Contador : le champion cycliste du vingt-et-unième siècle

pistoleroDepuis dimanche soir les supporters de Contador en Espagne et ailleurs exultent, car leur champion vient de remporter son huitième grand tour, sa troisième Vuelta, ce qui le place dans l’histoire au niveau de Jacques Anquetil, juste derrière Merckx (11) et Hinault (10) et devant Coppi, Indurain et Armstrong (7). Par parenthèse je précise une nouvelle fois que je ne tiens pas compte des palmarès dits officiels, parce que cela confine au ridicule de voir sept Tours de France remportés par Armstrong sans vainqueur, alors que Riis, qui a avoué s’être dopé en 1996, figure au palmarès, qui plus est réhabilité par les organisateurs du Tour de France ! Et que dire de Roberto Heras, déclaré de nouveau vainqueur de la Vuelta 2005 en décembre 2012, alors qu’il avait été exclu du palmarès de l’épreuve…pendant six ans ! Qui sait si dans quelques années Armstrong ne sera pas de nouveau le vainqueur du Tour des éditions 1999 à 2006 ? Dans le cyclisme tout est possible, y compris les pires injustices ! A ce propos, comme je l’ai souligné dans un précédent article, je rappellerais simplement une phrase ( lue dans Vélo Magazine) de l’ancien président de l’UCI, Pat Mc Quaid,  à propos du jugement ayant « fusillé » Contador  pour l’exemple lors du contrôle anormal de ce dernier pendant la deuxième journée de repos du Tour de France 2010, pour une dose infinitésimale de clembutérol trouvée au laboratoire de Cologne…qui n’aurait pas été détectée dans la quasi totalité des laboratoires du monde : « J’ai demandé un jour  à notre avocat si, au cours de toutes ces années de procédures, il avait trouvé un jugement injuste. Il m’en a cité deux. L’un concernait Contador. Je ne suis pas loin de partager son point de vue ». Bien dit, Monsieur Mc Quaid !

Fermons cette parenthèse récurrente que l’on est constamment obligé de faire à propos du vélo, et qui, malheureusement, pollue les forums des journaux ou sites de sport et de cyclisme en particulier. Oui, revenons au vélo, au vrai vélo de compétition au plus haut niveau, celui que l’on rencontre sur les routes de la plupart des pays dans le monde, qui commence en Australie en janvier (Tour Down Under), pour se finir au Japon (Japan Cup) en novembre, et parlons à présent de cette Vuelta 2014 qui vient de s’achever. Un Tour d’Espagne qui aura mis un point d’orgue à une saison en tous points magnifique pour Alberto Contador, vainqueur cette année de Tirreno-Adriatico, du Tour du Pays Basque et donc de cette Vuelta, mais qui n’a jamais été au-delà de la deuxième place dans toutes les épreuves auxquelles il a participé, sauf au Tour de France qu’il a dû abandonner sur chute lors de la première étape de montagne (Planche des Belles Filles). Une chute survenant après celles de Froome quelques jours plus tôt, qui nous a privés du duel de rêve attendu par tous les vrais fans de vélo, entre les deux meilleurs coureurs à étapes actuels. Un duel auquel nous avons quand même eu droit en cette fin de Vuelta, et qui a consacré Alberto Contador, Christopher Froome reconnaissant la supériorité du Pistolero par cette phrase relevé dans Biciciclismo : « J’ai tout donné, mais Contador fut plus fort ». Bel hommage du champion britannique !

Certains diront que les deux as du cyclisme sur route n’étaient pas à leur meilleur niveau, ce qui relativise quelque peu la portée de ce duel, mais si c’était vrai au début de ce Tour d’Espagne, ce l’était moins au fur et à mesure que la compétition se rapprochait de son terme, au point que dans la dernière très dure étape de montagne, l’avant-dernier jour, on avait l’impression de voir évoluer Contador et Froome tout près de leur maximum physique, un niveau trop élevé pour qu’ils puissent être inquiétés par leurs rivaux. En disant cela, je ne veux surtout pas faire injure à Quintana, le futur numéro un du cyclisme sur route d’ici la fin de la décennie, ni à Nibali, le dernier vainqueur du Tour, largement dominé par les deux super cracks dans le Dauphiné. En fait, quand Froome attaque dans son style caractéristique en montagne, sur des pentes très raides, le seul qui puisse l’accompagner s’appelle Contador, qui lui-même dispose d’une « giclette » qui a toujours impressionné les autres coureurs et les suiveurs. On notera au passage que si Contador ne paraissait pas trop en difficulté à la Farrapona ou à Ancares, il allait quand même très loin dans la souffrance, comme il l’a souligné après l’ascension de la Farrapona, car les accélérations de Froome sont terribles. Il a simplement noté qu’il commençait à s’y habituer, même si pendant quelques dizaines de mètres, dans la montée d’Ancares, il a dû énormément s’employer pour ne pas lâcher prise sur un nouveau coup de boutoir du Britannique.

En fait dans le Tour de France 2013, les accusations injustes relatives au dopage à propos de Froome sont venues tout simplement du fait que Quintana, Rodriguez et surtout Contador ne pouvaient pas le suivre dans les grandes montées. Mais ce qu’on oublie le plus souvent, c’est que si l’an passé Contador avait eu dans le Tour de France la même condition physique qu’il a affichée cette année dans Tirreno-Adriatico, le Dauphiné ou la dernière semaine de la Vuelta, l’issue de son duel avec Froome aurait pu été très différente. Je me demande par exemple si, dans le Ventoux, où tant de haine à l’égard du Britannique a été déversée par les forumers sortant de leur canapé  pour se précipiter sur le clavier de l’ordinateur, Contador n’aurait pas infligé à Froome ce qu’il lui a infligé à deux reprises dans la Vuelta. Personne ne le saura, parce que, je le répète, le Contador de 2013 n’était pas préparé comme cette année ou comme dans le Giro 2011, où, la rage au cœur, dans un Tour d’Italie  parmi les plus difficiles de l’histoire, il avait laissé Scarponi et Nibali à plus de 6 minutes. Cela dit, l’an prochain, on espère tous qu’Alberto Contador et Christopher Froome se présenteront au départ du Tour de France au summum de leurs possibilités dès le départ,  et que le Tour de France aura un parcours suffisamment sélectif pour que la course serve à déterminer une fois pour toutes quel est en ce moment le meilleur. Toutefois, même si la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain, mon petit doigt me dit que Contador, ne faisant plus le complexe Froome, pourrait très bien s’imposer de nouveau.

Ce qui est sûr en revanche, c’est que le Pistolero est bien le champion cycliste du vingt-et-unième siècle, ce qui me fait évoquer une nouvelle fois son extraordinaire palmarès. Outre ses 8 victoires dans les grands tours, il comptabilise en tout 22 victoires dans les courses à étapes, ce qui est tout simplement exceptionnel. Ce l’est d’autant plus qu’il n’a pu participer à aucune course durant toute la première partie de la saison 2012, en raison de sa suspension. En fait, il ne lui manque que deux ou trois victoires dans une grande classique pour pouvoir être comparé à Coppi, Merckx et Hinault. En attendant, alors qu’il lui reste encore deux ou trois ans au plus haut niveau, il peut encore enrichir son palmarès et se rapprocher, voire dépasser les 11 victoires de Merckx dans les grands tours. Pour le moment, son absence de succès dans les classiques d’un jour, à part Milan-Turin qui n’est pas considéré comme une « grande » malgré son ancienneté, ne lui permet pas d’entrer dans le Top 5 des plus beaux palmarès, toutes courses sur route confondues. Néanmoins, même s’il est pour l’heure au neuvième rang, il est tout proche d’Armstrong, Indurain et Bartali, qu’il aura sans doute déjà dépassé dès le prochain printemps, ce qui l’amènerait à la sixième place, juste derrière Kelly, lequel grâce à ses nombreuses victoires dans les courses d’un jour, et dans les courses à étapes d’une semaine, se trouve encore assez largement devant Contador.  Cela étant, parvenir à dépasser Kelly avant de finir sa carrière paraît largement réalisable pour le Pistolero qui, du coup, n’aurait plus devant lui que Merckx, Hinault, Anquetil et Coppi. Pas mal, non ?

Un dernier mot enfin, pour essayer de voir quel est son plus beau succès à ce jour ? Pour ma part je serais tenté de dire qu’il n’a jamais été aussi fort que dans le Tour de France 2009 et le Giro 2011. Deux épreuves où il dut se battre contre les éléments et ses adversaires. Dans le Tour 2009, il avait dans son équipe un certain Lance Armstrong qui lui mena la vie dure tout au long de l’épreuve, et qu’il domina largement malgré la sollicitude dont son équipe, Astana, fit preuve à l’égard de celui qu’on appelait encore à l’époque le Boss. Un peu moins de deux ans plus tard, il se présenta au Giro 2011 en proie aux tourments que lui avait occasionnés cette affaire de clembutérol, à propos de laquelle personne n’a pu prouver que Contador s’était dopé, comme indiqué sur le jugement du Tribunal Arbitral du Sport. En outre chacun avait reconnu, experts, coureurs, suiveurs, que cela n’avait absolument pas pu l’aider à remporter son troisième Tour de France. Et c’est dans ce contexte, sachant que l’UCI et l’AMA l’avaient traduit devant le Tribunal Arbitral du Sport, qu’il allait faire la preuve qu’il était bien un des plus grands champions de l’histoire, en pulvérisant la concurrence.

Dans ce Giro d’anthologie il accumula les exploits (montée de l’Etna, c.l.m. en côte, Grossglockner)rappelant que les plus grands champions font la démonstration de leurs capacités supérieures dans l’adversité. Par exemple Merckx en 1969, année où, après avoir été injustement déclassé « pour dopage » dans le Giro,  le Cannibale se vengea dans le Tour de France en le remportant avec près de 18 minutes d’avance sur le vainqueur de l’édition 1967, Pingeon, réalisant au passage un prodigieux exploit entre Luchon et Mourenx (victoire d’étape avec 7mn 56s d’avance sur Pingeon et Poulidor après 140 km d’échappée !). Et oui, avec Contador on est obligé de prendre des références extraordinaires pour faire des comparaisons. Et, je le répète, il n’a que 31 ans et 9 mois, ce qui veut dire qu’il n’a pas fini de nous étonner, ce qui ne peut que réjouir ses fans, mais aussi tous les « vrais amoureux » du vélo.

Michel Escatafal

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