Et si le XIII était plus attractif que le XV…

Coupe du monde XIIICe matin en me réveillant j’étais très heureux après avoir passé un samedi tout à fait excellent…grâce au rugby à XIII. Merci à beIN SPORT de nous avoir offert la possibilité d’avoir vu un match aussi emballant que cette demi-finale de Coupe du Monde entre l’Angleterre, qui jouait chez elle, et la Nouvelle-Zélande, tenante du titre. Et encore une fois honte à tous ces médias français qui ont refusé de retransmettre cette Coupe du Monde de rugby à XIII, ou qui en parlent si peu, alors que le spectacle peut être grandiose, comme ce fut le cas hier après-midi. Cela nous laisse prévoir une finale fantastique, la semaine prochaine, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Dommage, et je n’ai pas peur de me répéter, qu’il faille être abonné à beIN SPORT pour profiter du spectacle. Au fait, que fait le service public, lui qui prétend que France Télévision c’est le plus grand terrain de sport de France? Pourquoi ne pas promouvoir, ne serait-ce que 80 minutes de temps en temps, un sport collectif qui fut le premier, au début des années 50, à donner à la France le titre de meilleure nation de la planète ? Ah je sais, une retransmission de rugby à XIII ne génèrerait pas assez de rentrées publicitaires. Cela dit, comment un sport peut-il se révéler aux yeux des téléspectateurs si on ne le voit jamais en clair, et si on n’en parle quasiment pas?

Revenons donc à ce match formidable entre la Nouvelle-Zélande et une très valeureuse équipe d’Angleterre…qui fut finaliste jusqu’à la dernière minute, jusqu’à ce que ce que deux joueurs exceptionnels sonnent la charge une dernière fois, et finissent par faire plier les Anglais in extrémis, par un essai que plus personne n’attendait. Ces deux joueurs sont deux extra-terrestres, qu’il s’agisse de Sonny Bill Williams et de Shaun Johnson. Ils sont tellement forts qu’ils font rêver tous les managers et dirigeants des meilleures équipes à XV, ces derniers ayant déjà réussi à récupérer un autre surdoué d’un niveau exceptionnel, Benji Marshall.

Mais Benji Marshall, comme  SBW et Shaun Jonhson, ne sont pas les seuls qui pourraient franchir allègrement le pas les conduisant à XV, car il y a aussi les Anglais Sam Burgess, désigné « homme du match » hier, qui pourrait jouer à tous les postes chez les quinzistes, ou l’ailier aux cheveux blancs Ryan Hall, sans oublier les Australiens, à commencer par l’arrière Slater, le demi Thurston ou le talonneur Cameron Smith. D’autres en revanche, des quinzistes, pourraient très bien franchir le pas et jouer à XIII dans une franchise australienne ou anglaise, et en disant cela je pense à des joueurs comme Fofana ou Doussain, à la fois puissants et rapides, qui feraient un malheur à XIII, comme l’ont fait en leur temps Barthe, Pierre Lacaze, Quaglio, Mantoulan ou Capdouze.

En tout cas, peut-être que le week-end prochain (la finale se déroulera samedi prochain à 15h30 au stade d’Old Trafford, à Manchester, et on la verra sur beIN SPORT) Sonny Bill Williams rentrera dans l’histoire en devenant le premier double champion du monde de rugby à XV et à XIII. Il le mériterait, et cela ouvrirait peut-être la voie à d’autres joueurs, par exemple Shaun Johnson, demi de mêlée de l’équipe des Kiwis, qui marqua un essai personnel de grande classe, essai qu’il transforma sans trembler (12 points au total), ce qui est normal pour un excellent buteur comme lui.

Au fait, en imaginant un instant que ce même Shaun Johnson arrive en France, et devienne le demi de mêlée d’une grande équipe de Top 14, aurait-il sa chance pour jouer en Equipe de France au bout de trois ans (en supposant que sa fédération ne l’appelle pas) ? Réponse : NON. Pourquoi ? Parce que le demi de mêlée du XV de France s’appelle et s’appellera, au moins jusqu’en 2023, Morgan Parra. A ce moment il aura battu tous les records en sélections, puisqu’il en comptera au moins 200, nettement plus que Gregan, autre demi de mêlée (Australie) mais de grand talent celui-là, qui s’est arrêté à 139 capes, et qui détient le record pour le moment. Un record qui sera sans doute dépassé prochainement par l’emblématique capitaine des All Blacks, Richie Mac Caw, qui en est à 123 sélections. Cela étant, il n’ira pas beaucoup plus loin, parce qu’il a 33 ans dans quelques jours.

Evidemment si je parle encore une fois de Parra, c’est parce que j’ai vu le match France-Afrique du Sud hier soir sur France 2, infiniment moins palpitant que la demi-finale mondiale à XIII. Un match que les Français ne méritaient pas de gagner, et que personne n’imaginait qu’ils finiraient par le gagner…à part peut-être le commentateur de France Télévision. Même Philippe Saint-André, le sélectionneur, n’y a jamais vraiment cru, puisqu’il a avoué que le XV de France n’était pas actuellement « au niveau des Boks et des Blacks », ce qui ne l’empêche pas d’estimer, comme le capitaine Dusautoir, que notre équipe « n’est pas loin des meilleurs », faisant semblant d’oublier que sur la durée nous sommes loin, et même très loin du niveau des meilleures équipes. Certes sur un match les Français sont capables à tout moment de réussir un exploit, mais dans la continuité nous sommes « largués ».

Et hier soir, on ne pouvait même pas se réfugier derrière l’arbitrage, qui a refusé deux essais à l’Afrique du Sud qu’il n’aurait pas été scandaleux d’accorder, et en a accordé un au XV de France, qui aurait très bien pu ne pas l’être. Dit autrement, c’était l’arbitre qui cachait la forêt dans laquelle s’est perdue, une nouvelle fois, notre équipe. Une équipe qui ne reflète pas le vrai niveau du rugby français, n’en déplaise à ceux qui prétendent que c’est la faute des dirigeants de clubs, qui préfèrent recruter étranger plutôt que donner leur chance aux joueurs français. Mais que je sache, un Doussain est bien titulaire au Stade Toulousain, ayant même relégué sur le banc une des références internationales à son poste, le demi de mêlée australien Burgess. Et je pourrais citer bien d’autres exemples prouvant que si les Français sont bons dans leur club, et bien ils jouent…malgré la concurrence. En outre, avoir un Wilkinson, un Giteau, un Botha, un Steyn dans son équipe ne peut qu’aider les joueurs français, notamment les plus jeunes, à progresser. Est-ce qu’ils vont progresser davantage avec Parra ?

Un Parra, qui estime que l’Equipe de France est en progrès dans le jeu (et oui !), oubliant que ce qui a fait la force de notre rugby c’est le fameux « french flair ». Saint-André lui-même semble l’avoir oublié, alors qu’à l’époque où il était joueur il a marqué ce que certains ont considéré comme l’essai du siècle à Twickenham (Angleterre-France 1991), sur un coup de génie où étaient impliqués Berbizier le demi de mêlée, mais aussi Blanco, Sella, Didier Camberabero auteur d’un merveilleux coup de pied pour lui-même avant de délivrer un caviar sous forme d’un coup de pied de recentrage pour Saint-André, qui n’avait plus qu’à aplatir cette action commencée dans l’en-but français.

Est-ce que Parra, à la place de Berbizier, aurait eu une seconde l’idée de relancer ce ballon ? Certainement pas. Est-ce que, même si l’idée lui en était venue, l’action se serait poursuivie de la même manière aujourd’hui ? Réponse : Non, en dépit des qualités offensives d’un Dulin ou d’un Fofana. Conclusion, et je suis désolé de le dire, mais Parra est à l’image du rugby que veut imposer Saint-André, qu’a voulu imposer Lièvremont, à savoir un rugby sans risque, où on compte sur un pack surpuissant pour faire reculer en mêlée les autres équipes…pour donner à Parra la possibilité d’inscrire trois points. Voilà où nous en sommes aujourd’hui avec le XV de France…totalement impuissant quand en face l’équipe ne recule pas en mêlée. Hier soir, combien de pénalités concédées par les Sud-Africains ? Très peu, donc une seule tentative (ratée) pour Parra jusqu’à son remplacement par Doussain.

Un Doussain qui a immédiatement apporté sa vitesse et son punch à cette équipe, mais qui est entré sur le terrain à 13 mn de la fin du match !  Bon j’arrête là, car certains vont croire que j’ai une animosité personnelle contre Parra, ce qui est archifaux car je ne connais absolument pas ce joueur. Et d’ailleurs, dans cette affaire, Parra n’est-il pas finalement une victime, en étant constamment la cible des amateurs de rugby, ne comprenant pas qu’on puisse sélectionner un joueur uniquement pour la qualité de ses coups de pied placés? J’ai bien écrit pour ses coups de pied placés, parce que son jeu au pied est faible par ailleurs. Cela étant, le jeune homme s’y retrouve aussi en bénéficiant d’une notoriété infiniment supérieure à celle d’autres joueurs plus talentueux que lui, mais qui n’ont pas eu la chance de bénéficier aussi longuement de la confiance et la mansuétude des sélectionneurs. Parra peut faire n’importe quelle « boulette », il sera toujours sélectionné. Quel contraste avec l’époque où, pour une passe déviée par un coup de vent (Galles-France 1966), on virait comme des malpropres trois des plus grands joueurs de l’histoire de notre rugby (les Boniface et Gachassin). A l’époque on ne pardonnait rien aux artistes, ce qui est encore le cas de nos jours (voir la carrière de Michalak)…mais Parra n’a pas de souci à se faire, car ce n’est pas un artiste du rugby.

Michel Escatafal

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