Dans le sport aussi, « il ne faut jamais vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre »

FDCe devait être un remake de l’année 1991, et ce fut un « bide » presque total ! Telle est la conclusion que l’on peut tirer de cette finale de Coupe Davis à Lille, dimanche dernier. Et pourtant nombre de supporters y ont cru après le premier match, où un super Monfils a écrasé un  petit  Federer, manifestement inquiet pour la suite de la compétition en raison de sa blessure récente, qui l’avait empêché de défendre ses chances en finale du Masters. Et, compte tenu de la supériorité supposée des Français en double, ces mêmes supporters se disaient qu’on allait revivre l’édition de 1991, avec une énorme victoire d’Henri Leconte au premier match contre Sampras, puis une défaite somme toute normale de Forget contre Agassi, pour se retrouver avec une égalité au score à la fin de la première journée. C’est là que la belle histoire s’arrête, parce que les Français n’avaient pas réalisé que les Suisses avaient une équipe aussi forte. Certains même s’étaient carrément montrés condescendants en affirmant qu’il fallait à tout prix que Federer joue…pour que la victoire ait une saveur vraiment agréable. Bref, on faisait fi des chances de Wawrinka, lequel devait se faire laminer par les Français. Enorme erreur de jugement, dû essentiellement au chauvinisme franchouillard qui anime à la fois les supporters et, plus grave encore, les journalistes, spécialisés ou non.

Résultat, une terrible déception à l’issue de cette finale, laquelle aura laissé un goût amer aux joueurs, aux spectateurs et aux téléspectateurs français, lesquels pensaient que la finale était gagnée avant de l’avoir joué. Et oui, les joueurs suisses sont tout simplement meilleurs que les joueurs français, comme en témoigne leur classement, Federer n°2 mondial et Wawrinka n°4, alors que Tsonga et Monfils naviguent largement au-delà de la dixième place (Tsonga 12è et Monfils 18è). En outre, ce n’est pas au niveau de l’expérience que l’on pouvait espérer quelque chose de plus, car, sur ce plan, Federer et ses 17 succès en tournois du Grand Chelem, et même Wawrinka, vainqueur de l’Open d’Australie en début d’année, savent ce que la pression d’une finale veut dire.

Et cela s’est vu pendant cette finale de Coupe Davis, notamment pendant le double, où les Suisses ont joué leur meilleur tennis, alors que les Français ont été plutôt décevants. Cela étant, et on l’avait oublié dans notre pays qui ne s’intéresse absolument pas à l’histoire du sport, il faut quand même se rappeler que Federer et Wawrinka sont capables de former une excellente équipe de double. Qu’on en juge à travers cette performance : un titre olympique en 2008, en battant en demi-finale les rois de la discipline depuis plus de 10 ans, les frères américains Bryan (700 victoires et 103 titres remportés sur le circuit, dont 16 en grand chelem, plus un titre olympique en 2012). Rien que cela aurait dû convaincre les supporters français que la victoire en double était loin, très loin, d’être assurée.

Mais le pire était à venir, avec les tensions entre les joueurs après le quatrième match et la victoire de Federer sur Gasquet qui donnait la Coupe à la Suisse. Là aussi que n’a-t-on pas lu à droite et à gauche sur la supposée morgue suisse, notamment celle de Wawrinka, lequel ne semble pas très bien tenir l’alcool. Mais est-ce tellement étonnant que Wawrinka ait quelque peu chambré les Français? Que n’avait-on pas dit sur la soi-disant brouille entre Federer et Wawrinka, après leur extraordinaire demi-finale du Masters. Certains parlaient de l’inévitable mauvaise ambiance qu’il allait y avoir entre les deux joueurs, alors que l’équipe de France formait une vraie famille. Je ne dis pas, en écrivant cela, que les joueurs français ne s’estiment pas. D’ailleurs je n’en connais aucun, pas plus d’ailleurs que Federer et Wawrinka. Je ne sais pas davantage si ces derniers sont amis ou ennemis, mais ce que j’ai vu samedi et dimanche, c’est une équipe suisse soudée, y compris les remplaçants inconnus. Manifestement Wawrinka voulait remporter son second grand trophée de l’année, et Federer rentrer encore un peu plus dans la légende du tennis, en gagnant le seul trophée qu’il lui manquait, en dehors de la réalisation du grand chelem.

C’est d’autant plus méritoire pour Federer et Wawrinka de soulever le fameux Saladier d’Argent, que la Suisse n’est quand même pas un grand pays de tennis, malgré ses succès ces dernières années. N’oublions pas qu’il aura fallu attendre l’avènement de Federer, pour que la Suisse enlève un tournoi du Grand Chelem (Wimbledon 2003). Et il aura fallu l’arrivée au plus haut niveau de Stan Wawrinka, pour que la Suisse puisse postuler pour une victoire en Coupe Davis, cette épreuve exigeant d’avoir au moins deux joueurs dans les meilleurs mondiaux pour pouvoir s’imposer. Cela explique d’ailleurs pourquoi les Français dans les années 20 et 30, les Australiens dans les années 50 et 60, mais aussi les Américains a toutes les époques, sauf depuis 1995 (une seule victoire en 2007) ont trusté les titres, grâce à un réservoir important de champions…que la France n’a plus jamais eue depuis l’époque des « Mousquetaires » avec Lacoste, Cochet, Borotra et Brugnon. Sauf, à un degré moindre, avec Noah, Leconte et Forget, ce qui a permis à Leconte et Forget de s’imposer en 1991 contre Sampras et Agassi. A ce moment Forget était septième mondial et venait de réaliser sa meilleure saison en simple. Quant à Leconte, son classement ne voulait rien dire (cent-cinquante neuvième à l’ATP parce que longtemps blessé au dos), car chacun savait bien qu’il était toujours capable, sur un match, de battre n’importe qui. En outre, son entente avec Forget lui a permis de former la seule équipe de double invaincue en Coupe Davis (11 victoires en autant de matches).

Et puisque je suis dans l’histoire de la Coupe Davis, je voudrais terminer en disant à tous ceux qui comparent les joueurs à des époques différentes, que si Federer figure bien évidemment dans les tous meilleurs joueurs de l’histoire du tennis, personne n’a le droit d’affirmer qu’il est le plus grand de tous. Certes, son palmarès compte 17 victoires en tournois du Grand Chelem, mais il n’a pas réalisé le Grand Chelem, comme Rod Laver à deux reprises. Combien de tournois majeurs ce dernier aurait-il remporté s’il n’avait pas été dans les rangs des professionnels entre 1962 et 1968 ? Et Rosewall ? Et Gonzales ? Et Kramer ? Et Borg, qui a arrêté sa carrière à 25 ans après avoir gagné 6 fois Roland-Garros et 5 fois Wimbledon dans les années 70 et 80 ?

Certes, on me rétorquera que si Nadal avait eu l’idée de naître cinq ou six ans plus tard, Federer aurait réalisé au moins deux fois le Grand Chelem, mais il y avait Nadal, lui-même vainqueur de 14 tournois du Grand Chelem, dont 9 victoires à Roland-Garros, sans oublier son titre olympique en 2008 et ses 4 victoires en Coupe Davis. Cela étant, qui pourrait dire qu’il aurait battu Borg à Roland-Garros ? Personne, parce que chaque génération a son ou ses superchampions, et, il n’est même pas possible de faire la comparaison au niveau du palmarès pour les joueurs de tennis, parce que, comme je l’ai écrit précédemment, les meilleurs professionnels ne pouvaient pas affronter les amateurs jusqu’en 1968. Bref, on tourne en rond, comme si l’on voulait savoir si Coppi aurait réussi à décrocher Contador dans le Stelvio, ou si Fangio aurait pu battre Prost, Senna ou Schumacher à Spa Francorchamps.

Michel Escatafal

 

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One Comment on “Dans le sport aussi, « il ne faut jamais vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre »”

  1. chienfou dit :

    aucuns supporter français ou journalistes français pensaient que la France allait balayer la Suisse d’un revers de la main.

    Les journalistes français ont commencé à nous voir en position de favoris à cause du pb de dos de Federer au masters.

    Tous ceux qui ont un minimum de bon sens se sont dis que si le maitre devait déclarer forfait ou jouer en étant très amoindri, alors les chances de victoire de la France était plus grande, ce qui est logique.

    je n’ai entendu aucuns spécialistes dire que wawrinka allait se faire rétamer par tsonga, aucuns.

    Pour le double le samedi, les français étaient des favoris logique au vue de la forme douteuse de Federer, celui qui ose dire qu’il savait que federer allait retrouver ses jambes avt le match est un menteur,

    Par contre, après la victoire des suisses sur ce double, plus personne en France ne croyait une seconde à une victoire des français le dimanche, le match était plié et d’ailleurs la rencontre entre federer et gasquet n’a pas eu une grosse audience à la tv.

    pour conclure, les français ne se sont jamais vu trop beaux, ils ont tjr su que la suisse était supérieure, on a juste cru après le match médiocre de federer vendredi qu’on était en bonne position, ce qui est tout à fait logique.


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