Doussain et Picamoles : ça ressemble un peu à Gachassin et les Boni en 1966

DoussainPicamolesAvant de parler rugby, je voudrais dire deux mots à propos de deux informations récentes qui m’ont interpellé, à savoir le fait que le xénon (gaz rare) soit un produit dopant efficace et indécelable…depuis plus de dix ans, et la victoire de Pervis aux championnats du monde de cyclisme sur piste qui se déroulent en ce moment à Cali. Parlons d’abord de ce fameux xénon qui fait la une de l’actualité sportive depuis la fin des J.O. de Sotchi, en notant qu’après dix ans d’applications plus ou moins prouvées, l’Agence mondiale antidopage (AMA) commence (enfin !) à s’y intéresser de près. Cette même AMA qui fut si prompte à condamner Contador à deux ans de suspension pour quelques traces de clembutérol dans ses urines, alors que le xénon est infiniment plus puissant comme dopant, sans le moindre risque d’être pris par la patrouille antidopage.

Certes, je suis supporter de Contador, mais qui peut croire que le Pistolero aurait été assez naïf pour prendre sciemment un produit interdit et très facilement détectable, alors qu’il avait à sa disposition le xénon qui est indécelable. A moins qu’il n’ait pas eu connaissance du xénon…qui doit toutefois ne pas être un produit inconnu dans le peloton, même si son application doit être extrêmement pointue à mettre en œuvre, sauf à prendre de gros risques pour la santé des coureurs. En tout cas, voilà une preuve de plus que dans le sport les contrôles ont toujours un train de retard sur les nouveaux produits, ce qui n’empêche pas le cyclisme (seul sport à agir ainsi) de changer constamment les palmarès des courses et de jeter l’opprobre sur ses champions.

Pour quel bénéfice ? Aucun, si j’en crois le nombre de réactions chez nous  suite à la victoire cette nuit de Pervis, pourtant un de nos plus grands champions, tous sports confondus. Pauvre vélo, qui ne cesse de s’infliger des blessures d’autant plus mortelles que cela ne fait que le discréditer un peu plus aux yeux des instances sportives, au point de voir le CIO en faire une variable d’ajustement pour son programme olympique, alors que le vélo est une discipline historique des Jeux Olympiques. Cela dit, passons à autre chose et parlons rugby, autre sport où son fonctionnement depuis l’apparition du professionnalisme est presque aussi attristant que celui du cyclisme.

En France on a coutume de dire qu’il y a au moins cinquante millions de sélectionneurs pour ce qui concerne le XV de France, ce qui est valable aussi pour d’autres sports, notamment le football. C’est toujours la même chose, chaque fois qu’il y a une rencontre internationale ou une Coupe du monde qui se profile à l’horizon, tout le monde fait son équipe et souhaite bien évidemment qu’elle corresponde à celle du sélectionneur. Je voudrais quand même en profiter pour dire que le sélectionneur est payé, très bien payé même, pour faire son équipe, avec en outre des éléments techniques que nous n’avons pas. De plus, du moins on pourrait le penser, le sélectionneur a tout intérêt à composer la meilleure formation possible, parce que son maintien dans le poste peut en dépendre, même si dans le cas de Saint-André on a du mal à imaginer que son bail aille au-delà de la prochaine Coupe du Monde…à moins de la gagner, ce qui paraît inconcevable aujourd’hui.

Or la Coupe du Monde c’est l’année prochaine, et le moins que l’on puisse dire est que nous ne la préparons pas comme nous devrions le faire en tant que grande nation de rugby. Oui, j’ai bien dit grande nation de rugby, parce que la France compte un nombre considérable de joueurs licenciés (un peu moins de 300.000), en comparaison avec la Nouvelle-Zélande (145.000) ou l’Australie (200.000). Certes nous sommes loin de l’Angleterre (plus de 700.000), ou de l’Afrique du Sud (plus de 450.000), mais nous nous situons à la troisième place dans le (petit) monde du rugby, ce qui n’est pas rien.

Cela dit, parmi les cinq pays que je viens de citer, la France est la seule nation à ne pas avoir remporté la Coupe du Monde, ce qui démontre que quelque chose ne tourne pas rond dans notre rugby national. Et ce n’est pas nouveau, car à part quelques périodes fastes comme le sport français en général sait en avoir de temps en temps, le XV de France a rarement été au rang où il devrait être compte tenu du nombre de joueurs opérant dans notre pays. Compte tenu aussi du fait que le Top 14 est sans doute le meilleur championnat au monde, réflexion qui va peut-être en agacer certains, les mêmes affirmant que cela peut-être un handicap pour l’équipe de France en raison du nombre considérable de joueurs étrangers opérant dans notre pays, et pas seulement dans le Top 14.

Mais il n’y a pas que cela, à commencer par la très mauvaise gestion de ce Top 14. Sur ce plan le rugby français est resté très amateur, et pas du tout professionnel. La preuve, un club comme le Stade Toulousain, plus grand club français de l’histoire de notre rugby, au-dessus du FC Lourdes, de l’AS Béziers ou du SU Agenais, pourrait très bien se voir écarter des demi-finales du Top 14 parce que ses effectifs sont décimés par l’Equipe de France, en raison des nombreux doublons générés par les matches internationaux. Voilà un problème complètement abracadabrantesque que notre rugby professionnel est incapable de résoudre, parce qu’on ne veut pas réduire le nombre de matches joués par les clubs de l’élite. Pourquoi, en effet, ne pas créer deux poules de dix franchises, avec, pour conclure le championnat, deux demis finales et la finale, les deux premiers de chaque poule étant qualifiés pour les demi-finales.

Cela ferait au total un maximum de vingt matches de championnat dans la saison contre vingt huit aujourd’hui, ce qui fait une énorme différence. Et même avec les coupes européennes en supplément (ce qui ne change rien puisqu’elles existent déjà), on ne serait plus dans les mêmes cadences infernales. Enfin, cela permettrait de faire reposer les joueurs les jours de matches internationaux, mis à part évidemment les sélectionnés. Certains vont me dire que cette solution apparaît trop simpliste, parce que nos clubs veulent jouer un maximum de matches pour pouvoir payer les charges de plus en plus lourdes auxquelles ils sont confrontés. C’est une hérésie d’affirmer pareille chose, dans la mesure où nombre de clubs sont contraints d’avoir un effectif plus important pour couvrir la saison et les doublons, sans oublier les jokers médicaux de plus en plus nombreux en raison des cadences infernales évoquées précédemment (voir mon article  Les affres du rugby professionnel…)

Mais tous ces problèmes relevant du plus pur amateurisme sont aggravés par l’incompétence des décideurs de la Fédération, lesquels semblent incapables en plus de s’offrir un sélectionneur au top. Qu’avait fait Saint-André à Toulon avant d’intégrer le XV de France, alors qu’il avait à sa disposition un matériel humain incomparable ou presque ? Poser la question c’est y répondre, et force est de reconnaître qu’un de ses prédécesseurs à la tête du XV de France, B. Laporte, a beaucoup mieux réussi que lui dans ses fonctions d’entraîneur du RC Toulon, comme il avait obtenu de bien meilleurs résultats à la tête de l’équipe de France. En fait, Laporte a surtout manqué sa Coupe du Monde en France (en 2007), même si la victoire finale s’est peut-être jouée dans les dernières minutes de la demi-finale contre l’Angleterre, sur une cuillère miraculeuse et désespérée d’un Anglais sur Vincent Clerc filant à l’essai, à quelques mètres de la ligne d’en-but.

En outre, sans être doté d’un jeu vraiment emballant, le XV de France sous l’ère Laporte avait beaucoup progressé en discipline, ce qui était une nouveauté pour le rugby français. Enfin, ce même Laporte avait su donner ou redonner au XV tricolore une culture de la mêlée aujourd’hui perdue…ce qui est une nouveauté pour le rugby français au niveau international, après de nombreuses années où les Français étaient intraitables dans ce secteur de jeu. Ce l’était tellement que Marc Lièvremont, l’ancien sélectionneur, en avait presque fait une manière de jouer, misant tout sur la puissance de sa mêlée pour offrir des pénalités à ses buteurs. Aujourd’hui le XV de France n’a plus cette arme, ce qui le rend extrêmement vulnérable, vu que Saint-André a été incapable d’offrir à son équipe un schéma de jeu cohérent.

Saint-André a aussi un autre défaut extrêmement ennuyeux pour un manager, à savoir ne pas reconnaître ses responsabilités dans les manques actuels du XV de France. J’ai été outré de la manière dont on a condamné Doussain et Picamoles à l’issue du match contre le Pays de Galles. Comme si ces deux joueurs portaient sur leurs seules épaules les insuffisances de notre rugby professionnel! Certes Picamoles n’a pas été aussi important et fringant que d’habitude. Certes Doussain a été loin d’évoluer au niveau d’excellence qui est le sien depuis le début de la saison avec le Stade Toulousain, et même avec l’équipe de France contre l’Angleterre et l’Italie. Peut-être tout simplement était-il fatigué par les deux matches du Tournoi, plus celui disputé la semaine avant avec son club, ce quatrième gros match étant au-dessus de ses forces ?

En outre, comme je ne cesse de le répéter, si par malheur un demi de mêlée manque son match, il est immédiatement remplacé par…Parra. Et oui, le revoilà le numéro 9 de Clermont-Ferrand, avec son pied gauche qui, il faut le reconnaître, est incontestablement le plus sûr des sélectionnés du XV de France, en attendant que Kockott soit sélectionnable, ce qui règlerait le problème dans la mesure où Kockott est aussi précis que Parra sur les coups-de-pied placés, et bien supérieur comme joueur de rugby. Cependant pour marquer des points avec les pieds, il faut avoir la possibilité de pouvoir passer des pénalités, ce qui veut dire aussi dominer son adversaire en jouant dans son camp et en dominant son sujet à commencer par la mêlée, comme je le disais précédemment. De plus, comme Saint-André le savait ou aurait dû le savoir, Parra n’est pas sélectionnable, malgré la mansuétude de la Commission de discipline à son égard, à la suite de sa deuxième expulsion en moins de quatre mois en championnat dimanche dernier.

Pourquoi dans ces conditions l’avoir sélectionné, sachant que la Commission ne pouvait en aucun cas ne pas sanctionner Parra puisqu’il y avait récidive ? Pourquoi aussi l’avoir sélectionné et enfoncer un peu plus Doussain, alors que Saint-André a pris pour prétexte les mots de Picamoles avec l’arbitre pour le sanctionner pour un comportement  irrespectueux, disant que « le respect est le socle de nos valeurs » et « qu’il est important d’envoyer un signal à tous les joueurs et de rappeler qu’avoir le privilège de porter le maillot orné du coq leur impose des devoirs et des obligations ». Très bien, mais alors pourquoi sélectionner un joueur sorti pour brutalité à deux reprises en moins de quatre mois, qui plus est un joueur comptant plus de 50 sélections ? Et que dire du comportement de Papé, le capitaine, qui fustige son jeune équipier Bonneval, pour ne pas avoir récupéré une passe qu’il lui avait adressé, alors que cette passe était irrattrapable. Voilà ce que je voulais dire aujourd’hui à propos de Saint-André, qui n’est vraiment pas l’homme de la situation pour le XV de France. Quel dommage que Guy Novès, le manager toulousain, qui au passage a vigoureusement défendu Doussain après son match contre les Gallois, ne veuille pas de la place occupée par Saint-André ! Cela étant Novès est trop professionnel, et connaît trop bien son sujet…et le fonctionnement des instances de notre rugby pour se lancer dans pareille aventure.

Michel Escatafal

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