Milan-San Remo, magnifique classique qui a souvent souri aux Français…jusqu’en 1995

jajaAprès trois années où la victoire est revenue à un outsider, Ciolek en 2013, Gerrans en 2012, Matthew Goss en 2011, lesquels ont succédé à Freire en 2010, Cavendish en 2009 et Cancellara en 2008, on est en droit de se demander à qui va sourire dimanche prochain Milan-San Remo, magnifique classique italienne (créée en 1907), la plus longue du calendrier, appelée du joli nom de « Primavera » (qui signifie printemps en italien) ou encore la « Classicissima », qui, cette année, propose aux coureurs un nouveau parcours, toujours aussi long (près de 300 km) mais un peu plus sélectif aux abords de l’arrivée, avec la montée de Pompéiana entre la Cipressa et le célèbre Poggio. On peut aussi se demander, une nouvelle fois, quelle aura été la meilleure préparation pour les coureurs, à savoir disputer Paris-Nice ou Tirreno-Adriatico, cette dernière épreuve ayant tendance à supplanter de plus en plus la « Course au Soleil », en raison d’un parcours beaucoup plus sélectif et d’une participation infiniment plus relevée. Je voudrais d’ailleurs en profiter pour saluer la victoire d’Alberto Contador dans la « Course des Deux-mers », à l’issue d’un numéro de haute volée dans la montagne, comme lui seul sait les faire. A ce propos, je suis heureux de constater que le Pistolero a compris qu’il était très difficile d’être à la fois coureur cycliste et VRP de luxe, comme je l’avais écrit (en octobre dernier) dans un article intitulé Contador ne peut pas être à la fois coureur cycliste professionnel et VRP de luxe. Et oui, même le plus doué des coureurs ne peut pas se permettre le moindre relâchement dans sa préparation. C’est la dure loi du sport ! En tout cas ce renouveau nous promet de somptueuses courses jusqu’au Tour de France avec outre Contador, Chris Froome, Nibali, Rodriguez, Quintana ou Valverde.

Fermons la parenthèse et revenons à Milan-San Remo, course qui a souvent souri aux Français, mais qui a été gagnée par presque tous les plus grands champions. En fait parmi les très grands seuls, depuis 1945, Kubler, Koblet, Anquetil, Hinault, Lemond, Indurain, Armstrong et Contador ne l’ont pas gagnée. Et encore faut-il noter qu’à part Hinault qui a un très beau palmarès dans les classiques, et à un degré moindre Kubler, les autres se sont surtout consacrés à collectionner les victoires dans les courses à étapes. Coté français, la victoire a souri à 12 reprises à nos représentants depuis la création de l’épreuve en 1907, avec 6 doublés. Ces héros sont Petit-Breton en 1907 (devant Garrigou), Eugène Christophe en 1910, Gustave Garrigou en 1911 (devant Trousselier), Henri Pelissier en 1912 (avec Garrigou encore une fois second), puis Louison Bobet en 1951 (devant Pierre Barbotin), René Privat en 1960 (devant Jean Graczyk), Raymond Poulidor en 1961, Joseph Groussard en 1963, Marc Gomez en 1982 devant Alain Bondue, Laurent Fignon en 1988 et 1989, et enfin Laurent Jalabert en 1995.

En parlant de Privat, Joseph Groussard ou Marc Gomez, on notera que Milan-San Remo est aussi une épreuve où tout le monde a sa chance. Cette course, en effet, convient à tous les styles de coureurs, même si son parcours a évolué au fil du temps. Certes les sprinters y ont souvent tiré leur épingle du jeu. Parmi eux on peut citer Van Steebergen en 1954, Fred De Bruyne en 1956, Miguel Poblet le rapide Espagnol en 1957 et 1959, Rik Van Looy en 1958, Guiseppe Saronni en 1983, Sean Kelly en 1986 et 1992, Erik Zabel en 1997, 1998, 2000 et 2001, Mario Cipollini en 2002, Oscar Freire en 2004, 2007 et 2010, Alessandro Petacchi en 2005 et bien sûr Mark Cavendish en 2009. Cela dit les baroudeurs ont aussi leur chance, tout comme les super rouleurs capables de s’extirper du peloton dans les derniers kilomètres ou hectomètres, à l’image de Cancellara en 2008. Bref, gagner Milan-San Remo est accessible à toutes les catégories de coureurs, mais ceux qui l’ont gagné sont tous des champions.

Cela étant, même si la dernière victoire d’un transalpin date de 2006 (Pozzato), cela reste quand même une classique très italienne. Certains vainqueurs sont même des « campionissimi » comme Girardengo qui gagna 6 fois entre 1918 et 1928, Binda premier en 1929 et 1931, Bartali, vainqueur 3 fois en 1940, 1947 et 1950 et l’immense Fausto Coppi qui a gagné en 1946, 1948 et 1949, où des champions avec un très beau palmarès comme Gimondi en 1974, Francesco Moser en 1984 dans la foulée de son record de l’heure, Gianni Bugno en 1990 ou Paolo Bettini en 2003. Et puisque j’ai évoqué le record de l’heure, c’est un ancien recordman, l’illustrissime Eddy Merckx,  qui détient le record du nombre de victoires sur la Via Roma, avec 7 succès en 11 participations (entre 1966 et 1976), à coup sûr le coureur qui a su le mieux exploiter la montée ou la descente du Poggio. A ceux-là s’ajoutent de très grands coureurs comme Altig vainqueur en 1968 ou Roger De Valeminck en 1973, 1978 et 1979. On le voit, il y a du beau monde au palmarès de l’épreuve…qui est quand même restée très italienne puisqu’elle a été remportée une fois sur deux par les Italiens (50 fois en 104 éditions).

Ce tour d’horizon ne serait pas complet si je ne rappelais pas quelques hauts faits d’armes, comme par exemple les victoires de Fausto Coppi. En 1946, année qui marquait son vrai grand retour en tant que coureur après sa période sous les drapeaux, Coppi gagna après une échappée de 145 km avec 14 minutes d’avance sur le Français Lucien Teisseire. Il récidivera en 1948 à l’issue d’un raid de 40 km, son second (Rossello) arrivant avec un retard dépassant 5 minutes. En 1949 il gagnera de nouveau détaché, son second (Ortelli) étant relégué à plus de 4 minutes. Cette troisième victoire dans la Primavera lançait une saison qui allait être la plus belle de la carrière du « campionissimo », avec le premier doublé Giro-Tour, plus le titre de champion d’Italie, le Tour de Lombardie, sans oublier le maillot arc-en-ciel de la poursuite.

Quelques 40 ans plus tard, Laurent Fignon nous fera frissonner de bonheur en remportant son deuxième Milan-San Remo, ce qui lui vaudra le surnom de « professore » en Italie pour sa science de la course, et la maestria avec laquelle il avait construit ces deux succès sur la Via Roma. 1989 sera pour lui une grande année avec, outre la « Primavera », la victoire au Tour d’Italie, plus le Tour de Hollande, sans oublier le Grand Prix des Nations qui était le véritable championnat du monde contre-la-montre à l’époque. Pour être pleinement heureux cette année-là, il ne lui avait manqué qu’une troisième victoire dans le Tour de France, gagné par Greg Lemond…pour 8 secondes.

Enfin pour terminer je voudrais évoquer la magnifique victoire de Laurent Jalabert en 1995, qui s’était imposé au sprint devant Fondriest au prix d’un effort extraordinaire où, de son propre aveu, il avait utilisé pour la première fois le 52X11 au lieu du 53X12, ce qui lui avait permis de remporter le sprint. Cette victoire, comme pour Coppi et Fignon, allait être annonciatrice d’une remarquable série de succès, puisqu’il gagna la même année outre Milan-San Remo, Paris-Nice, le Critérium International, la Flèche Wallone, l’étape de Mende du Tour de France, le Tour de Catalogne et le Tour d’Espagne. Il était devenu cette année-là un très grand champion, capable de gagner des classiques, des courses à étapes, des courses contre-la-montre, et même un grand tour. On attend son successeur français, et pourquoi pas cette année. Je miserais bien une petite pièce sur Arnaud Démare, même si pour moi Cavendish, Cancellara et plus encore Sagan sont les grands favoris.

Michel Escatafal

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