Le tennis et ses reines…parfois exaspérantes

cris evertsharapovaPour être franc, je n’apprécie pas cette nouvelle mode de vouloir à tout prix que chaque sport ait une compétition identique chez les hommes et les femmes. C’en devient même ridicule ! Qui oserait dire qu’un combat de boxe entre deux femmes puisse atteindre la beauté d’un Hagler-Léonard, d’un Hagler-Hearns, d’un Leonard-Duran ou d’un Ali-Frazier ? Est-ce qu’une championne cycliste peut offrir en montagne, sur une pente à 9 ou 10%, le merveilleux spectacle d’une « giclette » de Contador ou d’un sprint échevelé sur 300 ou 400 mètres de Froome ? Idem sur la piste, où aucune femme n’égalera la beauté sauvage d’un sprint de Pervis sur 200 mètres. En revanche, nombre de sports méritent que l’on accorde la même considération à celles ou ceux qui le pratiquent au plus haut niveau. Je n’en citerais que quelques uns, à commencer par la gymnastique, le patinage artistique, l’athlétisme ou la natation, sans oublier évidemment le tennis. Certes en écrivant cela je sais que je ne vais pas me faire que des amis, mais, comme disait Boileau qui n’a pas eu la chance de connaître le sport tel qu’il est devenu depuis le début du vingtième siècle, « j’appelle un chat un chat ».

Fermons la parenthèse, et revenons justement au tennis féminin, lequel fut longtemps le symbole de ce mélange harmonieux de force et de beauté, ce qui n’est nullement incompatible, qui fut depuis bien longtemps la marque de fabrique des tenniswomen. J’ai bien écrit depuis bien longtemps, car malgré toute la sympathie que je porte au tennis féminin, je suis de plus en plus perplexe quant à la beauté du spectacle présenté. J’ai du mal à me faire à ce jeu  où les championnes cognent de toutes leurs forces,  alors que les hommes, et notamment Roger Federer, font  preuve d’une grâce que l’on qualifierait presque de féminine. En effet, entre les ahanements ô combien bruyants de nombre de joueuses, et les poings serrés des autres avec une poussée d’adrénaline toute masculine, je me dis que les amateurs de tennis de 40 ans et plus ont eu bien de la chance d’avoir pu voir  en action une Chris Evert, à l’allure merveilleuse, joliment vêtue, sans muscle saillant comme une athlète, bref tellement féminine, ce qui ne l’empêchait pas de frapper fort dans la balle quand les circonstances l’exigeaient. Son revers à deux mains notamment était meurtrier en passing-shot, et rien que d’y penser  je m’en régale encore. En plus cette merveilleuse féminité ne l’a pas empêchée de devenir l’une des plus grandes joueuses de l’histoire, avec ses 18 victoires en simple dans les tournois du grand chelem.

Serena Williams, en valeur absolue (et de très loin) la meilleure des joueuses de ce temps (18 titres en simple dans les tournois comptant pour le Grand chelem plus un titre olympique, 13 en double avec sa sœur plus 3 titres olympiques, et 2 en double-mixte), est très différente : sa première vertu est d’être une terrible combattante, ou encore « une combattante de l’ultime » comme elle se qualifie elle-même. Et c’est vrai que cela lui va bien, comme elle l’a démontrée à de nombreuses reprises dans les finales des tournois majeurs, par exemple face à Justine Hénin qui, dans un autre style, était elle aussi une combattante de premier ordre. En tout cas, si une comparaison devait être faite entre Serena Williams et une autre joueuse américaine, ce serait avec Billie Jean King (12 tournois du grand chelem en simple dans les années 70). Billie Jean King avait un jeu complet, sans doute meilleure volleyeuse que Serena Williams, mais son jeu était quand même basé sur la puissance. Et pour ajouter à la comparaison, comme Serena Williams, la carrière de B.J. King fut émaillée d’ennuis physiques, plus particulièrement d’accidents musculaires. Enfin, comme Serena Williams, B.J. King fut aussi une grande joueuse de double (16 victoires en double dames en grand chelem et 11 en double mixte).

Et puisque nous sommes dans l’histoire, je voudrais rappeler que si B.J. King, Evonne Goolagong, Cris Evert, Monica Seles, Steffi Graf, ou les sœurs Williams, ont marqué l’histoire du tennis féminin, les deux meilleures joueuses, au moins depuis 1945, sont plutôt Margaret Court et Martina Navratilova. Et pas seulement parce qu’elles ont accumulé les victoires dans les plus grands tournois, mais en raison de la qualité de leur jeu qui n’avait aucune faille. Margaret Court totalise 24 victoires en simple dans les tournois du grand chelem, dont le grand chelem en 1970, plus 38 en double et double mixte. Très athlétique pour l’époque (1.75 m) elle savait tout faire, comme plus tard Martina Navratilova (18 titres en grands chelems, plus un grand chelem à cheval sur deux années, et 58 titres en tout) qui avait à peu près le même gabarit. Cela dit, la différence entre ces deux joueuses et Serena  Williams était que leur jeu était plus basé sur le service et la volée, et qu’il était plus beau à regarder pour l’amateur de tennis.

Cependant j’ai toujours bien aimé à titre personnel Justine Hénin, jeune retraitée ayant dû renoncer à la compétition début 2011, après avoir tenté un come back suite au premier arrêt de sa carrière  en 2008, sans doute parce qu’elle était exténuée, son jeu exigeant  une grosse dépense physique. C’est pour cela qu’elle mérite tous ses nombreux succès malgré son petit gabarit, d’autant qu’elle était sans doute  moins douée qu’une fille comme Amélie Mauresmo, une de ses plus grandes rivales, mais loin d’avoir son palmarès. Justine Hénin, en effet, a fait une très belle carrière avec 7 victoires en simple en grand chelem et une médaille d’or aux J.O. d’Athènes, battant en finale Amélie Mauresmo.

Personnellement cela me faisait plaisir de voir une jeune femme mesurant 1.67m et pesant 57 kg tenir la dragée haute à  d’autres infiniment plus puissantes qu’elle. C’est aussi  ce qu’avait réussi à faire pendant quelques temps au début des années 2000 la Suissesse Martina Hingis (5 victoires en simple en grand chelem), qui mesure à peine 1.70 et pèse moins de60 kg. Aujourd’hui c’est une Russe d’un tout autre gabarit (1.88m), Maria Sharapova, aussi belle que grande, qui est la plus dangereuse rivale de Serena Williams, du moins quand elle n’est pas blessée. Elle aussi a beaucoup de classe, jouant comme de nombreux joueurs dans les années 70, avec des attaques puissantes du fond du court. Mais elle est exaspérante pour le spectateur ou le téléspectateur, qui a l’impression de sortir du match aussi épuisé qu’elle à force d’entendre ses cris hallucinants chaque fois qu’elle frappe la balle. Néanmoins elle a remporté 5 tournois majeurs en simple dans sa carrière et a été à plusieurs reprises numéro une mondiale, la première fois en 2005, alors qu’elle avait 18 ans. Mais, à titre personnel, je préfère voir jouer Vénus Williams, même si elle n’est plus ce qu’elle était, qui aurait pu faire une carrière équivalente à celle de sa sœur sans ses problèmes de santé. Cela ne l’a pas empêché de compter 7 titres du grand chelem dont 5 à Wimbledon (45 en tout sur le circuit). En outre, parmi les  joueuses actuelles, elle est celle dont le jeu ressemble le plus à Margaret Court ou Martina Navratilova…quand elle est en forme.

Autre caractéristique du tennis féminin depuis le début du nouveau siècle, la hiérarchie fluctuante…quand Serena Williams est blessée, avec des joueuses qui accumulent les performances ponctuelles qui les font grimper au classement, au point d’avoir à la première place mondiale des  Caroline Wozniacki ou (un peu avant) Dinara Safina  n’ayant jamais gagné de tournoi du grand chelem, ce qui était impossible à l’époque de Margaret  Court , Billie Jean King, ou encore de l’Australienne aborigène Evonne Goolagong qui, a 19 ans, a réalisé le doublé Wimbledon-Roland-Garros (1971),  sans oublier  Chris Evert  et Martina Navratilova qui ont illuminé le jeu dans leurs duels des années 70 et 80, mais aussi Steffi Graf (années 80 et 90),  et Monica Selès au début des années 90, l’inventrice des cris sur le court, à l’imitation de joueurs comme Connors.

Tout cela appartient au passé, comme appartiennent au passé les succès de nos trois meilleures joueuses depuis les années 60, à savoir Françoise Durr, qui a remporté Roland-Garros en 1967, Mary Pierce qui a gagné à Melbourne (1995) et à Roland-Garros (2000), et Amélie Mauresmo, vainqueur à Melbourne et à Wimbledon en 2006, du Masters en 2005, autant d’ exploits lui ayant permis d’être à la première place mondiale pendant une partie de l’année 2006. Autre exploit français, beaucoup plus inattendu celui-là, la victoire à Wimbledon en 2013 de Marion Bartoli, jeune femme n’ayant jamais été mieux classée qu’à la septième place en 2010. Une victoire tellement improbable qu’elle décida d’arrêter sa carrière un mois et demi plus tard à l’âge de 28 ans, considérant sans doute qu’elle avait touché son Graal, laissant un grand vide dans notre tennis féminin. Qui sera la prochaine grande championne française ? Personne ne peut le dire, à supposer qu’elle soit née. Et sur le plan mondial, qui succèdera à Serena Williams ? Difficile de répondre, mais je mettrais bien une pièce sur la Tchèque Petra Kvitova (24 ans) qui vient de gagner cette année son deuxième le tournoi de Wimbledon, et qui fait beaucoup penser…à une ex-compatriote, Martina Navratilova. Toutefois il faudra qu’elle fasse preuve de plus de régularité dans les années à venir, si elle veut marquer à son tour l’histoire du tennis féminin.

Bonne et heureuse année 2015!

Michel Escatafal


Contador peut réussir son chef d’oeuvre l’an prochain…

 

pistoleroQuel est le meilleur coureur cycliste actuel ? S’il est difficile de faire un choix pour les classiques d’un jour, où personne ne domine réellement comme Philippe Gilbert en 2011, en revanche dans les courses à étapes le meilleur reste incontestablement Alberto Contador, lequel a retrouvé en 2014 une suprématie perdue en 2013, après son horrible période entre 2011 et 2012, où il fut privé de Tour de France et où l’UCI lui a supprimé ses victoires acquises sur la route en 2011, suite à son contrôle anormal sur le Tour 2010 pour des doses ridicules de produit interdit (clembutérol) qui, en aucun cas, ne pouvaient l’avoir aidé à améliorer ses performances.

En tout cas, tout le monde se réjouit de la décision affirmée et assumée du Pistolero de tenter le doublé Giro-Tour, au moment où ses rivaux (Froome, Nibali, Quintana, Rodriguez, Valverde) misent tout ou presque sur une victoire dans le Tour de France, avec pour Froome une tentative de doublé Tour-Vuelta, inédit depuis le changement de date du Tour d’Espagne. Et en parlant de Froome, on souhaite tous que le coureur britannique soit au top au moment du Tour, comme Contador, pour avoir de nouveau droit au duel que nous n’avons eu l’an passé que dans le Dauphiné et la Vuelta.

N’oublions que ce sport comme beaucoup d’autres n’atteint sa dimension supérieure qu’à travers les duels qu’il engendre. Dans les années 40, nous avons connu la lutte pour le pouvoir entre Coppi et Bartali, deux des plus grands champions de tous les temps. Ensuite au début des années 50, ce fut Coppi contre Koblet. Dans les années 60, il y eut le duel Anquetil-Poulidor, faute d’avoir eu droit  à la rivalité entre Anquetil et Rivière qui aurait été autrement plus dure, si ce dernier n’avait vu sa carrière brisée à l’âge de 24 ans. Puis à la fin des années 60 et au début des années 70, ce fut l’époque où Merckx gagnait tout ou presque malgré des rivaux  de la classe de Gimondi ou Luis Ocana, ce dernier étant le seul capable dans ses grands jours de battre à la régulière « le Cannibale », comme Koblet fut le seul à pouvoir se hisser au niveau de Coppi vingt ans auparavant. Ensuite vint l’ère Hinault, mais comme à l’époque d’Anquetil et Merckx, ses challengers (Fignon, Moser, Saronni) ne pouvaient que l’inquiéter épisodiquement dans ses grandes années. Puis vint l’ère Indurain avec comme contradicteur  principal Rominger, sans que celui-ci puisse s’élever au niveau de son rival. Enfin arriva la domination d’Armstrong dans le Tour de France, lui aussi parfois menacé mais jamais battu par Ullrich ou Basso.

Est-ce que le duel Contador-Froome ressemblera au duel Coppi-Bartali, avec de grandes victoires pour l’un et l’autre, même si au final l’un (Coppi)  était au dessus de l’autre (Bartali), ou bien est-ce que ce sera comme le duel entre Anquetil et Poulidor ou Armstrong et Ullrich, avec la victoire dans la quasi-totalité des cas des premiers nommés ? Là est  toute l’interrogation des amateurs de vélo après la Vuelta 2014, où Contador avait réussi sa « résurrection » un peu mieux que Froome, après leurs chutes dans le Tour de France, même si le sentiment de tous les vrais amateurs de vélo, ceux qui voient les choses objectivement sans être déformés par le prisme du dopage ou le pur et imbécile chauvinisme, reste que le Pistolero est sans doute un tout petit cran au-dessus du Kényan blanc.

Si j’ose cette affirmation, c’est parce qu’il ne faut surtout pas avoir sa vision déformée par le spectacle du Contador 2013…qui n’était pas le vrai Contador, pour de multiples raisons, à commencer par le fait qu’il venait de vivre deux années terribles, malgré une victoire laborieuse dans la Vuelta 2012, comme je l’ai rappelé auparavant. Ce Contador 2013 n’avait en effet rien à voir avec celui du Tour 2009 ou du Giro 2011, qu’il avait outrageusement dominé. En fait ce Contador version 2013 n’était guère meilleur que celui de 2010, où il faillit être battu dans le Tour par Andy Schleck, loin de valoir Froome, très supérieur au Luxembourgeois contre-la-montre et aussi meilleur en montagne avec ses démarrages supersoniques…auxquels semble s’habituer Contador, comme on a pu le constater cette saison au Dauphiné et à la Vuelta, étant le seul à pouvoir y répondre et même à contrer un peu plus haut.

Et pour revenir au Tour 2010, si le crack espagnol l’a finalement emporté sur la route, c’est uniquement sur l’expérience, en leurrant à plusieurs reprises son rival Andy Schleck, aujourd’hui jeune retraité, comme Anquetil l’avait fait avec Poulidor en 1964, notamment au Puy-de-Dôme, sans oublier son équipe qui, précisément, lui avait permis de bluffer en menant grand train en montagne, comme si elle préparait une attaque de son leader. Ce fut tout particulièrement le cas dans la montée de Morzine-Avoriaz, alors que Contador était dans un mauvais jour. D’ailleurs Contador avait fini ce Tour très fatigué, signe que la condition physique n’était pas vraiment au niveau espéré…et que le clembutérol ne l’avait pas du tout aidé.

Mais pourquoi ce retour en arrière ? Tout simplement parce que je voudrais dire deux mots sur la possibilité ou l’impossibilité de réaliser de nos jours le doublé Giro-Tour, le dernier en date étant l’œuvre de Pantani au siècle précédent (1998). Il est vrai que depuis cette date, Contador n’a pas pu tenter ce pari, sauf en 2011 où il avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête. En 2008, en effet, Contador fut privé de Tour de France parce que son équipe d’alors, Astana, était dans l’œil du cyclone pour des contrôles antidopage positifs de Vinokourov et Kashhechkin. A ce propos, compte tenu des derniers éléments sur le thème du dopage concernant cette même équipe, à présent dirigée par Vinokourov et dans laquelle figure Nibali, le vainqueur du Tour cette année, il est intéressant de noter que cinq cas positifs de dopage lourd dans la galaxie Astana, ne l’auront pas privée de sa licence World Tour. On comprend pourquoi l’ancien président de l’UCI, Pat Mac Quaid, a pu   dire qu’il y avait sans doute eu une forme d’injustice à l’égard de Contador en 2010-2011, injustice qui a fait le bonheur des contempteurs du cyclisme, et de nombre de forumers sur les sites de sport, aussi ignares que malveillants.

Fermons la parenthèse, pour revenir à cette année 2011 où Contador ne put réellement défendre ses chances dans le Tour avec l’intégralité de ses moyens, d’abord en raison de deux chutes pendant l’épreuve qui l’handicapèrent au niveau du genou, et ensuite parce que le Pistolero, tout grand qu’il est, quelle que soit sa force de caractère, sa confiance en lui, ne pouvait pas ne pas penser que, même vainqueur, sa victoire lui serait retirée. D’ailleurs tout le monde savait bien que Contador serait suspendu à ce moment-là, le désir de l’UCI et plus encore de l’AMA étant d’abord de faire un exemple. Et quel meilleur exemple, même pour des quantités de produit ridiculement faibles, indécelables dans la quasi-totalité des laboratoires du monde entier, quel meilleur exemple dis-je que condamner Contador, le meilleur cycliste de la planète, quitte à donner ses trophées à des coureurs précédemment confrontés au dopage…alors que Contador était autorisé à disputer ces épreuves.

Tout cela pour dire que je reste persuadé que le doublé Giro-Tour reste du domaine du possible encore aujourd’hui, malgré des contrôles de plus en plus fréquents et de plus en plus sophistiqués. Cela étant, s’il y a aujourd’hui un coureur capable de le réaliser c’est Contador, à condition de ne pas avoir de problème de santé ou de n’être pas confronté aux chutes inhérentes aux grandes épreuves à étapes les premiers jours. En 2014, s’il en avait eu le dessein et sans la malchance, Contador pouvait réaliser ce fameux doublé, car c’était le plus fort. Il aurait aussi pu le faire en 2011, sans les problèmes multiples auxquels il a été confronté, dont j’ai déjà parlé. Il suffit de voir comment il a terminé le Tour 2011, avec une attaque suicidaire lors de la dernière étape de montagne à 95 kilomètres de l’arrivée, n’étant rejoint qu’à quelques encablures de l’arrivée, plus sa troisième place contre-la-montre le lendemain, veille de l’arrivée, à 53s de Tony Martin sur la distance de 42.5 km, pour s’apercevoir qu’il aurait pu gagner ce Tour et faire le doublé, après un Tour d’Italie, dont certains ont dit que c’était le plus dur depuis des décennies.

Voilà pourquoi je pense que le Pistolero peut réussir ce doublé, et je ne suis pas le seul à le penser. Certes la concurrence est très sévère, et elle l’est d’autant plus que ses principaux rivaux vont faire l’impasse sur le Giro pour arriver à leur maximum sur le Tour de France, mais ce n’est pas une raison pour douter de la capacité de Contador à réussir ce banco, qui serait son chef d’œuvre en carrière, et qui lui permettrait de se rapprocher à une unité du record de Merckx au nombre de grands tours remportés (11). Le regretté Laurent Fignon ne s’y était pas trompé en ayant envisagé pour Contador ce doublé Giro-Tour pour 2011, à la condition de courir le Giro à 90%de ses possibilités, un doublé que ce même Laurent Fignon aurait dû réaliser en 1984, si les organisateurs du Giro de l’époque n’avaient  pas quelque peu aidé Moser. Mais ça c’est une autre histoire, et aujourd’hui, ce ne serait plus possible. Comme, semble-t-il de nos jours, on ne suspend plus les sportifs pour quelques poussières de clembutérol trouvées dans leurs urines, certains étant même acquittés sans la moindre difficulté. Mais ça aussi c’est une autre histoire…

Michel Escatafal


Platini trouvait normal d’avoir 3 fois de suite le Ballon d’Or…

ballon d'orDécidément le comportement de Michel Platini insupporte de plus en plus les amateurs « éclairés »de football. Après le fair-play financier qui aboutit à favoriser uniquement les clubs historiques, parfois lourdement surendettés au détriment de ceux qui appartiennent aux nouveaux riches sans dette, voilà qu’il se mêle de vouloir désigner le Ballon d’Or, récompense individuelle suprême du joueur de football. Au nom de quoi ? Parce qu’apparemment il a du mal à accepter que le Ballon d’Or revienne au meilleur joueur, reprochant à ceux qui votent pour cette distinction de choisir toujours les meilleurs, en l’occurrence depuis quelques années Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Cette préférence qu’il avait déjà manifestée par le passé, en criant haut et fort que Ribéry méritait davantage le Ballon d’Or que les deux autres nominés, finit par agacer tout le monde au point qu’Ancelotti a cru bon de dire que « Le poste de président de l’UEFA est important, je pense que prendre position sur le sujet du Ballon d’Or n’est pas correct ». Et c’est tout à fait vrai, même si Neuer, le gardien du Bayern Munich et de l’équipe d’Allemagne, ne déparerait pas au palmarès.

Cela étant, cette querelle n’existerait pas si la récompense qu’est le Ballon d’Or n’était pas devenue ce qu’elle est de nos jours, et était toujours décernée comme elle l’était auparavant, c’est-à-dire uniquement par des journalistes de France Football qui faisaient « le boulot » en leur âme et conscience, sans trop se soucier des désidératas des uns et des autres. Pour mémoire je rappellerais une fois encore que ce Ballon d’Or, a été créé il y a 57 ans par Gabriel Hanot, responsable à l’époque de la rubrique football de l’Equipe et de France-Football, pour récompenser le meilleur joueur européen de l’année. Gabriel Hanot qui avait beaucoup d’idées, puisque c’est aussi lui qui créa à peu près à la même époque la Coupe d’Europe des clubs champions, devenue aujourd’hui la Ligue des Champions. Hélas pour lui, qui aujourd’hui sait que cet ancien excellent footballeur au début du siècle précédent (12 fois international) est le créateur de deux évènements considérables du monde du football ? Plus personne ou presque, sauf ceux qui s’intéressent à l’histoire en général et à celle du sport en particulier.

Cela dit, même si beaucoup de choses ont changé, les idées sont restées, et c’est toujours la même ferveur qui entoure la remise du Ballon d’Or, évènement qui fait rêver tous les footballeurs, du plus grand au plus petit depuis 1956, année où Stanley Matthews obtint le tout premier trophée à l’âge de 41 ans devant les deux super cracks du Real Madrid à cette époque, Di Stefano et Kopa…qui lui étaient bien supérieurs. Cela dit Matthews était anglais, et Hanot avait un amour fou pour le football d’Outre-Manche, sans doute parce que les Anglais ont inventé ce jeu…ce qui montre qu’il est arrivé à certaines époques que le meilleur n’ait pas été couronné. C’est pour cela que nous sommes nombreux à dire que ce trophée, ô combien important pour un footballeur, l’est finalement beaucoup trop, parce qu’il dépend grandement de la qualité des équipiers qui sont autour de la « star ». L’an passé Ribéry avait bénéficié de l’exposition du Bayern Munich pour s’inscrire parmi les trois nominés, avec les éternels Messi et C. Ronaldo. Toutefois si Ribéry joue au Bayern, c’est parce que c’est un excellent  footballeur, remarque qui vaut pour tous les joueurs des grands clubs, y compris Neuer.

Alors qui emportera le Ballon d’Or cette année? Très certainement Cristiano Ronaldo, une troisième fois, comme Platini en son temps (qui n’avait pas protesté à l’époque !)…ce qui ne sera que justice, et je trouverais normal que Neuer soit son dauphin, d’autant qu’il est incontestablement le meilleur gardien actuel. Néanmoins les statistiques de C. Ronaldo sont toujours aussi hallucinantes, et malgré une Coupe du monde où lui et son équipe (Portugal) n’ont pas été souverains, son aura dans le monde du football est restée égale à celle des années précédentes, tout comme sa superbe sur un terrain. De plus, il reste la grande star du Real Madrid, et son apport dans le dixième titre européen (C1) du club madrilène fut constamment décisif tout au long de la campagne 2013-2014. En outre, et c’est la différence par rapport à Messi, joueur d’un seul club, il a aussi largement contribué à la victoire en Ligue des Champions de Manchester United en 2008, juste avant de rejoindre le Real Madrid.

Si je parle autant de la Ligue des Champions, c’est parce que cette récompense qu’est le Ballon d’Or désigne souvent un joueur qui a gagné une épreuve prestigieuse, même si le reste du temps il n’a pas fait des étincelles. Ce ne sera pas le cas cette année avec Ronaldo, s’il est le lauréat, malgré une Coupe du Monde décevante, comme en 2008, où il fut beaucoup moins brillant au Championnat d’Europe des Nations qu’en Champions League. Toutefois, il y a eu dans le palmarès des cas beaucoup plus choquants, outre celui de Stanley Matthews dont j’ai parlé précédemment.

Le premier exemple qui me vient à l’esprit est celui de l’année 1982, quand Paolo Rossi remporta le trophée…parce qu’il avait marqué 6 buts lors de la Coupe du Monde en Espagne entre les quarts de finale et la finale, que l’Italie avait remportée. Le reste du temps, il a quasiment été aux abonnés absents. Il faut reconnaître que ses dauphins de l’époque, Giresse et Boniek méritaient le Ballon d’Or beaucoup plus que lui. Mais il peut arriver que gagner un grand trophée (Coupe du Monde, championnat d’Europe des Nations) en étant  le meilleur joueur du tournoi, ne suffise pas pour emporter l’adhésion.

Cet exemple concerne plus particulièrement un Français, Thierry Henry. Cette année là, en 2000, la France avait été sacrée championne d’Europe des Nations, en grande partie grâce à Thierry Henry. Et pourtant ce fut Figo qui fut désigné, sans doute parce qu’il jouait au Real Madrid et, nous avait-on dit, parce qu’Henry n’avait pas marqué en finale du championnat d’Europe. C’était quand même tiré par les cheveux, et à partir de là je n’ai plus considéré la remise du Ballon d’Or de la même manière. Pas parce que c’était un Français qui aurait dû avoir la récompense, la preuve puisque je suis de ceux qui pensaient l’an passé que Ribéry était loin du niveau de Ronaldo, Messi ou même Ibrahimovic, mais parce que je considérais qu’il y avait trop d’éléments qui échappaient à la logique des amateurs de football que nous sommes.

D’ailleurs Thierry Henry, bien qu’il ait figuré pendant 5 ou 6 ans parmi les tout meilleurs joueurs du monde, n’a jamais remporté le Ballon d’Or, ce qui est une profonde injustice. En 2003 on lui a préféré Nedved, probablement parce qu’il jouait à la Juventus de Turin. En dehors de cela je ne vois pas la raison d’avoir placé Nedved devant Henry, parce qu’en plus le buteur français avait survolé de toute sa classe la Coupe des Confédérations, sans compter qu’il avait gagné la Cup (avec Arsenal) et avait été sacré meilleur buteur mondial de l’année. Néanmoins il n’est pas le seul grand footballeur à n’avoir jamais gagné le Ballon d’Or, alors que beaucoup d’autres ayant moins de classe et au palmarès nettement moins fourni l’ont remporté.

Simonsen (1977) ou Belanov (1986) étaient d’excellents joueurs, mais franchement que leur nom figure parmi les lauréats et pas Ferenc Puskas et Sandor Kocsis (Hongrie), Mazzola et Riva (Italie), Schuster (Allemagne), Giresse, Tigana, Henry ou Iniesta a quelque chose de choquant. Et puisque je parle de Français, ils sont quand même 4 à avoir été élus Ballon d’Or, à savoir Raymond Kopa en 1958, Michel Platini à 3 reprises en 1983, 84 et 85 (le seul avant Messi à l’avoir eu trois fois de suite), Zinedine Zidane en 1998 et, plus surprenant, Jean-Pierre Papin (en 1991)  à l’époque où il jouait à l’Olympique de Marseille. La France figure ainsi en bonne place  parmi les pays ayant eu des lauréats (6 fois) juste derrière les Pays-Bas et l’Allemagne (7 fois)  et devant l’Angleterre, l’Italie et le Brésil (5 fois),  puisque depuis 1995 les non –européens jouant en Europe peuvent postuler.

D’ailleurs Georges Weah, l’ancien joueur du PSG, a été élu en 1995, et je regrette que Drogba ou Eto’o ne figurent pas au palmarès, car eux aussi l’auraient mérité. En revanche, coté club, la France est très loin (seulement l’OM avec Papin), ce qui veut dire que pour avoir le Ballon d’Or il fallait  ou il faut jouer en Italie, plus particulièrement à la Juventus et au Milan AC (16 trophées), en Espagne, au Real et au Barça (17 aussi), en Allemagne au Bayern ( 5 ) et en Angleterre à Manchester (4). Normal, c’est dans ces clubs et ces pays que l’on recrutait  les meilleurs joueurs…jusqu’à l’arrivée de nouveaux riches (comme on dit) russes (Chelsea), émiratis (Manchester City) ou qataris (PSG). Enfin, il vaut mieux être attaquant ou milieu de terrain (53 Ballons d’Or) que défenseur (4 Ballons d’Or) ou gardien de but (1 Ballon d’Or). Cela peut paraître injuste car à l’image de Yachine en 1963, un gardien comme Banks dans les années 60 (Angleterre), ou plus près de nous Barthez, Buffon (Italie) ou Casillas (Espagne) auraient mérité eux aussi le trophée. Et cette année ce ne serait pas un scandale si Neuer l’emportait…même si l’on sait qu’il terminera second ou troisième ce qui serait anormal, car Messi ne le mérite pas cette année autant que C. Ronaldo ou Neuer.

Un dernier mot enfin, si je devais choisir le triplé le plus prestigieux ce serait celui de 1959 avec Di Stefano comme Ballon d’Or suivi de Kopa et John Charles (Gallois de la Juventus de Turin). Celui de 1974 avec Cruyff (Pays-Bas), Beckenbauer (Allemagne) et Deyna (Pologne) n’était pas mal non plus, tout comme celui de 1989 avec Van Basten, Baresi et Rijkaard, sans oublier ceux de 2009 et 2011 avec Messi, C. Ronaldo et Xavi, ou celui de 2012  avec Messi, Ronaldo et Iniesta. Cela dit un trio Ronaldo, Neuer, Messi a aussi beaucoup d’allure, ne serait-ce qu’en plaçant un gardien à un niveau inédit depuis 2006 avec l’Italien Buffon. Ce serait aussi le deuxième gardien allemand à être sur le podium après Oliver Kahn en 2001 et 2002. Ce dernier succédait sur ce podium au gardien tchèque Viktor en 1976, lequel fut en quelque sorte le successeur de Yachine, seul gardien, je le répète, à avoir été Ballon d’Or (1963).

Michel Escatafal