La notoriété des stars du vélo est faible

Froome contadorSi l’on demande au premier venu ce que représente pour lui le sport cycliste, il répondra un peu partout le Tour de France, et en Italie et en Espagne il rajoutera le Giro et la Vuelta. C’est ainsi, et plus que jamais ce le sera. Qui connaît le nom du champion du monde sur route ou celui du vainqueur de Liège-Bastogne-Liège, pourtant les deux plus belles et prestigieuses épreuves d’un jour ? Personne, mis à part évidemment les vrais amateurs de vélo. Et encore je n’en suis pas sûr! Si j’écris cela, c’est tout simplement parce que ce sont précisément deux routiers certes valeureux qui ont remporté ces deux courses (Rui Costa le Portugais et Daniel Martin l’Irlandais), mais quasiment inconnus du grand public. Ainsi va le vélo en 2014 et, hélas, dans les années à venir!

C’est d’ailleurs une situation tout à fait extravagante que vit ce sport, en proie en outre à de gros problèmes de crédibilité…à force d’en faire tant et plus contre le dopage. Et ce ne sont pas les perpétuels changements de vainqueurs de grandes courses, déclassés puis parfois reclassés (Heras à la Vuelta), qui vont lui en donner, sans parler des remarques plus qu’acerbes écrites sur les sites spécialisés…par les forumers censés être ses défenseurs. Oui, finalement le vélo ne se porte pas bien, et peine à trouver des sponsors à force de s’infliger des peines capitales. Et pour couronner le tout, il y a, à intervalles réguliers, des coureurs ayant remporté des grandes épreuves qui avouent s’être dopés (Di Luca ces derniers jours), ajoutant que tous les meilleurs ou presque le sont ou l’étaient. Comme si en libérant leur conscience, ces gens-là ne réalisaient pas qu’ils font très mal au sport qui les a rendus à la fois connus et parfois même riches !

Mais au fait, qui connaît le nom du dernier vainqueur du Tour de France en Allemagne où le Tour n’est plus retransmis, mais aussi aux Pays-Bas, grand pays de cyclisme mais aujourd’hui dépourvu de champions, mais aussi en Suisse…et peut-être même en France? Oui, j’ai bien dit chez nous, car le vainqueur du dernier Tour, Chris Froome, est tellement peu charismatique qu’on ignore son nom. On l’ignore d’autant plus que, contrairement à ce qui se passait  autrefois, depuis la décennie 90 le vainqueur du Tour de France arrête quasiment sa saison fin juillet. Reconnaissons que cela ne facilite pas la notoriété, surtout si par-dessus le marché c’est un coureur qui n’a rien pour l’attirer. D’ailleurs même Contador n’a pas échappé au phénomène jusqu’en 2008, en rappelant qu’à cette époque il avait déjà à son palmarès un Tour de France (2007), un Giro et une Vuelta (2008), ce qui signifiait qu’il était entré dans l’histoire de ce sport en ayant remporté la Triple Couronne, exploit que seuls Anquetil, Gimondi, Merckx et Hinault avaient réalisé avant lui. Excusez du peu !

Cela ne l’empêchait pas d’être à peu près inconnu en dehors de son pays. Aujourd’hui, en revanche, c’est le coureur du peloton qui a la plus grande notoriété pour deux raisons qui dépassent un peu l’entendement, à savoir le fait qu’il ait été l’équipier d’Armstrong, septuple vainqueur du Tour à l’époque, et qu’il l’ait dominé dans la Grande Boucle pour son retour à la compétition en 2009, et pour avoir subi un contrôle antidopage anormal lors du Tour de France 2010. Cette fois il ne pouvait plus échapper à la notoriété à l’échelon international, d’autant que l’annonce de son contrôle fut révélée en août, donc encore dans la période des vacances, ce qui était une aubaine pour alimenter l’actualité, et que la procédure relative à ce problème allait durer un an et demi, faute de pouvoir prouver que le coureur s’était bien dopé, compte tenu des quantités infinitésimales de produit interdit…que l’on trouve dans l’alimentation de nombreux pays et dans des compléments alimentaires. En plus, ce contrôle positif est intervenu dans la période de sa carrière où il a été le moins brillant jusqu’à l’année passée. Par comparaison tout le monde a en mémoire son Giro victorieux en 2011, où, très surveillé par les contrôleurs de l’UCI et face à des Nibali, Scarponi ou Rodriguez, il y avait eu du Coppi dans les performances de Contador, brillant rouleur et intouchable en montagne. Pour toutes ces (mauvaises) raisons, Contador était devenu la star du vélo…et l’est encore en ce qui concerne la renommée. Un comble !

Et pourtant le vélo est devenu un sport où la compétition démarre en janvier, et se mondialise à grande vitesse. La preuve, se disputent actuellement le Tour Down Under en Australie et le Tour de San Luis en Argentine, deux pays qui n’existaient pas dans le vélo sur route il y a quelques décennies. D’ailleurs, dans les années 50 ou 60, la saison ne commençait réellement qu’à Paris-Nice, avec des coureurs ayant à peine deux ou trois mille kilomètres dans les jambes, alors qu’aujourd’hui ce total est largement atteint avant le nouvel an. En fait, le vélo de nos jours ressemble beaucoup au tennis en ce qui concerne le calendrier, puisque la saison de cyclisme sur route en 2013 s’est terminée le 15 octobre pour les épreuves à étapes (Tour de Pékin) et le 14 novembre pour les courses d’un jour (Japan Cup). A ce propos, cette dernière épreuve au pays du « soleil-levant » n’a pas été du meilleur effet pour le cyclisme, parce que son vainqueur, l’Australien Rodgers (triple champion du monde du c.l.m), a été contrôlé positif au clembutérol…comme son leader, Contador, le fut en 2010. Et Rogers n’est pas le seul à avoir eu des ennuis avec ce produit, puisque le jeune Belge Jonathan Breyne a lui aussi été contrôlé positif à cette substance, lors du Tour du Lac Taihu en Chine, à peu près à la même époque. De quoi se poser des questions pour les dirigeants du cyclisme, d’autant que dans d’autres sports on ne sanctionne pas ceux qui sont pris avec la même substance et dans les mêmes proportions. Résultat, les deux coureurs sont suspendus jusqu’à nouvel ordre, l’un d’eux, Breyne, trouvant cela tellement injuste qu’il a tenté de se suicider. Pour le coup, ce n’est pas la meilleure publicité pour le vélo de compétition, même si l’information n’a pas ému grand monde, hélas.

Un dernier mot enfin, pour noter qu’à la grande époque du vélo (fin des années 40 et début des années 50) tout le monde en Europe connaissait Coppi, Bartali, Bobet, Koblet, Kubler, Van Steenbergen ou De Bruyne. Tout le monde aussi connaissait les meilleurs pistards (Schulte, Bevilacqua, Messina, Terruzzi, Von Buren, Harris, Patterson, Van Vliet, Derksen, Maspes, Rousseau etc.), ces derniers remplissant à ras bord tous les vélodromes en hiver dans les épreuves de six-jours ou dans les matches de poursuite et de vitesse. Mais personne ne connaissait le clembutérol, à supposer qu’il existe à cette époque sous un autre nom. Encore une fois, loin de moi l’idée de ne pas lutter contre le dopage dans le vélo, mais je veux le redire encore et encore, pourquoi seul le vélo subit ces outrages perpétuels ? Pourquoi focaliser la lutte contre ce fléau, vieux comme le monde, dans un sport loin de générer autant d’argent que quelques autres, où l’on pourrait croire que le dopage n’existe pas et n’a jamais existé. Au fait, à part l’athlétisme dans des cas moins nombreux que le cyclisme, dans combien de sport on fait et défait les palmarès des plus grandes épreuves? A croire que seuls l’athlétisme et le vélo sont touchés par cette plaie !

Michel Escatafal

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