Une soirée d’athlétisme à la fois gaie, triste…et honteuse

mekhissi

Pour les amateurs d’athlétisme français  ce fut hier soir une bien triste soirée, même si nous avons eu le plaisir de voir nos athlètes remplir leur panier de médailles, avec notamment l’or pour Compaoré, qui a parfaitement suppléé l’absence du champion du monde Tamgho, mais aussi pour Kowal au 3000m steeple…bien qu’il ait terminé second de la finale. Et oui, il peut arriver dans le sport au plus haut niveau que le premier ne le soit pas réellement, pour des raisons que la raison ignore. Je ne parle évidemment pas des cas de dopage où, selon les sports, on fait tout et parfois n’importe quoi. Kreuziger, par exemple dans le cyclisme, n’a pas été contrôlé positif, mais il est quand même suspendu…à cause de son passeport biologique. Fermons la parenthèse, et revenons à la soirée d’hier soir aux championnats d’Europe d’athlétisme où l’on a assisté à la disqualification…de deux athlètes français, qui ne recevront pas leur médaille. Ces deux athlètes s’appellent Bascou et Mekhissi, le premier ayant remporté la médaille de bronze sur 110m haies, et le second ayant gagné l’or en se promenant sur 3000m steeple, réussissant un exploit inédit sur la distance en l’emportant pour la troisième fois consécutive, et en étant, pendant quelques heures, le seul Français ayant été titré à trois reprises aux « Europe ». En parlant d’exploit,  certains vont trouver que j’exagère,  parce que Mekhissi est tellement au-dessus de tout le monde en Europe sur le 3000m steeple, que cela n’est pas vraiment une performance exceptionnelle pour lui, qui a déjà été deux  fois médaillé d’argent aux Jeux Olympiques (2008 et 2012),  mais aussi deux fois médaillé de bronze aux championnats du monde (2011 et 2013), chaque fois derrière un ou deux Kenyans.

Mais quel péché a donc commis Mekhissi pour qu’on prenne la très lourde décision de lui enlever son titre gagné sur la piste ? Il a enlevé son maillot à la sortie du dernier virage, pour le porter à la main jusqu’à l’arrivée…ce qui est interdit par le règlement. Dans un premier temps les juges ont pris la même décision qu’au football quand un joueur enlève son maillot pour célébrer un but, à savoir un carton jaune. C’était une décision intelligente, qui montrait à Mekhissi qu’on ne peut pas faire n’importe quoi sur une piste, y compris pour exprimer sa joie. En fait ces juges ont surtout noté que Mekhissi s’était promené dans la dernière ligne  droite avec 20 ou 25 mètres d’avance, et que notre champion n’avait en rien gêné le bon déroulement de la course. Jusque-là rien à dire. Comme d’ailleurs il n’y a rien à dire sur la disqualification de Bascou au profit de Pascal Martinot-Lagarde, par ailleurs très décevant, car Bascou avait mordu sa ligne voire même un peu plus, ce qu’il a reconnu volontiers. Cela étant, dans une compétition plus importante encore, les championnats du monde, on se rappelle qu’en 1999, à Séville, Stéphane Diagana termina deuxième du 400m haies derrière l’Italien Mori, qui ne fut pas disqualifié alors qu’en demi-finale il avait couru un instant dans le couloir de Diagana, récidivant en finale en mordant la ligne. Malgré deux réclamations françaises le titre fut quand même attribué au hurdler italien. Cette décision avait d’ailleurs choqué beaucoup de monde, y compris en Italie, puisque Dionisi, l’ancien grand champion italien, avait encouragé les responsables français à porter réclamation après la finale.

Hier soir pour Mekhissi le contexte était très différent, même si, comme tout le monde, je me suis dit que Mahiédine Mekhissi ne savait pas quoi trouver pour se faire remarquer, sachant qu’il n’y avait aucune arrogance de la part de notre athlète. Simplement il savait qu’il entrait dans l’histoire, même si les championnats d’Europe ont lieu à présent tous les deux ans contre quatre à l’époque de Chromik (années 50) Roelants (années 60) ou Malinowski (années 70), ce dernier étant avec Mekhissi le seul à avoir remporté deux titres européens sur le steeple. Il n’empêche, notre Français, par ailleurs recordman d’Europe et le seul qui puisse parler d’égal à égal avec les Kenyans, ne méritait en aucun cas la disqualification qui l’attendait. Cela dit, ce que je trouve le plus affligeant c’est à la fois la réaction de nombre de Français sur les forums (ah les forums !!!), et bien sûr la réclamation de la délégation espagnole, espérant profiter de cette bourde de Mekhissi pour récupérer une breloque…en bronze. Minable, pour ne pas dire misérable attitude des responsables espagnols sur place à Zurich ! Tout ce déshonneur pour récupérer une place de troisième. Que vaut réellement de nos jours  une médaille de bronze européenne ? Cela vaut-il la peine de se ridiculiser à ce point ? Et si j’emploie le mot « ridiculiser » c’est parce qu’en lisant le site de Marca, je constate que nombre d’amateurs d’athlétisme espagnols sont eux-mêmes choqués par cette réclamation, un forumer intelligent (il y en a !) affirmant que ce qui arrive à Mekhissi est injuste, et que l’attitude de Mullera (celui qui a récupéré le bronze) est triste et fait de la peine, parce qu’il sait que cette médaille il ne l’a pas gagnée, et, pire encore, cela pourrait le poursuivre pour toujours.

On peut aussi se demander, et cela s’adresse aux juges, dans quel état sera Kowal (le nouveau champion d’Europe)  sur le podium, sachant qu’il était le plus heureux des hommes avec sa médaille d’argent conquise sur la piste, au point d’avoir fait profiter de son bonheur à tous les téléspectateurs en demandant en mariage sa compagne ? Oui, parfois le sport est cruel, avec les chutes (Contador au Tour de France), ou les blessures. En écrivant cela, je pense à Tamgho, à Compaoré qui a remporté le titre européen hier soir après avoir subi tant de galères à cause de nombreux ennuis de santé, à Diniz qui est à présent le seul Français titré aux championnats d’Europe à trois reprises (50km marche) ou Jimmy Vicaut, qui aurait survolé le 100m à ces championnats d’Europe, sans cette blessure à la cuisse qui l’a privé d’un titre aussi certain que celui de Mekhissi sur 3000m steeple, Vicaut étant le seul sprinter européen capable de rivaliser avec les Jamaïcains et les Américains. Raison de plus pour ne pas priver ces sportifs méritants de titres gagnés sur la piste, après tant de sacrifices pour atteindre leur Graal. Cela étant, pour de nombreux juges tout cela ne compte pas, car le règlement c’est le règlement…ce qui ne fut pas et n’est pas toujours le cas partout. Néanmoins, avant de conclure, qu’on se rassure, j’aime toujours beaucoup l’Espagne, même si quelques dirigeants de ce pays se sont déshonorés hier soir avec cette stupide réclamation.

Michel Escatafal

Publicités


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s