Kockott-Talès : une charnière pour le XV de France en 2015?

C.O.Avant de parler du match d’hier soir entre la France et la Nouvelle-Zélande, je voudrais simplement souligner le classement des buteurs du championnat de France de Ligue 1. Pourquoi ? Tout simplement parce que les trois premiers de ce classement sont trois des tous meilleurs attaquants de la planète football, à savoir Cavani, Falcao et Ibrahimovic. Qui a dit que la Ligue 1 n’est pas attractive ? Certes, pour le moment il n’y a que de deux clubs qui peuvent se payer de telles vedettes, le PSG et l’AS Monaco, mais est-ce très différent dans les autres pays ? Combien de clubs en Espagne peuvent rivaliser avec le Real et le Barça ? Un seul, et encore à certains moments : l’Atlético de Madrid. Idem pour l’Allemagne, où le Bayern écrase tout. Seule l’Angleterre a un petit cercle d’équipes, mais au classement final on retrouve toujours les deux Manchester, Chelsea, et ensuite Arsenal, voire Liverpool cette année. Reste le cas de l’Italie…qui n’a plus les moyens de faire venir de grandes stars, et où s’opère un nivellement par le bas, derrière la Juventus.

Un dernier mot sur le sujet, pour noter qu’il ne faut jamais juger un joueur arrivant dans un nouveau championnat sur ses premières prestations. On s’était enflammé à propos des débuts de Pastore au PSG il y a deux ans, avant de l’enterrer sans doute beaucoup trop vite. La preuve, pour sa vraie rentrée hier contre l’OGCN, après presque un mois et demi sans jouer, il a été très bon. Quant à son équipier Van der Wiel, international néerlandais et finaliste de la dernière Coupe du Monde, tout le monde parlait d’un flop terrible, avant de s’apercevoir que cette année il flambe dans l’équipe du PSG version Blanc, comme en témoignent ses six passes décisives cette saison, des passes décisives qui font le bonheur de Cavani et Ibrahimovic. Conclusion, mieux vaut éviter les jugements hâtifs sur les nouveaux arrivants dans un club…ce que les médias ont du mal à comprendre.

Voilà pour cette introduction sur le football, certes un peu longue, mais nécessaire quand on lit ce qui se dit un peu partout dans les journaux sportifs, avec en plus les commentaires de forumers souvent incultes sur le sport qu’ils commentent ce qui, toutefois, n’est pas toujours le cas, notamment sur le rugby. Et cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le match d’hier soir entre la France et la Nouvelle-Zélande. Un match que les Français ont perdu, sans avoir été dominés. Un match qu’ils auraient pu gagner avec sans doute un peu plus d’ambition au départ, comme je le soulignais récemment. Un match qui montre à quel point les Français forment une équipe dangereuse…quand on ne les attend pas, et contre les meilleurs. Un match aussi, qui a clairement souligné les forces et les faiblesses de notre équipe en vue de la Coupe du Monde dans deux ans. Au fait, serons-nous prêts pour cette compétition à laquelle les Néo-Zélandais, mais aussi les Sud-Africains, les Australiens et les Anglais se préparent dans le calme, comme seules savent le faire les grandes nations, à l’exception de la France, seule grande nation de rugby à n’avoir pas gagné la plus prestigieuse des compétitions, dont elle fut pourtant à l’origine de sa création (Président Ferrasse).

En écrivant ces lignes j’ai l’impression d’avoir tout dit ou presque sur la rencontre d’hier soir, ce que certains trouveront un peu réducteur, mais qui est certainement très pertinent. Oui, le XV de France pouvait gagner ce match. Oui, les Néo-Zélandais n’ont jamais été très sereins dans cette rencontre. Oui, les Français ont été battus sur deux ou trois actions qu’ils n’ont pas su convertir en points au tableau d’affichage, contrairement aux All Blacks qui n’ont pas besoin de beaucoup d’occasions pour y parvenir, à commencer par leur magnifique buteur, Dan Carter, lequel d’ailleurs est aussi et surtout un merveilleux joueur de rugby. Voilà où se situe la différence entre les All Blacks et les Bleus, les All Blacks n’étant pas les seuls à les battre dans les matches à gros enjeu. Et quand le XV de France bat la Nouvelle-Zélande, il est généralement défait par la suite, comme si en franchissant cet Everest, on avait l’impression qu’il ne savait pas en redescendre. Rappelons-nous la Coupe du Monde 2007, mais aussi celle de 1999 !

Sur le plan des joueurs, qu’ai-je retenu de cette soirée au Stade de France ? D’abord que nous avons toujours une mêlée très solide. Les années passent, mais c’est une constante pour le XV de France de mettre en difficulté tous ses adversaires sur cette phase de jeu…où il marque l’essentiel de ses points grâce aux pénalités qu’il récolte. Preuve au passage, que ceux qui critiquent l’apport des étrangers dans nos clubs de Top 14 on tort, puisque, arrivée de grands joueurs de l’hémisphère Sud ou pas, notre mêlée est dominatrice, y compris avec des piliers qui ne jouent pas nécessairement tous les matches du Top 14. Ensuite j’ai beaucoup aimé la partie de l’arrière Brice Dulin , sorte de feu-follet surdoué, qui adore relancer à la main comme le font ou l’ont fait les meilleurs à son poste. Autre surdoué, le centre Fofana, que je comparerais un peu à Jacky Bouquet, un nom qui parlera à ceux qui ont appris à jouer au rugby dans les années 50 ou 60. Pourquoi cette comparaison avec le fameux ouvreur ou trois-quart centre du CS Vienne ? Parce qu’outre ses dons d’attaquant, il a aussi comme seul défaut de « vouloir y aller seul » et d’oublier ceux qui sont auprès de lui. Cela étant, Fofana a seulement 25 ans, et donc tout l’avenir devant lui. En outre, tel qu’il est aujourd’hui, cela reste un « monstre » à son poste, car il défend aussi très bien, ce qui fait qu’il n’a guère d’équivalent dans le monde. Et comme Fritz a lui aussi fait un très bon match, notamment en défense, voilà le XV de France paré au centre jusqu’à la Coupe du Monde. N’oublions pas que Fritz (30 ans en janvier) forma avec Jauzion une paire de trois-quarts centre digne des meilleures de l’histoire de notre rugby.

J’ai aimé aussi la prestation du troisième ligne Lauret, jeune joueur hyper actif opérant au Racing-Métro, club qui, par parenthèse, recrute de nombreuses stars étrangères. Lauret a fait un gros match, la seule restriction à son encontre étant qu’il lui faut canaliser son énergie pour éviter des fautes coûteuses en points. Mais il n’a que 24 ans, ce qui autorise tous les espoirs. Rémi Talès en revanche n’est plus un espoir, mais c’est un ouvreur qui m’a étonné hier par sa solidité et par sa manière d’attaquer la défense all black. On voit qu’il a commencé sa carrière au Stade Montois, sorte de temple du rugby offensif. Il avait déjà été très bon en finale du championnat de France contre le RC Toulon en juin dernier, passant deux drops dans les dix dernières minutes. En outre son entente avec le demi de mêlée Kockott est excellente. Et si c’était ça l’avenir du XV de France avec la charnière castraise, d’autant que Kockott est un excellent buteur ? A condition cependant que Kockott opte pour l’équipe de France en 2014, et surtout à condition qu’il soit sélectionné par Philippe Saint-André, ce qui voudrait dire se passer de l’inévitable Morgan Parra.

Morgan Parra, parlons-en justement. Je ne voudrais surtout pas que l’on croit que je fais une fixation sur ce demi de mêlée, d’autant que je ne le connais que comme spectateur ou téléspectateur de rugby. Cela dit, soyons sérieux, sa prestation hier encore n’était pas du niveau d’un numéro neuf international. Qu’on le veuille ou non, Parra ne sera jamais un grand demi de mêlée, ralentissant tous les ballons d’attaque, faisant toujours le pas de trop, et extrayant les ballons avec une désespérante lenteur. Il n’a, me dira-t-on, pas encore 25 ans, mais il est ainsi depuis ses débuts en Equipe de France, et même s’il est très courageux en défense, même s’il a un tempérament batailleur (parfois trop !), même s’il est « malin » comme le souligne souvent le commentateur de France 2, c’est quand même insuffisant pour ne pas trouver meilleur que lui dans le pays. En fait, comme je ne cesse de le préciser, son seul véritable atout est sa fiabilité comme buteur jusqu’à 45 m des poteaux. C’est la raison pour laquelle je ne lui en veux nullement d’avoir manqué une pénalité aussi facile que cruciale hier soir, juste avant la mi-temps. Après tout, cela ne lui arrive quasiment jamais, et tous ceux qui ont buté dans leur vie de rugbyman réagiront comme moi.

Malheureusement il n’a pas manqué que ce coup de pied, à commencer par ceux qu’il a délivrés derrière sa mêlée, toujours trop longs. Il y a aussi cette mêlée à cinq qu’il a provoquée en première mi-temps où sa légendaire lenteur est apparue de manière criante, comme elle est apparue en deuxième mi-temps où il se fait reprendre dans la course par un joueur adverse dans ses vingt deux mètres. Bref, Parra n’est pas l’homme qu’il faut au XV de France pour la prochaine Coupe du Monde. Un dernier mot enfin à ce sujet : pourquoi, hier soir, Saint-André a-t-il fait rentrer Doussain à deux ou trois minutes de la fin ? Encore un mystère du sélectionneur, à moins de se dire qu’il espérait un improbable coup de folie du Toulousain, preuve qu’il savait bien que c’était impossible avec Parra. Folie, un mot totalement incompatible avec le jeu du joueur clermontois, mais un mot qui a caractérisé les plus belles heures du XV de France…et la peur qu’il a toujours inspiré à ses adversaires, y compris aux plus forts.

Michel Escatafal

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