Jonny Wilkinson : tout chez lui n’est qu’ordre et beauté

wilkinson

Partie 1

Ce soir nous connaîtrons le nouveau champion de France de rugby, et même si tout le monde s’accorde à considérer le RC Toulon comme le grand favori de cette rencontre, bien malin qui pourrait prédire à coup sûr cette victoire annoncée, car, évidemment, le Castres Olympique ne se laissera pas faire. D’ailleurs, si certains étaient trop optimistes pour le club de Mourad Boudjellal, le résultat de l’an passé (victoire 19-14 du Castres O.) suffirait à leur rendre une lucidité égarée par la dernière victoire en Coupe d’Europe du RC Toulon. Une victoire au demeurant plus facile à obtenir sans doute que celle permettant de gagner le Bouclier de Brennus, qui reste quand même quelque chose de spécial dans notre pays, ce qui suffit à démontrer que professionnalisme ou pas, le rugby reste quand même le rugby.

Mais le match de ce soir va aussi revêtir un caractère particulier parce que ce sera le dernier de l’ouvreur du Rugby Club  de Toulon, Jonny Wilkinson, vedette mondiale du rugby et du sport tout court, un homme sur qui toutes les fées semblent s’être penchées sur son berceau. D’abord il a tout pour plaire, étant à la fois beau gosse et merveilleux joueur de rugby. Ensuite il a un talent hors-normes. Mais s’il est devenu un extraordinaire joueur, sans doute le meilleur  du nouveau siècle, c’est essentiellement grâce à son travail et son professionnalisme…ce qu’on aurait tendance à oublier, tellement il semble réciter une partition qu’il n’aurait pas eu besoin d’apprendre. Oui, Jonny Wilkinson est un professionnel accompli, qui cherche constamment la perfection sur et hors du terrain (voir la rapidité avec laquelle il a appris notre langue contrairement à tant d’autres joueurs étrangers),  et d’ailleurs si cela n’avait pas été le cas, jamais il ne serait revenu à son meilleur niveau après les innombrables blessures qui ont jalonné sa carrière entre 2004 et 2008. Aucun autre joueur ne se serait relevé de toutes ces difficultés…à moins d’être quelqu’un d’exceptionnel.

Ce mot exceptionnel convient parfaitement à Jonny Wilkinson, véritable icône en Grande-Bretagne,  au point d’être devenu officier de l’Ordre de l’Empire britannique, mais aussi en France à la fois chez les jeunes et les moins jeunes. Ô certes,  il doit bien avoir quelques défauts car c’est un homme, mais ils sont très bien cachés et couverts par une aura comme seuls les plus grands sportifs peuvent en posséder. Et encore pas tous, car son rayonnement est énorme et va bien au-delà de son sport. Certains sportifs sont immenses par leur palmarès et leur apport au sport qui les a fait roi, mais combien passeront à la postérité par l’influence qu’ils auront eu dans la meilleure époque de leur vie ? Sans être méchant, qui oserait comparer par exemple les meilleurs footballeurs de notre temps, malgré tous leurs trophées, avec Jonny Wilkinson dans ce domaine de l’influence ? Personne, bien évidemment, d’autant que lui n’a jamais éprouvé le besoin de s’afficher de manière aussi ridicule que certains de ses pairs, rugbymen ou autres, savent si bien le faire. Il n’a pas besoin de porter un smoking rouge pour paraître élégant parce qu’il l’est naturellement. Quand il parle on l’écoute, et ses propos sont toujours empreints d’intelligence, ce qui là aussi le différencie de la quasi-totalité des autres stars du sport, et plus particulièrement du football.

Cela dit, toutes ces qualités qu’on lui octroie ne nous empêchent pas de souligner son palmarès sportif, un palmarès tellement fourni qu’il aura gagné tout ce qui peut l’être en rugby…surtout si ce soir il devient champion de France. Son parcours en équipe nationale d’Angleterre (91 sélections), sans oublier ses 6 sélections chez les Lions (sélection des meilleurs joueurs britanniques), est remarquable, avec pour point d’orgue une victoire en Coupe du Monde (2003) à laquelle Wilkinson a très largement contribué en marquant 113 points, dont tous les points en demi-finale contre l’équipe de France (24), et en passant le fameux drop qui, dans les dernières secondes de la finale, permit à l’Angleterre de battre l’Australie chez elle, rendant la fierté à l’hémisphère Nord, jugé inférieur au Sud. Il a aussi remporté à quatre reprises le Tournoi des Six Nations, réussissant le grand chelem en 2003, année où il marqua 20 des 25 points de l’équipe d’Angleterre pour assurer la victoire sur une très bonne équipe de France (25-17).

 A un degré moindre, on soulignera le titre de champion d’Angleterre avec son club des Newcastle Falcons en 1998, et bien entendu ses deux victoires en finale de la Coupe d’Europe avec le RC Toulon (2013-2014), club à qui il a donné une notoriété tellement importante que, déjà, les incultes de l’histoire du rugby en font la meilleure équipe de tous les temps. Comme si l’on pouvait comparer les équipes à des époques différentes, et oublier les exploits du FC Lourdes, de l’AS Béziers, du SU Agen et, plus récemment, du Stade Toulousain. Fermons la parenthèse, et notons qu’à titre individuel Jonny Wilkinson a obtenu toutes les distinctions possibles offertes par son sport. Mais comment pourrait-il en être autrement avec les multiples records de points marqués dans le Tournoi des Six Nations, la Coupe du Monde ou les championnats nationaux et européens qu’il a disputés ?

Un dernier mot enfin à propos de Jonny Wilkinson, pour revenir sur les qualités qui lui ont permis d’être devenu ce qu’il est aujourd’hui, malgré ses blessures. D’abord il faut mettre en avant son jeu au pied, tout simplement fantastique et sans faille. Les qualificatifs manquent parfois pour expliciter ce que nous voulons dire, et c’est le cas avec Wilkinson. Gaucher naturel, mais capable de taper avec un égal bonheur ou presque des deux pieds (voir son drop du pied droit en finale de la Coupe du Monde 2003), il a toujours fait preuve d’une extrême régularité dans ses tirs au but, ce qui explique ses statistiques ébouriffantes (1246 points en équipe nationale et avec les Lions en 97 sélections soit presque 13 points par match). Mais Wilkinson, contrairement à d’autres grands ouvreurs-buteurs, n’est  pas que cela, car il sait aussi attaquer. Evoluant au poste de centre à ses débuts, avant de se fixer à l’ouverture, il est capable de conduire parfaitement le jeu d’attaque et de (bien) faire jouer ses partenaires. Et ce qui ne gâte rien, c’est aussi un excellent défenseur, n’hésitant pas à payer de sa personne chaque fois que les circonstances l’exigent.

Certes on lui a reproché à la fin de sa carrière internationale, surtout en Angleterre, des prises de risques insuffisantes, mais ces critiques furent loin de faire l’unanimité, surtout chez nous. Si je dis cela, c’est parce que nombre de Français considèrent que  Jonny Wilkinson fait bien partie des plus grands ouvreurs britanniques de l’histoire, même si certains opéraient dans un style différent. Je ne vais pas en citer beaucoup, mais c’est une occasion de rappeler aux plus jeunes que les Britanniques nous ont offert quelques demis d’ouverture de grande lignée comme l’Irlandais Jack Kyle, le Gallois Cliff Morgan, l’Anglais Richard Sharp ou encore le Gallois Barry John. Que des noms qui nous font rêver, même si pour certains d’entre eux j’en ai surtout entendu parler…parce que j’étais trop jeune pour apprécier leur immense talent.

Michel Escatafal

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