1964-2014 : Le sport a bien changé en 50 ans!

soeurs GoitschelEn présentant mes vœux à mes fidèles lecteurs, je voudrais évoquer brièvement le sport il y a 50 ans. Que de progrès en termes de performances, avec il est vrai l’amélioration du matériel, de l’entraînement, de la médecine…et hélas de la pharmacopée liée au dopage, un phénomène qui a existé de tout temps, ce que certains semblent oublier. Alors que s’est-il passé, entre autres évènements en cette année 1964, en sachant déjà que nous sommes dans un contexte très différent, sur le plan géopolitique au  niveau mondial. L’année l 964, en effet, fut la première véritable année olympique de l’époque post- coloniale, avec notamment le véritable envol du sport africain, lequel allait devenir roi dans certaines disciplines de l’athlétisme (fond et demi-fond).

Cela dit, l’année 1964 aura d’abord été marqué par les Jeux Olympiques de Tokyo, avec l’extraordinaire athlète que fut Bob Hayes (10s au 100m), sans doute un des deux ou trois plus grands sprinters de l’histoire, sorte d’Usain Bolt de son époque, même s’il s’est contenté de courir sur 100m. Il faut toutefois noter qu’à cette époque les athlètes n’étaient pas des professionnels, et que leur entraînement ne leur permettait pas nécessairement d’avoir le fond suffisant pour doubler 100 et 200m. Néanmoins, le peu de compétitions qu’a fait Bob Hayes sur 200m fut suffisant pour savoir qu’il aurait pu facilement doubler aux J.O. s’il l’avait réellement voulu. Pour nous Français, 1964 fut une année olympique horrible puisque l’idole nationale que fut Michel Jazy, fut battu sur 5000m, alors qu’il était le plus fort. Mais à cette époque, les Français souffraient d’un mal aujourd’hui en partie disparu, la peur de gagner ou de perdre.

L’année 1964 fut aussi celle d’un des plus grands duels que le sport en général et le cyclisme en particulier aient connu, à savoir la lutte pour la suprématie mondiale entre Anquetil et Poulidor, laquelle atteignit son paroxysme sur la montée du Puy de Dôme dans le Tour de France.  Une montée où l’Espagnol Jimenez prouva qu’il était un grimpeur exceptionnel en distançant (11 secondes) son compatriote Bahamontes, mais où l’essentiel de la bagarre, dont on parle encore cinquante plus tard, se situait un peu plus bas entre Anquetil et Poulidor. Un mano a mano extraordinaire entre les deux meilleurs coureurs de l’époque, qui tourna à l’avantage de Poulidor, pour une fois, mais sans pour cela pouvoir assurer sa victoire dans le Tour de France. Poulidor pouvait-il faire mieux ? Peut-être, mais les deux champions ont chacun affirmé plus tard qu’ils avaient été au paroxysme de l’effort, ce qui signifie que si Poulidor n’a pas lâché Anquetil plus tôt c’est parce qu’il en était incapable. Verra-t-on un duel de cette intensité cette année entre Contador et Froome ? Pourquoi pas !

1964 fut aussi une année riche en péripétie en ce qui concerne la Formule1, le titre mondial se décidant lors du dernier grand prix, le titre changeant de main à quatre reprises lors du Grand Prix du Mexique. Ce fut d’abord Graham Hill (BRM) qui fut virtuel champion du monde, en se maintenant en troisième position, ce qui était suffisant pour devenir champion du monde une nouvelle fois. Hélas pour lui, il fut percuté par Bandini sur Ferrari, ce qui fit beaucoup de bruit par la suite dans la mesure où Bandini était l’équipier de Surtees, lui aussi candidat au titre. Cela étant, cette collision entre Hill et Bandini profitait à Jim Clark, sauf que le fantastique pilote écossais fut victime d’une fuite d’huile à deux tours du drapeau à damiers…ce qui redonnait le titre à Graham Hill. Mais c’était sans compter sur les consignes d’équipe, puisque Bandini, qui occupait la deuxième place de la course, laissait passer Surtees dans le dernier tour, et lui offrait le titre sur un plateau avec un point d’avance sur Hill. Quel final ! Au passage on notera que John Surtees restera pour la postérité le premier, et peut-être le seul, à avoir été champion du monde sur deux et quatre roues (350cm3, 500 cm3 et Formule 1). Fermons la parenthèse, pour dire que cette année la Scuderia Ferrari, avec son duo de feu Alonso-Raikkonen, pourrait bien retrouver un titre mondial pilotes qui la fuit depuis 2007…avec Raikkonen.

1964 fut aussi une année riche en rugby, avec le Bouclier de Brennus (on ne parlait pas de Top 14 à cette époque) remporté par la Section paloise de François Moncla, mais aussi de J.P. Saux, Jean Capdouze et Jean Piqué, face à l’AS Béziers de Danos, Gensane et Dedieu. Une chose est sûre : en 2014, ces deux équipes, aujourd’hui en Pro D2, ne décrocheront pas un nouveau titre de champion de France. Le rugby professionnel est passé par là, même si le Castres Olympique a prouvé qu’on pouvait jouer dans la cour des grands sans être le club d’une grande ville. Mais pour combien de temps ? Quant à l’équipe de France, elle ne termina le Tournoi des Cinq Nations qu’à une décevante troisième place, derrière l’Ecosse et Galles,  ne remportant qu’un seul match. Résultat très décevant, j’insiste, d’autant que les Français avaient réussi à faire match nul contre les Gallois à Cardiff, mais aussi parce que dans cette équipe il y avait des joueurs comme Claude Lacaze, Gachassin les frères Boniface, Crauste, Herrero, Dauga ou Gruarin. Que du beau monde auquel il faut ajouter Pierre Albaladejo, qui a achevé après le Tournoi sa carrière internationale à Springs contre l’Afrique du Sud par une courte défaite (6-8). Que feront les Français cette année dans le Tournoi ? Difficile à dire, tellement notre équipe joue un jeu sans réelle ambition, face à des Anglais et des Gallois qui paraissent supérieurs à notre équipe.

Et le football me direz-vous? Peu de chose à souligner sinon que nous étions vraiment, en 1964, au creux de la vague à cette époque. Malgré tout notre équipe nationale avec des joueurs comme Aubour et Pierre Bernard dans les buts, Chorda, Arlesa, Djorkaeff (père de Youri) et Bosquier comme défenseurs, Bonnel, Herbin, Muller et Ferrier au milieu et Lech, Combin, Di Nallo et Rambert comme attaquants, allait préserver l’essentiel dans les matches de qualification pour la Coupe du Monde en Angleterre. En outre, après des années de disette depuis la finale de la Coupe d’Europe 1959 avec le grand Stade de Reims, une équipe française, l’Olympique Lyonnais, allait briller dans feu la Coupe des Coupes, en arrivant jusqu’en demi-finale, battu en match d’appui par le Sporting du Portugal…qui aurait été éliminé si le règlement du but à l’extérieur comptant double avait existé (0-0 à Lyon et 1-1 à Lisbonne). Que sera l’année 2014 pour le football français ? Peut-être glorieuse, avec le PSG devenu depuis l’an passé un grand d’Europe, et qui figure parmi les outsiders de la Ligue des Champions. Ou encore avec l’Equipe de France, capable du meilleur comme du pire, et dont personne ne s’aventurerait à prédire quoi que ce soit pour la Coupe du Monde au Brésil. Néanmoins, il manque à cette équipe, ce qu’elle avait en 1958 (avec Kopa et Fontaine), en 1982 et 1986 (avec Platini, Giresse, Tigana), en 1998 (Zidane) ou en 2006 (Zidane encore et Henry), à savoir le ou les joueurs capables à tout moment de faire la différence, comme un Messi pour l’Argentine, un Neymar pour le Brésil ou un C. Ronaldo pour le Portugal.

Reste enfin à parler des Jeux Olympiques d’hiver en 1964 à Insbruck en Autriche, où la France avait remporté trois médailles d’or dont deux grâce aux sœurs Goitschel, Christine enlevant le slalom devant sa sœur Marielle, celle-ci prenant sa revanche devant Christine, un double doublé fraternel unique à ce jour. Quant à la troisième médaille d’or elle fut l’œuvre d’un autre très grand skieur, François Bonlieu, qui trouvait là l’occasion de couronner une carrière qui avait commencé dix ans plus tôt par une médaille d’argent aux championnats du monde à Are, alors qu’il avait tout juste dix-sept ans. Cette année, hélas, je crains que la moisson soit inférieure en ski à Sotchi, d’autant que nos deux meilleures chances chez les féminines (Tésa Worley et Marion Rolland) sont blessées. En revanche, nous sommes plus forts qu’à l’époque en ski nordique (Lamy-Chappuis, Fourcade). Nous verrons bien, mais ne soyons pas trop optimistes, même si de bonnes surprises peuvent nous attendre en patinage artistique (Nathalie Péchalat-Bourzat, Ciprès-Vanessa James et pourquoi pas Amodio).

Tout cela pour dire que les amateurs de sport auront de nombreuses occasions de vibrer en cette année 2014, comme ce fut le cas en 1964. Le sport français est-il plus fort qu’à cette époque ? Difficile à dire, même s’il semble que oui sur un plan global. Néanmoins il nous manque par exemple un vainqueur de tournoi du grand chelem en tennis chez les hommes (le dernier étant Noah en 1984), un vainqueur du Tour de France en cyclisme (le dernier est Hinault en 1985), un champion du monde de Formule 1 (le dernier est Prost en 1993) etc. En attendant je vous souhaite à tous mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2014, avec beaucoup de succès sportifs pour nos Français (équipes nationales, mais aussi Camille Muffat, Baugé, Pervis, Agnel, Mekhissi, et le PSG etc).

Michel Escatafal

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2 commentaires on “1964-2014 : Le sport a bien changé en 50 ans!”

  1. gérard leidet dit :

    Merci pour ce beau panorama sportif de l’année 1964, qui fut ma 1ere année de passion sportive. Une remarque cependant, Il me semble que Dinallo ne fut pas sélectionné en équipe de France cette année là. Seuls Djorkaeff, Rambert et Combin en partance pour l’Irtalie, le furent;

    Gérard Leidet

    • msjsport dit :

      Bonjour,
      Etant très occupé en ce moment, je n’étais pas allé sur mon blog depuis quelques jours et c’est pour cela que ma réponse est aussi tardive. Cela dit, Di Nallo a bien été sélectionné en EdF en 1964, puisqu’il a joué Hongrie-France à Budapest avec Combin et Rambert (nous parlons de Lyonnais) le 23 mai 1964. La France fut battue 2-1, après avoir été dominée 3 semaines plus tôt à Colombes (3-1) par les « restes » de la grande époque du football hongrois. C’était les 1/4 de finale du championnat d’Europe gagné par l’Espagne contre l’URSS (2-1) à Madrid, la Hongrie terminant 3è. Bonne soirée.


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