C’était il y a bientôt 56 ans…et il n’en reste plus beaucoup

Brésil 1958Alors que tout le monde en France et en Europe ne parle que du tirage au sort de la Ligue des Champions, et plus particulièrement chez nous de celui du Paris Saint-Germain qui sera opposé à Chelsea, tirage a priori très difficile pour le club parisien, alors aussi que l’on vient d’apprendre le décès, à l’âge de 100 ans, de l’ancien gardien de but René Llense, doyen des joueurs internationaux français, qui a participé aux Coupes du mondes 1934 et 1938, je voudrais évoquer aujourd’hui l’équipe nationale du Brésil 1958, une des quatre ou cinq plus fortes de l’histoire du football, qui vient de voir disparaître son capitaine lors de la Coupe du monde 1958, Bellini. Evidemment, pour nombre d’internautes dont l’histoire commence à l’an 2000, cette équipe ne présente plus guère d’intérêt, mais dans cette équipe il y avait quand même des joueurs qui s’appellent ou s’appelaient Pelé, que tout le monde ou presque considère comme le meilleur footballeur de tous les temps, mais aussi Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Orlando, Zito, Didi, Garrincha, Vava, Zagalo, sans oublier De Sordi, Altafini, Mauro, Zozimo et Pepe. Que des noms de joueurs qui étaient tous les meilleurs ou parmi les meilleurs à leur poste. Bref, une constellation d’étoiles qui valait bien celle de l’équipe d’Espagne 2008-2010, qui fait référence de nos jours. En fait, pour nombre d’amateurs de football, il n’y a guère que la Hongrie de période 1952-1956 ou le Brésil 1970, qui puisse soutenir réellement la comparaison avec les champions du monde 1958.

Si j’évoque cette équipe aujourd’hui, c’est parce que la « grande faucheuse », comme on disait à l’époque du Moyen Âge ou de la Renaissance, continue son œuvre macabre et envoie au paradis des footballeurs les derniers rescapés de cette formation qui avait enfin délivré tout un peuple, surtout après la terrible déconvenue du Maracana contre l’Uruguay en 1950. Elle aurait pu attendre quand même un peu plus longtemps, car trois d’entre eux étaient décédés entre les mois de juillet et août dernier, à savoir Djalma Santos (23 juillet), De Sordi (24 août) et Gilmar (25 aout). Elle avait d’ailleurs opéré de la même manière en 2002, avec les décès de Mauro, Vava et Dida. Au total, ils ne sont plus que sept encore en vie (Zito, Pepe, Zagallo, Pelé, Dino Santi, Moacir et Altafini qui était surnommé à l’époque Mazzola (en souvenir de Valentino Mazzola, père de Sandro, super joueur décédé en 1949 dans un accident d’avion à Superga avec l’équipe du Torino), ce qui signifie que quinze footballeurs sur les vingt-deux qui ont remporté la Coupe du Monde 1958 ont disparu, dont huit qui ont disputé la finale le 29 juin 1958 à Stockholm contre l’équipe de Suède qui, elle, compte cinq rescapés parmi ceux qui disputèrent cette finale (Parling, Gustavsson, Borjesson, Hamrin, Simonsson), les six autres (Svensson, Bergmark, Axbom, Liedholm, Gren et Skoglund) ayant eux aussi rejoint leur paradis.

Reprenons à présent un à un les joueurs qui nous ont quittés depuis 1958, en commençant par le gardien remplaçant Castilho, décédé en 1987. Autre remplaçant, l’arrière gauche Oreco, mort en 1985, alors que le défenseur central, Zozimo, remplaçant en 1958 mais titulaire lors de la finale en 1962, est décédé en 1977. Un autre champion du monde remplaçant en 1958, titulaire en défense centrale en 1962 en étant devenu le capitaine de l’équipe, Mauro, est mort en 2002. Un an plus tard ce sera au tour de Martins, demi remplaçant en 1958, de disparaître. Par parenthèse, ce joueur a fait partie des rares joueurs brésiliens qui s’expatriaient à l’époque en jouant au Valence FC de 1958 à 1961. Enfin, dernier remplaçant à décéder (en 2002), l’attaquant Dida (6 sélections et 4 buts), qui aurait eu sa place partout ailleurs, mais barré par meilleur que lui à l’époque, notamment un certain Garrincha.

L’évocation de ce nom, ô combien prestigieux, me permet de faire la transition toute trouvée avec les joueurs décédés qui ont le plus largement participé à remporter la Coupe du Monde en 1958, en commençant par Bellini, décédé la semaine dernière, qui était un excellent arrière central dans le système en 4-4-2 du Brésil. Ce n’était pas le meilleur joueur de cette équipe mythique, mais comme ce sera le cas pour Didier Deschamps quarante ans plus tard pour la France, il restera à jamais dans l’histoire comme le premier footballeur brésilien à avoir brandi le trophée récompensant l’équipe vainqueur d’une Coupe du Monde, mais aussi comme un de ceux qui ont largement participé à la victoire en se comportant avec calme et précision au moment où l’équipe en avait besoin. Bellini gagnera aussi la Coupe du Monde suivante au Chili, mais, en 1962, il n’était plus titulaire. Autre défenseur emblématique de cette fameuse équipe du Brésil 1958, Nilton Santos, arrière gauche de grand talent, peut-être le meilleur à son poste à l’époque, décédé le 27 novembre dernier.

Cela étant, pour ceux qui ont lu l’épopée brésilienne de 1958, il y avait deux grandes vedettes, comme on disait à l’époque, Didi le meneur de jeu et Garrincha. Ce dernier fut peut-être le meilleur ailier que le football ait connu jusqu’à son époque, voire après. Avec ses jambes torses, son dribble, toujours le même, était irrésistible. Rares, très rares furent les défenseurs à savoir le contenir, au point pour certains de devenir fous à force de voir ce diable de joueur leur échapper, malgré leur attention à surveiller le côté où il enclenchait son dribble. Il fut sélectionné à 50 reprises dans la Seleçao, marquant 12 buts dont 4 pendant la Coupe du Monde 1962, où il remplaça plus qu’avantageusement Pelé blessé, marquant 2 buts très importants contre l’Angleterre en poules éliminatoires et 2 en demi-finale contre le Chili, pays organisateur. C’était d’ailleurs un excellent buteur malgré son poste excentré, puisqu’il marqua 232 buts en 531 matches avec Botafogo, où il fit l’essentiel de sa carrière avant de se perdre dans l’alcool et les déboires conjugaux, finissant sa vie sportive complètement ruiné. Il mourra en 1983 à l’âge de 50 ans.

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site de Didi, pour souligner qu’il nous a quittés en 2001, après avoir été deux fois champion du monde pendant ses 68 sélections dans l’équipe du Brésil. En revanche je n’ai jamais évoqué le nom de De Sordi, mort le 24 août 2013. De Sordi était arrière droit et a compté 22 sélections pour la Seleçao, et son rôle ne fut pas négligeable dans la Coupe du Monde 1958. Rappelons que c’était lui l’arrière droit lors du fameux match contre la France, où il était chargé de marquer un autre grand joueur disparu quelques jours auparavant (le 13 août), Jean Vincent.

Un autre défenseur, arrière central titulaire aux côtés de Bellini pendant la Coupe du Monde en Suède, est mort en 2010. Il s’agit d’Orlando (30 sélections), qui a longtemps joué à Vasco de Gama où il a fini sa carrière, après avoir aussi opéré en Argentine (Boca Junior) de 1961 à 1965, et au F.C. Santos jusqu’en 1969. A propos de Santos, c’est le moment de parler du plus grand gardien brésilien de l’histoire de la Seleçao, Gilmar, lequel a joué pendant sept ans (1962-1969) dans ce club que Pelé a rendu célèbre, après avoir opéré aux Corinthians entre 1951 et 1961. Gilmar, qui est mort le 25 août 2013, était un très grand gardien, calme, brillant sur sa ligne, qui a maintes fois sauvé son équipe.

On n’oubliera pas que le premier à lui avoir inscrit un but dans la Coupe du Monde 1958 était…Just Fontaine, meilleur buteur de cette Coupe du monde avec l’invraisemblable total de 13 buts, sur une magistrale ouverture de Kopa. Gilmar sera tout aussi brillant lors de la Coupe du Monde 1962, participant lui aussi largement à la deuxième victoire consécutive du Brésil, comme Djalma Santos (aucun lien de parenté avec Nilton), disparu le 23 juillet dernier, remarquable arrière droit, sélectionné à 98 reprises dans l’équipe du Brésil. Enfin, parmi ces champions du monde 1958, il y a un joueur qui mérite à lui seul, surtout pour nous Français, un chapitre à part, l’avant-centre Vava, mort en 2002.

Certes ce n’est pas un des joueurs qui ont le plus porté le maillot du Brésil, car il ne compte qu’une vingtaine de sélections, ce n’était pas non plus un technicien comme les Brésiliens en découvrent des dizaines chaque année, mais c’était un redoutable buteur, puisqu’il a marqué 15 buts dans sa carrière internationale, dont 9 en Coupe du Monde (5 en 1958 et 4 en 1962). Sur bien des plans Vava aura été un joueur très particulier. En effet, cet ancien demi ou comme nous disons aujourd’hui milieu de terrain, est devenu avant-centre lors de son arrivée à Vasco de Gama. Il ne fut sélectionné la première fois qu’en 1958, juste avant la Coupe du Monde, commençant l’épreuve comme remplaçant d’Altafini avant de prendre sa place. Il sera deux fois champion du monde en 1958 et en 1962, marquant le premier but en demi-finale contre la France en 1958, puis deux buts en finale. Quatre ans plus tard, il scellera la victoire en finale contre la Tchécoslovaquie. Autre particularité, il jouera avec succès en Espagne, précisément à l’Altlético de Madrid entre 1958 et 1961.

Cela dit, pour nous Français, ce qu’on retient d’abord de Vava, c’est d’avoir blessé Robert Jonquet (décédé en 2008), notre arrière central en demi-finale de la Coupe du Monde 1958, alors que les deux équipes étaient à égalité. Que se serait-il passé si Vava n’avait pas blessé Jonquet ? Nul ne peut le dire, car contrairement à tout ce qu’on peut lire un peu partout, nos Français avaient fait jusque-là jeu égal avec les Brésiliens, et si ces derniers l’emportèrent finalement (5-2), c’était parce que notre équipe a joué à 10 la totalité de la deuxième mi-temps, le remplacement d’un joueur blessé étant interdit à cette époque. Je ne sais pas si au paradis des footballeurs Vava a retrouvé Jonquet, mais sûrement que si l’un prétend que sans cette blessure du défenseur français le sort du match n’en aurait pas été changé, l’autre répliquera que sans ce fait de jeu le nom du vainqueur aurait pu être différent. C’était il y a presque 56 ans, mais pour nombre d’amateurs de football en France nés dans l’immédiat après-guerre, la question reste posée.

Michel Escatafal


Milan-San Remo, magnifique classique qui a souvent souri aux Français…jusqu’en 1995

jajaAprès trois années où la victoire est revenue à un outsider, Ciolek en 2013, Gerrans en 2012, Matthew Goss en 2011, lesquels ont succédé à Freire en 2010, Cavendish en 2009 et Cancellara en 2008, on est en droit de se demander à qui va sourire dimanche prochain Milan-San Remo, magnifique classique italienne (créée en 1907), la plus longue du calendrier, appelée du joli nom de « Primavera » (qui signifie printemps en italien) ou encore la « Classicissima », qui, cette année, propose aux coureurs un nouveau parcours, toujours aussi long (près de 300 km) mais un peu plus sélectif aux abords de l’arrivée, avec la montée de Pompéiana entre la Cipressa et le célèbre Poggio. On peut aussi se demander, une nouvelle fois, quelle aura été la meilleure préparation pour les coureurs, à savoir disputer Paris-Nice ou Tirreno-Adriatico, cette dernière épreuve ayant tendance à supplanter de plus en plus la « Course au Soleil », en raison d’un parcours beaucoup plus sélectif et d’une participation infiniment plus relevée. Je voudrais d’ailleurs en profiter pour saluer la victoire d’Alberto Contador dans la « Course des Deux-mers », à l’issue d’un numéro de haute volée dans la montagne, comme lui seul sait les faire. A ce propos, je suis heureux de constater que le Pistolero a compris qu’il était très difficile d’être à la fois coureur cycliste et VRP de luxe, comme je l’avais écrit (en octobre dernier) dans un article intitulé Contador ne peut pas être à la fois coureur cycliste professionnel et VRP de luxe. Et oui, même le plus doué des coureurs ne peut pas se permettre le moindre relâchement dans sa préparation. C’est la dure loi du sport ! En tout cas ce renouveau nous promet de somptueuses courses jusqu’au Tour de France avec outre Contador, Chris Froome, Nibali, Rodriguez, Quintana ou Valverde.

Fermons la parenthèse et revenons à Milan-San Remo, course qui a souvent souri aux Français, mais qui a été gagnée par presque tous les plus grands champions. En fait parmi les très grands seuls, depuis 1945, Kubler, Koblet, Anquetil, Hinault, Lemond, Indurain, Armstrong et Contador ne l’ont pas gagnée. Et encore faut-il noter qu’à part Hinault qui a un très beau palmarès dans les classiques, et à un degré moindre Kubler, les autres se sont surtout consacrés à collectionner les victoires dans les courses à étapes. Coté français, la victoire a souri à 12 reprises à nos représentants depuis la création de l’épreuve en 1907, avec 6 doublés. Ces héros sont Petit-Breton en 1907 (devant Garrigou), Eugène Christophe en 1910, Gustave Garrigou en 1911 (devant Trousselier), Henri Pelissier en 1912 (avec Garrigou encore une fois second), puis Louison Bobet en 1951 (devant Pierre Barbotin), René Privat en 1960 (devant Jean Graczyk), Raymond Poulidor en 1961, Joseph Groussard en 1963, Marc Gomez en 1982 devant Alain Bondue, Laurent Fignon en 1988 et 1989, et enfin Laurent Jalabert en 1995.

En parlant de Privat, Joseph Groussard ou Marc Gomez, on notera que Milan-San Remo est aussi une épreuve où tout le monde a sa chance. Cette course, en effet, convient à tous les styles de coureurs, même si son parcours a évolué au fil du temps. Certes les sprinters y ont souvent tiré leur épingle du jeu. Parmi eux on peut citer Van Steebergen en 1954, Fred De Bruyne en 1956, Miguel Poblet le rapide Espagnol en 1957 et 1959, Rik Van Looy en 1958, Guiseppe Saronni en 1983, Sean Kelly en 1986 et 1992, Erik Zabel en 1997, 1998, 2000 et 2001, Mario Cipollini en 2002, Oscar Freire en 2004, 2007 et 2010, Alessandro Petacchi en 2005 et bien sûr Mark Cavendish en 2009. Cela dit les baroudeurs ont aussi leur chance, tout comme les super rouleurs capables de s’extirper du peloton dans les derniers kilomètres ou hectomètres, à l’image de Cancellara en 2008. Bref, gagner Milan-San Remo est accessible à toutes les catégories de coureurs, mais ceux qui l’ont gagné sont tous des champions.

Cela étant, même si la dernière victoire d’un transalpin date de 2006 (Pozzato), cela reste quand même une classique très italienne. Certains vainqueurs sont même des « campionissimi » comme Girardengo qui gagna 6 fois entre 1918 et 1928, Binda premier en 1929 et 1931, Bartali, vainqueur 3 fois en 1940, 1947 et 1950 et l’immense Fausto Coppi qui a gagné en 1946, 1948 et 1949, où des champions avec un très beau palmarès comme Gimondi en 1974, Francesco Moser en 1984 dans la foulée de son record de l’heure, Gianni Bugno en 1990 ou Paolo Bettini en 2003. Et puisque j’ai évoqué le record de l’heure, c’est un ancien recordman, l’illustrissime Eddy Merckx,  qui détient le record du nombre de victoires sur la Via Roma, avec 7 succès en 11 participations (entre 1966 et 1976), à coup sûr le coureur qui a su le mieux exploiter la montée ou la descente du Poggio. A ceux-là s’ajoutent de très grands coureurs comme Altig vainqueur en 1968 ou Roger De Valeminck en 1973, 1978 et 1979. On le voit, il y a du beau monde au palmarès de l’épreuve…qui est quand même restée très italienne puisqu’elle a été remportée une fois sur deux par les Italiens (50 fois en 104 éditions).

Ce tour d’horizon ne serait pas complet si je ne rappelais pas quelques hauts faits d’armes, comme par exemple les victoires de Fausto Coppi. En 1946, année qui marquait son vrai grand retour en tant que coureur après sa période sous les drapeaux, Coppi gagna après une échappée de 145 km avec 14 minutes d’avance sur le Français Lucien Teisseire. Il récidivera en 1948 à l’issue d’un raid de 40 km, son second (Rossello) arrivant avec un retard dépassant 5 minutes. En 1949 il gagnera de nouveau détaché, son second (Ortelli) étant relégué à plus de 4 minutes. Cette troisième victoire dans la Primavera lançait une saison qui allait être la plus belle de la carrière du « campionissimo », avec le premier doublé Giro-Tour, plus le titre de champion d’Italie, le Tour de Lombardie, sans oublier le maillot arc-en-ciel de la poursuite.

Quelques 40 ans plus tard, Laurent Fignon nous fera frissonner de bonheur en remportant son deuxième Milan-San Remo, ce qui lui vaudra le surnom de « professore » en Italie pour sa science de la course, et la maestria avec laquelle il avait construit ces deux succès sur la Via Roma. 1989 sera pour lui une grande année avec, outre la « Primavera », la victoire au Tour d’Italie, plus le Tour de Hollande, sans oublier le Grand Prix des Nations qui était le véritable championnat du monde contre-la-montre à l’époque. Pour être pleinement heureux cette année-là, il ne lui avait manqué qu’une troisième victoire dans le Tour de France, gagné par Greg Lemond…pour 8 secondes.

Enfin pour terminer je voudrais évoquer la magnifique victoire de Laurent Jalabert en 1995, qui s’était imposé au sprint devant Fondriest au prix d’un effort extraordinaire où, de son propre aveu, il avait utilisé pour la première fois le 52X11 au lieu du 53X12, ce qui lui avait permis de remporter le sprint. Cette victoire, comme pour Coppi et Fignon, allait être annonciatrice d’une remarquable série de succès, puisqu’il gagna la même année outre Milan-San Remo, Paris-Nice, le Critérium International, la Flèche Wallone, l’étape de Mende du Tour de France, le Tour de Catalogne et le Tour d’Espagne. Il était devenu cette année-là un très grand champion, capable de gagner des classiques, des courses à étapes, des courses contre-la-montre, et même un grand tour. On attend son successeur français, et pourquoi pas cette année. Je miserais bien une petite pièce sur Arnaud Démare, même si pour moi Cavendish, Cancellara et plus encore Sagan sont les grands favoris.

Michel Escatafal


Pour Ferrari, 2014 sera comme en 1953 ou 1954 ? (2)

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Partie 2

Après avoir vu le passé récent, nous attendons tous avec impatience samedi et dimanche pour assister aux essais officiels et à la première course du championnat 2014, avec la nouvelle règlementation et les nouvelles voitures. Une règlementation où le pilotage très fin de Raikkonen devrait s’exprimer totalement. Bon, j’arrête là, car Iceman est mon pilote préféré, et même si j’aime bien aussi Alonso, je risque de contrarier mon objectivité. Et pour ne pas le faire je vais évoquer l’année 1953, qui est la dernière où Ferrari a aligné deux pilotes ayant déjà été champion du monde, avec Alberto Ascari et Nino Farina. J’ai bien dit ayant déjà été champion du monde, et non pas ayant été champion du monde au cours de leur carrière, par exemple Hawthorn–Phil Hill en 1958 ou Prost-Mansell en 1990. Pour mémoire je rappelle que Farina avait gagné le titre en 1950, première année du championnat du monde de Formule1, et qu’Ascari avait écrasé la concurrence en 1952, où il disputa 6 grands prix (absent lors du premier grand prix en Suisse à Bremgarten pour cause de participation aux 500 miles d’Indianapolis), pour 6 victoires, 5 pole positions et 5 records du tour. Des statistiques à faire pâlir Vettel, lequel marche sur les traces de Schumacher…pour qui j’ai une pensée dans son combat pour la vie. Fermons cette triste parenthèse pour noter en parlant d’Ascari que, contrairement aux deux Allemands, Ascari avait une grosse concurrence avec les pilotes disposant aussi d’une Ferrari, notamment Taruffi, Farina et plus tard Villoresi.

A noter qu’en 1952 la toute nouvelle Formule1 avait connu un profond changement avec, outre l’apparition des casques en remplacement des inutiles et inefficaces serre-tête (bonjour la sécurité !), l’arrivée de voitures de 2 L de cylindrée, qui survivront encore en 1953, en attendant un nouveau changement de règlementation pour 1954. Et de fait, c’est Ferrari qui allait tirer le mieux son épingle du jeu durant ces deux années avec Alberto Ascari, qui remporta le titre en 1952 et 1953, s’imposant en 1952 devant Farina et Taruffi, eux aussi sur Ferrari, et en 1953 devant Fangio sur Maserati qui avait réussi à s’intercaler entre Ascari et Farina, Hawthorn et Villoresi, qui eux aussi disposaient d’une Ferrari, comme écrit précédemment. En fait, de duel il n’y eut pas vraiment en 1953 entre les pilotes Ferrari, le duel ayant plutôt lieu entre Ascari et le grand, l’immense J.M. Fangio, lequel à l’époque avait été champion du monde en 1951 sur Alfa-Romeo, et qui avait été engagé par Maserati après son grave accident l’année précédente à Monza. A la fin c’est Ascari qui l’emporta, mais en fin de saison les Maserati avaient refait une bonne partie de leur retard sur la Scuderia. Au fait quel était le plus fort entre Ascari et Fangio ? Certes Fangio s’était retiré de la compétition avec un palmarès supérieur, mais quel que soit le talent de Fangio, nombreux furent les connaisseurs, à commencer par les pilotes eux-mêmes, notamment Moss et Hawthorn, qui affirmaient qu’Ascari était aussi rapide que Fangio. Toutefois, comme l’a écrit Enzo Ferrari, Ascari était comme Vettel de nos jours, à savoir que c’était « dans le rôle de lièvre (en partant en tête) qu’il était quasiment impossible de surpasser Ascari ».

Sinon, pour revenir à la saison 1953 elle-même, celle-ci se résuma donc à un duel entre Ferrari et Maserati. Dès le premier grand prix en Argentine, donc sur les terres de Fangio, Ascari allait entamer son cavalier seul habituel, dans une course endeuillée par la faute d’un spectateur qui traversa la piste devant Farina, lequel malgré un braquage désespéré ne pourra éviter de rentrer dans la foule, ce qui occasionnera la mort d’une douzaine de personnes. Ensuite au grand prix de Hollande, la première ligne fut monopolisée par les trois premiers champions du monde de l’histoire, Ascari en pole devant Fangio et Farina. Preuve que le talent de Fangio et les progrès de Maserati commençaient à payer, ce qui n’empêcha pas Ascari de l’emporter devant Farina, Fangio étant contraint à l’abandon (problème de transmission). Et à Spa, c’est Fangio qui allait réaliser la pole devant Ascari et son coéquipier argentin, Gonzales. Mais finalement c’est encore Ascari qui l’emporta, Fangio étant sorti de la piste. A Reims, après une course d’anthologie, que certains ont appelé le grand prix du siècle, c’est une Ferrari qui gagne, mais pas celle d’Ascari nettement moins à l’aise dans le trafic. En effet, ce fut Hawthorn qui remporta sa première victoire, à l’âge de 24 ans, ce qui était très jeune à l’époque (Fangio en avait 42, Farina 47 et Ascari 35).

Cependant dès le grand prix suivant, en Grande-Bretagne à Siverstone, Ascari reprendra sa marche en avant, menant la course de bout en bout, reléguant Fangio à plus d’une minute. Même scénario au Nurburgring, du moins au début, Ascari s’emparant de la première place au départ pour laisser Fangio à 11 secondes au premier des 18 tours (longueur = 22.772 km), cet avantage étant de 36 secondes au quatrième tour. Mais la belle machine italienne et son magnifique pilote n’allaient pas aller bien loin, par la faute d’une roue crevée, ce qui n’allait pas empêcher Ferrari d’obtenir la victoire grâce à un Farina en état de grâce, qui passa la ligne d’arrivée le premier devant Fangio et Hawthorn.  A noter que sur le podium de ce grand prix d’Allemagne, Farina dédia sa victoire à un ancien pilote Ferrari, Nuvolari, grand champion des années 30 et 40, qui mourra quelques jours plus tard.

En Suisse, Ascari reprit le cours de ses chevauchées solitaires, mais allait devoir s’arrêter alors que 15 tours restaient à couvrir. Résultat, c’est Farina qui se retrouva en tête devant Hawthorn et Ascari reparti en troisième position. Ugolini, le directeur sportif de la Scuderia, décida alors de figer les positions pour réaliser le triplé. Problème, alors que Farina se croyant tranquille se contentait de surveiller sa pression d’essence, Hawthorn ne vit pas les panneaux, pas plus que ne voulut les voir Ascari, qui estimait n’avoir aucune raison de faire de cadeau à ses équipiers, d’autant qu’une victoire lui assurait le titre. Et oui, Vettel n’est pas le premier à refuser les consignes d’équipe ! C’est vrai qu’il y a une vraie ressemblance entre ces deux hommes !

Cette victoire sera la dernière d’Ascari, le pilote italien se tuant au cours d’une séance d’essais improvisée, le 26 mai 1955 à Monza.  Monza précisément, à la fois dernier grand prix de la saison et dernier grand prix avec cette Formule 2 litres, où Fangio s’imposera avec sa Maserati, ce qui allait préfigurer la suite, le merveilleux pilote argentin devenant champion du monde en 1954, 1955, 1956 et 1957. Et oui, nous sommes en plein dans l’histoire du sport automobile et de la Formule1 ! Espérons pour Ferrari que l’histoire ne se répètera pas en 2014 avec 60 ans de différence, car cela voudrait dire que c’est Mercedes  qui sera champion du monde comme ce fut le cas en 1954 avec Fangio, qui allait former en 1955 avec Stirling Moss un tandem de rêve chez Mercedes, comme le furent aussi en 1967 et 1968 le tandem Clark-Hill chez Lotus, ou encore Prost-Senna en 1988 et 1989 chez Mac Laren, et comme le sera, j’en suis persuadé, le duo Alonso-Raikkonen.

Michel Escatafal


Pour Ferrari, 2014 sera comme en 1953 ou 1954 ? (1)

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Partie 1

Que sera la saison de Formule 1 en 2014 ? Voilà une bonne question à laquelle nous aurons un début de réponse dès dimanche prochain à Melbourne, premier grand prix des 19 que compte cette soixante cinquième édition du championnat du monde, créé en 1950. Une saison qui va être marquée par l’abandon du moteur V8 atmosphérique et l’arrivée d’un V6 turbocompressé. Une saison où d’autres changements interviendront, avec notamment l’attribution des points qui sera doublé lors du dernier grand prix…ce qui est franchement ridicule. Une saison aussi où les pilotes, comme en moto, garderont leur numéro à vie, sauf le champion du monde (Vettel) qui portera le numéro 1. Bref, énormément de changements par rapport à ces dernières années, même si la plus importante concerne évidemment le moteur, ce qui explique que les cartes pourraient être redistribuées en 2014, après la longue domination de Red Bull et Vettel, propulsés par le moteur Renault.

Cela dit, il y a déjà les essais qui ont eu lieu à Jerez et à Bahrein pour nous donner quelques indications, mais chacun semble jouer l’intox, à commencer par la plus prestigieuse des équipes, Ferrari. Si j’écris cela c’est parce que plusieurs anciens pilotes ont affirmé que la Scuderia avait caché son jeu, et n’avait pas cherché la performance pure, contrairement à Mercedes, Mac Laren ou Williams, ces deux équipes ayant pour propulseur un moteur Mercedes. En outre, quand on parle de performance pure, il faut faire très attention, parce que si l’an passé il fallait gérer les pneus, cette fois il faudra gérer l’essence… ce que regrettent les fans de F1 et même des patrons d’écurie comme Luca di Montezemolo (Ferrari), mais pas nécessairement les pilotes, à commencer par Kimi Raikkonen. Ce dernier en effet, a souligné très justement que depuis qu’il est en Formule 1 (2001), il lui a toujours fallu gérer quelque chose. On retrouve bien là le pilote finlandais !

Et puisque je parle de Kimi Raikkonen, je voudrais m’empresser de dire que je fais de la Scuderia Ferrari la favorite pour le titre pilotes et constructeurs. Pourquoi ? D’abord parce que Ferrari n’a jamais connu trop de problèmes au cours des essais privés en ce début d’année, ensuite parce qu’effectivement la prestigieuse écurie italienne a sans doute quelque peu caché son jeu, et enfin parce qu’elle dispose avec Alonso et Raikkonen d’un tandem de pilotes comme on n’en a pas connu depuis bien longtemps en Formule 1. Oui, quel tandem sur le papier ! Quelle autre équipe pourrait se comparer à celle de la Scuderia en 2014 ? Aucune, à part peut-être celle de Mercedes avec Hamilton et Rosberg, mais l’addition du talent et de l’expérience d’Alonso et Raikkonen est supérieure à celle du tandem Mercedes. Une association qui réjouit tous les fans de Formule1, parce que d’abord elle concerne Ferrari, marque emblématique de la discipline comme je l’ai déjà souligné, et parce que pour nombre de fans le Taureau des Asturies et Iceman sont peut-être en valeur absolue les deux meilleurs pilotes du plateau. En tout cas ils sont sans doute les deux qui savent le mieux tirer partie de leur machine, y compris quand celle-ci n’est pas parfaite. On l’a vu depuis deux ans avec Ferrari pour Alonso, qui aurait pu et dû battre Vettel en 2012 sur une voiture bien moins performante, et avec Lotus pour Raikkonen, équipe qu’il a tenu à bout de bras depuis son retour en F1 en 2012. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de voir l’écart énorme que les deux hommes ont créé en 2012 et 2013 avec leurs deux coéquipiers (Massa et Grosjean).

Certains se demandent ce que donnera cette cohabitation entre l’eau et le feu, surtout si, comme cela est vraisemblable, il n’y aura pas de pilote privilégié, ce qui est une entorse à la politique de Ferrari depuis de nombreuses années, la Scuderia étant plutôt adepte d’une formule avec un pilote numéro un et un second pilote. Tel ne sera pas le cas au début de cette saison 2014, d’autant que Raikkonen et Alonso ont été l’un et l’autre champion du monde, Raikkonen étant même le dernier pilote Ferrari à l’avoir été. En outre, compte tenu des conditions du départ de Raikkonen en 2009 pour laisser la place à Alonso, cette fois les dès ne peuvent pas être pipés pour le pilote finlandais. En passant, ce dernier doit quand même savourer sa revanche, d’autant que chez Ferrari on a toujours marqué sa préférence pour Massa quand ils étaient équipiers avec Raikkonen, sans doute à cause du caractère latin du pilote brésilien. Mais chez Ferrari, en plus d’être une marque mythique, on sait reconnaître ses erreurs, et on a la reconnaissance des efforts faits pour l’équipe, les patrons de la Scuderia se rappelant que Kimi Raikkonen a accompli une fin d’année 2009 extraordinaire avec un matériel dépassé (dernière de ses neufs victoires chez Ferrari à Spa par exemple), après l’accident de Massa et alors…qu’on était en train de le virer.

Au passage, en parlant de Massa, on sera curieux de voir comment il va se comporter au volant d’une Williams qui semble bien née, après deux années décevantes où il n’était plus vraiment le même depuis son accident en Hongrie, ce qui avait entamé tout le crédit qu’il avait auparavant dans une équipe où on l’aimait beaucoup, comme en témoigne son traitement privilégié entre 2007 et 2009, un traitement qu’il ne pouvait revendiquer en aucun cas depuis l’arrivée d’Alonso. Et cela nous ramène à la cohabitation entre Alonso et Raikkonen qui suscite le doute chez beaucoup d’observateurs, sans que l’on sache vraiment pourquoi, ou plutôt si, en mettant en avant l’égo des deux pilotes, oubliant que Raikkonen n’a jamais eu de problème avec aucun équipier depuis ses débuts en F1 en 2001. Pour ma part, je suis persuadé que le duel sera sévère, mais je ne doute pas qu’il soit loyal. N’oublions pas que jamais Alonso comme Raikkonen ne se sont comportés comme des voyous en course…ce que nombre d’observateurs ou de fans ne signalent pas.

En tout cas on ne pourra pas reprocher à Ferrari d’avoir fait le pari de réunir deux des trois ou quatre meilleurs pilotes actuels, afin de mettre fin à la domination de Red Bull et son pilote vedette Vettel, sans oublier la montée en puissance de l’équipe Mercedes avec Hamilton et Rosberg. Cela dit, quelles que soient les qualités du tandem Alonso-Raikkonen, quel que soit le talent pur de ces deux cracks, il faut que les deux hommes disposent d’une bonne voiture pour qu’elle finisse enfin par remporter un nouveau titre mondial, pilote et constructeurs. Nombre de fans de F1 doutent que Vettel ait pu faire aussi bien qu’Alonso et Raikkonen s’il avait piloté une Ferrari ou plus encore une Lotus, qui pourtant a remarquablement réussi depuis deux ans, en dépit de moyens très inférieurs à Red Bull, Ferrari, Mercedes ou Mac Laren. A propos de Lotus, j’espère qu’ils continueront à aligner les bonnes performances en dépit des énormes difficultés qui sont les leurs depuis un an, ce qui leur a valu de perdre Raikkonen, mais aussi l’ingénieur Allison (parti chez Ferrari), sans oublier Bouiller le directeur. Ces trois départs pèseront hélas très lourd dans la balance, compte tenu de leur poids dans l’écurie d’Enstone. Cependant Lotus a gardé Grosjean, qui a prouvé en fin de saison dernière qu’il pouvait devenir un grand pilote, sur une voiture que Lotus a continué de développer jusqu’à son terme, contrairement à d’autres écuries qui ont préféré se concentrer sur l’année à venir.

Michel Escatafal


Paris-Nice supplantée par Tirreno-Adriatico

paris-nice 69Si nous avions été quelques années en arrière, sans parler évidemment des plus belles heures du vélo, dans les années 50, 60 ou 70,  le départ de Paris-Nice ce dernier dimanche aurait marqué le premier vrai grand rendez-vous de la saison. Un rendez-vous qui nous a valu par le passé quelques batailles dignes de celles que l’on rencontrait dans le Tour de France ou le Giro. Hélas cette année ce ne sera plus du tout le cas, tellement le parcours de l’épreuve est devenu incolore, même si les organisateurs (ASO) estiment qu’il est le plus susceptible de proposer du spectacle. Pourquoi ai-je employé le mot « incolore » ? Tout simplement, parce que la Course au soleil ne comportera aucune arrivée au sommet, aucune épreuve c.l.m., ce qui est inédit depuis 1955 (année de la victoire de Jean Bobet), tout cela afin de sortir « des courses stéréotypées», pour parler comme les dirigeants d’ASO, où « chacun a sa chance sur ce type de parcours». Très bien, sauf que les fans de vélo apprécient tout particulièrement les affrontements des meilleurs dans l’ultime côte ou col d’une étape accidentée, ou dans un c.l.m. comme Paris-Nice nous en a souvent offert sur les pentes du col d’Eze.

Résultat, les aficionados sont frustrés et la participation sera très faible en ce qui concerne les stars du peloton, la plupart d’entre elles ayant choisi Tirreno-Adriatico, au parcours beaucoup plus en adéquation avec ce que l’on attend d’une grande course à étapes. Du coup, alors que la seule vraie grande vedette de Paris-Nice sera Vincenzo Nibali, nous trouverons parmi les participants à Tirreno-Adriatico, Alberto Contador, Richie Porte, Bradley Wiggins, Peter Sagan, Ivan Basso, Nairo Quintana, Domenico Pozzovivo, Jean-Christophe Peraud, Pierre Rolland, Fabian Cancellara, Robert Gesink, Bauke Mollema ou Thibaut Pinot. Et s’il n’y a pas Christopher Froome, c’est tout simplement parce que le dernier vainqueur du Tour est blessé, ce qui explique d’ailleurs dans la Course des Deux mers la présence de Richie Porte, lequel ne pourra pas renouveler sa victoire de l’an passé sur Paris-Nice.

Je comprends d’autant moins les organisateurs de Paris-Nice que la lecture de son palmarès indique que cette épreuve a toujours été extrêmement prisée par les meilleurs routiers, et qu’elle figure même parmi celles qui ont contribué à la légende du cyclisme. En fait, parmi les plus grands  coureurs de l’histoire, seuls Bartali, Coppi qui aurait dû l’emporter en 1954 (vainqueur de l’étape entre Nîmes et Vergèze), Felice Gimondi, Bernard Hinault peu enclin à consentir de très gros efforts en hiver, Laurent Fignon, Greg Lemond et Lance Armstrong qui a toujours eu des objectifs plus lointains, n’ont jamais remporté l’épreuve. Elle a aussi largement contribué à faire découvrir au grand public quelques coureurs qui, par la suite, deviendront de grands champions, par exemple Jan Janssen en 1964, Stephen Roche en 1981, Sean Kelly en 1982, Miguel Indurain en 1989 ou Alberto Contador en 2007.

En écrivant ces lignes, cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer rapidement l’histoire de la course depuis ses débuts en 1933 (vainqueur le Belge Schepers). Une course qui a changé de nom plusieurs fois, s’étant appelée Paris-Côte d’Azur en 1952 (vainqueur Louison Bobet) et 1953 (vainqueur Munch), puis Paris-Nice-Rome en 1959 (victoire de Graczyk), avant de redevenir, définitivement sans doute, Paris-Nice. Bien entendu toutes les éditions de cette belle épreuve à étapes n’ont pas été le théâtre d’affrontements spectaculaires, ne serait-ce qu’en raison de la supériorité manifestée par certains coureurs véritablement au dessus du lot. Ce fut le cas notamment pendant la grande période de Sean Kelly, 7 fois vainqueur entre 1982 et 1988, ou même à l’occasion des triomphes de Laurent Jalabert entre 1995 et 1997. En revanche certaines années le suspens dura jusqu’au bout, favorisé parfois par la configuration de la course, notamment avec le final contre-la-montre, évoqué précédemment entre Nice et La Turbie, au sommet du col d’Eze. Ce fut le cas plus particulièrement en 1969, année où le podium ne fut jamais aussi prestigieux avec la victoire d’Eddy Merckx, devant Raymond Poulidor et Jacques Anquetil. Il y eut certes d’autres beaux podiums comme celui de 1984 (Kelly, Roche, Hinault) ou de 1973 (Poulidor, Zoetemelk Merckx), mais aucun n’a été chargé d’autant d’histoire.

En 1969, en effet, la course fut véritablement royale puisqu’elle mit aux prises l’incontestable maître du cyclisme de la décennie 60, Jacques Anquetil, son plus redoutable rival sur le plan national et même international, Raymond Poulidor, et celui qui allait devenir le champion au plus beau palmarès toutes époques confondues, Eddy Merckx. C’est une course d’autant plus mémorable qu’elle marquait la fin d’une époque (l’ère Anquetil) et le début d’une autre (l’ère Merckx). L’affrontement fut d’autant plus beau qu’il opposa des coureurs certes pas nécessairement au sommet de leurs possibilités, mais suffisamment compétitifs pour délivrer un verdict impitoyable.

Jacques Anquetil par exemple n’était plus tout à fait le super champion que l’on avait connu entre 1957 et 1966, mais il avait encore de très beaux restes, avec son style inimitable de rouleur patenté. Quant à Merckx son palmarès commençait à s’étoffer, avec entre autres victoires un Paris-Roubaix et un Tour d’Italie l’année précédente. Enfin Poulidor, malgré ses 33 ans, restait égal à lui-même, donc très performant surtout avec un parcours se terminant par un contre-la-montre en côte. Et il le fut effectivement, ce qui mit en transes ses milliers de supporters pour qui il était et restera pour l’éternité « Poupou ». Ces supporters étaient d’autant plus enclins à l’encourager, qu’ils avaient eu l’impression que seul un complot ourdi contre leur idole l’avait privé de la victoire en 1966, à l’issue d’un affrontement homérique avec Anquetil qui coupa définitivement la France en deux, avec d’un coté « les anquetilistes », pour la plupart des citadins, et de l’autre « les poulidoristes », que l’on assimilait à la France des terroirs, ce qui nous rappelait le duel entre Coppi et Bartali dans les années 40 en Italie, qui déborda largement le cadre du sport.

L’affrontement sur les pentes du col d’Eze entre ces trois immenses champions, nous offrit une passe d’armes exceptionnelle, chacun dans leur style. Anquetil, qui devait reprendre 45 secondes à Eddy Merckx pour le battre, attaqua cette course avec une détermination qu’on ne lui connaissait plus, dans son style toujours aussi admirable, ce qui ne l’empêchait pas d’être d’une redoutable efficacité, mais ce ne fut pas suffisant pour empêcher Merckx, au style plus heurté, de le rejoindre avant le sommet et lui prendre au final 2mn 17s. Cela dit, le jeune crack belge savait que son adversaire principal s’appellait Poulidor et, après avoir rejoint puis dépassé Jacques Anquetil, il continua sur sa lancée sans faiblir. Il a bien fait car Poulidor, qui au départ avait 29 s de retard, allait réaliser une performance remarquable, ne perdant que 22 s sur celui que l’on appellera un peu plus tard « le Cannibale ».

Finalement cet affrontement somptueux se terminera dans la plus pure logique, avec pour Anquetil le sentiment que sa carrière se terminait dans de bien meilleures conditions que se sont achevées celles de Louison Bobet et plus encore de Fausto Coppi. Poulidor avait démontré une fois de plus qu’il était un magnifique second, mais surtout qu’il était encore capable de pousser dans ses derniers retranchements le « fuoriclasse » belge, ce dernier n’ayant plus d’adversaires que lui-même, comme le prochain Tour de France allait le démontrer. Néanmoins, comme pour prouver qu’il ne désarmait jamais, Poulidor prendra sa revanche 3 ans plus tard (en 1972) en dominant à son tour son rival belge, avant de l’emporter de nouveau en 1973, pour le plus grand plaisir de ses fans, au demeurant chaque année plus nombreux.

Michel Escatafal


Pervis, prince du sprint et roi des vélodromes

pervisEt si François Pervis venait de réaliser l’exploit du nouveau siècle pour le sport français…dans une quasi indifférence chez nous? Si j’écris cela c’est parce que je suis fâché, outré et scandalisé par le fait qu’il fallait être abonné à beIN Sport pour avoir droit à des images en direct des championnats du monde sur piste à Cali. De qui se moque-t-on dans ce pays qui se dit sportif, mais qui ne l’est absolument pas? Cela dit, je persiste et je signe : François Pervis vient de marquer profondément l’histoire du sport français et du cyclisme, en remportant tous les titres de vitesse en individuel, ce qu’aucun sprinter n’avait jamais fait, y compris les plus grands depuis 1980, année à partir de laquelle on peut faire la comparaison. Cela signifie que depuis 34 ans, personne n’avait été capable d’enlever le titre mondial, sur le kilomètre, le keirin et dans la discipline reine de la piste, la vitesse.

Un exploit phénoménal dans un sport dont je rappellerais qu’il fut olympique dès l’année 1896 à Athènes, avec pour mémoire la victoire d’un Français, Masson, dans ce que l’on appelait autrefois le chrono (333.33m en 24s) et en sprint, épreuve qui se courait à l’époque sur 2000m dans un temps (4mn56s) nettement supérieur à celui de la poursuite individuelle de nos jours (les 4 km en 4mn22s582 pour le champion du monde Edmondson à Cali). A noter que Masson lors de ces J.O. avait aussi enlevé le 10km, ce qui lui faisait trois médailles d’or, mais le 10 km ne peut être considéré comme une épreuve de vitesse. En outre la concurrence n’était pas la même que celle de nos jours. Un sport aussi, qui a créé ses premiers championnats du monde sur piste en 1893 avec l’épreuve de vitesse amateur (remportée par l’Américain Zimmermann) et chez les professionnels en 1895 (dont le vainqueur fut le belge Protin).

Voilà pour la lointaine histoire, mais si je l’ai évoquée, c’est pour bien mesurer que la piste fait bien partie de l’histoire du cyclisme au même titre que la route, ce que semblent ignorer ce qui disent s’intéresser au vélo de nos jours, mais qui accordent autant, voire même plus, d’importance à une victoire dans la Drome Classic ou le Tour du Haut-Var qu’à un triomphe au championnat du monde de vitesse. Il suffit d’ailleurs de constater le peu de réactions sur l’énorme performance de François Pervis la semaine dernière avec son triplé inédit, ou celles qu’il a accomplies en fin d’année 2013 quand il a pulvérisé les records du monde du km et du 200m lors de la manche de Coupe du Monde à Aguascalientes (Mexique). Et le plus triste est que c’est le cas dans d’autres pays de vélo, comme j’ai pu le relever en lisant un article de Biciciclismo où, pour les aficionados, Pervis est seulement « un pistero ». Pourtant, un temps de 56s303c sur le kilomètre ou de 9s347 sur 200m lancé sont autant d’exploits stratosphériques que ceux de Bolt en athlétisme avec ses 9s58 sur 100m ou ses 19s19 sur 200m ! Il est vrai, comme je l’écris et le dis souvent, que nombre d’amateurs de vélo sont  davantage intéressés par une affaire présumée de dopage, que par des performances exceptionnelles sur la piste, performances qui subissent aussi leur pesant de sous-entendus suspicieux. C’est ça aussi le vélo…et c’est tellement dommage !

Au passage, je voudrais souligner que ces exploits réalisés par Pervis sont d’autant plus admirables qu’il a dû affronter énormément de difficultés, notamment financières, pour faire de la piste son métier. A ce propos, on peut noter le manque total de discernement des groupes professionnels français, dont aucun n’a voulu l’engager depuis la fin de l’année 2010, qui a vu l’équipe Cofidis mettre fin à son engagement pour la piste, pour mieux se concentrer sur la route…où elle n’a remporté aucune victoire vraiment significative. Et oui, la France, grand pays de cyclisme et de tradition de la piste, ne compte aucune équipe professionnelle de la piste, contrairement à la Grande-Bretagne avec Sky, l’Allemagne avec Ardgas ou l’Australie avec Jayco, autant de gros sponsors. A ce propos on notera que ce gros sponsoring de la Sky ne l’a pas empêché d’être aussi sur la route une des meilleures équipes, si ce n’est la meilleure avec les deux derniers vainqueurs du Tour de France, Froome et Wiggins. En revanche combien de grandes courses ont gagné les équipes professionnelles françaises ces dernières années ? Réponse : aucune, car pour moi grande course signifie les grands tours, le championnat du monde (route et c.l.m.) et les principalesclassiques du calendrier. Désolé, mais je suis élitiste, ce qui veut dire qu’une victoire d’étape au Tour de Vendée ou à celui de Langkawi ne me fait pas rêver !

Fermons la parenthèse pour revenir à Pervis, qui a attendu d’avoir 29 ans pour acquérir le statut qui est le sien dans le monde du vélo et dans son pays, la France. D’abord il a vécu dans l’ombre d’un autre très grand sprinter, Baugé, qui fut quatre fois champion du monde de vitesse. Baugé qui est sans doute plus pur sprinter que Pervis, mais qui est loin d’avoir sa panoplie de coureur de vitesse. C’est un peu la même chose pour Sireau, qui est loin d’avoir la classe et le palmarès de Baugé et Pervis, mais qui passait quand même pour être devant le triple médaillé d’or de Cali aux yeux du staff de l’Equipe de France jusqu’à cet hiver. Ensuite Pervis a dû se débrouiller seul, comme je le rappelais précédemment, ce qui l’a incité à partir au Japon à deux reprises pour participer à la saison de keirin…où il a beaucoup travaillé et appris dans des conditions très spartiates (voir article sur Koichi Nakano, décuple champion du monde de vitesse). Il garde d’ailleurs un tel souvenir de ces deux tournées japonaises, qu’il s’est écrié à sa descente du podium de keirin à Cali : « Le Japon m’a vraiment changé la vie » ! On veut bien le croire, au vu de ses résultats de fin 2013 et début 2014, comme on imagine qu’il sera (enfin) pris dans une équipe professionnelle française dans les semaines à venir, ce qui est encore le plus simple pour ladite équipe pour obtenir des résultats probants et des médailles d’or.

Néanmoins, même si la vie semble plus belle pour Pervis, elle ne l’est pas pour le cyclisme national sur piste bien que la France se soit classée au deuxième rang des médailles (4 médailles d’or et une de bronze) lors des championnats du monde qui viennent de s’achever, juste derrière l’Allemagne (4 médailles d’or et 4 d’argent), mais devant l’Australie ( 3 médailles d’or, deux d’argent et 3 de bronze) et la Grande-Bretagne (2 médailles d’or, une d’argent et deux de bronze), cette dernière nation ayant beaucoup perdu de sa superbe après ses fracassants Jeux Olympiques à Londres (8 médailles d’or et 12 au total). En effet, l’ambiance a l’air tendue chez les sprinters français, et surtout, à part Pervis qui est très autonome, ils semblent traîner un mal-être contagieux, à commencer par Baugé qui n’est que l’ombre du quadruple champion du monde que l’on a connu jusqu’en 2012. Il est le seul d’ailleurs qui aurait pu pousser Pervis dans ses retranchements s’il avait été en grande forme. D’Almeida, autre sprinter plusieurs fois médaillé sur le kilomètre aux championnats du monde, reconnaît que la réussite de Pervis est une sorte de cache-misère. Certes Baugé, Sireau et D’Almeida ont remporté la médaille de bronze en vitesse par équipes, mais le sprint français aurait considérablement régressé sans la réussite extraordinaire de Pervis…qui est l’arbre qui cache la forêt.

Il est vrai que, comme souvent dans le sport français, les décisions qui sont prises au niveau fédéral peuvent donner lieu à discussion, à commencer, nous dit-on, par la nomination d’un entraîneur néo-zélandais à la place de Florian Rousseau, ancien super crack du sprint dans les années 90-2000, qui avait démissionné avec fracas après les J.O. de Londres (2 médailles d’argent pour la piste et une seule pour le sprint). En plus, malgré la mise en route (enfin !) du Vélodrome National de Saint-Quentin en Yvelines, il y a eu la fermeture du pôle d’Hyères, qui avait permis à nombre de nos sprinters de briller par le passé (Gané, Bourgain etc.), et qui a entraîné le départ à l’étranger de Benoît Vétu qui avait succédé à Daniel Morelon à Hyères d’abord, avant de partir entraîner en Russie, notamment Dmitriev (médaille d’argent en vitesse en 2013 et médaille de bronze en 2014), et à présent en Chine. Cela dit, Pervis de son côté défend son actuel entraîneur, après avoir manifesté son désaccord avec Florian Rousseau qui ne l’avait pas sélectionné pour les J.O. de Londres où, rappelons-le une nouvelle fois, il n’y avait qu’un seul coureur engagé en vitesse…ce qui est révoltant.

Bref, beaucoup d’états d’âme chez nos sprinters, ce qui laisse à penser que les J.O. de Rio de Janeiro ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour nos sprinters, même si Pervis n’a peut-être pas encore atteint son niveau maximum, et même si l’on peut penser que l’échéance de Rio sera une source de motivation supplémentaire pour Baugé, Sireau et D’Almeida. En outre, aux Jeux Olympiques, il n’y a pas le kilomètre, ce qui signifie qu’avec Pervis à la place de D’Almeida nous avons de réelles chances de médaille d’or dans la vitesse par équipes, dans la mesure où les Français ont été battus à Cali de moins d’une demi-seconde par les vainqueurs néo-zélandais. Tout cela pour dire que s’il y a urgence à se mettre tous d’accord en vue des J.O., il ne faut pas encore désespérer de l’Equipe de France. Et peut-être que le bilan des Français à Rio sera meilleur qu’on ne l’imagine car, ne l’oublions pas, Pervis sera à coup sûr encore très fort dans deux ans. Et je parierais bien qu’il réalisera un exploit comparable à celui de Hoy à Pékin, en enlevant trois médailles d’or avec la vitesse, le keirin et la vitesse par équipes. D’ici là, il y aura d’autres manches de Coupe du Monde et les championnats du monde en 2015 et 2016 pour nous permettre d’espérer encore davantage. En attendant savourons une nouvelle fois le fantastique exploit de François Pervis, qui s’est assuré à jamais une place unique dans l’histoire du cyclisme en particulier et du sport en général.

Michel Escatafal