû être de 48-24 si Sonny Bill Williams n’avait pas commis la bourde du nouveau siècle en n’aplatissant pas dans l’en-but un essai qu’il s’était fabriqué seul, comme le super joueur qu’il est. Cela étant, le score qui était de 32-4 à la cinquantième minute a été réduit à 36-24 avant le dernier quart d’heure, résultat d’une magnifique révolte des Samoans, une révolte dont les Français ont été incapables contre ces mêmes Néo-Zélandais, qui ont pulvérisé le XIII de France (48-0), lequel n’avait que sa vaillance à opposer aux hommes en noir, et notamment à leur extraordinaire demi de mêlée Shaun Johnson.

En revanche ceux qui m’ont le plus surpris dans ce contexte, ce sont les Italiens, vainqueurs des Gallois pour leur match d’ouverture (32-16), après avoir battu l’Angleterre en match de préparation, et qui ont fait match nul avec l’Ecosse la semaine dernière. Toutefois cette équipe dite italienne est quand même beaucoup plus australienne qu’italienne, à l’image de son emblématique capitaine Anthony Minichielo, qui fut considéré au milieu des années 2000 comme le meilleur joueur du monde, ou encore de Ciraldo, Nasso qui joue à Avignon, ou Centrone, ces joueurs ayant marqué les essais italiens contre l’Ecosse (30-30). Hélas aucun joueur français n’est à ce niveau. Il faudrait naturaliser Sonny Bill Williams, Shaun Johnson…ce qui est une plaisanterie !  En tout cas, en citant ces noms de stars néo-zélandaises, on comprend pourquoi les Néo-Zélandais sont parmi les deux favoris de cette Coupe du Monde, en passe de conserver le titre acquis en 2008, et ce même s’ils ne peuvent pas compter sur celui qui est peut-être le plus fort de tous, Benji Marshall, qui vient de passer à XV. Qu’il est loin le temps où la frontière entre les deux rugbys était étanche, surtout dans le sens XIII-XV !

Un dernier mot enfin pour saluer la disparition de Vincent Cantoni (quatre mois après celle de son fils Jack), un des derniers héros de cette fameuse tournée aux Antipodes de 1951, où les Français avaient conquis le titre (officieux à l’époque) de champions du monde. Vincent Cantoni a été une immense vedette du rugby à XIII, sans d’ailleurs être passé par le rugby XV comme quelques uns de ses glorieux contemporains, parmi lesquels on peut citer Roger Arcalis, André Carrère, Puig-Aubert et Jacky Merquey. Vincent Cantoni fut finaliste de la Coupe du Monde 1954, une des deux seules fois où notre équipe nationale atteignit ce stade de la compétition avec l’équipe de 1968, où œuvraient notamment le capitaine G. Aillères et Jean Capdouze. Ces finalistes de la Coupe du monde 1954 avaient pour nom, outre Vincent Cantoni, le célébrissime Puig-Aubert, les centres Merquey et Teisseire, l’autre ailier Contrastin, les demis Benausse, Jimenez et Crespo, et les avants Audoubert, Krawzyk, Save, Pambrun, Verdié et Rinaldi.

Quelle belle équipe en effet, et surtout quel dommage qu’elle ait été battue par la Grande-Bretagne, une équipe à sa portée à ce moment. La preuve, les Français s’inclinèrent de 4 points, ce qui veut dire qu’avec un essai transformé ils l’auraient emporté, ce qui au vu de la fin du match aurait été tout à fait possible. A noter que peu après le début de la deuxième mi-temps, c’est Vincent Cantoni qui marqua l’essai (transformé par Puig-Aubert) qui permit aux Français de mener 9-8. Quand le XIII de France pourra-t-il de nouveau rivaliser avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Grande-Bretagne ? Sans doute pas avant un long moment, d’autant que le rugby à XIII est peu médiatisé dans notre pays. Heureusement que BeINSport est là pour nous proposer cette Coupe du Monde en direct, à commencer par ce soir à 21h un alléchant  Nouvelle-Zélande-Papouasie Nouvelle-Guinée, qui devrait voir une partie très ouverte où les Néo-Zélandais vont nous offrir un récital.

Michel Escatafal

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