Coquard est-il le nouveau Darrigade ? Peut-être…

darrigadecoquardDepuis mes plus jeunes années, j’ai toujours aimé le sport cycliste et c’est pourquoi j’ai autant de mal à me faire aux commentaires de la presse, spécialisée ou non, concernant le vélo. Quand je parle de presse, j’y inclus bien sûr les forums, endroit où on peut lire tout et n’importe quoi, ce qui explique que je ne participe plus depuis bien longtemps à ce type de discussions. Pourquoi en suis-je arrivé là ? Parce que j’aime viscéralement le vélo, et que je ne supporte pas qu’on l’égratigne, ne serait-ce qu’un peu. Oui le vélo fait partie de ma vie, comme aucun autre sport que j’ai pratiqué, parce que pour moi c’est le plus beau spectacle qui se puisse offrir, qui plus est dans des conditions encore extraordinairement favorables, surtout si on les compare à bien d’autres sports aussi médiatisés ou plus, qui voient  les prix des places s’envoler. Cela étant, et je ne suis pas le seul, nombre d’amateurs de vélos de plus de quarante ans seraient prêts à payer pour assister à des grands matches sur la piste, comme cela se faisait autrefois. Et précisément, c’est cette culture qui manque aux fans de vélo d’aujourd’hui…et malheureusement à nombre de coureurs.

Aujourd’hui la saison commence à la mi-janvier sur la route et se finit en novembre. Quels routiers iraient de nos jours participer à des réunions sur piste dans ces conditions ? D’ailleurs le voudraient-ils, qu’il n’y a pas d’organisateurs capables de les organiser. Et pourtant, quand je repense à l’époque pas si lointaine (dans les années 90) où était organisé l’Open des Nations à Bercy, je puis témoigner que cette réunion rencontrait un grand succès. Elle en rencontrait tellement que parmi les spectateurs il y avait de nombreux « anciens » qui avaient l’impression de revivre la glorieuse époque des Six jours de Paris, où les meilleurs routiers se mêlaient aux stars des vélodromes, dans des épreuves où ces stars avaient toutes les peines du monde à battre les routiers…quand ils y arrivaient. Certes, en 1958, pour les derniers Six jours de Paris, les routiers en question n’étaient pas n’importe qui, puisque dans les équipes engagées, aux côtés des Terruzzi, Batiz, Gillen, Timoner, Von Buren, Faggin, Plattner, Bellenger, Carrara, Senfftleben, Gaignard, Brun ou Forlini, on trouvait le nom de trois des plus grands rouleurs de l’histoire, si ce n’est les plus grands, à savoir Coppi, Anquetil et Rivière. Mais ils n’étaient pas les seuls, car il y avait aussi Miguel Poblet, le sprinter espagnol, le rapide belge Van Daele, Bernard Gauthier, Jean Stablinski et un certain André Darrigade.

Darrigade n’était pas encore champion du monde (il le sera en 1959), mais il comptait déjà à son palmarès de nombreuses victoires d’étapes dans le Tour de France, un Tour de Lombardie (1956), le trophée Baracchi (avec Graf), épreuve contre-la-montre par équipes de deux coureurs  très prestigieuse à l’époque (1956), ou encore le championnat de France sur route (1955), plus une multitude de victoires que de nos jours on traiterait sur le même plan (ou presque) qu’une victoire dans une grande classique. Si j’écris cela, c’est parce que maintenant on ne fait plus trop la différence entre une victoire au Tour de Langkawi ou à celui de Turquie avec Liège-Bastogne-Liège. En fait, on comptabilise pour chaque coureur le nombre de fois où celui-ci a franchi une ligne d’arrivée en vainqueur, quelle que soit l’épreuve…ce qui est un peu trop simpliste. Désolé, mais une victoire dans un grand tour, au championnat du monde sur route ou c.l.m., ou dans une des grandes classiques du calendrier, vaut quand même plus qu’une quinzaine de bouquets ramassés dans des épreuves de seconde zone!

Fermons la parenthèse, pour revenir à André Darrigade, sans doute le seul très grand routier-sprinter qu’ait eu le cyclisme français depuis 1946. Oh certes, on va m’en citer quelques autres entre 1950 et aujourd’hui (Caput, Graczyk, Groussard, Guimard, Esclassan, Jalabert, Nazon etc.), mais aucun autre coureur que Darrigade dans notre pays ne pouvait ou ne peut se vanter d’être capable de remporter régulièrement un sprint du peloton contre les tous meilleurs. Evidemment, je ne mets pas dans la catégorie des routiers-sprinters, les deux fuoriclasse qu’étaient en leur temps Bobet et Hinault. Pour mémoire je rappellerais que Bobet a gagné en 1956 Paris-Roubaix en battant au sprint les très rapides Debruyne et Van Steenbergen, ce dernier ayant été aussi battu par ce même Bobet l’année précédente au Tour des Flandres. Quant à Hinault nul n’a oublié sa victoire sur le vélodrome de Roubaix devant De Vlaeminck en 1981, ni celle remportée la même année dans l’Amstel en battant au sprint tout le peloton.

Fermons cette nouvelle parenthèse pour évoquer de nouveau André Darrigade et peut-être, je dis bien peut-être, celui qui pourrait enfin lui succéder comme référence mondiale chez les routiers-sprinters, à savoir Bryan Coquard. Comme André Darrigade, Coquard a l’avantage sur les deux autres excellents jeunes routiers-sprinters français de sa génération, Démare et Bouhanni, d’avoir débuté dans la carrière par la piste. Si je fais la comparaison avec Darrigade, c’est parce que le Landais de Narosse avait battu lors d’une épreuve sur piste à ses débuts (en 1949) le futur septuple champion du monde de vitesse professionnel, Antonio Maspes. Rien que ça ! En outre, lors des Six jours de Paris, comme je l’ai déjà conté dans un article précédent relatif au championnat du monde sur route 1959, Darrigade s’était permis de battre dans un sprint pour une grosse prime, lors des Six jours de Paris 1958, celui que l’on a appelé dans les années 40-50 le « Machiavel du sprint », Oscar Plattner (champion du monde de vitesse amateur en 1946 et professionnel en 1952). Tout cela pour dire que Darrigade était intrinsèquement très rapide, mais aussi très adroit sur la piste.

Coquard n’a pas les mêmes références en vitesse sur la piste, même s’il fut champion du monde de l’omnium en juniors en 2009 et 2010, raflant aussi cette année-là le titre junior en scratch. Surtout, il fut médaillé d’argent aux J.O. de Londres en 2012 dans l’omnium, sorte de décathlon de la piste avec le tour lancé, l’élimination, la poursuite, la course aux points, le scratch et le kilomètre. Il n’est donc pas un pur sprinter comme pouvait l’être Darrigade, mais outre le fait que le sprint a une grande importance sur le scratch (distance 15 km, avec le classement établi à l’issue du sprint à l’arrivée) et l’omnium, cette pratique assidue de la piste a conféré à Coquard une adresse que n’auront jamais Démare et Bouhanni. Au passage on notera que la référence absolue du sprint sur la route ces dernières années, Mark Cavendish, a été deux fois champion du monde à l’américaine. Et si j’ajoute ce détail, c’est pour bien montrer que d’une part la pratique de la piste est un avantage pour un sprinter, et que d’autre part Coquard est certainement aussi véloce dans l’absolu que Cavendish.

De quoi faire fantasmer les fans de vélo français…qui ne fantasment plus depuis si longtemps, du moins les connaisseurs.  Certains me feront remarquer que Coquard (22 ans dans deux mois) est plutôt un sprinter de poche (1.69m et 58 kg) , surtout comparé à des Greipel ou des Kittel, mais Cavendish n’est pas un monstre non plus (1.75m et 68 kg), ce qui ne l’empêche pas d’être très difficile à battre dans les deux cents derniers mètres. En outre, si je connais bien l’histoire du vélo, Roger Gaignard, qui aurait mérité de remporter au moins un titre mondial en vitesse dans les années 50, était un sprinter de poche. Mais il était très véloce naturellement. C’est pour cela que les mensurations de Coquard ne m’inquiètent pas, et que je crois de plus en plus en lui, même s’il faut encore attendre un peu pour s’enflammer et le considérer comme le vrai successeur de Darrigade. Une chose est certaine, le jeune homme semble très mur pour son âge, et il semble avoir un sens tactique qui a parfois fait défaut à André Darrigade, ce qui lui a fait manquer nombre de victoires à sa portée. En tout cas, l’avènement de Coquard, mais aussi celui un peu moins récent de Démare et Bouhanni, nous fait dire que le cyclisme français a sans doute de beaux jours devant lui dans les courses d’un jour, avant de trouver dans les grands tours le successeur de Bobet, Anquetil, Hinault ou Fignon.

Michel Escatafal

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